Segolène Royal et ses groupies

Un petit billet rageur fut écrit un soir de neige, après une journée à entendre ou lire des railleries diverses et variées sur la déclaration de candidature de Ségolène Royal. Ce petit billet a évidemment choqué, alors reposons quelques termes du « débat » :

1. Ségolène Royal a énormément de boulot à accomplir pour remonter « sa » pente. Nous ne sommes plus en 2006. Ségolène s’est brouillée avec nombre de ses soutiens « officiels ». Il y a des femmes, au Parti Socialiste et ailleurs, qui sont opposées à Ségolène Royal. Et ça, c’est du scoop garanti !

2. Comme l’écrivais Richard Trois sur Twitter hier, le fanclub n’est pas dans la culture politique de la gauche. Et pour ma part, je n’ai pas spécialement envie d’être assimilé à un « fan ». Je ne suis pas « fan » de Ségolène, tout juste puis-je reconnaître une sympathie particulière envers les femmes politiques de gauche car notre machisme séculaire m’exaspère au moins autant qu’Olympe. Je ne suis même pas socialiste, j’apprécie le bordel collectif des écolos (outre leurs positions), je déteste le régime présidentiel de « l »être élu« . Mais la campagne de Ségolène, en 2007, m’a séduit. Ni plus que cela, ni moins que cela. J’avais envie d’y croire, et je n’ai pas compris pourquoi, lors de cette campagne-là, certains, nombreux, au PS avaient moins envie d’y croire que d’autres à gauche qui n’étaient même pas adhérents socialistes….

3. Les moqueries habituelles contre l’ex-candidate du second tour en 2007 n’ont pas lieu d’être. Ou alors, moquons nous aussi de Montebourg, éclatons de rire, à l’avance, quand Aubry sera candidate, pinçons-nous les côtes quand Gérard Collomb (vous savez, le maire de Lyon) envisage de se présenter si DSK n’y va pas. Trêve de plaisanterie.

4. Je ne sais vraiment pas pour qui il faudra voter. Je ne voudrai être désobligeant pour personne. La « gauche » socialiste (je mets des guilemets) part avec plusieurs handicaps, dont un, majeur, est que deux autres candidatures peuvent la déstabiliser si elle ne s’ouvre pas à celles et ceux qui, comme moi, ne sont pas socialistes : Mélenchon et Joly. Il y a deux scenarii possibles : 2002 ou 2010. En 2002, chacun est parti dans son coin, s’est tapé de dessus et on s’est retrouvé avec Le Pen au second tour. En 2010, pour les régionales, malgré des listes et des projets différents, chacun s’est globalement respecté et le « contrat » du second tour était clair. L’addition des voix a fonctionné à plein régime.

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Je blogue, donc je suis

Eric Mainville, l’un de mes premiers confrères, va publier un ouvrage sur les blogs. Il a déménagé en province, donc je ne le croise plus les rares fois où je participe à des réunions de blogueurs. Eric Mainville a son créneau, l’analyse et la critique des médias. En traitant du blog, Eric s’attaque à un sujet vaste. Le blog politique, petite catégorie des 7 millions de blogs que comptent notre beau pays, sont une espèce à part que nous aimons régulièrement commenter.

A relire les 4 300 billets publiés sur Sarkofrance depuis mai 2007, je réalise que bloguer m’a enfermé. Exprimer ses opinions politiques sur un blog libère le présent mais hypothèque l’avenir. Tout est tracé, et plus tard, chaque écrit dont Google conservera la trace pourra être retenu contre moi. Ce triste constat, trop tard, m’effraie parfois.

Sego les emmerde, et moi aussi

Ils sont embêtés, ou font semblant de l’être. La déclaration de candidature de Ségolène Royal a agacé Jack Lang, celui-là même qui s’est amusé depuis 2007 à convoler en justes noces honorifiques avec Nicolas Sarkozy (soutien à la réforme constitutionnelle, missions à Cuba ou en Corée du Nord). A droite, quelques machistes de services, trouillards de profession, se sont lâchés de leurs commentaires méprisants. A gauche, certains – insistons sur le masculin – ont exprimé leur trouble. Cette candidature les emmerde profondément. Damned ! ça recommence.

Si ces sales et vieux machos d’un autre temps voulaient décourager l’électeur et l’électrice de soutenir cette nouvelle démarche de candidature de Ségolène Royal, ils sont en passe de rater leur coup. Cet engouement flétri, ce mépris si spontané sur le thème « elle-n’est-pas-légitime » m’a en quelques secondes revigoré. J’imagine que d’autres suivront. Si Ségolène doit être critiquée, c’est sur (1) sur ses idées et (2) avec ni plus ni plus d’ardeur sur sa démarche que celles de ses concurrents masculins (déjà nombreux).

Le cirque politique, vu d’en bas.

Honnêtement, les commentaires politiques ont quelque chose d’épuisant. Quand il s’agissait d’attendre le remaniement, ils finissaient par être drôles. Mêmes les éditorialistes professionnels convenaient du ridicule de la situation. Cette séquence étant derrière nous, les voici repartis à l’assaut de nouveaux questionnements théorico-tactiques sur le PS, le centre ou je-ne-sais-qui. Sur ce blog, comme ailleurs, on se prend parfois au jeu. Mais quel jeu ! Vu de la quotidienneté de nos vies, qu’elles soient précaires ou pas, la répétition de ces discussions a quelque chose d’usant, de frustrant, de rageant.

On s’en fiche. Même sur le fond, la manipulation de l’agenda politique fait que les vrais sujets sont malheureusement épargnés. Prenez le chômage. On pourrait discuter du bilan de telle mesure de soutien, décortiquer des analyses, échanger sur des alternatives. Mais non, faute de données, d’envie et de rebonds, on ne fait que survoler les sujets. Comment sont répartis les salariés de pôle emploi ? Que se cachent derrière les statistiques ? Certain(e)s font d’excellents travaux. D’autres relayent. Mais le rebond est fragile. L’espace médiatique reste encombré de considérations politiciennes stériles.

Où est passée la politique concrète ?