Mariage homosexuel : tous des rétrogrades !

La situation française dépasse le ridicule et l’indécence. Depuis des décennies, la « communauté » homosexuelle réclame le droit au même statut social que les hétéros. C’est assez simple à comprendre, évidemment légitime. Le mariage, boudé ou désavoué par un nombre croissant de couples « normaux »  – et c’est leur droit – reste une institution sociale qui protège, et en particulier les enfants en cas de décès de l’un des parents.

La semaine dernière, le conseil constitutionnel a refusé de statuer. Il paraît que du point de vue de la Constitution, c’était la seule décision possible. L’un des arguments avancés par le Conseil pour justifier son attentisme laisse pantois : « Le principe d’égalité ne s’oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu’il déroge à l’égalité pour des raisons d’intérêt général. » Cet argument est généralement utilisé pour défendre des discriminations positives, c’est-à-dire pour donner à certains, jugés désavantagés – des avantages sur d’autres. Or justement, le drame d’un couple homosexuel, quand il a des enfants, est l’incertitude sur le sort de ces derniers quand l’un des parents vient à disparaître.

La légalisation du mariage homosexuel ne devrait plus faire débat, encore moins « juridique« . Cette affaire a permis à quelques fachos, pourtant élus, de se faire remarquer.

C’est triste.

Blogueurs et conflits d’intérêt

L’ami Guy vient de lancer un joyeux débat : pourquoi les journalistes ne seraient-ils pas assimiler aux agents publics à l’encontre desquels la Commission Sauvé suggère nombre de règles et de sanctions en matière de conflits d’intérêts ? La question est très bonne. Elle fait surface, de temps à autre, dans le débat public, quand un journaliste est surpris à faire un  » ménage  » trop voyant.

S’agissant des blogueurs, Guy évoque, en fin de billet, une récente action de l' »enfin-secrétaire » d’Etat Frédéric Lefebvre, chargé du tourisme et du commerce : ce dernier a demandé à la DGCCRF d’enquêter sur les faux avis de consommateurs qui pullulent sans règle ni cadre sur le Web. Sacré Lefebvre ! Il a toujours eu un problème avec Internet.

La publicité à la télévision est très encadrée. C’est un peu normal. La télévision déboule dans votre salon (ou votre chambre), les téléspectateurs sont passifs. S’agissant de la presse, même topo, le lecteur a en main un papier tout préparé sans aucune interaction de sa part. Il est encore trop tôt pour savoir si la mutation numérique de certains journaux sur les tablettes de la Pomme changera la donne. Mais s’agissant du Web, la démarche de l’utilisateur est radicalement inverse. C’est à lui de venir, de fouiller, de découvrir. Il peut commenter, dialoguer, contre-dire. En d’autres termes, les médias traditionnels fonctionnent sur une logique de « push », et il était crucial de fixer des règles sur ce qu’ils déversent. Le Web, au contraire, suit une logique inverse.

Ceci étant posé, rien n’empêche de réfléchir à quelques règles d’éthique et de bon sens. Quand ma consoeur Olympe écrit un billet dit « sponsorisé« , ce qui est rarissime, elle l’écrit. Elle a bien raison.

Demorand à Libé. Espoir ?

Nicolas Demorand a « accepté » de diriger Libération. Qu’on ne compte pas sur moi pour critiquer ce journal. Nombre d’éditoriaux de Laurent Joffrin m’ont exaspéré depuis que Libération est devenu, en janvier 2006, ma lecture quotidienne. Trop attaché à la presse, je n’ai jamais pu me résoudre à abandonner l’un des rares journaux d’opposition.

Nicolas Demorand a déçu nombre d’entre nous (« nous » ?) en filant chez la radio des cadres l’été dernier. Patrick Cohen, son successeur sur France Inter, a apporté sa touche et du vrai travail. Ses questions sont souvent (pas toujours mais souvent) plus précises que la moyenne.

Demorand sur Europe1 était au spectacle. A Libération, sa venue pourrait espérer quelques changements. L’un d’entre eux, me semble-t-il, revêt une importance particulière. Nicolas Demorand a un certain talent à « angler » les sujets d’actualité, c’est-à-dire donner un sens au brouhaha ambiant. Mais il y a un autre risque. Libération est un journal d’opposition, que ses patrons le souhaitent ou pas. Ces lecteurs ne sont pas des sarkolâtres. Si Demorand pouvait intégrer cette donnée dans sa feuille de route en arrivant à Libé, ce serait une jolie victoire.

Affaire Laëtitia : les dérapages et le lynchage

Qui a lu cet article du Monde, dans son édition datée du 28 janvier 2011, intitulé : « Disparition de Laëtitia : le suspect n’est pas un violeur récidiviste. » ?

Yves Bordenave, auteur de l’article, explique que Tony Meilhon, le suspect âgé de 31 ans présenté comme un violeur récidiviste condamné 13 fois et qui aurait échappé au contrôle judiciaire … n’avait été condamné qu’une fois, une fois de trop, pour un viol commis quand il avait 17 ans. Et pour le moment, la justice ne retient pas l’accusation de viol dans l’affaire.

« Issu d’un milieu défavorisé, présentant des troubles psychologiques, il a été arrêté dès l’âge de 16 ans pour vol de voiture. L’année suivante, à 17 ans, il sera condamné pour un viol, commis en prison sur un codétenu, et écopera de cinq ans supplémentaires. A 23 ans, il est à nouveau condamné à six ans de réclusion pour une série de braquages avec violences, puis une fois encore pour outrage à magistrat. Malgré ses antécédents psychiatriques reconnus en justice, il n’est pas placé dans un établissement spécialisé.

En février 2010, il sort de prison, sans jamais avoir bénéficié d’une réduction de peine. Il figure par ailleurs sur le fichier des auteurs d’infractions sexuelles à la suite du viol commis à 17 ans. Astreint à une obligation de soins et de retrouver du travail, il doit se soumettre à un suivi judiciaire de « mise à l’épreuve ». »

Comprenons-nous bien. Il est hors de question d’atténuer l’émotion, la rage et la nausée suscitées par la disparition d’une Laëtitia qui, à 5 ans d’intervalle, pourrait être ma fille. Mais la gravité de ce genre de fait divers mérite une vigilance tout aussi grave sur la réalité des faits connus. Elle ne tolère aucune approximation.

Malheureusement, comme à chaque fois, il fallait grossir le trait, chez Nicolas Sarkozy lui-même, comme si l’émotion primaire ne suffisait pas.

La révolution de Jasmin sera-t-elle un Printemps de Prague ?

En 1968, la révolution antisoviétique en Tchécoslovaquie, baptisée le Printemps de Prague, avait commencé par une immolation, suscité un espoir immense, et échoué après l’intervention militaire du « Grand Frère » russe. En 2010, la Tunisie a fait basculé son dictateur, aucun « Grand Frère » voisin n’est là pour intervenir militairement (à l’exception de funestes agences de notation mondialisées), et la révolution de Jasmin semble contagieuse.

Ce qui se passe en Egypte est formidable et dangereux. Formidable car si un second pays de la région basculait à son tour, l’espoir serait immense. Dangereux car rien n’est gagné. L’argument islamiste a beau jeu. C’est un risque. Mais comment ne pas applaudir, comment ne pas encourager ses mouvements populaires ?

La Sarkofrance, échaudée par l’affaire tunisienne, s’est timidement mais rapidement exprimée : elle « déplore » les morts lors de manifestations en Egypte, a déclaré sur RTL la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, en rappelant la politique française visant à appeler « à plus de démocratie dans tous les Etats« .

En France, les socialistes se sont pris d’une soudaine envie de ménage au sein de l’Internationale Socialiste. Je sais bien que cette organisation n’a qu’un rôle limité et un intérêt proche de zéro. Mais que diable ! Pourquoi s’embarrasser de ces symboles d’un autre siècle qui impose un voisinage détestable ?

Pornic, éviter la surenchère.

Difficile de ne pas être ému par la disparition de Laëtitia Perrais, à Pornic. Difficile aussi d’approuver les appels à la vengeance, à la peine de mort. Je serai ce père de sa famille d’accueil que je dirai sans doute la même chose. Toujours facile de théoriser quand la douleur est là. Ce drame, comme d’autres, focalise l’attention et l’émotion. En relisant les statistiques de l’insécurité en Sarkofrance, on pourra noter que les homicides (la mort de Laetitia n’est pas à cette heure confirmée) restent marginaux (un millier par an environ). Mais chacun de ces drames nous est raconté avec tellement de détails qu’on a l’impression d’être dans un mauvais film d’horreur.

Prudence préélectorale oblige, le Président des Riches aurait dû faire preuve d’une relative retenue sur ce fait divers. Mais on a vite compris que Nicolas Sarkozy ne savait pas, sur ces sujets là, se maîtriser. On a donc lu qu’il avait demandé une nouvelle loi contre récidive. L’instabilité législative de Nicolas Sarkozy en matière sécuritaire n’est plus à prouver.

Même à l’UMP, les députés sont restés prudents. Ils n’ont pas suivi, pour le moment, la demande présidentielle d’une nouvelle loi. L’inévitable Christian Estrosi a rapidement aboyé. Mais le vice-président du groupe des députés UMP Jean Leonetti, a rétorqué que « l’indignation est unanime, mais nous ne devons pas avoir une réaction législative immédiate. » Il préfère « une position plus globale et plus apaisée que le fait d’essayer de réagir et de trouver un coupable même s’il y a eu une défaillance dans le système. » Même Christian Jacob (UMP également) a plaidé la retenue et refusé toute « loi d’opportunité« .

A gauche, on est souvent mal à l’aise avec ces faits divers. L’indignation est évidemment partagée, mais on rechigne à appeler à la vengeance. On pourrait cependant pointer d’un doigt qu’une justice pour être efficace a besoin de moyens. C’est basique, mais, pour l’instant, c’est vrai. Sarkozy, ce mardi, a joué aux pompiers pyromanes.

J’en ai eu la nausée.