Hollande à la Lanterne

Je n’ai pas aimé cela.

Quand Sarkozy s’était approprié la Lanterne aux dépens de Fillon, on y avait vu l’emblème de l’écrasement du Premier ministre par le président de la République, le «symbole de l’hyperprésidence de Sarko», explique Patrice Machuret, journaliste politique à France 3, auteur de «Un long dimanche à Versailles: la République à la Lanterne».

La Lanterne est un ancien pavillon de chasse qui date de 1787. Construit par le prince de Poix, gouverneur de Versailles et capitaine des Gardes du corps de Louis XVI, le bâtiment devient propriété de l’Etat sous la Restauration, mais ce n’est qu’en 1959 que le Premier ministre l’occupe, sur décision du général de Gaulle.

«De Gaulle avait octroyé cette résidence au Premier ministre dans le but de renforcer le pouvoir de Matignon, explique Machuret, qui a rencontré tous les anciens chefs de gouvernement pour écrire son livre. «Tous les anciens Premiers ministres bénissaient la Lanterne.» Quand Sarkozy «chaparde» la Lanterne, Raffarin dit d’ailleurs à Fillon qu’il a perdu «le meilleur du job».

Patrice Machuret se dit d’autant plus «surpris» de cette décision de Hollande que la Lanterne a aussi un interêt pratique: située à Versailles, elle permet aux Premiers ministres qui vivent en province (comme Fillon et Ayrault), d’avoir une résidence près de Paris.

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Les lobbies et nous, et nous.

Ils font peur. Et pourtant. Tout le monde en a.

Voici un documentaire sorti il y a peu.

Instructif.

Christine Lagarde nous dégoute

Samedi, la patronne du FMI a déclaré au Guardian:

« Je pense qu’ils devraient s’aider mutuellement (…) en payant tous leurs impôts. (…) Je pense davantage à ces petits enfants d’une école d’un petit village du Niger qui n’ont que deux heures de cours par jour, qui partagent une chaise pour trois et qui cherchent passionnément à avoir accès à l’éducation. (…) Je pense à eux en permanence, parce que je pense qu’ils ont davantage besoin d’aide que la population d’Athènes.« 

Elle a sans doute raison sur un point. La Grèce souffre d’un rendement fiscal détestable. Il n’est pas normal, ni là-bas ni ailleurs, que la première des solidarités nationales – le paiement de l’impôt – soit si mal respectée en Grèce.

Mais la directrice du FMI s’est lancé dans une comparaison douteuse. Une comparaison toute libérale comme on l’attendait. Les libéraux adorent justifier la dégradation des services publics et sociaux au motif qu’il y a pire ailleurs.

Blogueuses/Blogueurs, faites votre déclaration d’intérêt

Puisque c’est la mode,

Puisque certains à gauche ou indépendant s’amusent, avec raison ou obstination, à débusquer les éventuels conflits d’intérêts,

Puisque c’est important,

j’invite mes camarades blogueuses/blogueurs à dresser la liste de leurs intérêts privés potentiellement conflictuels avec leur activité blogosphérique publique.

Pour ma part, la voici. Elle ne fait que reprendre une multitude de confessions faites ici depuis juillet 2007.

1. Quoique écologiste, j’ai fait campagne pour Ségolène Royal puis François Hollande.

2. A cause de cela, j’ai pu faire la connaissance de quelques-un(e)s des actuels ministres. Connaître quelqu’un en privé et le critiquer en public est une expérience personnellement déroutante.

3. Je travaille dans les médias, sans être journaliste. J’étais favorable à Hadopi. Avec le recul, je lui trouve bien des défauts. Mais je n’aime pas la justification du vol d’un bien culturel au motif que la consommation devrait être libre et sans entraves.

4.  Je suis aisé. Pourtant j’écris contre ma classe. Je n’ai jamais été pas bénéficiaire du bouclier fiscal (loin de là!), mais ‘ai reçu des stock options.

5. Je suis propriétaire (endetté) de mon logement. Grâce à la loi Tepa, l’Etat m’a remboursé quelques dizaines de milliers d’euros d’intérêts d’emprunt. Je reste hostile à la loi Tepa.

6. J’ai des amis qui travaillent dans la banque, l’industrie culturelle, et l’automobile.

7. J’ai des proches à l’UMP. Certains ont été élus.

8. Je connais personnellement quelques journalistes.

9. Je suis blogueur associé à Marianne2, le site de l’hebdomadaire Marianne, tant qu’ils voudront bien de moi ou vice-versa.

10. J’ai acheté un vélo électrique (donc « nucléaire » comme dit mon ami sarkozyste) quand le litre d’essence diesel est monté à 1,5 euros. Je roule encore en voiture.

(*) La femme de George; intox2007 Mecialex de A perdre la raison;  Guy Birenbaum;  Rosaelle; Nicolas; Romain Blachier de Lyonnitude(s); Ruminances; CyCee; Elmone; Marc Vasseur ; La pire Racaille; Arnaud Mouillard; Romain Pigenel; Slovar; SebMusset; Sète’ici; Pudding à l’Arsenic; Gael De tout et de rien; Olympe; et toutes celles et tous ceux qui se sentent le courage de répondre.

Journaliste indépendant ?

Les 6èmes Assises du journalisme se tiendront en octobre prochain. Le thème est alléchant, et on ne sait pas si d’éminents responsables du Figaro seront présents.

« A quoi sert un journaliste ? » « Quelle information pour demain ? » « Du bruit ou de l’Info ? » « Transparence : tout dire, tout savoir, tout révéler ? » : toutes ces questions ont marqué notre réflexion collective depuis la création des Assises en 2007.

Pour notre sixième édition, pas de point d’interrogation mais un point d’exclamation ! Puisque le mot « INDEPENDANCE » s’est tout de suite imposé pour marquer notre préoccupation première en cette année 2012, c’est avec un point d’exclamation qu’il nous est apparu nécessaire de le ponctuer. Un point d’exclamation comme une affirmation nécessaire.

Indépendance éditoriale ! Indépendance économique ! Indépendance politique ! Indépendance d’esprit ! Nos trois journées de débat et d’ateliers ne seront pas de trop pour faire le point sur l’évolution de nos métiers.

Mediapart et les conflits d’intérêts

Laurent Mauduit, de Mediapart , a sorti un curieux article sur la gauche, les médias et les conflits d’intérêt.

La thèse du journaliste est la suivante: François Hollande n’aurait jamais du s’entourer de deux personnalités expérimentées du monde des médias et de la culture pour traiter des médias et de la culture. En l’occurence, David Kessler, devenu conseiller pour les médias et la culture à l’Elysée, et Pierre Lescure, l’ancien patron de Canal+ qui s’est vu confier une mission sur l’après-Hadopi. Pour assurer sa thèse, le journaliste dresse un panorama assez large et quasi-exhaustif du curiculum vitae des deux nommés.

Mauduit a des mots plus durs à l’encontre du second que du premier: Pierre Lescure «  est aussi l’une des figures connues du capitalisme parisien, au cœur de nombreux réseaux d’influence, et administrateur de l’une des sociétés offrant les solutions techniques pour… verrouiller Internet« . Le journaliste explique que Pierre Lescure a trop d’intérêts liés à l’objet de sa mission pour être fondamentalement objectif.

« Confier la gestion de ce secteur, l’évaluation des priorités, les conseils aux gouvernants à une personne qui est directement issue de cet univers et qui a partie liée avec leurs acteurs est une faute, tout à la fois politique et éthique. »

Il est à peine plus indulgent à l’encontre de David Kessler: « François Hollande, peut-il appeler à ses côtés un conseiller pour défendre l’intérêt général dans un secteur, celui de la communication et des médias, où ce même conseiller a défendu jusqu’à maintenant des intérêts privés. » Pour ceux qui l’ignoraient, Kessler travaillait jusqu’à peu pour Mathieu Pigasse.

J’ai été gêné par cet article.

1. Quelque soit le secteur économique concerné, qui est mieux à même pour en étudier la régulation ? Quelqu’un qui n’y connaît rien ou quelqu’un d’expérience ? 

2. Nous sommes tous en situation potentielle de conflits d’intérêt. Quand Laurent Mauduit critique que le Monde reçoive autant de subventions publiques, oublie-t-il qu’il est salarié de Mediapart qui, malheureusement, est moins aidé que d’autres médias d’information ? Un monde théoriquement parfait où personne ne connaîtrait personne n’existe pas. Simple blogueur, je suis en conflit d’intérêts en écrivant sur l’action de François Hollande alors que j’ai participé à sa campagne; en commentant les premiers pas de ses ministres dont j’ai pu faire la connaissance pendant la campagne.

La question centrale est donc non l’absence mais la gestion des conflits d’intérêt. Et deux questions essentielles doivent être adressées:

Primo, quels sont les contre-pouvoirs ? La mission de Pierre Lescure n’est pas celle d’un homme seul. Sur un sujet aussi visible et polémique qu’Hadopi, gageons que la procédure sera chargées de multiples concertations.

Secundo, y-a-t-il suffisamment de transparence sur les personnalités en charge ? L’opacité est le premier des dangers.

Par souci de transparence, justement, je tiens à préciser que je connais Pierre Lescure et David Kessler. J’ai pu travailler avec eux. J’ai potentiellement un « intérêt » à écrire cet article.

La Sarkofrance nous avait mal habitué: elle cachait ses intérêts secondaires. Comme d’autres, nous nous en sommes largement fait l’écho. Ainsi, les déclarations d’intérêt, rendues obligatoires par François Fillon sur tard (en 2011) étaient incomplètes. Ainsi avons-nous critiqué que Jean-François Copé puisse devenir avocat d’affaires sans indiquer ses domaines d’intervention, alors qu’il présidait le groupe UMP à l’Assemblée nationale. Ainsi, avons-nous fustigé les relations amicales et cachées de Sébastien Proto, dircab d’Eric Woerth en charge de la légalisation des paris en ligne, avec Antoine Arnault, propriétaire de sites en ligne. L’affaire Woerth, elle-même, est une succession de relations non avouées. En 2010, suite à la publication du livre de Martin Hirsch sur le sujet, nous écrivions:

« le conflit d’intérêts est un trait décisif de la droite décomplexée. Du Président des Riches à la bande du Fouquet’s, le mélange permanent, systématique, omniprésent des genres est une caractéristique essentielle du pouvoir en place. Les exemples se multiplient : privatisation des moyens de renseignement, cadeaux fiscaux, cumul des fonctions, lobbying installé au coeur du pouvoir de certains grands patrons jugés proches, etc. On ne sait plus où donner de la tête. »