Chômage: commenter sans comprendre

Je crois qu’il y a plus de chômeurs en 2013 qu’en 1983, ou même 1997.

Il y a plus de Français aussi.

Entre 1997 et 2011, la population active a cru d’environ 3 millions de personnes.

Une broutille.

Je n’écris pas cela pour minorer un exécrable résultat. Mais quand même, creusons un peu, observons un peu, n’oublions rien.

En 1997, la crise n’est pas si grave. Ce n’était pas la « Grande Crise », la plus grave depuis l’extinction des dinosaures – comme nous l’expliquait Sarko.

En 1997, certains nous disait qu’il fallait travailler plus gagner plus, mais ils n’avaient pas encore la formule. On a réduit la durée légale du travail, sans baisser les salaires. Et on a créé des emplois, par centaines de milliers. Puis, pendant 10 ans, on a déplafonné puis défiscalisé les heures supplémentaires, réduit le partage du travail à un mythe réservé aux cadres moyens des grandes entreprises, et … le chômage ne cesse de progresser.

D’autres ou les mêmes nous disaient qu’il fallait déréguler la finance, favoriser l’endettement. On l’a fait, puis on s’ets pris un mur collectif, en France comme ailleurs. Le Mur des Cons des promoteurs des subprimes, crédit conso et autres titrisations boursières sera bien plus gigantesque que celui du Syndicat de la Magistrature.

En 1997, on a dit que le passage à l’euro, soutenu par des politiques économiques divergentes nous feraient collectivement converger vers le Graal de la croissance européenne. Certains ont tellement divergé qu’ils ont maquillé leurs comptes publics pour s’effondrer 15 ans plus tard. Et aujourd’hui, depuis que tous les pays européens convergent comme jamais vers la rigueur ou pire, les économies divergent suffisamment pour s’éloigner du Graal de la prospérité.

Les comparaisons historiques valent peu, toujours très peu. Elles alimentent une nostalgie ou une inquiétude, occupent l’esprit à autre chose que l’essentiel – l’avenir.

 

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Dati, celle qui n’avait jamais compris

Il y en a une qui demeure un mystère des plus complets dans ce paysage politique parfois stupéfiant. C’est Rachida Dati.

Je luis saurait gré d’avoir conserver une relative tenue morale quand l’ancien monarque livra son horrible discours de Grenoble, le 30 juillet 2010. Certes, elle était déjà déchue du Premier cercle sarkozyen. Mais d’autres dans son cas, mêmes centristes (on pense à Borloo, ) n’osèrent « moufter ».

Pour le reste, Dati reste une énigme d’incompétence politique. Comme on dit parfois, le symbole est sans doute plus fort que le personnage.

Ses idées sont rarement claires, jamais innovantes. Sa légitimité populaire est sondagière. Cette créature de l’intérieur s’est trouvée deux belles planques électorales – au Parlement européen puis dans le 7ème arrondissement de Paris. La voici qui met en scène son renoncement à se frotter aux primaires de l’UMP à Paris au motif que le « système » en a décidé autrement. Quel courage !

Enfin, chaque interview d’elle est toujours riche en moments de rigolades.

Hier, sur RTL, devant Jean-Michel Aphatie, la voici qui explique que Nicolas Sarkozy, « C’est quand même le meilleur d’entre nous« .

J’ai ri.

Elle a presque raison.

 

Et pourtant, elle a toujours les faveurs des médias.

Allez comprendre.

La dernière rumeur débile: la fin du CDI

Le texte de loi, amendé, transcrivant l’Accord National Interprofessionnel (ANI) sur la sécurisation de l’Emploi, est suffisamment compliqué pour qu’on évite les raccourcis. Et pourtant, voici la nouvelle rumeur qui enfle

Rappelons ici et maintenant, pour le visiteur occasionnel, que l’auteur de ces lignes est opposé à ce projet de loi.

Et pourtant, voici donc que j’ai reçu comme d’autres ces appels, tribunes et accusations selon lesquelles le gouvernement Hollande supprimait en réalité le CDI à la faveur de ce texte de loi.

C’est non seulement faux mais aussi crétin.

Il y a plusieurs variantes à la dite accusation:

Chez les Réacs bruns, c’est le retour du Grand Complot. Ainsi Egalité & Réconciliation  poste un article de SudOuest qui relate quelques extraits des débats, lui met un titre accrocheur et sans rapport « Vers la fin du CDI », et re-pblie en fin de billet un vieux montage de la campagne présidentielle sur « le plan de bataille des financiers » débutant par Hollande et son fameux « j’ai un ennemi, c’est la finance », et qui s’achève avec l’interview d’un cadre bancaire du Crédit suisse qui explique combien les politiques austéritaires sont là pour achever le code du travail.

Mais il y a aussi quelques blogueuses et blogueurs, comme ce cher Kevin, qui propage l’idée que l’ANI signifie la fin programmée du CDI. Et pour ce, l’auteur n’hésite pas à … me citer (sic!)

On peut faire dire beaucoup de choses à ce texte de loi mais certainement pas cela. Par exemple, si le gouvernement avait l’idée aussi stupide et contre-productive (politiquement et économiquement) que de supprimer le CDI, pourquoi poursuivre à les subventionner via les politiques de l’emploi ? Pourquoi encourager la création du CDI dans l’intérim ? Pourquoi sur-taxer les contrats courts ?

Le véritable affaiblissement  du CDI ces dernières années a eu lieu sous Sarkozy, avec l’extension de la période d’essai.

Pour le reste, rappelons-nous que le  procès d’intention est une manoeuvre facile pour éviter le vrai débat.

 

Mélenchon premier ministre ? Mais pourquoi donc ?

« Bien sûr, c’est le but », a-t-il déclaré lundi sur Europe 1. « François Hollande avait une chance de faire quelque chose de bien, il l’a ratée. Il peut se rattraper. (…) Il peut me nommer Premier ministre. Je n’ai pas peur ».

On se doute qu’il n’a pas peur. Cette expression était curieuse, presque bravache. Passons.

Mélenchon premier ministre ? Mais pourquoi donc ?

On imagine qu’il n’attend pas le « fait du prince« , même si notre Vème République est bien trop monarchique.

Il faudrait donc qu’il convainc une majorité de députés… socialistes. La démarche serait intéressante. On guetterait ses arguments et, surtout, le programme précis qui se dégagerait d’une telle nouvelle alliance. Car c’est justement l’enjeu et le seul qui vaille: quel serait le programme, concrètement, d’un gouvernement Mélenchon pour cette « cohabitation » nouvelle mouture ?

Après tout, si le système électoral avait été proportionnel, Front de Gauche et parti socialiste auraient du précipiter ces discussions dès l’été dernier avant le scrutin législatif.

Alors… par quoi aurait donc commencer Mélenchon ?

 

 

#ANI: quand deux socialistes débattent

Le débat a ses vertus que les moeurs politiques du moment nous font oublier.

Mardi 23 avril au matin, un peu avant 9 heures, Gérard Filoche, farouche opposant au projet de loi sur la sécurisation de l’emploi qui passe en seconde lecture à l’Assemblée nationale prochainement, et Jean-Marc Germain, partisan du même texte, discutaient donc de leurs différences d’appréciation sur le texte.

Les deux hommes étaient membres du Parti socialiste. Le premier est membre du Bureau National du PS, le second est député socialiste des Hauts-de-Seine et rapporteur du texte à l’Assemblée.

1. Cette opposition est une chose normale, sauf pour certains qui n’aimaient que les corps monolitiques. Elle ravissait même Bruno Duvic, remplaçant talentueux de Patrick Cohen l’habituel titulaire. Sur Twitter comme ailleurs, certains furent surpris que cet entre-soi.

2. Il pourrait être troublant qu’un même parti ne soit pas homogène dans ses positions. Arithmétiquement, plus le parti rassemble large, plus il doit composer avec des vents contraires en son sein. Le PS, comme l’UMP, est traversé de la sorte. Le débat sur l’ANI est exemplaire à cet égard.

3. Les autres formations politiques opposées à l’ANI, notamment les composantes du Front de Gauche, ont beau jeu de fustiger le PS dans son ensemble. Primo, l’ANI y est (malheureusement) largement majoritaire dans les rangs des élus socialistes. Secundo, et c’est de bonne guerre, chacun se bat pour incarner la meilleure des oppositions.

L’échange fut donc vif, ce mardi matin, vif et sincère.

« Hélas, c’est un recul de A à Z » lança Filoche à propos du texte. « Il n’y a pas une seule avancée, tout est mauvais, il n’est pas équilibré ».

« Ce n’est pas la loi mais le texte de l’ANI que Gérard Filoche critique. » répliqua le député Germain. « La loi répond à trois engagements fondamentaux de François Hollande« , et de citer le 35ème des 60 engagements du candidat: « je veux décourager les licenciements boursiers en en enchérissant le coût« . Les articles 13 et 14 répondraient à cette promesse. « Il disait aussi ‘je vais entrer les salariés dans les conseils d’administration' », engagement numéro 55 incarné dans l’article 5 de la loi. Enfin, engagement numéro 24, « il faut lutter contre la précarité », et le député de considérer que la taxation des contrats précaires ou l’obligation de négocier la proportion des contrats courts étaient deux avancées de ce point de vue-là.

Nous avons déjà commenté, ici, combien ce texte ne nous paraissait pas horrible mais simplement mauvais pour les droits des salariés. D’autres sont plus virulents.

Attardons nous sur l’un de ses points, le premier, le frein qui serait porté aux licenciements boursiers.

Pour Germain, les plans sociaux seront désormais soumis à un accord majoritaire des représentants des salariés ou une homologation par l’administration, sous peine d’être frappés de nullité. Filoche rappela sa réponse, déjà exprimée dans d’autres tribunes: le projet de loi assouplit par ailleurs les conditions de préparation et de définition et les délais d’exécution des plans sociaux. La contrainte d’un vote majoritaire lui paraît insuffisante et l’homologation n’est qu’une validation juridique et non pas économique du plan social.

Et boum.

Oui, cet échange fut vif et sincère. Et c’était tant mieux.

 

 

Il est à rattraper ici, ou en podcast.

 

Le mariage gay, dans la sérénité.

J’ai nombre d’amis qui sont hostiles à ce progrès du droit; Ils voient cela comme un premier pas vers la GPA ou l’homo-parentalité. Je suis favorable à la GPA et à l’homo-adoption.

L’avantage quand le désaccord porte entre amis est que cela permet de tester la force de l’amitié. On ne se balance pas nécessairement trop vite d’insultes et de raccourcis à la gueule. Ou presque. A ces amis, je leur dit : « ne vous inquiétez pas, cela va bien se passer ». La civilisation occidentale ni la civilisation tout court ne vont disparaître. Nous aurons des divorces d’homosexuels.

Etre parent n’a pour mois pas grand chose à voir avec le sexe. C’est un investissement très personnel, qui te dépasse et t’élève. Qui ne saurait être limité à la présence d’ovaires ou de spermatozoïdes. Il y a trop de souffrances dans certaines familles normales, trop dévastatrices. Mais c’est une conviction intime et lourde.

Le mariage pour tous n’avait pas grand chose à voir. Il s’agissait juste d’expliquer qu’il fallait cet alignement du droit qui ne retire rien aux autres.

J’ai conservé, j’espère, quelques relations avec des consoeurs et confrères opposés au mariage pour tous.

Nous pouvons accepter ces divergences sans tomber dans les caricatures du printemps français.