Twitter et le brouhaha

C’est un essai que nous irons lire, « Écrire à l’heure du tout-message » de Jean-Claude Monod. L’hebdo Marianne s’en fait l’écho dans sa livraison du week-end dernier.

Un essai sur ce brouhaha qui, à la lecture de cette première analyse, ressemble fort à une thèse défendue progressivement dans ses colonnes et ailleurs: comment comprendre puis de débattre sereinement dans ce brouhaha généralisé ?

« En adoptant les défauts de l’oral, l’écrit se constitue en bruit, devenant un bavardage, dessine les contours d’un brouhaha mondial. »

La salve est sévère mais elle résume assez bien un sentiment personnel qui n’a pas grand chose a voir avec la simple situation politique. La rapidité de nos réseaux sociaux, parfois, pèse lourd dans le manque d’analyse, de recul et de discussions.

Parfois.

Est ce inéluctable ?

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La manif contre tous

C’est une horreur, une aberration qui a le soutien de la frange droite de l’UMP, le clan Copéiste intoxiqué par les Buissonniens. La manifestation de ce 26 mai contre le mariage pour tous – débattu, voté, promulgué – est une horreur anti-républicaine dont il faudra se souvenir longtemps.

Il faudra s’en souvenir quand l’indignation pointera à l’occasion d’une nouvelle prière de rue.

Il faudra s’en souvenir quand ces participants invoqueront la République qu’ils viennent de bafouer.

Il faudra s’en souvenir quand certains de ces supporteurs en viendront à réclamer le soutien des électeurs. Notez les noms: Henri Guaino, Laurent Wauquiez, Hervé Mariton, Eric Ciotti, Brice Hortefeux, Philippe Gosselin, Christian Jacob, Patrick Ollier, Jean-François Copé.

Il faudra s’en souvenir dans 20 ans, 30 ans, 40 ans, quand la France regardera son histoire avec serrénité, on l’espère.

Il y a donc des cloches qui retentissent dans quelques églises, des « Hollande casse-toi », quelques  insultes contre Pierre Bergé, un effroyable mélange d’élus UMP avec les néo-nazis de Génération identitaire ou les pétainistes du Renouveau français, Civitas et les jeunesses nationalistes mélangées, des photographes caillassés, des femmes déguisées en nonnes à moins qu’elles ne soient réellement nonnes.

 

Il faudra s’en souvenir.

Chanson du dimanche: « On ne lâche rien »

La chanson sert à d’autres, mais elle reste sacrément motivante.

 

Burn out, les ravages du travail et d’ailleurs

Alors que Frédéric Santos, sur Ragemag, questionne la légitimité du travail, un livre personnel sur le « burn out » sort en librairie (*). Et l’interrogation surgit, vite et concise, sur Twitter.

L’épuisement  est-il l’une des conséquences du néolibéralisme ? Certainement mais pas seulement.

La pression professionnelle si extrême s’est largement propagée un peu partout que les « suicides » au travail nous choquent autant qu’ils se multiplient. « Rentabiliser » chacun de nos actes professionnels génère ce surcroît de pression qui en précipitent certains vers l’épuisement voire le suicide. Tout est devenu concurrence, les contrôles et filets de sécurité sont fragiles ou inexistants.

Mais le Burn Out menace ailleurs. L’épreuve d’une campagne politique n’est pas sans risque. Je me souviens de quelques moments d’épuisement dans la dernière ligne droite de Sarkofrance. La moindre contrariété prend  une ampleur inexplicable. Il fut sans conséquence. La victoire sauva les meubles. Immense soulagement, le corps et l’esprit récupèrent.

Respirez, résistez.

Tenez bon.

 

 

 

 

(*) Aude Selly, Quand le travail vous tue, histoire d’un burn-out et de sa guérison (Editions Maxima)

Non, Hollande n’a pas chanté d’ode à Schröder

C’est sans doute un manque d’inspiration, ou l’habituel procès d’intention qu’il fallait encore justifier. Quand Hollande se déplace à la cérémonie du 150ème anniversaire du SPD, quelques-uns scrutent, décortiquent, analysent son discours pour y voir les traces ou les preuves de son social-libéralisme à la Schröder.

Prenez l’exemple de Mediapart, via Lénaïg Bredoux, qui a commis un court billet titré : « L’ode de François Hollande à Gerhard Schröder ». 

L’accroche est belle. J’ai donc lu la suite. Un peu angoissé par l’idée que notre président traverse le Rhin pour faire chanter une ode à Schröder, je cherchais donc « l’hommage » dans le texte et la video qui, d’après Lénaig Bredoux, surpassait tous les autres. Je tombe enfin sur l’accusation, quelques mots du discours sorti de leur contexte:

Mais François Hollande a été encore plus loin en rendant un hommage appuyé à l’ancien chancelier Gerhard Schröder, présent dans la salle. « Le progrès, c’est aussi de faire dans des moments difficiles des choix courageux pour préserver l’emploi et anticiper les mutations industrielles. Et c’est ce qu’a fait Gerhard Schröder et qui permet aujourd’hui à votre pays d’être en avance sur d’autres. Ces décisions ne sont pas faciles à prendre, elles peuvent même faire surgir des controverses mais rien ne se construit, rien de solide ne se bâtit en ignorant le réel »

Pour appuyer sa « démonstration« , l’auteur assène que cette référence à Schröder « n’était pas prévue dans la dernière version écrite du discours ». Mon dieu ! Hollande est social-libéral contre l’avis de ses plus proches collaborateurs !

Troisième et dernière « preuve » que Hollande est si schröderien, il choisit ses hommages: « Dans son discours, François Hollande a par ailleurs renoncé à citer deux des cofondateurs du SPD, marxistes revendiqués, August Bebel et Karl Liebknecht. » Hollande a aussi osé louer le congrès de Bad-Godesberg, en 1959, où le SPD rompit « officiellement » avec le marxisme. Une « preuve » de plus de sa propre conversion au « social-libéralisme« .

Ah ! Quelle démonstration !

Surpris de l’évident décalage entre l’accusation (« L’ode de François Hollande à Gerhard Schröder »)
et ma perception, j’écoute donc le discours de Hollande, retransmis par Elysée.fr et Mediapart; une version écrite, conforme à celle prononcée sur place, est d’ailleurs en ligne.

1. Oui, Hollande a rendu un hommage à Schröder, comme à 6 autres dirigeants du SPD: Helmut Schmidt (chancelier SPD 1974-1982) et Erich Ollenhauer (président du SPD 1952-1963) pour la construction européenne, Otto Wells (président du SPD en 1933) pour sa résistance au nazisme, Kurt Schumacher (président du SPD 1946-1952) pour la reconstruction d’après-guerre, Willy Brandt (chancelier, président du SPD 1946-1987) pour l’ouverture à l’Est …Hollande devait-il occulter Schröder de son discours ? Ben non.

2. Hollande a rendu un hommage à la « social-démocratie » allemande, en trois points, dans l’ordre: la « démocratie« , le « progrès« , et le « réalisme« . Mediapart aurait pu citer un morceau plus complet du discours, qui comprend l’extrait relatif à Schröder:

Au moment où fut fondé le SPD, le progrès c’était « la fixation de salaires minima, l’enseignement gratuit, l’assurance maladie, la liberté d’association, la réduction de la durée du travail, la création de coopératives de production ».

Tout cela fut acquis au cours des décennies qui suivirent et largement étendu à l’ensemble du continent européen.

Grâce à l’action et à l’influence du SPD, le progrès prit ensuite la forme de la démocratie sociale avec la reconnaissance des droits des salariés à être informés et consultés sur les choix stratégiques des entreprises, avec la culture du compromis pour faire évoluer le droit du travail et avec la négociation entre partenaires sociaux pour faire évoluer l’Etat providence.

Le progrès, c’est aussi de faire des réformes courageuses pour préserver l’emploi et anticiper les mutations sociales et culturelles. Et c’est ce qu’a fait Gerhard Schröder et qui permet aujourd’hui à votre pays d’être en avance sur d’autres. Ces décisions ne sont pas faciles à prendre, elles peuvent même faire surgir des controverses mais rien ne se construit, rien de solide ne se bâtit en ignorant le réel .

Quelle ode !

Mediapart a raté l’essentiel. Car ce discours n’était pas consacré ni même relativement centré sur Schröder. Il est très curieux que Mediapart ait complètement loupé le sujet principal, presque obsessionnel du propos présidentiel livré à cette occasion: l’ode au compromis. Hollande l’a servi à toutes les sauces, sur tous les tons, dans tous les chapitres: compromis social, compromis européen, culture du dialogue, etc…

« Le compromis n’est pas un arrangement mais un dépassement. »

Conclusions: on peut être (mollement ou fortement) opposé à la loi de flexi-sécurité récemment votée en France (c’est mon cas) sans pour autant procéder à de telles caricatures.

Il y a des jours où mon surmoi masochiste aimerait que Hollande fasse enfin du Schröder. Histoire de certains réalisent combien ils ont crié trop tôt et trop fort.

Questions de popularité

Il est difficile d’apprécier ces sondages tant ils obsèdent notre réalité politique. Il ne se passe pas une journée sans qu’on assène combien Hollande est impopulaire.

Et puis un jour, on regarde un sondage et on est surpris. Finalement, nos ministres sont … populaires, et parfois de plus en plus.

Surpris.

Amusons nous de l’exercice quasiment hippique …

Dans sa dernière livraison, celle du 17 mai dernier, l’iFop pour Paris Match propulse donc 11 personnalités de gauche, dont 9 ministres, dans le Top 20 des plus populaires…

Quatre ministres progressent même. Certains seront surpris de voir que Manuel Valls franchit la première place, avec un stable 65%, ce qui fera grincer. Michel Sapin, pourtant promoteur d’une loi également très critiquée à gauche – la loi de flexi-sécurité – progresse d’un rang (7).

Les meilleurs bonds sont à trouver chez Arnaud Montebourg (11ème), et Najat Vallaud-Belkacem (qui perce à la 12ème place, +3).

popularite

Comme le monde n’est pas parfait, on relèvera que Nicolas Sarkozy pointe à la 19ème place, à 50%…