Leçons chypriotes et islandaises

Le cas chypriote fut un bel exemple de confusions des arguments. On a tout entendu sur le sujet quand il s’est agit de régler le cas de ce paradis fiscal submergé par un risque de faillite bancaire. A gauche, on fustigea les « 27 salopards » qui, une fois de plus, faisaient payer les peuples pour sauver les banksters.

La réalité était plus grise, mais il était difficile de faire entendre ce point de vue .

C’est l’un de ces économistes atterrés que nous aimons qui nous l’explique très simplement, Henri Sterdyniak.

A Chypre, écrit-il en substance, l’Union Européenne a bien agi contre les banques. Car Chypre s’est développée suivant le modèle que nous exécrons bien volontiers, la défiscalisation générale des placements financiers. « Elle avait sa clientèle toute trouvée : les capitaux russes, issus du pillage qui a suivi la chute de l’URSS. » Il fallait faire le ménage dans les écuries d’Augias: « Face à un tout petit pays, l’Europe a pu se montrer rigoureuse. Ce sont les actionnaires, les créanciers, les gros déposants, qui devront payer les pots cassés. Pas les citoyens européens. » On sent l’ironie, Henri Sterdyniak a raison. Chypre est un modèle du genre parce que l’île est petite, suffisamment petite pour qu’on démembre des banques fautives et prélève sur les dépôts. Inutile de penser que pareil remède serait appliqué à de plus grandes économies.

Mais à Chypre, le peuple paiera aussi. « Comme les Grecs, les Portugais, les Irlandais et les Espagnols, les Chypriotes devront se plier à un plan d’austérité rigoureux défini par la Troïka (BCE, Commission Européenne, FMI) ; ils devront réduire drastiquement leur protection sociale et leurs services publics. » 

Que penser ? Qu’il ne fallait pas ériger la résolution chypriote comme un modèle européen.

Que partout les peuples payent aussi l’addition.

Est-ce à dire que l’on ne sait pas faire d’omelettes sans casser des oeufs ?

Il y a pire, en Islande, autre exemple simplifié par nos politiques et militants dévoués. L’Islande a dit merde à ses banquiers mais sauvé ses banques en 2008. On s’en souvient. On s’est tous mis à croire qu’un pays isolé quelque part près de la banquise avec ses 300.000 habitants pouvaient servir de modèle de sortie de crise.

L’Islande, donc, a suivi un chemin courageux avec sa « révolution des casseroles« .  « Le Parti de l’Indépendance, jusqu’ici force dominante incontestée du système politique islandais, est balayé par la révolte populaire » nous expliquait le Parti de Gauche.

En 2013, les élections législatives du pays ont produit ce résultat détestable qui consista à replacer le camp défait au plus fort de la crise aux commande du pays. La gauche, portée au pouvoir pour faire le sale boulot, a été vidée cinq plus tard. C’est finalement un parti de centre-droit, arrivé troisième, qui est chargé de chercher la bonne coalition. Vive la proportionnelle intégrale !

Funeste destin qui m’en rappelle un autre que nous ne voulons pas. Le plus curieux et réjouissant est que cette gauche islandaise était portée aux nues par ceux-là même qui constituent en France l’opposition dite de gauche à François Hollande. « Au pouvoir depuis 2009, la coalition socio-démocrates/gauche-verts recueille moins de 25% des suffrages exprimés à l’occasion des élections législatives de samedi dernier » commente Arrêt sur images.

Finalement, ce sont donc le Parti de l’Indépendance (droite) et le Parti du Progrès (centre-droit) qui l’ont emporté.

« La politique de libéralisation du secteur financier menée par les deux partis à l’époque où ils étaient ensemble au pouvoir, de 1995 à 2007, a été jugée responsable de la faillite du système bancaire de l’Islande en 2008. » Le Monde, 2 mai 2013

En Islande, au moins, les partis politiques ont des noms réjouissants: Avenir radieux, Parti de l’indépendance, Parti du progrès

Les peuples n’ont parfois pas de mémoire, n’est-ce pas ?

Soyons solidaires.

 

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« Aidez-nous »

Mediapart a livré un joli « Live », désolé pour l’anglicisme, même ce site s’y complait.

Il y avait donc Jean-Luc Mélenchon face à Pascal Durand, le secrétaire général d’EELV. Edwy Plenel, qui avait laissé sa casquette d’investigateur en chef (*) pour celle d’agent matrimonial de la gauche, s’interrogeait de savoir pourquoi EEL, malgré son accord sur le fond, se trouvait dans l’incapacité de rejoindre le FDG pour mobiliser « le fond de la société » tout en restant au gouvernement.

Sur le coup, je me suis dit comme sur Twitter: « Oh wait… »

Non mais mais sans rire…. quel alliance politique supporte la gouvernance commune et la dissidence du weekend ? Prenez Israël et son formidable système politique qui refond les majorités gouvernementales à chaque élection. Avez-vous vu un membre du gouvernement manifester contre le gouvernement ? Ben non. Merci, au-revoir.

« Venez avec nous ! Nous pèserons beaucoup plus fort sur un certain nombre de sujets »

 

 

«En direct de Mediapart» : Le débat Jean-Luc… par Mediapart
(*) Rappelez vous combien ce mélange non assumé des genres –  chevalier blanc de la vérité / gauchiste qui nous plait – nous obsède et nous dérange.

Bérégovoy, 20 ans après…

… et un jour.

Je n’étais pas en France quand il s’est suicidé. J’allais rendre ma carte du Parti socialiste quelques mois plus tard. La mort de Pierre Bérégovoy, sur fond de Mitterrandie à bout de souffle, une atmosphère de fin de règne, l’envie médiatique d’en découdre, l’impasse du chômage, et une droite qui n’attendait que sa revanche.

A l’époque, les espoirs, à gauche, étaient logés chez les Verts. On espérait enfin qu’ils assument leur ancrage à gauche, ce qu’ils furent une fois débarrassé de quelques environnementalistes tels Antoine Waechter.

Avec le recul, la mort de Pierre Bérégovoy ressemble à un épilogue des années 70. Un truc que l’on ne comprend pas sur le coup, un évènement vierge de buzz et tintamarre 2.0 puisque nous ne pouvions gloser sur Twitter, Facebook ou je ne sais quel réseau. Un évènement qu’il fallait digérer seul ou avec quelques proches, sur la simple base de ce que les médias nous disaient.

Je suis resté longtemps à lire et relire cet exemplaire du Monde qui m’appris la nouvelle.

 

Mélenchon et le petit spectacle de France Inter

Pourquoi faudrait-il bloguer, tweeter, échanger dans la joie paisible et la bonne humeur prosélyte ?

Politiquement, on a largement de quoi s’insulter. Après tout, il y a peu de chemin de la critique à l’outrance. « Moi aussi, je t’emmerde » ai-je souvent envie de répondre à certains qui (nous) tombent du ciel ou dessus. Ce mardi 30 avril, il fallait rester plus zen, car la situation ne le méritait pas.

Qu’a-t-on fait pour mériter tout ça ?

Mardi 30 avril, veille de fête du travail, Jean-Luc Mélenchon déboitait quelques mâchoires en déclarant sur France Inter qu’il lui semblait absurde de vouloir sensibiliser les enfants dès la classe de 6ème à l’entrepreneuriat qu’il assimilait, implicitement, à la cupidité. J’exagère ? A peine. Quand Patrick Cohen, avec ses gros sabots de l’intervieweur qui ne cherche

Allo, quoi ? Mélenchon, tu fais chier à tomber dans le panneau, le petit jeu du mistigris, du petit spectacle. Il paraît – m’a dit plus tard une estimée consoeur Twittos militante du Parti de Gauche – que le reste de l’itv fut formidable. Je veux bien la croire. Mais c’était trop tard. Il faut éviter d’être trop impulsif.

Ces interviews sont des micro-spectacles sans davantage d’intérêt que le spectacle. Tous nos politiques le savent. Celle, matinale, de France Inter, a le maigre avantage de tenir une vingtaine de minutes éparpillées sur quarante, entre 8h20 et 8h55. Mais combien d’arguments de plus de trois phrases d’affilée avez-vous donc entendu sur cette antenne ? Que dire du speed-questionnaire d’Elkabach sur Europe1, ou du show prémâché de quelques secondes de Jean-Michel Aphatie. Paradoxalement, Jean-Jacques Bourdin, sur RMC, est celui qui s’en sort le mieux, simplement et frontalement.

Sur France Inter, Mélenchon a fait le spectacle. Il est toujours plus brillant que d’autres, dans cet exercice sans intérêt mais nécessaire puisque la gente médiatique dominante ne propose que cela.

Le matin, mon secret de bonne humeur radiophonique est ailleurs, sur France Culture. Des journalistes et des invités peuvent articulés des arguments à paragraphes. On sent, on entend qu’ils savent qu’ils ont le temps de nous convaincre, ou pas.

Sur France inter, hier matin, Patrick Cohen et Jean-Luc Mélenchon jouaient au clash, sur des sujets aussi formidables que les auditeurs-trolls ou les entrepreneurs cupides.

Comme disait l’ami Birenbaum le 27 février dernier, quand on a connu Polac et Droit de réponse – premiers moments de télévision nocturne – on ne peut être que déçu.

Ah… Qu’a-t-on fait pour mériter tout ça ?