Robespierre, eux et nous


Alexis Corbière a commis un court bouquin, avec Laurent Maffeïs, au titre provocateur: « Robespierre, reviens ! »

L’ouvrage se veut une défense de l’ancien révolutionnaire, guillotinné à son tour en juillet 1794. Il répond surtout à différentes attaques dont Jean-Luc Melenchon fut victime quand il osait se réclamer de l’héritage révolutionnaire et notamment de Maximilien Robespierre.

Reconnaissons l’effort de pédagogie. Le texte est concis, accessible. Il livre suffisamment de textes et de références pour ridiculiser celles et ceux qui caricaturent Robespierre en dictateur sanguinaire et solitaire.

Dans un premier temps, les auteurs s’attachent à nous convaincre que (1) Robespierre ne correspond pas à la caricature de dictateur qu’on en fait aujourd’hui; (2) qu’il n’était pas seul à décider des exécutions; (3) que la France était en guerre (et en guerre… Comment dire… On doit recourir à des moyens que la paix réprouve); (4) que Robespierre préférait la paix; (5) qu’il s’est résigné à la guillotine contre ceux rendus coupables de meurtres directs ou indirects. Les auteurs produisent également quelques preuves pour innocenter Robespierre , au moins partiellement, de certaines des exactions les plus terribles qui ont frappé le pays dans la dernière période de la Révolution Française (et notamment les massacres conduits à Nantes par Carrier).

Corbière a bien raison sur deux points: on peut se demander dans quel camp se situeraient les historiens de la derniere heure qui disqualifient aujourd’hui Robespierre et plus largement la Révolution française; et il faut rappeler l’histoire pour éviter que quelques réactionnaires ne la réécrivent pour nous. Le combat de la mémoire est un vrai combat. Contre la Révolution de 1789, les attaques ont été nombreuses et viennent de loin.

Ceci étant dit et rappelé, je reste mal à l’aise devant ces tentatives de légitimation ou de procès anachroniques. Nous sommes en 2013 et non en 1793. Il faut, comme le fait Corbière, défendre la mémoire quand elle est attaquée, mais point trop n’en faut.

Je me fiche de savoir si Robespierre mérite qu’un square porte son nom.

. Sans doute Corbière et Maffeïs ont ils raison de grossir le trait, de durcir l’argument tant les outrances des Copé, Gollnisch, (Lorant) Deustch, Onfray, Joffrin et Barbier ont été nombreuses et violentes. L’ouvrage n’est pas historique, il est politique. Il s’agit de défendre Melenchon et ses références. Soit.

Mais quand nous sommes entre nous, nous pouvons nous avouer qu’il est bon et sain de regarder les moments durs de l’Histoire avec lucidité. Que nous pouvons faire preuve d’un peu de relativisme sans tomber dans cet horrible confusionnisme qui assimile le jacobinisme au nazisme.

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12 réflexions sur « Robespierre, eux et nous »

  1. Je ne doute pas que ce livre est intéressant -et je vais l’acheter- (c’est mon côté « contradictoire »)mais il y en a assez de ces références ou comparaison à l’Histoire. Juan tu le dis très bien : nous sommes en 2013 ! Il est évident que la Révolution a été « sanguinaire » (toutes ces têtes coupées, parfois pour pas grand-chose ou rien). Le Parti se fait « rentrer dedans » avec les 80 millions de morts sous le régime de Staline (je ne me sens pas coupable de ces morts, je ne suis pas russe) et j’ai toujours condamné le régime soviétique. Maintenant avec JLM c’est Robespierre, c’est Danton…. ouf !!! Qu’en sera-t-il lorsqu’on arrivera au 1er envoi sur la lune ?

  2. Ces gens qui accusent systématiquement ROBESPIERRE et à travers lui, les révolutionnaires français ayant mis la monarchie et les privilèges à terre, tandis qu’ils encensent un général de Gaulle ayant pourtant, lui aussi quelques coins d’ombres à se reprocher, tant à la Libération en récupérant certains collabos comme Papon ou encore en abandonnant les Harkis aux mains des fellagas, à la fin de la guerre d’Algérie. Mais là çà devait faire partie de l’incontournable réelle politique pour les Copé, Deutch, Onffay, Barbier et consors… Deux poids, deux mesures, comme toujours à droite. ARAMIS

    http://www.monbestseller.com/manuscrit/et-un-poulet-rouennais-sauce-pruneaux-un

  3. Salut Juan, merci, j’irai voir si la bibliothèque municipale à l’ouvrage dispo.en rayon. Question »terreur », avec l’abolition de la peine de mort en 1981 (Il était temps, Histoire d’éviter de passer pour des barbares), nombre de politicard(e)s, »hauts fonctionnaires »€T potentats lobbyistes n’ont plus qu’à redouter les cellules V.I.P. Pour ma part, j’ai déjà posé la question de savoir ce que vous penseriez d’1 VIème R.F.² (Pour Fédérale) sous contrôle des citoyen(ne)s, avec des élu(e)s devant répondre de leur programme & actes en cours de mandat unique ? Renouvelable ? & si oui, combien de fois ? Je doute que les privilèges issus de la monarchie subsistent : fin de la Vème »r.M.B.f. », nouvelle(s) constitution(s) + réformes d’intérêt général de la Justice, administration, fiscalité, via le Net tel qu’en €stonie. Ceci me semble possible, & vous, citoyen(ne)s, qu’en pensez-vous ? La France & l’U.E. ne sont-elles pas en guerre économique ? Combien de décès prématurés en relation avec cet environnement pourri ?

    1. Salut, j’en doute, toutefois, l’esprit de 1793 dans l’optique d’1 VIème R.F.² sous contrôle des citoyen(ne)s qui voteraient les lois via le Net tel qu’en €stonie est tout @ fait envisageable & possible. Ceci responsabiliserait & personne ignorerait la Loi. Retrouver la Liberté, l’Egalité & la Fraternité serait +tôt sympa

  4. « Ceci étant dit et rappelé, je reste mal à l’aise devant ces tentatives de légitimation ou de procès anachroniques. Nous sommes en 2013 et non en 1793. »

    Et quel est le délai qui vous semble correct pour que le rétablissement de la vérité historique ne soit pas de l’ordre du « point trop n’en faut » ?

    1. ce n’est pas exactement le sens de la citation que vous sortez dans votre commentaire: je voulais dire que je me méfie des « si j’y étais, voilà ce que j’aurai fait » à deux cent ans d’intervalles…

  5. Je n’ai pas lu ce bouquin à mes yeux sans intérêt mais sans doute l’auteur doit nous expliquer que les montagnards minoritaires à la Convention ont pris le pouvoir avec des gants blancs et décrété la Terreur pour rire. Heureusement cette aventure qui n’a rien de révolutionnaire n’a durée qu’à peine plus d’un an jusqu’à l’exécution de Robespierre et de ses amis..
    Que des mecs comme Corbières, révolutionnaire en carton, en fasse un livre est très révélateur

    1. Ouch mais que tu es méchant, camarade. Le bouquin est bien fait. Et je suis assez sensible à la contre-révolution historique que certains verbeux de lUMP veulent entreprendre.

  6. Quelque part nous sommes tous des « révolutionnaires en carton », nous levons le poing devant notre ordi mais avons peur de descendre dans la rue. Nous l’avons vu en 2010 lors de la bataille sur les retraites toute la population active salariée aurait dû être dans la rue (à part bien sûr le CAC40 car il se définit comme tel… mais pas avec le mm salaire). Aujourd’hui avec l’ANI qui est passée comme « une lettre à la poste » alors que les discussions sur le mariage pour tous (non pas que je minimise l’importance) ont pris leur temps à l’A.N. sans qu’il y ait un mot d’ordre. On nous a habitué à courber l’échine pour éviter les coups et on a perdu de vue qu’il y a encore des Bastille à prendre….. peut-être que Robespierre nous redonne l’envie de le faire ?

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