Lanceurs d’alerte, nécessaires.


C’est un joyeux concert, un combat facile, binaire à souhait mais indispensable. N’y voyez aucun mépris, pas même une critique. Juste un peu de cynisme et de terreur personnelle.

Le sujet est simple: depuis quelques temps déjà, nous recevons quelques milliers d’informations supposées confidentielles grâce au sacrifice de « lanceurs d’alerte ». Le concept n’a qu’une vingtaine d’années.

Dans un excellent film, LES TROIS JOURS DU CONDOR de Pakula, que j’invite à revoir, paranoïaque à souhait et si illustratif d’une belle époque de vigilance citoyenne aux Etats-Unis, [ATTENTION SPOILER] le héros croyait s’en sortir en allant se confier à un journal de grande audience.

Il croyait.

Nous sommes en 2013, et la diffusion numérique nous permet de lâcher quelques-uns des plus graves secrets en quelques clics.

Le problème vient ensuite. Comment vivre ou survivre une fois que le « mal » est fait.

Le soldat Manning vient d’écoper de 136 années d’emprisonnement. Edward Snowden sera sans doute jugé par coutumace. Il y eut Wikileaks, et son Julian Assange cloitré dans une improbable ambassade étrangère à Londres. Il y en aura d’autres.

En tant que citoyens, il nous est impossible – il devrait nous être impossible – de critiquer ces démarches. On peut attaquer certains de leurs détails – la mise en danger de la vie d’agents infiltrés est un crime, n’est-ce pas ? Mais la dénonciation d’un espionnage généralisé est aussi louable que le combat d’Irène Frachon contre les ravages du Mediator.

Alerter est un devoir.

Je n’en voudrai pas aux Etats qui lutteront contre. C’est pour eux une question de survie. J’imagine les réactions effrayées de nombres de pontes militaires ou technocratiques. Nous sommes donc en guerre mais qui peut avoir envie d’une anarchie générale ?

J’en voudrai à quelques politiques qui veulent nous faire croire que ce serait différent avec eux. Au mieux, la sanction sera moins forte.

Il y a déjà des abus. Un président de conseil général, par ailleurs centriste de l’UDI, s’est permis d’interdire tout nouvel accueil de mineurs étrangers isolés par le service de l’aide sociale à l’enfance en Mayenne. Il paraît que c’était pour alerter sur la situation dramatique des immigrés clandestins, dixit l’un de ses collègues de l’UDI. C’était surtout ignoble.

Les lanceurs d’alerte, les vrais, ceux qui dévoilent ce qui ne devraient pas l’être dans le secret des Etats ou des entreprises, sont l’un de ces indispensables contre-pouvoirs, insuffisants mais nécessaires.

 

 

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4 réflexions sur « Lanceurs d’alerte, nécessaires. »

  1. A propos des Snowden/Greenwald/Poitras je vous recommande cet article qui bien que très long est passionnant.
    Au travers d’un très long article du journaliste presque-“dissident” Peter Maass sur Laura Poitras, coéquipière de Greenwald dans l’“opération Snowden”, c’est un portrait de la “résistance antiSystème” qui est tracé. • Poitras, bien moins connue que Greenwald, est la stratège et l’organisatrice de l’“opération Snowden”. • L’article est révélateur de la modernité comme outil de la résistance antiSystème, en retournant la modernité contre le Système, celle-ci devenant ainsi elle-même le principal moyen de déstructuration-dissolution-entropisation du Système. • L’article, et ses héros, méritent une analyse spécifique.
    http://www.dedefensa.org/article-notes_sur_deux_r_sistants_antisyst_me_19_08_2013.html

  2. 136 années de cabane pour avoir osé dire la vérité. Tu parles d’un système démocratique et « libéral »… Par contre ce pays de liberté n’a pas daigné envoyer en taule un VON BRAÜN, l’ingénieur concepteur des V1 et V2 ayant tué des milliers de personnes, non là on l’a récupéré pour faire des fusées en le payant à prix d’or.

    Belle moralité pour ce pays de puritains racistes ne crachant pas sur la peine de mort et la libre vente des armes à feux… ARAMIS

  3. QUESTION : Les journalistes sont-ils des lanceurs d’alerte, exemple : Médiapart et l’affaire Cahuzac ?

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