L’affaire Dray et les fuites de l’Elysée


Le 19 décembre 2008, Julien Dray a fait l’objet d’une pleine page dans le Monde. L’article, sous la plume de Gérard Davet (le même qui a co-enquêté sur le trafic d’influence de Nicolas Sarkozy ces dernières semaines), détaillait même une perquisition qui venait d’avoir lieu, ce qui supposait de très bonnes sources.

A l’époque, nous nous étions étonnés, comme d’autres, des sources possibles du journal Le Monde.

Nous supposions que Claude Guéant, ou n’importe quel autre sbire de Sarkofrance, était la Gorge Profonde qui avait livré ces secrets d’enquête.

Il fallut attendre 5 ans et trois mois pour obtenir cette confirmation officielle, par le Monde lui-même.

Dans un article signé par Gérard Davet et Fabrice Lhomme le 13 mars dernier (Le Monde daté du 14), on peut lire ceci:

« En décembre 2008, c’est également à l’initiative de l’Elysée que fuita le contenu d’un rapport de Tracfin – le service antiblanchiment de Bercy – et de l’enquête préliminaire diligentée à sa suite, visant le député socialiste de l’Essonne, Julien Dray. »

Merci pour la vérité, et notre éclairage.

5 réflexions sur “ L’affaire Dray et les fuites de l’Elysée ”

    1. Dray est devenu le vilain petit canard à force de fuites dans la presse savamment distillées. Des erreurs judiciaires suite à des cabales ce n’est pas ce qui manque surtout quant on sait les pressions exercées sur justice et police. Dray est la bonne tête de Turc pour ceux qui le voient comme un obstacle à leurs ambitions. Et je ne vise pas Malek Boutih🙂

  1. La droite et son extrême sont friands de de fuites :

    L’affaire des fuites remonte au 8 septembre 1954 quand François Mitterrand, ministre de l’Intérieur du gouvernement du président du Conseil Pierre Mendès-France, (Président de la république René COTY) apprend qu’il est l’objet d’une enquête de la part du président du Conseil effectuée depuis deux mois par les services secrets. Au début du mois de juillet, le commissaire Jean Dides (marqué extrême droite), plus particulièrement chargé de surveiller le Parti communiste, laisse entendre que Mitterrand serait à l’origine de fuites.
    À l’origine, il s’agit de notes d’une réunion du Comité de défense nationale qui aboutissent « miraculeusement » sur le bureau du responsable communiste Jacques Duclos. On est alors en pleine guerre froide, la transmission de secrets militaires à des communistes est un acte de haute trahison. Un climat de suspicion fondé sur de nombreuses rumeurs franchit le seuil de l’Assemblée nationale.
    François Mitterrand ne supporte pas cette ambiance délétère, ces accusations proférées sous le manteau, poursuivant plusieurs journaux en diffamation, diligente contre-enquêtes, filatures et perquisitions. Cette fois-ci en tout cas, la lumière est faite sur cette affaire, il s’agit au départ d’un complot ourdi par l’extrême-droite pour stigmatiser François Mitterrand, trop favorable à son gré aux populations autochtones de « l’empire colonial » français, compromettre le gouvernement de Pierre Mendès-France ainsi que le PCF dans une affaire de haute trahison. Mais remonter aux sources est plus difficile qu’il n’y paraît même si les objectifs sont transparents. Bien que Pierre Mendès-France ait toujours soutenu son ministre, François Mitterrand eut du mal à accepter qu’il ne lui ai rien dit pendant les deux premiers mois.

  2. En attendant tout cela, une nouvelle fois fait le jeu du club des « Tous pourris »

    Sondages (BFMTV?)
    Pour 7 Français sur 10, les politiques sont « le plus souvent corrompus ».

    Il est vrais aussi que la formulation de la question doit avoir son influence…

  3. Mouis bof

    Il n’y avait pas grand chose à supposer dans l’affaire: il y avait un communiqué du parquet, assez alambiqué. Il est d’ailleurs reproduit sous l’article du monde mis en lien:

    « A la suite des révélations au parquet de Paris de l’organisme de surveillance des flux financiers Tracfin, le procureur de la République [Jean-Claude Marin] a été amené à ordonner une enquête préliminaire sur des détournements de fonds, commis à des fins apparemment personnelles, au préjudice des associations Les parrains de SOS-racisme et de la Fédération indépendante et démocratique des lycéens (Fidl) », a déclaré le parquet dans un communiqué. Le nom du député socialiste de l’Essonne Julien Dray, dont le domicile parisien a été perquisitionné vendredi matin dans le cadre de cette enquête ouverte le 10 décembre, n’est pas cité dans le communiqué. Le parquet de Paris précise que le signalement de la cellule antiblanchiment du ministère des Finances, Tracfin, a été effectué le 28 novembre. – (avec AFP)

    Dans cette affaire, c’était le procureur de la république de Paris qui se faisait le porte voix du pouvoir (mais il était dans une situation compliquée, en fait). Là-dessus, il suffit de tirer de votre bibliothèque le who’s who de l’administration française, de voir qui il y a au-dessus de lui et de remonter la piste. Mais vous voulez qu’elle aille où, la piste? C’est un communiqué du parquet. Le plus simple, c’est de prendre un plan de Paris et de trouver la place Vendôme.

    Et Tracfin, cékoi? Bon allez, on se complique pas la vie: on lâche pas le plan et on cherche Bercy.

    Deux ministères, donc.

    Tout cela nous mène directement à Matignon (depuis Bercy, faut prendre la ligne 6, changer à Montparnasse, prendre la 12, descendre rue du Bac), puisqu’il s’agit de ministères, et comme il s’agissait d’un coup de pute, à l’Elysée. Une fois là, on demande le chemin des chiottes qui mène directement au bureau du conseillers spécialisé en coups de pute. Et là, on trouve qui, je vous le demande? Le Cardinal.

    Mais il s’agissait d’une enquête préliminaire et pas d’une instruction. A ce sujet-là, et puisque nous causons de la transmission d’éléments d’un dossier d’enquête à des personnes qui, normalement, n’y ont pas accès, voilà ce que rappelle Wiki, sur le procureur Marin:

    « Après son soutien à Julien Dray, Jean-Claude Marin a proposé aux avocats de ce dernier une « procédure sur mesure » pour reprendre la formulation du journal Libération dans son édition du 9 juillet 2009. Le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, a annoncé au député de l’Essonne et à ses avocats qu’ils auraient communication du rapport d’enquête préliminaire sur ses comptes, pour qu’il puisse livrer ses observations, avant que le parquet ne décide de la suite à donner à l’affaire. Il est tout à fait inhabituel qu’une enquête préliminaire soit ainsi communiquée. « C’est une expérimentation », a précisé le parquet ».

    Effectivement, il est assez inhabituel de communiquer à une personne visée par une enquête préliminaire les éléments de son dossier. Cette « expérimentation » assez audacieuse du parquet a suscité les réactions suivantes, toujours selon Wiki:

    « Contestant vouloir une « procédure taillée sur mesure » pour Julien Dray, Jean-Claude Marin a exprimé dans le journal Le Monde l’opinion suivante « On n’a pas le droit de continuer à faire de la justice financière au carbone 14, surtout lorsqu’on se trompe de cadavre. » Cette déclaration « énigmatique » (selon le journal Libération) a suscité quelques commentaires négatifs « C’est l’arbitraire le plus total, dénonce ainsi un magistrat du pôle financier. C’est hyperchoquant (sic) pour tous ceux qui ont fait l’objet d’une enquête préliminaire. Certains pourraient saisir la juridiction administrative. Si ce n’est pas une procédure taillée sur mesure, pourquoi l’envisager seulement en matière financière, pourquoi pas aussi en matière de stups, ou de terrorisme ? » ».

    Sarko est dans une situation relativement proche de celle de Dray: il est mis en cause dans un certain nombre d’affaires, qui sont des instructions, au point qu’on s’y perd:

    http://www.francetvinfo.fr/nicolas-sarkozy/ou-en-sont-les-affaires-dans-lesquelles-nicolas-sarkozy-est-mis-en-cause_548691.html

    Mais, il n’est pas mis en examen, ou plus mis en examen, si bien qu’il n’a pas accès aux dossiers.

    Bizarrement, le contenu de ces dossiers, pourtant couverts par le secret de l’instruction, fuite dans la presse, si bien que Sarko, présumé innocent, peut lire dans le journal ce qu’on lui reproche sans lui reprocher formellement et sans qu’il puisse se défendre, puisqu’il n’est pas mis en cause formellement.

    Lui aussi a donc un accès à son dossier, sous une forme « expérimentale »: il peut lire dans le journal l’état d’avancement des enquêtes qui le concernent et mesurer la progression de la rumeur dans l’esprit du public.

    Mais le plus drôle n’est pas là: le président de la république actuelle, son premier ministre, son ministre de l’intérieur et même son ministre de la justice sont obligés de feindre de ne rien savoir de tout cela car, par une bizarrerie du droit français, ils sont réputés ne pouvoir avoir accès au dossier sans violer le secret de l’instruction, ce qui est justement l’un des griefs reproché à notre ancien chef de l’Etat. Si. Oui je sais, cela paraît incroyable, surtout dans le cas du ministre de la justice. On se demande bien comment il peut faire son job sans être informé. On se demande aussi comment le ministre de l’intérieur arrive à faire le sien.

    Donc, résumons: le principal intéressé, publiquement mis en cause, n’a pas accès à son dossier, mais il peut le lire dans la presse. Sa présomption d’innocence est depuis longtemps une pure fiction que je ne donnerais même pas à mon chien pour qu’il la rogne et, en plus, il ne peut même pas se défendre puisqu’on ne l’accuse formellement de rien, même si son téléphone est sur écoute. Et le pouvoir exécutif, qui est quand même censé gouverner ce pays aux dernières nouvelles, feint de ne pas avoir non plus accès à son dossier et tente de faire accroire qu’il ne s’informe des affaires en cours qu’en lisant les journaux, au point qu’on se demande à qui les procureurs rendent des comptes dans ce pays. Visiblement, au journalistes et à eux seuls. Et les flics, pareil. Ben voyons.

    Tout cela est très très drôle. Du pure foutage de gueule, mais c’est marrant.

    Enfin marrant, ça se discute: on a là un concentré des vieilles névroses françaises à propos de la séparation des pouvoirs et notre incapacité à la gérer de façon mature.

    Et pour couronner le tout: l’affaire Buisson. Le micro dans le bureau ovale. Air force One en détresse. On a espionné les prouts du président. L’intimité de l’Etat déversée sur Atlantico.

    J’aurais été un scénariste hollywoodien et j’aurais proposé un scénar comme ça à des producteurs, je me serais fait virer de leur bureau à coups de pompes dans le cul. Pourtant c’est notre vie. incroyable.

    Vous auriez imaginé un bordel pareil, vous?

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