Pour une opposition de gauche constructive


Je comprends la rage, pas l’obstination inefficace.

Je comprends l’énervement devant le piège médiatique qui enferme l’opposition de gauche dans un faux tête à tête avec le FN, contre ces éditocrates dérangés qui la caricature en « populisme » frontiste.

Je comprends l’envie d’en découdre devant le silence des uns (Hollande), le mépris des autres (Valls).

Je comprends cette rage contre le système, cette sensation d’étouffement que j’ai moi-même ressentie en mai 2007. Mais je ne comprends pas pourquoi certains pensent encore que l’invective finit par rallier qui que ce soit.

Ces élections municipales ont révélé quelque chose d’assez formidable: les électeurs sont intelligents. Certains au Front de gauche voulaient un front uni. Ils ont raillé le ralliement des communistes aux listes socialistes à Paris, Grenoble ou ailleurs. Ils ont déploré, en termes parfois violents, cette explosion temporaire du FDG.

Mais finalement, observez le résultat: d’autres alchimies se sont faites jour, des alliances PC/PS, PS/FDG, PS contre FDG, etc. L’exemple grenoblois est révélateur: EELV s’est décrochée du PS pour s’allier au Parti de gauche, avec succès. Loin des invectives et des haines au sommet, les électeurs ont célébré ces alliances que d’aucuns jugeaient impures ou contre nature.

Certes, la médaille a son revers. La gauche a globalement perdu ces élections, l’alternative à François Hollande, à gauche, reste faible et éparpillée. Mais qui peut croire que les résultats auraient été meilleurs bloc contre bloc ? Personne.

Je comprends la rage, mais pas la bêtise. Car il faut être bête pour continuer encore à faire le tri dans cette blogosphère de gauche entre les opposants de 2012 et les déçus de 2014. Cette attitude, je la lis ou l’entends encore, plus rarement heureusement. Ces quelques rares crétins n’ont pas compris que le combat politique, surtout sur le Web, se gagne par la conviction et l’adhésion.

Le Web 2.0 est un espace disruptif où l’échange est direct, par-dessus les appareils politiques ou médiatiques.

Il faut s’en saisir et construire autrement.

 

26 réflexions sur “ Pour une opposition de gauche constructive ”

  1. Je comprends qu’on puisse ne pas comprendre, mais je ne comprends pas qu’on essaie de nous faire croire que le pépère qui oublié ses promesses pour garder son cap pro patronal, post 12 mai 2012, puis pré 23 mars 2014 toujours sur son fameux « cap » (avec des projets anti sociaux à décoiffer, ne continuerait pas à vouloir garder son « cap » en faisant signe de baisser la garde, juste pour un petit rétablissement provisoire. oN NOUS PREND VRAIMENT POUR DES QUICHES. Pour que pépère comprenne vraiment bien , il faut vraiment lui mettre la tronche dans son caca, sinon il nous reparle ra de son « cap ».Donc pour les gens de gauche : c’est à gauche toute avec le FG, les communistes, les verts et les socialos non alignés sur la connerie anti sociale de pépère. Il n’y a pas d’autre solution pour ce genre d’autiste. ARAMIS

  2. « Je ne comprends pas pourquoi certains pensent encore que l’invective finit par rallier qui que ce soit. »

    A trop prêcher dans le désert on sent le besoin de crier de plus en plus fort. Si on veut être optimiste, on dira que ça reste opposé à l’attitude de la secte, qui se replie dans sa grotte et n’en bouge plus.

  3. Surtout quand cette rage est illégitimement captée par une opposition dont le seul but est de s’opposer….dans un vide total d’alternative et d’idées…..
    Tous les débats politiques que je regarde ne mènent….à rien …..juste des éclats de voix, des fausses protestations, des semblants d’indignation….mais pas d’idées….du coup certains électeurs choisissent le FN juste « pour voir » ou parce que ceux là on ne les a pas encore essayés…..alors dans ce fratras, comment convaincre ?

  4. Que Mélenchon soit ministre d’un gouvernement sous Hollande ne me choquerait
    pas du tout. Il y ferait son bouleau loyalement, et trés efficacement (comme sous Jospin) voilà tout.

    Par contre que le front de gauche ait été infoutu, comme de bien entendu
    de présenter partout des listes uniques est vraiment minable et fait que
    que la confiance en ce qu’il raconte en temps de non « élection où il faut
    se positionner clairement » risque de passer de epsilon à 0.

    L’Excécutif n’a-t-il pas vocation à être efficace ?
    A Hollande il me semble que ce qui lui est reproché est

    de d’abord s’occuper et de ménager le rang des édiles Socialistes – des ministres
    nuls ou non motivés entr’autres – et aussi des édiles de droite

    bien avant que de s’ccuper d’avoir une politique plus efficace (avec un minimum
    de progrés dans la justice) pour tout les Français.

  5. Mais enfin, Juan : comment voulez-vous construire quelque chose de commun entre ceux qui veulent continuer à construire une Europe fédérale fondée sur la « concurrence libre et non faussée » et ceux qui veulent poser des limites au libéralisme et redonner davantage de pouvoirs aux Etats? Ce serait tromper l’électeur, une telle alliance ferait forcément des cocus !

    1. je pense que les alliances se composent et se décomposent en fonction des sujets. sinon, c’est la politique du pire et du primaire: il y a des alliances circonstances, qui ne valent pas accord sur tout, loin s’en faut.

    2. Les partisans de la concurrence « libre et non faussée  » ne sont certes pas fédéralistes, sinon ils enverraient au bains les lobbyes qui squattent Bruxelles et s’attaqueraient sérieusement à la création d’une fiscalité européenne, ce serait déjà ça .

  6. Donc la France n’est pas faite pour être incluse à l’Europe du fric, ni pour être commandée par un faux gouvernement de gauche… Merci Elie. ARAMIS

    1. @ ARAMIS « Donc la France n’est pas faite pour » : c’est pourtant très exactement ce qui se passe depuis 1983, c’est-à-dire depuis 31 ans, non? Il arrive qu’on fasse ce pourquoi « on n’est pas fait »…Et un scoop: ça va continuer.

      1. Les politicards de gouvernement ont, depuis longtemps, renoncé à faire de la politique et font de la com’ à 2 balles . L’exemple criant : Harlem Désir, mardi matin au 7/9 de France Inter, et sa com’ blindée à la langue de bois massif . Effectivement, les citoyens , qui ne sont pas tous des billes, ont, comme à Grenoble, voté pour un attelage EELV/PG, à Dieppe, pour un trio PCF/EELV/PG, ainsi qu’à Chevilly-Larue et il n’y a pas que dans ces communes .Grenoble est symptômatique de la dérive libérale de l’aile droite du PS, la tête de liste PS/PCF Safar préférant prendre le risque de faire tomber la ville dans l’ecarcelle de la droite, au prétexte de considérer comme « gauchiste » l’alliance EELV/PG . Les citoyens, dans tout ça, ces gars là s’en tamponnent le coquillard . Ca finira bien par se payer

  7. A moins que les gens intelligents et suffisamment perspicaces de gauche en tirent enfin les conclusions et votent en majorité pour la vraie gauche… Mais là, je vois que vous en suivez plus… ARAMIS

      1. Sur un autre fil, vous posiez la question suivante :  » Hollande pourra-t-il finir son quinquennat ?  » . Vu que la cohabitation, ça existe ( Mitterand est bien resté à la tête de l’Etat alors que le Parlement, le Sénat, les régions et même les départements étaient à droite ), je ne vois pas trop comment Pépère s’en irait de son plein gré, sauf à ce que le populo décide de l’éjecter « manu-militari » .. Et ne me répondez pas  » le populo n’a plus envie de se révolter « , car il faut se méfier de l’eau qui dort, même si je considère qu’il serait préférable de ne pas en arriver là .

  8. Je suggère la lecture du « Diplo » d’avril . A deux mois des Européennes, ce numéro, consacré en grande partie au fonctionnement de l’UE. est instructif sur la philosophie de la dite UE

  9. Déjà un petit indice sur le fait de secouer le cocotier pour une politique plus sociale : un député socialiste propose un projet de loi permettant d’augmenter le SMIC de 50 euros pour ceux qui ne dépassent pas 1850 euros de salaire mensuel. Ah, vous voyez que l’opposition de gauche çà fonctionne ! Allez, une bonne rincette pour assurer le truc (ben oui quoi, ce n’est qu’une « proposition » c’est comme les essais en rugby çà doit être transformé), histoire de relancer la consommation… ARAMIS

  10. Toujours autant de couacs orthographiques !
    Heureusement ce ne sont que des « coulisses ».

    1. Pertinent commentaire.
      Sinon, il manque la virgule après ton « heureusement ». Ou alors il aurait fallu après le-dit « heureusement » un « que ».
      Mais bon, je chipote sur la forme dans la mesure où il n’y a pas de fond dans le commentaire.

      #Oups

    2. Ce qui compte, c’est que vous nous compreniez phonétiquement et qu’on ait quelque chose à dire d’intéressant. D’autres soignent tellement la forme pour ne rien dire sur le fond… ARAMIS (J’ai mis un S parce qu’on est deux)

  11. Bonjour Juan,

    Juste une réaction, que j’espère dans le ton du billet, sur votre affirmation:

    « Je comprends l’énervement devant le piège médiatique qui enferme l’opposition de gauche dans un faux tête à tête avec le FN, contre ces éditocrates dérangés qui la caricature en « populisme » frontiste. »

    L’opposition entre les deux populismes, l’un de droite incarné principalement par le FN – mais aussi, ne l’oublions pas, par la ligne Buisson au sein de l’UMP – l’autre de gauche, aujourd’hui incarné par un FdG animé par la figure du tribun Méluche, n’est ni un « piège médiatique », ni une « caricature ».

    C’est une donnée, mais il faut bien la comprendre.

    Pour l’instant, on l’analyse à travers trois concepts:

    1) Le « gaucho lepénisme »: dans son sens le plus large, le concept véhicule l’idée qu’une partie de l’électorat de gauche a des idées lepénistes, ou compatibles avec le socle idéologique de l’extrême droite. On pourrait parler d’une beaufitude de gauche, mais dans le fond, sous ce sens, cela n’aurait pas d’application concrète en sociologie politique.

    Dans son sens le plus strict, l’expression « gaucho-lepénisme » décrit quelque chose de précis, qui n’a rien à voir: l’appétence des ouvriers pour le vote FN. Et le phénomène a été mesuré: quand un ouvrier se dit de droite, alors, un sur deux vote Le Pen. Quand il se dit de gauche – et c’est là que ça nous intéresse – un sur dix vote Le Pen.

    Le gaucho lepénisme décrit donc une appétence des ouvriers qui se disent de gauche à voter Le Pen, à proportion de un sur dix. Un vote occasionnel, mais qui tendanciellement se pérennise.

    2) La « montée des populismes »: c’est une orientation générale du paysage politique européen et même occidental (Tea Party aux Etats-Unis, Chavez en Amérique du Sud). Vous aurez noté l’emploi du pluriel: « des », ce qui suppose donc qu’il y en a… plusieurs. C’est idiot à dire, mais cela n’a pas été intégré à gauche. Dans la bulle de gauche, le populisme est nécessairement et uniquement de droite. Normal. Il est donc FN ou UMP, mais pas FdG ou PG, ce qui est inconcevable, caricatural, odieux, voire insultant.

    Quand, sur ce blog, je dis que le FdG est populiste, Aurore me répond qu’elle se sent insultée et ajoute qu’il ne faut pas me faire l’honneur de me répondre (plan de l’émotion, de la dignité, de l’outrage, de l’honneur: le fameux monopole du cœur qui veut qu’à gauche on ne pense pas avec son cerveau, on analyse les choses avec son cœur).

    Pourtant le sujet est sur la table et on en discute:

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/10/l-europe-face-a-la-montee-des-populismes_1478072_3232.html

    Caroline Fourest, qui n’est pas une dangereuse activiste de droite, admet que le FdG soit la partie gauche d’un populisme français à double composante, mais tempère:

    « En France, si, à gauche de la gauche, le pire du populisme aujourd’hui c’est Jean-Luc Mélenchon, c’est plutôt une bonne nouvelle. C’est que quelque part on a évité le pire. A droite de la droite, même si le nouveau visage avenant de Marine Le Pen est plus dangereux, évidemment plus dangereux que son père parce que plus capable de séduire, le fait qu’elle soit autant obligée de mettre de l’eau laïque dans son vin de messe et dans celui du Front national, c’est la preuve que quelque chose a résisté. »

    Méluche, qui participe à la discussion, ne se range évidemment pas dans les populistes, même si le portrait qu’en fait Edouard Lecerf (TNS Sofrès) conduit mécaniquement à ranger le FdG dans les partis politiques qui exploitent la thématique populiste, fondée sur la dénonciation des élites dirigeantes.

    Mais, à bien y réfléchir, le FN non plus ne se range pas dans la catégorie des populistes. Il refuse l’étiquette, certes péjorative.

    Que faut-il en retenir? Que le populisme français est composé de deux branches, en dépit des dénégations des principaux intéressés. C’est un produit binaire contrairement à l’Italie où, semble-t-il, il est ternaire.

    Cela renvoie à la problématique de la dichotomie (la séparation en deux branches à partir d’un tronc commun) et pas à la problématique du face à face ou du vis à vis dans la confrontation de bloc à bloc: les deux populismes ont des structures communes, essentiellement dans la rhétorique, mais pas dans la doctrine marxiste écolo d’un côté, maurassienne poujadiste de l’autre. Autrement dit, les discours sont proches, les mythologies différentes.

    Et enfin, ce dont vous parlez:

    3) L’opposition de gauche à un gouvernement… de gauche: c’est un très vieux concept, sans cesse renouvelé. Avant, c’était le PCF qui se posait la question (depuis le Front Populaire au moins), puis ç’a été le tour des écolos, maintenant, c’est le FdG.

    Le problème qui se pose à un opposition de gauche, quand elle s’oppose à un gouvernement du même camp que le sien, c’est de rendre cette opposition constructive. L’autre choix, c’est l’opposition destructrice.

    Dans le cas du FdG, j’entrevois trois types de difficultés qui font douter de son aptitude à l’opposition constructive, pour l’instant:

    – Le FdG est un parti hétéroclite, ce qui laisse supposer un électorat hétérogène: très difficile de mettre tout le monde d’accord autour d’une base d’opposition constructive commune, même étroite. C’est un problème de structure d’électorat. trop bordélique.

    – Un problème de philosophie politique: comment un parti de gauche peut-il porter un message populiste, alors que le populisme est à l’opposé des valeurs de la gauche? C’est un problème de cohérence interne qui ajoute un facteur de désordre et de malentendus. Cela dit, il y a des solutions, mais elle font mal: un parti de gauche peut être populiste dans trois cas: 1) l’instrumentalisation de la figure du tribun, qui tient un discours populiste, mais sans toucher à la doctrine, ce qui le conduit au clientélisme local (façon Frêche) ou national (façon Sarko, pour un populisme clientéliste de droite à l’échelle nationale). Dans ce cas, le tribun fait écran: en surface il préserve la pureté de la doctrine, mais dans le fond il fait le contraire. 2) le culte de la personnalité organisé autour de la figure du « bon petit père du peuple » par un parti centralisé qui impose une discipline doctrinale en virant les dissidents (type PCF avec Maurice Thorez). 3) l’exploration des ramifications fascistes des racines de la gauche pour inventer un populisme de gauche réactionnaire et rétrograde (type Soral/Dieudonné) ou progressiste (pas de type en vu, il est à inventer, enfin on se demande s’il le faut vraiment, mais bon).

    Il y a peut-être d’autres cas, mais je ne les vois pas: toutes les autres pistes de modernisation de l’opposition de gauche impliquent de sortir du populisme (Cf Hervé Kempf, qui transforme la dénonciation des élites en dénonciation des oligarchies, thème repris de façon cosmétique par Méluche pour habiller un discours qui a du mal à rompre avec son populisme intrinsèque dès qu’on le titille. Le fond refait surface, comme on dit).

    – Le tempérament des hommes: le FdG a simplement la haine du PS. C’est une haine historique, c’est des vieux trucs, ça remonte à Mathusalem, M’enfin bref, ils sont irréconciliables. Tant que le gouvernement est PS, l’idée même d’une opposition constructive leur fait un deuxième rectum, sans anesthésie.

    Là-dessus, il n’y a pas grand-chose à espérer.

    Conclusion: au niveau systémique, les portes me semblent closes. Pas d’opposition constructive de gauche à un gouvernement de gauche en l’état.

    Restent les hommes, du moins ceux qui sont de bonne volonté. Là, on peut imaginer toutes sortes d’espoir, mais pour l’instant on n’y est pas. Après la défaite, on s’engueule. La résilience vient après. C’est là qu’on se dit que le calendrier électoral est serré: la prochaine échéance est en mai, non?

    D’ici mai, faut passer par la phase engueulade, puis résilience. Oulà!

    Viiiiiiiiiiiiite.

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