le risque de disparition de la gauche

Cette formule du Parti de Gauche m’a surpris. Pourtant, il est très probable que je renouvelle mon soutien au prochain scrutin.

Que le capitalisme soit en crise, c’est évident. On ne sait même plus décrire ce système avec autant d’homogénéité qu’avant.

Que la gauche soit menacée de disparition en France, c’est tout aussi probable. Mais interrogeons-nous sur les responsabilités et le sens réel de la formule.

1. J’ai tendance à penser que les étiquettes ne servent plus à grand chose sauf à masquer les discussions sur le fond. Corinne Morel-Darleux, candidate du FDG aux Européennes, le disait assez bien sur Mediapart il y a peu: ce qui compte, c’est le niveau de libéralisme économique auquel on est confronté.

2. Prenons l’expression à la lettre. Qui est responsable du risque de « disparition » de la gauche ? Les vrauchistes diront Hollande. C’est facile. Il aurait menti/triché/trompé son monde. Si c’était vrai, le « peuple de gauche » aurait du se révolter. Combien de fois ai-je ici écrit que la « vrauche » n’avait pas su saisir à force d’opposition inconstructible ? Mais oui, Hollande nous décourage, m’a découragé, n’en déplaise à mes ami(e)s. Bien sûr, l’UMP est pire, l’UDI à peine mieux. Faut-il regarder l’horreur pour se satisfaire du médiocre ?

3. Prenons l’expression à la lettre, encore une fois. N’est-il pas temps d’une opposition constructive ? Oui, ils le reconnaissent d’ailleurs partout même si les mots restent parfois encore trop violents. Pour moi, les élections européennes risquent d’être similaires aux précédentes municipales. Mais comment sort-on de ce bordel ? Si la France est à droite, laissez donc la droite gouverner toute seule, et demeurez anti-libéraux.

Je ne suis pas révolutionnaire, simplement fatigué et parfois écoeuré.

Point barre.

Génocides: le temps des réconciliations

Quand il y a une avancée quelque part, on la prend, on la célèbre, on applaudit.

Mercredi, le premier ministre turc a exprimé ses condoléances aux victimes arméniennes du génocide de 1915. Ce n’est pas encore une reconnaissance du génocide lui-même.

On applaudit.

Dimanche, le président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, a qualifié l’holocauste de « crime le plus odieux » de l’ère moderne, et « exprimé sa sympathie pour les familles des victimes juives« .

On applaudit.

J’ai toujours été frappé de constater trop régulièrement comment d’anciens drames historiques pouvaient être source de tensions parfois violentes plusieurs générations plus tard. La Shoah est encore aujourd’hui objet de contestation ou de relativisme chez certains esprits faibles. Idem pour le génocide arménien 99 ans plus tard.

Je vous renvoie donc, une nouvelle fois, vers ce lieu de mémoire déjà évoqué sur ce blog. C’est du tourisme utile pour l’esprit, l’émotion et la mémoire.

« Mes enfants, en 2014, quand je faisais de la politique… »

Je réfléchis parfois à ce qu’Internet conservera de cette expérience personnelle et finalement un peu durable de l’Internet amateur et politique. Je constate pour l’heure combien les esprits sont à vif, partout et tout le temps.

On a chacun une envie de gueuler, et gare à celle ou celui qui prendra la foudre.

Quelques exemples ?

J’écris sur Dany, qui prend sa retraite du Parlement européen, et voici un aimable commentateur qui exprime sa rage et sa haine. Je pourrai le comprendre, même si j’apprécie DCB.

Je critique Mediapart, sur un fait important mais isolé, et voici un Twittos qui me tombe dessus, oubliant le reste des louanges à l’encontre dudit Mediapart.

Je mentionne un confrère qui me prête une adhésion au Front de gauche, et une Twittos menace aussitôt de ne plus me lire.

Je défend Ségolène Royal qui n’a pas besoin de cela et voici qu’un autre ami/confrère s’énerve qu’un huissier lui ouvre les portes aux ministères (hé ?).

J’excuse les compromis politiques au Parlement européen (hé, c’est la proportionnelle !), et voici qu’un ami blogueur fustige un « populisme digne du Front de Gauche. » Je voterai sans doute Front de gauche aux Européennes, mais là n’est pas la question.

Je critique la gauche et ma droite s’énerve. Je fustige la droite mais ma gauche hurle quand même.

Je pourrais multiplier les anecdotes. Le temps est venu de l’attaque à 360 degrés. Ce n’est ni grave, ni sale, juste fatiguant.

 

Décroissance, enfin ?

« Le Graal de tous les hommes politiques c’est la croissance, la croissance, la croissance. Mais la croissance obéit à une loi terrible qui est la loi exponentielle. Une croissance de 3% par an, qui serait le rêve de nos dirigeants, si elle est soutenue pendant 25 ans, elle produit un doublement de nos dépenses économiques. Et la terre est finie, nos ressources sont finies. »
Serge Haroche, prix Nobel de physique, France info, 13 avril 2014.

Ce lundi, la nouvelle édition du magazine Décroissance des Casseurs de Pub sera expédiée à ses abonnés et dans les kiosques. Pour l’heure, il vous reste 24 heures pour acheter le numéro précédent…

315x410

Les Etats désunis par Coralie Delaume

C’est un livre à charge, mais la charge est précise. Voici une blogueuse, une consoeur hébergée chez Marianne, qui vient de publier un ouvrage à lire impérativement avant le prochain scrutin.

Le problème de Coralie Delaume est qu’elle écrit simplement, et de façon convaincante. L’Europe est unie, 28 Etats, dont 18 qui se partagent enfin une même monnaie. Mais le portrait que dresse l’auteure est celui d’un continent déchiré.

Au début, il fallait y croire, sortir de deux Guerres. L’idéal de paix, la réconciliation définitive grâce au bon commerce, la libre circulation des hommes et des marchandises. L’Europe nait sous des auspices libéraux, mais nous sortons de la guerre.

Il y a d’abord cet empilement techno-structurel: des institutions grossissantes depuis le Traité de Rome: Commission, Cour de Justice, BCE. Elles ont toutes quelques points communs: elles sont « a-démocratiques« , elles ne répondent à personne, elle créent leurs propres règles.

Le droit européen surpasse très vite les droits nationaux sans initiative parlementaire, ce qui reste assez surprenant. Les exemples sont nombreux, méthodiquement analysés. « On a d’abord multiplié les structures et les outils sans avoir décidé à quelles fins on les destinait. » Le compromis européen n’en est plus un, c’est juste un malentendu.

« Et d’ailleurs, aujourd’hui, à quoi sert-il de « continuer l’Europe’ ? »

La charge vous paraît-elle trop rude ?

La dé-démocratisation de l’Europe est pourtant à l’oeuvre. Et Coralie Delaume explique pourquoi et comment. Elle démonte notamment le Traité de Lisbonne, l’imposture démocratique où nos élus ont voté pour effacer le vote négatif du peuple lors du référendum de 2005. Or « ceci ne saurait convenir ni à un souverainiste, ni – peut-être encore moins – à un fédéraliste. » Son argument rejoint celui de Lordon ou de Jorion. L’auteure dénonce le pacte commercial transatlantique, « dernier avatar d’un économisme myope« .

La seule instance un tant soit peu démocratiquement légitime reste… le Conseil des chefs d’Etat. Un truc qui a pris de l’importance à la faveur de la crise mais qui reste finalement si désuni lui aussi qu’on ne lui donne pas cher en riposte ou tenue. Car ce Conseil résiste mal aux oukazes des marchés. L’arnaque est simple: la BCE ne prête jamais aux Etats; Ces derniers sont contraints de financer leurs déficits sur les marchés. Des marchés qui privilégient la rémunération du capital, contre le travail.

L’Allemagne joue encore en Europe un rôle central: son dynamisme commercial a pillé l’Europe de l’intérieur. Son excédent commercial – 6% du PIB en 2012, « c’est de l’argent qui sort des pays du Sud pour entrer en Allemagne. » Les autorités allemandes ne veulent pourtant pas de ce leadership acquis. L’hégémon est « réticent« .

« D’abord utile à une Allemagne convalescente, l’Europe est aujourd’hui devenue encombrante pour une Allemagne en pleine santé. D’autant c’est l’Europe elle-même qui désormais se révèle malade et poussive. »

Coralie Delaume rappelle d’où il vient, à quel prix ce modèle l’est devenu: précarisation du salariat à cause des lois Hartz/Schröder, recherche et développement soutenus, désindustrialisation des voisins.

20140423-095619.jpg

Dans ce panorama assez sombre, la France est devenu un pays « périphérique » depuis de nombreuses années. Sarkozy suivait Merkel. Hollande masque mal son impuissance.

Coralie Delaume répète un constat largement partagé dans ces colonnes: l’unanimisme européen au sein de la classe politique française ne fait qu’un gagnant, le Front national. Marine Le Pen s’est emparé du combat contre les dysfonctionnements de l’Europe. Sur le fond, le FN ne défend que son argument national-socialiste.

« Sans doute existe-t-il des moyens de détricoter l’eurosystème sans dommage excessif ». Coralie Delaume est optimiste. Mais comment ne pas l’être ?

La gauche européenne est « cassée« , éparpillée, en vrac, jamais unie.

La lecture de cet ouvrage trouvait un prolongement inattendu jeudi soir sur Mediapart. Le site d’informations faisait une émission en direct et gratuite, avec des eurodéputé(e)s du PS (Pervenche Berès), de la Gauche européenne (Corinne Morel Laveux), écologiste (Rui Tavares), UMP (Constance Legrip) et même une vice-présidente belge (Isabelle Durant). Ces élu(e)s défendaient l’utilité du Parlement.

Ils témoignaient surtout de l’effroyable chemin qui reste à parcourir pour parvenir au B-A-BA de la démocratie.

57 ans après le Traité de Rome.

Misère.

Chanson du dimanche: la pêche de la religion

Puisque notre chef de gouvernement se déplace au Vatican pour une canonisation, voici un clin d’oeil musical.

Arrested Development en concert au Kennedy Center, avec ce titre qui donne la pêche: « Fishing 4 Religion »