Pour les médias sociaux


Je ne saurai trop vous conseiller la lecture de Médias contre Médias, écrit par Clement Sénéchal, ex-community manager de Jean-Luc Melenchon.

L’ouvrage est réjouissant pour qui traîne comme lectrice/lecteur, twittos, ou blogueuse/blogueur non professionnel(le) mais citoyen(ne) dans les tréfonds du Web 2.0.

Osons d’abord une critique. Pour celles et ceux peu habitués à la théorisation de nos pratiques et aux grands débats idéologiques, il faut s’accrocher en début d’ouvrage, ne pas se perdre, sortir du bois. Sénéchal a des références, quelques lectures cruciales qu’il fait partager mais qui nous perdent un peu.

Pour le reste, et c’est l’essentiel, il développe une thèse réjouissante. Il décrit d’abord fort bien nos mass médias traditionnels, construits pour protéger un système libéral qui ne tolère aucune dissidence, entretenus par une cohorte d’editocrates interchangeables et de journalistes moulés dès leurs premières années. Il enchaîne ensuite sur les médias sociaux, c’est-à-dire ce web 2.0 qui occupe nos journées: réseaux sociaux, blogs, micro-blogs, etc, tout ce traitement amateur « d’en bas » qui finit par troubler la livraison médiatique « d’en haut« . « Médias contre médias » relate ce combat, ses motivations, pourquoi il est important. Les médias sociaux éduquent, entraînent, et contre-informent. Ils libèrent la parole, améliorent notre sens critique, et déstabilisent instantanément, immédiatement, quotidiennement les médias traditionnels.

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em> »Tout ce qui est dit est vérifiable spontanément, car tout discours, quels que soient sa nature et son régime, se trouve consigné dans la grande mémoire d’Internet. (…) Les réseaux sociaux génèrent une critique tout aussi vigoureuse des contenus du spectacle. « 

Clement Sénéchal applaudit à toutes ces initiatives et pratiques individuelles. C’est assez rare. On a plutôt l’habitude, à quelques notables exceptions près dont l’équipe de Des Clics et des Claques chaque soir sur Europe 1 fait partie, d’entendre combien le Net est dangereux, Twitter est une folie, Facebook une menace . Sans négliger les excès des réseaux sociaux, force est de constater que nous développons tous une pratique inédite et inégalée dans l’histoire du commentaire politique.

« Les premiers maquisards de cette actualité alternative sont les utilisateurs eux-mêmes, les quidams, les amateurs qui se constituent en passeurs d’information de manière spontanée, opportune, quand les événements qui ponctuent leur vie leur semblent dignes d’intérêt général. »

Nous avons déjà ici partagé notre dégoût ou notre découragement devant la violence de Twitter, les affrontements anonymes et la haine facile. Le ressenti demeure. Mais Clément Sénéchal nous fait comprendre que c’est peut être le prix à payer pour parvenir à un quelconque changement politique.

« On sait toujours d’où le blogueur parle, ses intentions sont claires, son poste d’observation localisé, ses tropismes assumés. (…) Il ne cherche pas à trahir les dispositions cognitives de l’audience en prétendant à une objectivité fallacieuse dont se targuent continuellement les experts, mais en affichant les linéaments incontestables de sa subjectivité propre, il établit au contraire une relation de confiance avec elle, pariant sur son autonomie critique. »

C’est notre effort quotidien. Avec ces quelques lignes, Clement sénéchal traduit une réalité qui nous avait fini par nous dépasser.

Qu’il en soit remercié.

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19 réflexions sur “ Pour les médias sociaux ”

  1. Rien à voir avec le texte ci-dessus mais si vous ne l’avez pas entendu, cher Juan, écoutez donc la chronique de François Morel ce matin sur France Inter et sans aucune méchanceté je vous suggère d’en prendre de la graine !

  2. Je partage à 100% la teneur de ce billet mettant en évidence la démarche citoyenne et salvatrice des blogs sociaux. D’autant que cette analyse très perspicace ne fait pas l’impasse sur le prix à payer de cette liberté de parole du peuple réel, en ce qui concerne les débordements constants que ce niveau de liberté amène forcément, tant par des entités fascisantes ou des marioles hypocrites exagérant volontairement ce risque pour parvenir à confisquer cette liberté, au nom d’une certaine censure prétendue obligatoire pour la sauvegarde d’une hypothétique « morale » politique. ARAMIS

  3. C’est fascinant de constater à quel point le monde politique et médiatique est formaté Exemple : les politiciens et les médias sont grands consommateurs de sondages; or, il s’avère que lesdits sondages sont de moins en moins fiables . Un regard objectif sur les différents blogs et sur les commentaires qui les accompagnent offrirait aux « élites » une image un tantinet plus fine que les pourcentages foireux des sondeurs .

    1. Trouver le mot  » esprit  » – spirit – dans l’adresse mail, prouve que les gens de droite ne craignent pas le ridicule .

    1. Vous êtes de droite donc, car vous, c’est évident, vous devez savoir…C’est comme le travail ou la guerre : c’est toujours ceux qui ne s’y sont jamais frotté, qui en parlent le mieux. ARAMIS

      1. Je vois pas trop le rapport avec le travail et la guerre, mais bon, si vous le dites.

  4. Bien vu Juan,
    heureusement qu’il y a des blogs, parceque question pensée unique les mpédias nous gatent, la presse papier quand elle ne commente pas le « vu à la télé » nous sert la soupe libérale à grosse louchées, et c’est vrai pour leMonde, Libé et Nouvelobs: d’accord sur le sociétal mais pas touche au pognon.
    on a toujours la droite la plus bête du monde, et les cons ont gagné.

  5. je ne vous connaissais pas, Juan, ce talent de critique, muy bien ! (par ex. j’aime bien lire J Garcin, pas forcément le bouquin) aussi je pense à un post-rèp.. tu sais tschok, lu hier (ou avant/Valls) un cercle, pis un 2°.. bref,
    je sais une chose sur la press (de chez nous) elle m’a appris énormément de choses (j’pourrais pas dire en % dans la somme des mes connaissances, mais ‘bcp’) pour ça (aussi) je l’aime
    pareil pour les blogs bien sûr ! qui offrent du rab: le « courrier des lecteurs » est grandiose
    je ne twitt pas, devrais-je ? je ne cours pas après les insultes.. je taquine sur qqls forums, d’où l’on pouvait lire mon adresse mail (au passé, je l’ai ôté; une attaque du pavillon noir et n’ai que 2 joues)
    Ce n’est pas moi qui le dit, c’est la plus ‘bête’ du.. ça fait animal, on pourrait le croire inoffensif, nenni il-aboie, lève la patte pour un.. besoin, réverbère du voisin, aussi il mord.
    Je le trouve (très) malpoli (entre autres) c’est mon avis. Mon opinion: Merci la press

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