Politique: comment critiquer quand tu les connais ?


Ils sont presque tous là. J’arrive dans la salle, ils m’ont fait une surprise. Ils sont debout, autour d’une table. On dirait qu’ils attendent pour s’assoir. Ils me fixent, je les connais tous mais ne les reconnais pas tous. Ma femme est là, elle m’a amené dans l’endroit.

Il y a quelques amis, une vingtaine de personnes au plus.

Je vois Pierre Moscovici, Najat Vallaud-Belkacem, Arnaud Montebourg, Manuel Valls, Ségolène Royal.

Ils me fixent.

Je capte le regard de Mosco. Il a l’air étonné.

« Mais qu’est-ce que tu fais, Juan ? » me lance-t-il.

Je fais très rarement des rêves politiques, où le monde politique s’immisce dans ma pensée nocturne. Aux pires moments du blogage compulsif, même Sarkozy n’avait jamais franchi cette porte-là.

La nuit dernière fut ainsi étrange.

Ce rêve découle d’autre chose: comment critiquer avec le verbe fort et la lame argumentaire aiguisée des personnalités politiques que vous connaissez ou avez apprécié ?

L’exercice critique peut rapidement escalader. On l’a constaté ici ou ailleurs. Un désaccord sur twitter dérive vers un échange plus vif, et ainsi de suite. J’ai aujourd’hui, comme d’autres, quelques inimitiés tenaces créées de toutes pièces avec ce réseau dit social. Dans le cadre du commentaire politique, c’est pareil. On critique un peu, beaucoup, passionnément. A un moment, on hurle, on est en rage.

J’ai rarement écrit des billets féroces contre des gens de droite ou de gauche que je connaissais dans la vraie vie. Il y avait assez à critiquer par ailleurs. Le ton est difficile à trouver. Mais dans cette période-là que nous vivons avec plus ou moins de difficulté, la critique est devenue à 360 degrés: gauche, droite, centre, extrême droite.

Et c’est là que l’équilibre est et sera difficile à trouver.

 

26 réflexions sur “ Politique: comment critiquer quand tu les connais ? ”

  1. Ma réponse est: « les prendre en exemple, les mettre face au miroir de leurs propres contradictions, ex-concessis« .. Ça déplaira, forcément, mais c’est le but. Le voisinage observera le silence, « ne pas s’en mêler », spectateurs malheureux d’une mauvaise fiction politique…

  2. Un rêve qui en dit long sur le désir enfoui de reconnaissance des blogueurs de gauche !

    (Cela dit, je me permets de vous piquer une phrase, que je trouve savoureuse…)

  3. Et eux quelles sont leurs nuits…..quand ils nous préparent un avenir pas très « rose »…..
    Ce n’est pas à nous de culpabiliser…..(à condition de rester respectueux )

  4. Les hommes politiques (reconnus, ou se reconnaissant comme tel) ne discuteront pas avec vous, ils peuvent écouter poliment et souriront avec cette commisération condescendante que leur statut leur donne.
    Mais les compliments leur font tjrs plaisir.

  5. Mais qu’aurait fait et dit Jaurès à ta place ? Lui qui eu à subir les vilenies de sa classe sociale, puis de ceux (faux socialistes) qui se prétendaient ensuite de son côté, celui du peuple réel, en majeure partie des ouvriers… ARAMIS

  6. Mais, pourquoi devrions-nous nous retenir de critiquer quelqu’un sous prétexte qu’il serait de notre bord ?
    Ce matin, par exemple, je fulminais sur la future loi concernant la pénibilité au travail. L’existante n’a pas permis à grand monde d’en bénéficier car trop restrictive. Quant à la future… eh bien, ce sera dans le futur, un futur qui ne me concernera pas, tant il est loin dans le temps. On rajeunit les politiques, c’est très bien, sauf que ceux-ci n’ont pas la notion que la « vieillesse » est déjà là pour un grand nombre de salariés dont la carrière est, en plus, longue, très longue. Alors, je gueule !

  7. Certains politiques de ma connaissance ont (mal ) tourné . Je peurx discuter avec eux, ils admettent volontiers leur changement d’orientation mais les arguments qu’ils développent pour le justifier se révèle peu crédible . En foi de quoi, je leur serre toujours la main mais, pour mon vote, nada !

  8. Mais que venait faire Moscovici dans votre rêve, puisqu’il n’est plus ministre??? Vous ne suivez plus l’actualité pendant votre sommeil, maintenant ?
    Ou bien faut-il y voir l’expression d’un regret ?

    1. Belle version Petite Plume perdue, même si ça fiche un sacré bourdon🙂

      Tant qu’il y a de l’émotion, dans n’importe quel style, j’applaudis.

      1. @ Jmemêledetout
        Je m’éloigne quelque peu de la politique (une fois n’est pas coutume, on est WE relâche !), mais sur le thème du rêve, vous devriez alors aimer cette version de la troisième nocturne de Liszt, certes un peu libre quant au tempo, mais pleine d’émotion. Ne me gêne que la sonorité trop métallique du piano…

        ***

        1. En effet, petite plume….que d’émotion….une interprétation d’une grande sensibilité…..

        2. Cette version est depuis des lustres dans ma playlist classique Youtube Petite Plume. Le tempo doit rester libre dans toute interprétation pourvu que le phrasé soit respecté. Ce qui est le cas. Quant à l’émotion, oui, elle est garante de musicalité, très belle version. Pour le son du piano, oui, je suis d’accord, probablement dû plus à l’enregistrement que du piano lui-même. Il y a du souffle sur la bande, ce qui signifie aussi un excès des aiguës.

          Lang lang est au classique ce que Keith Jarrett et à l’improvisation… deux êtres habités, dont le premier est souvent décrié par tous ceux qui envisagent la musique comme des technocrates, mais laissons-les dire, comme en politique.

          Les chiens aboient, la caravane passe. J’aime votre sensibilité. Et votre oreille.

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