Il faut toujours lire le soldat Plenel


Edwy Plenel m’a initié à l’investigation à travers les nombreux ouvrages qu’il a écrit depuis 30 ans. Je n’ai pas lu le tout récent ouvrage, mais je termine le précédent, qui date d’il y a un an.

Le propos du « Droit de Savoir » est un plaidoyer pour la transparence, le journalisme libre, l’information libre. Il a été écrit au moment de l’affaire Cahuzac où Mediapart parvint non sans mal à avoir la tête d’un ministre fraudeur. A l’époque, quelques-uns des lecteurs de ce blog s’en souviennent, nous avions écrits notre résistance/réticence à croire l’incroyable. Et pour une raison assez simple, Mediapart n’avait d’abord livré aucune preuve formelle (à la différence des affaires Karachi ou Bettencourt). Le site avait attendu quelques semaines avant de publier de sourcer un enregistrement réel qui fut ensuite si bien authentifié que Cahuzac partit.

Bref, là n’est pas le sujet de ce billet. Edwy Plenel défend une cause essentielle, à l’origine de ce blog comme de bien d’autres: nous avons le droit à une autre pensée que celle qu’on nous livre; et à une information libre et sans entraves.

En lisant son livre, on ne peut qu’être d’accord.

Et en même temps, je m’interroge encore sur deux points, récemment évoqués sur le blog principal à propos de l’affaire Aquilino Morelle.

Primo, n’y-a-t-il aucune limite à la transparence ? Plenel explique clairement que tant qu’il y a un impact sur notre vie commune, il n’y a pas de limite. Je ne sais pas qui décide de la chose. J’ai écrit ailleurs ce que je pensais de cette affaire.

Secundo, Plenel s’obstine à éviter de parler du positionnement politique de Mediapart. L’opposition frontale, non sur le terrain des affaires mais des orientations politiques, que son site a défendu contre Hollande dès mai 2012 n’est pas en soi répréhensible ni même critiquable. Après tout, nous avons sans doute aujourd’hui les mêmes idées sur ce que nous vivons (mais c’est moi qui a accumulé les déceptions et ai changé). Mais que Plenel refuse de le reconnaître est ahurissant.

Il n’y a nulle honte ni gêne à avoir, juste de l’honnêteté.

Le terme vous paraît trop fort ?

Edwy, encore un effort.

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33 réflexions sur “ Il faut toujours lire le soldat Plenel ”

  1. Plenel n’est pas un soldat mais un commerçant. S’il avait des preuves pour Cahuzac, il n’avait qu’à les sortir avant. Avec Morelle, il a montré son acharnement. Il n’a pas lancé son journaliste par hasard, il l’a fait au moment où on lui a fait part de soupçons.

    Tu as raison. Le fait qu’il n’assume pas son positionnement est ahurissant. D’autant qu’il aimerait nous faire croire qu’il a oublié qu’il était là pour gagner du pognon.

    Un guignol.

    1. Nous sommes d’accord sur un point: il a fait cela pour le commerce de Mediapart. Tu le dis mieux que moi. Mais ce n’est ni sale, ni un problème.

      1. Ça m’arrive mais ce n’est pas fréquent. Voir mon billet du jour où je parle d’un des tiens. Pour des raisons commerciales, Plenel a plombé la gauche avec l’affaire Cahuzac. Peu importe de savoir comment on définit la gauche. La droite va être au pouvoir, plomber les comités de la nation, et tes commentateurs habituels vont dire que c’est de la faire à la fausse gauche d’Holande.

        Ça nous fera une belle jambe.

        Je crois que je vais virer à droite pour ne pas avoir une opposition interne. Comme tous ces gauchistes qui se rallient au patron qu’est Plenel.

  2. Le positionnement politique de Plenel n’est pas celui qu’on imagine; Plenel, à l’époque où il dirigeait « le Monde », était farouchement anti – PS (le PS n’était pas « social-libéral » en ce temps-là), mais aussi pro-maastrichien et anti-souverainiste; Plenel est un des rares trotskistes à l’être resté.

  3. Il piétine un principe démocratique fondamental, peut être éculé pour certains, celui de la présomption d’innocence…à l’accusé de prouver qu’il est innocent, à la justice d’enquêter..de toute façon il en reste des traces.Il participe d’un discours de pénitence dont on voit bien à quoi il conduit dans le domaine économique par exemple…je pense qu’il y a de l’odieux dans cette attitude qui se pare des atours de l’investigation…

  4. Je trouve Nicolas sévère avec Plenel. Si son but était de faire du fric, il aurait pris un positionnement plus consensuel, et avec son talent, il serait directeur d’un grand média, d’une radio ou d’une télévision. Qu’il veuille que Mediapart soit profitable pour garder son indépendance, et continuer à écrire ce qu’il lui plait me semble normal. Et je suis de l’avis de Elie Arié, il a toujours été sur la même ligne anti-ps, même au monde avec l’affaire des Irlandais, et des écoutes téléphoniques.
    Quant à Aquilino, c’est un con, d’abord avec ses chaussures, ensuite avec sa « Prise illégale d’intérêt »: conseiller en loucedé une société pharmaceutique multinationale au niveau direction générale et se faire payer 12500 euros, c’est con. Mon patron me facturait 4000 euros par jour dans une PME.

  5. Faut-il, pour être considéré comme crédible, travailler « gratos » ?

  6. Plenel est à la tête d’un journal…qui doit gagner de l’argent, comme d’autres le sont à la tête d’un bistro, d’une poissonnerie ou que sais-je…Les méthodes ne sont peut être pas les même mais au fond, reviendront ceux qui après la promo trouveront un bon service. Je regrette quelquefois l’enrobage des affaires, le brodage de journaliste mais bon, c’est leur style.
    Après sur le positionnement, je m’en contrefous. Autant certains canards l’affichent clairement (libéraux, socialo centristes, fn…), autant d’autres sont plus centrés sur leur métier. Curieux, ce sont ceux qui survivent le mieux. En ce moment, on trouve des affaires autour d’Hollande (mais aussi Copé) alors qu’avant c’était Sarko. Le pouvoir expose, mais un jour, ça peut très bien être EELV, FDG, NPA…Euh ptet pas pour le dernier. L’exercice d’un pouvoir quand il est bien installé, conduit toujours à des dérives, de la corruption, des menaces, une relation dominant-dominé.
    Mais là, on abordera peut être un jour la question de « comment sortir de cet exercice du pouvoir? »

  7. Cher Juan, si vous avez bien lu « Le droit de savoir », vous savez forcément que la réponse à votre première question s’y trouve: la question de l’intérêt public d’une information ne relève pas d’un arbitraire professionnel et, donc, d’un privilège journalistique mais d’un droit fondamental des citoyens qui est garanti par notre jurisprudence sur le droit de la presse. Bref, nous ne sommes pas au-dessus du public, et nous rendons compte de notre travail, y compris devant les tribunaux si nous sortons des clous. Cette question du droit de savoir a pour première condition le respect de la vérité des faits: recouper, vérifier, sourcer, contextualiser, etc. De ce point de vue, votre billet contient un erreur factuelle: l’enregistrement Cahuzac n’a pas attendu « quelques semaines » mais a été mis en ligne dès le 5 décembre 2012, soit le lendemain même de notre premier article sur le compte suisse non déclaré du ministre du budget. Qui voulait savoir le pouvait: il suffisait de bien lire et de bien écouter😉. Quant à votre deuxième question, la réponse, loin d’être dissimulée ou non assumée, est détaillée dans le livre que vous n’avez pas encore lu, « Dire non »: notre positionnement politique est radicalement démocratique et social, conforme en ce sens à l’exigence d’une République qui fait de l’égalité (des droits et des possibles) le ressort de son mouvement et le seul levier progressiste face aux passions régressives de l’identité qui sont l’alibi d’inégalités renforcées et d’oligarchies préservées. C’est ce que nous avons exprimé depuis 2012, en cohérence avec notre critique de la présidence Sarkozy et dans le souci, qui incombe au journalisme vraiment indépendant, de rappeler au nouveau pouvoir ses promesses et ses engagements. Si le public a grandement perdu confiance dans certains journalistes, c’est parce qu’ils changent selon qui est au pouvoir. Rétablir la confiance qui manque, c’est avoir la même exigence, démocratique et sociale, quel que soit le pouvoir en place. Enfin, pour ceux qui, sur ce fil, reprochent à Mediapart de faire du commerce, qu’ils sachent que notre indépendance dépend de nos seuls lecteurs (ni publicité, ni mécène, ni subvention), que notre ambition est de construire une société de presse à but non lucratif (et non pas de nous enrichir en vendant au plus offrant) et que Mediapart s’efforce de se développer en respectant les principes sociaux que nous défendons (de 27 salariés au début il y a six ans, nous sommes aujourd’hui 50 CDI auxquels il faut ajouter une vingtaine de collaborateurs extérieurs, la hiérarchie des salaires étant comprise chez nous dans une échelle maximale de 1 à 4). Nous sommes ouvert au débat et à la critique. Mais s’il est un reproche que nous ne méritons pas, c’est celui de cacher notre démarche et d’abriter des arrière-pensées : les deux livres auxquels vous faites référence, « Le droit de savoir » et « Dire non », prouvent, s’il en était besoin, que nous rendons compte et rendons des comptes, toujours soucieux d’expliquer notre démarche professionnelle et les enjeux démocratiques qu’elle recouvre. Vous trouverez aussi aisément sur le Web des vidéos de conférences où je m’explique longuement sur ce lien entre journalisme et démocratie, et ce que la situation du premier révèle de la basse intensité de la seconde dans notre pays, la France.

    1. merci pour le commentaire. J’ai corrigé l’erreur factuelle (billet écrit à la volée, ceci n’excuse sans doute pas cela).

  8. Je trouve que Plenel fait un sacré bon boulot, en tant que professionnel et en tant que citoyen en position d’alerte. Si je n’étais pas abonné au Canard Enchaîné je serai abonné chez Mediapart. C’est dire. Ceux qui le critiquent doivent lire de drôles de torchons… ARAMIS

    1. @Aramis Ah bon ! On ne peut être abonné à la fois au Canard et à Médiapart , C’est pourtant mon cas : au Canard depuis 50 ans, à Médiapart depuis environ 3 ans et à @SI. Je m’informe bien sûr aussi sur les sites en ligne comme le Nouvel Obs …

      1. Je parle de dépense (ma retraite ma fait perdre 600 par mois donc mollo) et non de choix volontaire. A mes yeux MEDIAPART est complémentaire du Canard et dès que je pourrais financièrement le faire sans avoir à rogner sur autre chose, je ne manquerai pas de m’abonner également là. ARAMIS

  9. Que Mediapart ait besoin d’euros pour payer des salaires et des cotisations c’est le mal absolu.
    Que le trio Bergé-Niel-Pigasse assure le service avant/pendant vente du plan d’austérité pour des « cacahuètes » c’est le bien.
    Rentrez chez vous et n’oubliez pas de voter pour le baril de lessive « Schulz » surtout.

    1. Je vais voter pour éviter que le PPE soit majoritaire. En êtes rigolos les gauchistes, quand ce n’est pas Plenel qui gagne de l’argent c’est le mal absolu mais vous rentrez dans le lard des types d’une gauche, disons modérée, lorsqu’il rappelle qu’un journal est une entreprise commerciale. Je ai d’ailleurs pas dit que c’était le mal absolu.

      1. Donc il y en a, parmi la gauche-disons-modérée, qui pensent réellement que la faillite de ce gouvernement, de la gauche-disons-droitière, est due au fait que Mediapart a sorti l’affaire Cahuzac ?

        Il eût donc fallu laisser faire Cahuzac, le garder comme ministre, et compter sur lui pour lutter contre les fraudeurs du fisc ?

        Je ne pense pas me tromper en supposant que toute la gauche, y compris la disons-modérée, s’est félicité de la sortie, par le même Mediapart, des affaires concernant Sarkozy, Woerth et consorts. Faudrait-il deux-poids-deux-mesures ? Pour satisfaire qui ? Des oligarques qui se pensent au-dessus des lois ?

        Mediapart est un média libre de toute influence. Je me félicite d’y être abonné. J’aime lire les enquêtes et analyses de ses journalistes même si je ne partage pas toujours leur point de vue.

        Mediapart ne me déçoit jamais car il tient les promesses qu’il a faites à ses lecteurs. Je pense que F. Hollande devrait s’en inspirer, lui qui n’a pas tenu les promesses faites à ses électeurs.

        Il faudrait peut-être chercher là la cause des désaveux cinglants que cette politique droitière a reçus aux municipales et recevra encore lors des prochains scrutins.

      2. Il y a un choix : entreprise commerciale par le biais de la pub des annonceurs et le sacrifice d’une liberté de ton et l’orientation marquée des sujets traités, ou entreprise commerciale par le nombre, si possible exponantiel , des acheteurs/lecteurs – un acheteur, cent lecteurs et le canard disparait – par la qualité et le plus possible d’objectivité de l’information

  10. Gauche « modérée » vs gauchistes, c’est simple, ça marque les esprits et ça permet de faire un bon titre pour Joffrin ou pour le JT de Pujadas. Comme disait Galut, le bout en train de la « gauche forte », dans 28 minutes sur Arte, nous* n’avions pas prévu une telle ampleur de la crise pendant la campagne présidentielle.

    *Nous: Aghion, Cohen et Cette, les visiteurs de l’Elysée et Matignon pour le plan d’austérité, des visionnaires du passé.

    Je sais Juan, je suis hors sujet, c’est mon coté gauchisss socialiste🙂

    1. Mais on se fout des étiquettes. C’était un peu le sujet de mon dernier billet. Je me qualifie de modéré uniquement pour me foutre de la gueule de ceux qui me prennent pour une raclure de droite.

  11. Le journalisme d’investigations et d’informations est par trop rare de nos jours, pour cracher sur ceux qui le pratique et sans se préoccuper de la couleur politique des protagonistes sujets de l’invistigation et de l’information . C’est tout le problème des grands médias qui ne sont plus que la caisse de résonnance de la com’ des partis politiques et (ou) des lobbys de tout poils

    1. « Journalism is printing what someone else does not want printed; everything else is public relations. »
      George Orwell

    1. Le même aurait comme une certaine tendance à le transformer en cauchemard, ce fameux « rève « 

    2. Citation du grand philosophe André POUCE : « Ce n’est pas parce que c’est écrit BENEDICTINE que çà en est forcément « : L’étiquette PS correspond actuellement à : Pulvérisation du Social »… Sacré rêve !!!! Expliquez-nous ce dont vous avez besoin, nous vous expliquerons comment vous en passer. ARAMIS

  12. « Ce n’est pas parce que c’est écrit BENEDICTINE sur la porte des chiottes, que çà en est forcément »

  13. Sur cette affaire comme sur Cahuzac j’ai l’impression que tu ne te poses pas les bonnes questions. Plutôt que de t’interroger sur le message, tu « t’attaques » au messager. Je crois qu’il n’y a pas grand chose à ajouter au commentaire qu’a laissé Plenel.
    Je laisse ici ce lien vers une émission de l’Atelier des médias sur RFI, dans laquelle Fabrice Arfi raconte de l’intérieur l’affaire Cahuzac. Ça parle un peu de toi (et d’autres) : http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/fabrice-arfi-les-lecons-de-journalisme-de-l-affaire-cahuzac

    1. Merci pour le commentaire. Le message m’a semblé assez clair et sans nécessité trop de débat : un fraudeurs pris la main dans le sac, au cœur du gouvernement.

      1. Et la gestion désastreuse par ledit gouvernement, qui a sans doute fait encore plus de dégâts.

  14. J’aime bien Mediapart, mais je suis un peu mal à l’aise devant le poids énorme que prend le côté « investigation » – les affaires -, par rapport aux autres informations et analyses. Encore plus d’ailleurs de la part des lecteurs, du moins de ceux qui commentent, que de la part des journalistes : certains articles intéressants suscitent peu de commentaires, alors que les enquêtes sur les « affaires » en ont très vite plusieurs centaines, la plupart sur le thème « tous pourris ». Il y a là un risque de dérive auquel Mdp devrait réfléchir.

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