Pourquoi on peut applaudir EELV


J’attendais personnellement le moment. La satisfaction n’est pas complète, mais on y arrive. Au-delà des votes parlementaires, il faut  prendre le temps de lire les textes.

Voici donc celui d’EELV à propos de la récente délibération parlementaire sur le Plan Valls.

Nous avons cette semaine été amenés à nous prononcer sur la trajectoire budgétaire française pour les trois années qui viennent. Transmis à la Commission européenne, cet engagement de la France va de pair avec le plan d’économies de 50 milliards d’euros présenté par le Premier ministre. Et nous avons, député-e-s écologistes, voté très majoritairement contre la déclaration du gouvernement.

Certains commentateurs ont tenté d’en faire un enjeu politicien, en théorisant sur la « sortie des écologistes de la majorité », un mois après la sortie du gouvernement. C’est une explication politicienne qui ne tient pas : nous avions déjà, lors de l’examen du TSCG, dont la dramaturgie parlementaire avait déjà tenté de faire un vote d’appartenance à la majorité, voté contre. Et les 41 abstentions socialistes confirment bien qu’il est nécessaire d’aller au-delà des simples jeux parlementaires tactiques : ce qui est en cause dans notre vote, c’est bien le fond. C’est tout à la fois une trajectoire que nous jugeons inadaptée, des moyens de l’atteindre sur lesquels nous nous interrogeons et une vision de l’Europe que nous refusons d’adopter.

Sur la trajectoire en elle-même : la France se fixe un objectif de réduction du déficit budgétaire à 3% en 2015 et c’est cet engagement qui figure dans le document transmis à la Commission européenne. Outre la brutalité du coup de frein budgétaire – qui ne sera pas sans conséquence sur l’économie et l’emploi-, nous avons exprimé notre lassitude de voir ainsi accumulés, au fil des années, des engagements non tenus – et pour cause, ils étaient intenables. Cette dévalorisation de la parole publique concourt à la désaffection citoyenne envers la politique. Et nous avons le sentiment que cette trajectoire n’échappe pas à la règle. Sur les moyens mis en œuvre pour tenir la trajectoire, je ne reviendrai pas sur ce qu’a exposé Eva Sas lors du débat parlementaire. Sinon pour dire que l’équilibre entre fiscalité des ménages et fiscalité des entreprises ne nous semble pas satisfaisant, et que la technique du « coup de rabot » (même si il s’accompagne d’une perspective de vraie réforme territoriale, enfin) n’est qu’un fusil à un coup : c’est bien la réforme fiscale annoncée lors de la campagne de François Hollande et jamais mise en œuvre qui est aujourd’hui indispensable.

Alors, certes, le Premier ministre nous a reçus. Certes, il a apporté des aménagements bienvenus au projet initial de plan d’économies, notamment en aménageant les mesures concernant les petites retraites ou encore les fonctionnaires les moins bien rémunérés. Mais nous avons aussi voulu dire que nous ne pouvions plus accepter un agenda politique fait de décisions prises à l’Elysée, que les parlementaires apprennent par la presse, et qui devraient s’imposer sans coup férir. Finalement, la majorité crève de l’incapacité de ses premiers responsables à imaginer un autre fonctionnement des institutions : ce phénomène, que nous avions déjà pointé lors de la discussion précipitée sur la composition du gouvernement – on nous sommait de faire en deux jours ce que les Allemands mettent deux mois à faire, à savoir bâtir un consensus et une équipe- se retrouve aussi dans ce vote de mardi. Le Premier Ministre semble vouloir mieux associer les parlementaires à la prise de décision. Cette démarche, si elle est poursuivie, nous permettra de travailler ensemble de manière plus constructive.

Et puis il y a la question européenne. Elle est pour nous centrale. L’Europe est au cœur de ce plan. Elle en est plutôt, à nos yeux, le prétexte. C’est ce que j’ai tenté d’exposer dans l’explication de vote que j’ai faite au nom du groupe. Parce que, à quelques semaines des élections européennes, ce qui était en cause c’était aussi le message que nous envoyons à nos partenaires, comme aux instances européennes.

Dire que c’est en respectant des engagements comptables de réduction du déficit que nous aurons plus de poids pour imposer nos points de vue sur la politique monétaire ou sur l’indispensable régulation de la finance, nous avons déjà donné !

A nous de montrer, à travers la campagne, que l’Europe que nous voulons est bien plus ambitieuse que cela.

Barbara Pompili, députée de la Somme et co-présidente du groupe écologiste à l’Assemblée Nationale

 

16 réflexions sur “ Pourquoi on peut applaudir EELV ”

  1. Merci pour ce billet. J’ignorais que Barbara Pompili pouvait avoir un intérêt autre que sexuel.

    Aujourd’hui, je trolle.

  2. Là, je suis entièrement d’accord. Faudrait-il adopter la méthode italienne du 1er ministre qui me semble intéressante ? Faire fi de la demande de Bruxelles et mener une réelle politique sociale.

  3. moi, j’ai bien noté que contrairement à l’aile gauche qu’on présente dans les médias comme frondeuse, EELV a voté contre. Bien. Toutefois, prétendre être dans la majorité en votant contre, va falloir qu’on m’explique… je ne suis en effet qu’un gros con de gauche, donc potentiellement très limité intellectuellement…

      1. enchanté que quelqu’un qui l’est tout autant me comprenne. Faut savoir en effet se mettre au niveau de son auditoire….🙂

  4. Ah ! Le chien de garde Aramus est arrivé. Comme on n’a pas le droit de ne pas être d’accord avec lui, je me casse.

  5. Curieux, de ne pas comprendre que si EELV acceptait parfaitement les contraintes budgétaires pendant la campagne de Hollande et les deux années de Ayrault ne les admet soudainement plus sous Valls, ce n’est que par un calcul purement électoraliste: tenter d’échapper à l’impopularité qu’elles entraîneront, maintenant qu’on en vient à la phase douloureuse (les réformes de structure) lors des européennes du 25 mai et, surtout, des législatives de 2017.

    1. Sans compter les régionales de 2015 .( Sauf si elles sont reportées aux calendes grecques pour cause de réforme )

    2. Yes, Elie Arié
      les rats quitte le navire

      Mais sur mon critère, unique parceque primordial, EELV avec DCB et Bové tournés atlantistes est un véritable repoussoir. L’écologie militariste rejoint les grands thèmes naturistes des jeunesses hitlériennes, sans même s’en apercevoir, et tout ça au nom des droits de l’homme et le subséquent droit d’intervention ou R2P (droit de protéger) qui nous a value l’irak 1&2, les frappes sur la serbie, le Kosovo, l’Afghanistan, la Somalie, la Lybie mais rien sur le Nicargua, le Panama 1&2, le Guatémala, le Costa Rica, Grenade, etc…

  6. EELV avait fait un score aux Européennes de 2009 . La pétoche de la déculottée le 25 mai gagne ces braves gens qui se sont commis avec le gouvernement Ayrault . Il en est de même de l’aile gauche du P.S .
    Question : c’est pas un peu tard pour faire machine arrière ?

    1. @Alain bobards: Je crois que vous êtes trop optimiste. Les municipales ont montrés que cette majorité maintiendra sa politique, qui a en payer électoralement un lourd tribut.

  7. Pour ceux qui pensent que le pacte de responsabilité et le pacte de stabilité
    sont un mauvais plan on peut répondre que mieux vaut un mauvais plan
    que pas de plan du tout et donc qu’il y a une grande avancée
    avec ce nouveau gouvernement par rapport au précédent (et aussi par rapport à
    ce que propose Mélenchon qui n’a qu’un plan totaement fictif).

    Je suis d’accord que EEKV joue purement la carte électorale.
    Soit; de bonne guerre s’il est constructif et réaliste pour l’action du gouvernement
    qui doit marcher pour tous les Français.

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