Les raccourcis politiques


Le développement de Twitter aidant, certains en viennent à fustiger cette caricature de la pensée qui consiste à se forger une opinion sur très peu de chose, quelques caractères à peine.

Michel Onfray fait ainsi l’objet d’une vindicte populaire paraît-il à gauche.

Notre confrère Elie Arié revient d’ailleurs avec cette conclusion:

« Qu’il se choisisse une étiquette, bon sang , pour qu’on sache que penser de lui : on ne va quand même pas aller jusqu’à le lire, non ? « 

1. Juger d’auteurs ou de penseurs sur la base de leurs seules interventions publiques est simpliste. Il faudrait effectivement lire, analyser et comprendre pour juger complètement. Mais on peut cependant se forger une opinion avec les éléments qu’on nous livre et l’énergie qu’on a décidée d’y consacrer.

2. L’asymétrie des connaissances est un phénomène largement connu: certains savent plus que d’autres et, en politique, cela peut leur procurer un avantage pour convaincre. Cela ne signifie nullement qu’ils ont davantage raison, mais au moins, cela signifie qu’ils ont consacré davantage d’énergie et d’analyse que le commun des mortels.

3. Les signaux faibles que nos hommes et femmes politiques décident d’envoyer font partie d’une communication essentielle. Nous n’avons pas tous le temps de comprendre et de fouiller. Il faut des raccourcis. Cette communication, parfois, souvent, nous submerge et nous énerve. Surtout quand elle franchit les seuils du surdosage, comme du temps de l’ancien monarque.

Mais pour celles et ceux que cela énerve trop, qui couinent encore quand Hollande fait un hommage ou Mélenchon une manifestation (*), je n’ai qu’un conseil: qu’ils n’écoutent pas et se plongent plutôt dans la lecture des textes de loi, des analyses contradictoires ou des programmes politiques.

C’est plus fastidieux et plus long que de s’indigner sur un effet de communication.

C’est plus utile aussi.

 

(*) je choisis volontairement ces deux exemples pour qu’on cesse de penser que ces propos soutiennent l’un ou l’autre ou vice-versa.

 

http://www.marianne.net/Michel-Onfray-le-nouveau-paria-de-la-gauche_a241452.html

23 réflexions sur “ Les raccourcis politiques ”

  1. Bien vu l’exemple Onfray. C’est le seul philosophe que je comprenne car il a un langage clair pour la profane que je suis. Il me fait presque aimer la philo que j’exècre tant les philosophes sont pontifiants. Et puis si l’on veut comprendre réellement ce qu’est la politique faut faire du porte-à-porte, aller dans des réunions, etc. J’ai fait les écoles du Parti et de la CGT où il y avait philo. Mais la meilleure école c’est le contact avec les salariés, les patrons, les gens.
    Elie ne sait où situer Onfray ? et lui ? il se situe où ?

    1. Mais pourquoi diable cette obsession à vouloir « SITUER » quelqu’un, au lieu d’essayer de comprendre ce qu’il dit ? Trop peur de ne pas y arriver ?

  2. Mais pourquoi serait-il interdit à Michel Onfray de mettre ses mots sur des maux ? (C’est vrai que j’use souvent de cette expression). Pour ma part, je ne vois aucun inconvénient à lire l’opinion de celui-ci. Trop souvent, moi-même, je m’auto-censure sur mon ressenti, tout ça par crainte d’être désapprouvée par des gens que j’apprécie, et c’est hélas frustrant. Je sais, c’est quelque peu lâche de ma part.
    Lire les écrits d’une personne supérieurement audible et intelligente, qui s’exprime majoritairement comme j’aimerais le faire, me convient, autant que ceux d’un anonyme. Je maintiens qu’il est préjudiciable de vouloir faire taire quelqu’un, sous prétexte qu’une partie de son opinion contesterait notre mode actuel de vie. On peut être d’une même tendance et avoir des divergences d’opinion. Rien, ni personne, ne sont parfaits.

    1. Entièrement d’accord avec toi!!! J’étais également « frileuse » à m’exprimer et oui j’étais frustrée. Depuis que je me suis lâchée (bien depuis une trentaine d’années) ça va vachement mieux…. moins bien en face. Et j’ai toujours mes convictions

  3. Onfray libère du sectarisme…l’important ce sont les idées….Onfray le montre intelligemment et décomplexe une grande partie des personnes persuadées à tort que les choses étaient trop compliquées pour être comprises…

  4. lundi matin (café) bien content de retrouver Juan (pas la première fois où j’ai crains sa disparition) et aussi évidemment les intervenants.
    J’ai diffusé « mes nuits avec Sarko » extra !

  5. Onfray ( puisque c’est lui le sujet du billet ) exprime une opinion sut Twitter – 140 mots maximum – . Résultat : on tombe à bras raccourcis sur la personne . Mais pourquoi ne pas débattre de la question posée, à savoir, est-ce qu’un môme ne devrait pas, d’abord, savoir lire, écrire, compter, avant qu’on lui prenne la tête avec la théorie du genre ou d’autres trucs du même calibre ?
    Comme si il n’y avait pas des sujets plus concrets concernant la vie quotidienne des gosses et de leurs parents !

    1. je viens de terminer un petit bouquin( 160 pages en gros caractères ): « la fabrique de la défiance ».Une tête de chapitre :  » apprendre en silence » ,c’est peut être la manière non hiérarchique d’apprendre, celle qui facilite le goût de coopérer et de vivre ensemble,et non pas la compétition permanente,qui est peut être plus importante que les contenus..

      1. Comme quoi, et heureusement, la sagesse n’est pas totalement morte dans ce monde trop souvent excessif .

        1. c’est pourtant un bouquin écrit par trois économistes français : Yann Algan,Pierre Cahuc, André Zylberberg,prix Turgot du meilleur livre d’économie financière…( livre de poche,5,6 euros).

  6. Le problème, avec Onfray, c’est qu’il est souvent bien meilleur « à l’oral » que dans ses livres, où il a tendance à enfoncer des portes ouvertes (Sade, c’est pas bien parce qu’il était méchant ; Freud c’est pas bien parce qu’il était misogyne et homophobe…) et à répéter trois fois la même chose au cours d’un même ouvrage.

    En revanche, dans un « débat », sur un plateau de télévision, il est quasiment le seul (avec Zemmour, désolé…) à écouter vraiment les arguments qu’on lui oppose et à tenter ensuite d’y répondre.

  7. « Qu’il se choisisse une étiquette, bon sang , pour qu’on sache que penser de lui : on ne va quand même pas aller jusqu’à le lire, non ?  »

    Celle-ci est pourtant très clairement revendiquée par l’intéressé : libertaire !

    Comme Louise Michel, le géographe Elisée Reclus, l’éthnologue Elie Reclus, l’exploratrice et écrivaine Alexandra David-Nell, les peintres Signac et Seurat, l’écrivain Octave Mirbeau, le pédagogue Sébastien Faure, etc. ; comme près de 2 millions de Catalans en 1936 (voir à ce sujet le livre de Sam Dolgoff  » The Anarchist Collectives – Workers’ Self-Management in the Spanish Revolution « ); et, plus récemment, le linguiste et intellectuel Noam Chomsky.

    Bien que je soupçonne dans cette phrase une pointe d’ironie, j’imagine que cela ne doit pas dire grand’chose à part inspirer l’effroi et l’horreur à quelqu’un qui est partisan d’un état tout-puissant, dirigé par une caste de gens qui se croient supérieurs et imposent leur pouvoir arbitraire sur les citoyens…

  8. « Qu’il se choisisse une étiquette, bon sang , pour qu’on sache que penser de lui : on ne va quand même pas aller jusqu’à le lire, non ?  »

    Celle-ci est pourtant très clairement revendiquée par l’intéressé : libertaire !

    Comme Louise Michel, le géographe Elisée Reclus, l’ethnologue Elie Reclus, les peintres Signac et Seurat, l’écrivain Octave Mirbeau, le pédagogue Sébastien Faure, l’exploratrice et écrivaine Alexandra David-Neel, etc. ; comme près de 2 millions de Catalans en 1936 (voir à ce sujet l’ouvrage de Sam Dolgoff  » The Anarchist Collectives Workers’ – Self-Management in the Spanish Revolution « ) ; et, plus récemment, le linguiste et intellectuel Noam Chomsky…

    Bien que je soupçonne une pointe d’ironie dans cette phrase, j’imagine que cela ne doit pas dire grand’chose si ce n’est inspirer un sentiment de frayeur et d’horreur à quelqu’un qui est partisan d’un état tout-puissant, dirigé par une caste de gens qui se croient supérieurs et imposent de force leur pouvoir arbitraire sur les citoyens.

    1. J’oubliais, non l’un des moindres, l’écrivain Léon Tolstoï, dont on peut lire les  » Ecrits politiques  » aux éditions Ecosociété, ainsi que « L’Esclavage Moderne », « L’Argent et le Travail », « Aux travailleurs : Où est l’issue ? Le grand crime » et « Que faire ? » parus chez de très bons petits éditeurs comme Le Passager Clandestin ou Le Pas de Côté.

      1. @ G.O.

        Vous savez bien qu’il y a presque autant d’anarchismes que d’anarchistes, et que Onfray est bien plus proche d’un Proudhon que d’un Bakounine.

        1. @Elie Arié

          En effet Elie, nous sommes d’accord sur ces deux points.
          D’ailleurs, bien que se réclamant de la pensée de Proudhon, il n’hésite pas à critiquer chez celui-ci certaines choses, comme sa misogynie et son antisémitisme, qu’il considèrent, à juste titre, inacceptables.
          C’est justement du fait de cette volonté qui est la sienne de penser librement que, comme vous le dîtes vous-même avec ironie, quiconque veut le critiquer se doit au moins de le lire ou de l’écouter et non pas simplement lui accoler une étiquette, même celle d’anarchiste – à laquelle d’ailleurs il semble préférer celle de libertaire pour bien marquer cette liberté à l’égard de tout dogmatisme philosophique ou politique.
          Pour ma part, sans tout partager aveuglément, je le trouve intéressant.

    2. M. Onfray, en libertaire, est avant tout quelqu’un qui tient à sa liberté intellectuelle et les questions d’étiquette ou d’appartenance philosophique ou politique ne semblent exercer aucune contrainte sur lui, tant et si bien qu’il n’hésite aucunement à s’en prendre aux gens de gauche lorsqu’il n’est pas d’accord avec eux ou avec leur comportement. Après, libre à chacun d’être ou non d’accord avec ses propos. Ce qui est intéressant chez lui et qui donne de la consistance à sa pensée, à sa parole, c’est qu’issu d’un milieu très modeste et ayant dû travaillé comme simple ouvrier dans le cadre de petits boulots, il connaît d’expérience la vraie vie avec toutes ses difficultés, contrairement à beaucoup d’autres qui regardent la vie et juge les autres depuis la tour d’ivoire de leurs appartement bourgeois et de leur vie confortable, et dont le vain intellectualisme trahit surtout une sophistique narcissique.

      1. Ben Elie un trou de mémoire? On a oublié ce qu’on a écrit? Ce n’ est pas moi qui demande à ce qu’il se situe par « étiquette ». J’ai dit qu’il était le seul que je comprends. Wouala wouala

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