Contre le référendum


La dernière fois que j’ai du voter pour un référendum, c’était en 2005. Un texte volumineux, souvent illisible par le commun des mortels (dont moi), et sur lequel on m’avait demandé: oui ou non ?

J’avais voté oui, d’autres non, majoritaire. Et après ?

Ce court-circuitage de la représentation est séduisant, surtout quand cette dernière ne fait plus son job; quand la démocratie peine parce que le système manque d’oxygène (faible représentation des femmes, manque de proportionnelle, etc).

Mais quand même…

Quand j’ai entendu Sarkozy dimanche sortir l’idée du référendum comme « grande proposition » – la seule, d’ailleurs, un tant soit peu concrète dans ses 45 minutes d’entretien télévisé – je me suis demandé si nous ne vivions pas un mauvais film.

Et puis hier, trois jours plus tard, je lis ceci dans le Figaro.

Ô bonheur, nous ne sommes pas seuls.

Le référendum, un argument électoral trop beau pour être vrai

(…) Tactique politicienne pour renouer avec les Français ou réel sursaut démocratique dans un climat de crise et de perte de confiance entre les politiques et le peuple? Quoi qu’il en soit, Nicolas Sarkozy s’inscrit dans cette longue tradition qui consiste à promettre le pouvoir au peuple sans vraiment le lui donner. (…)

 

32 réflexions sur “ Contre le référendum ”

  1. Si la raison de dire non au referendum est le fait que le dernier était (volontairement) voulu comme illisible et a été volé ensuite, alors ça fait un peu léger.
    Je trouve au contraire que l’exercice fut salutaire, permettant à beaucoup de s’intéresser au texte, une fois débarasser de sa forme complexe. Le problème est effectivement dans le choix des questions et dans la forme des documents.

    Imaginons un référendum sur le mariage pour tous ou sur la peine de mort à l’époque où cela a été voté par l’assemblée. Que se serait il passé ? Il faut se rappeler que au début du référendum sur Maastricht, cela paraissait une formalité pour le Oui.

    (ps : J’ai voté non à Maastricht et au TCE, voyant depuis longtemps les écueils de l’Europe construite ainsi….qui se révéleront avec la crise. Et pourtant, voter la même chose que le FN, ça fait chier !)

  2. J’ai voté non à Maastricht (masse et triche) et au TCE (Turbin Court-circuité par les Électeurs) et je me tiens prêt pour le prochain qui devrait voir enfin l’avènement de la 6e République et de l’entrée de la mise en pratique du référendum révocatoire. ARAMIS

  3. Vu la mornifle que Sarko s’était ramassé avec son réferendum sur la refonte des deux départements Corses et son double salto sur le traité de Lisbonne, je doute que si, par malheur, il revenait au pouvoir, un référendum serait sa priorité .

  4. Idem NON aux deux. Nabot 1er peut toujours trouver le Référendum comme « une grande proposition » s’il revient aux Affaires (en attendant que les siennes se traduisent en Justice) …. il se torche avec après

    1. J’aime mieux Naufrageur 1er , comme surnom de ce gars qui a plombé les citoyens français de 2007 à 2012 .
      Tu te rends compte qu’on aurait dû le qualifier de géant 1er si il avait mesuré 2 m sous la toise ? Brrrrr !

  5. Lorsque De Gaulle a mis au référendum sa réforme des régions et celle du sénat, en 1969, Il s’est pris un »non » qu’il a considéré comme un désaveu et a donc démissionné . L’erreur a, sans doute, été de mettre au vote une réforme des régions qui n’était pas dépourvue d’intérets et, en même temps, celle du Sénat qui ressemblait beaucoup à un coup de force contre la démocratie, d’où le « non » à l’ensemble du projet .
    Qui plus est, il est rare que les citoyens répondent à la question posée et, d’autre part, comment répondre par oui ou par non sur des sujets complexes ?
    A noter qu’en 2005, ni Chirac, ni son gouvernement n’ont démissionné suite au « non » au TCE . C’est toute la différence entre le grand Charles et ses minus de successeurs .

  6. Le referendum est l’exemple même de la fausse démocratie : on ne répond jamais à la question posée , on la transforme en aveu ou désaveu de celui qui la pose.

    Si De Gaulle a récolté un NON à son referendum de 1969, qui proposait des réformes très intéressantes de la régionalisation et du Sénat, c’est uniquement parce qu’on savait qu’il démissionnerait s’il ne l’emportait pas , et qu’après mai 68, on le considérait comme « usé » ( rappelons que Giscard avait appelé à voter NON ): quelle que soit la question posée, la réponse aurait été NON .

    1. On ne répond pas à la question posée pour la bonne et simple raison qu’on répond au politicard qui la pose et qui veut surtout se servir de la réponse en biaisant sa question. Compris mister Arié ? Sinon je vous la fait autrement… ARAMIS

    2. J’étais né depuis déjà un moment, en 1969 .J’ai donc voté à ce référendum . Et je maintiens que si la seule question avait portée sur la régionalisation, la réponse aurait, probablement été  » oui  » . Quand à la démission du grand Charles, elle en a estomaqué plus d’un ( et non des moindres ) à l’époque .
      Vous avez le droit de penser que le « non » l’aurait de toutes façons emporté, mais vous devriez vous garder d’être affirmatif, c’est lassant .

      1. Alain : On lui dit comme Giscard à Mitterrand en 81, au père Arié ? : « Vous n’avez pas le monopole du cœur » Çà fait bien pour un ex cardiologue, tiens… ARAMIS

              1. En 1981 c’était donc , Giscard : « vous êtes l’homme du passé », Mitterrand : « Et vous l’homme du passif » E toc ! ARAMIS

                1. Ben oui . Ca a déstablilisé Tonton et d’aucuns prétendent que c’est la cause de sa défaite .
                  Il a pris sa revanche en 1981

      2. La démission n’a surpris personne, puisque De Gaulle avait annoncé qu’il démissionnerait si le NON l’emportait; ce qui a surpris, c’est sa rapidité ( démission à effet immédiat 4 heures après le résultat officieux).

        Ensuite, penser que c’est cette annonce qui a déterminé la victoire du NON, et que très peu de gens étaient opposés à la régionalisation et à la réforme du Sénat est évidemment mon interprétation personnelle .

        1. Certains ont même parlé (mais, là, c’est une interprétation encore plus aléatoire et indémontrable) de « referendum-suicide », De Gaulle cherchant un prétexte pour partir et n’ayant aucun doute sur son résultat .

          1. ELIE ARIE
            Si le « oui » l’avait emporté, rien n’empèchait le grand Charles de se retirer  » sur une victoire  » .
            Autant que je me souvienne, la campagne a porté davantage sur la réforme du Sénat que sur celle des régions . Ceci expliquant, sans doute, cela, quant à la victoire du « non »

            1. Il faut préciser qu’en annonçant qu’il se retirerait, en cas de victoire du « non », De Gaulle utilisait une ficelle dont il s’était déjà servie :  » moi ou le chaos « 

        2. en tout cas on a raté quelque chose d’assez fondamental, sinon visionnaire, je veux parler de la réforme du Sénat qui devait, si ma mémoire est bonne, être fusionné avec le conseil économique et social et n’avoir plus qu’un rôle consultatif,(in fine c’est toujours l’assemblée qui a le dernier mot,et le fait que le sénat soit toujours à droite- du fait essentiellement d’une surreprésentation du monde rural- interroge.)
          Par ailleurs,la création de régions (c’est un jacobin qui dit ça) avait quelque chose de précurseur..
          Effectivement, le référendum,( forme de démocratie directe?) est devenu une forme de plébiscite dévoyé..

      3. Tu as raison également j’ai voté. Quant à sa rapidité, il l’avait également annoncé que si le NON passait sur le champ il démissionnerait. Ca a échappé à Elie cette partie. Par contre il n’est pas impossible que cela eût été un référendum-suicide à cause des évènements de 68 il ne s’y attendait pas à ce que ça prenne cette ampleur

  7.  » Tout être humain est compétent pour gérer les affaires de la société, et plus particulièrement de la communauté dont il est membre. Aucune politique n’a de légitimité démocratique si elle n’a été proposée, discutée et décidée directement par le peuple, et non par de quelconques représentants ou substituts. C’est seulement l’administration de ces directives politiques qui peut être confiée à des conseils, des commissions ou des collectifs d’individus qualifiés, éventuellement élus, qui exécuteraient le mandat populaire sous contrôle public et en rendant des comptes aux assemblées qui prennent les décisions.  »

    Murry Bookshin – « Une société à refaire – Vers une écologie de la liberté »

  8. Entièrement d’accord avec ce billet.

    (J’étais partisan du non en 2005, même si ça me « fait chier » (pour parler le français de M. Iceman) d’avoir été d’accord avec la plupart de vos commentateurs habituels.)

      1. ALAIN BOBARDS

        j’ai quelque chose pour toi, le jour où tu dois boire l’apéro en remontant le petit doigt, au lieu de dire crûment  » ah vraiment cette situation me fais chier »

        tu peux délicatement mais fermement proposer « ah vraiment cette situation me met le cigare au bord des lèvres »..

        demande si tu as besoin…😀

  9. J’imagine Sarko proposer un référendum sur l’accord de partenariat transatlantique (APT)…

    Il est vrais que d’ici 2017 les jeux seront fait (Merci Hollande…).

  10. Vous voulez faire l’économie d’un référendum? adressez vous à quelques DOXOSOPHES ( je viens de découvrir le mot), c’est à dire à « des experts autoproclamés de ce que pensent les gens » ( ça fait du monde ).

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