rétention

L’immigration lasse


On expulse encore massivement. L’immigration ne mobilise plus. Elle est encore instrumentalisée ici ou là. Mais elle ne mobilise plus ou rarement à gauche. Surtout dans les rangs parlementaires socialistes.

En 2013, la France a éloigné plus de 50.000 personnes, un record absolu depuis 10 ans. Cinq associations ont livré leur rapport mercredi. Le Monde se fend d’une pleine page, les autres journaux relaient quelques chiffres. La couverture médiatique est grande mais c’est comme si le sujet n’intéressait pas.

En juillet dernier, la loi du sinistre Eric Besson a été adoptée en conseil des ministres.

Je caricature ?

A peine. J’en avais parlé à l’époque, dans le creux de l’été.

Comprenons-nous bien: la question est moins de savoir si l’on expulse que pourquoi et comment des immigrés sont arrêtés puis expulsés.

La France a des règles en matière d’immigration. Et donc on expulse celles et ceux qui ne les respectent pas. Ces règles peuvent être trop dures, trop souples. Libre à chacun de juger. A titre personnel, je suis hostile aux régularisations dites massives, mais je pense qu’on doit et peut accueillir bien plus souplement qu’aujourd’hui les immigrés qui souhaitent venir travailler et vivre chez nous.

Se fixer des objectifs chiffrés d’éloignement est une aberration et une injustice, car cela revient à dire: « qu’importe les règles d’accueil, il faut qu’on faire du chiffre. »

On peut penser que ces règles d’accueil sont désormais plus claires que sous la droite des précédents gouvernements. L’arbitraire a cédé la place à des règles plus claires et officielles.

Mais les conditions d’arrestations, de détention et d’éloignement restent détestables, aussi détestables et critiquables que sous Nicolas Sarkozy. Le bilan que livrent 5 associations cette semaine est terrifiant.

Je vous livre quelques points, parmi d’autres:

1. « L’année 2013 marque aussi une augmentation du nombre d’enfants en rétention, essentiellement à Mayotte où 3 512 mineurs ont été enfermés contre 2 575 en 2012. »

2. «  Plus de 60% des personnes sont éloignées de force depuis la métropole dans un pays membre de l’Union européenne. « 

3. En métropole, 54% des personnes éloignées le sont sans contrôle d’un juge.

4. Près de 95% des expulsions l’ont été sans délai.

5. Il y a encore des familles et, pire, des mineurs détenus dans les CRA: en métropole, « 19 familles, dont 27 adultes et 41 enfants, y ont encore été enfermées durant l’année 2013 (contre 85 adultes et 99 enfants en 2012). Enfin, 226 enfants ont été enfermés illégalement dans des locaux de rétention administrative. »

6. A Mayotte, 3 607 enfants ont été détenus  contre 2 674 l’année précédente…

 

Où est le droit ?

 

 

 

4 réflexions sur “ L’immigration lasse ”

  1. Rien que le mot « métropole, c’est un rien cynique pour parler d’immigration. La mère patrie (métropole) et en face ses colonies où tout au moins ce qu’il en reste. Mais comme les mots n’ont plus aucun sens, faisons dans le pathos. La dernière fois que j’ai franchi une frontière disons celle qui m’a le plus impressionné, c’était celle de la Turquie pour y entrer depuis la Bulgarie. Il y a une sorte de protocole très impressionnant qui fait force de loi et ne donne aucune envie de faire n’importe quoi une fois entré dans le pays même quand on a rien à se reprocher ou aucune mauvaise intention. Où sont nos frontières?
    Où sont les limites? Ah oui à Mayotte, le 101 département et dernière acquisition française. C’est sûr pour eux la métropole est n’est pas un mot creux. L’immigration (illégale) non plus d’ailleurs mais pourquoi Mayotte attire t-elle autant d’immigrants? Ce n’est Lampedusa là-bas pourtant ça y ressemble. Alors tous ces mineurs, ils ont maorés (français) ou Comoriens, cela serait bon à savoir ça? L’empire n’est plus ce qu’il était, c’est un vrai problème pour contrôler les frontières au-delà de la « métropole ». Si cela se trouve les enfants en rétention, comoriens à n’en pas douter, sont mieux traités que dans leur pays d’origine (60% des comoriens vivent sous le seul de pauvreté) alors est ce qu’il faut pleurer? Est-ce qu’il faut se réjouir? C’est encore une histoire de bouteille à moitié vide ou à moitié pleine, cette histoire.

Les commentaires sont fermés.