Emouvant

Jean-Luc Mélenchon a vécu un sale moment, l’enterrement d’un ami, mercredi. Son interview politique dans les colonnes du Monde, du même soir, était particulière, émouvante.

« Je sors d’une année où pesait sur moi l’agonie de mon camarade François Delapierre. »

Quelques heures après cette déclaration, Mélenchon était sur BFM. Un énième fou venait de crier à l’islam en Isère en décapitant son patron. Mélenchon eut comme d’autres la seule réaction qui valait, refuser la peur et l’instrumentalisation.

L’actualité était surtout en Grèce. A l’heure où il s’exprie, l’ancien candidat à la présidentielle ne sait pas qe Tsipras va appeler à un référendum, brillante idée démocratique qui effraie les éditocrates et les partisans de l’austérité.

Dimanche sur Canal+, pour la dernière émission de la saison de la délicieuse Maïtena Biraben,, Mélenchon a des propos plus violents contre l’une de ses têtes de turc préférées, Emmanuel Macron. Il exprime son « mépris » et même son « dégout » à l’encontre du trop jeune ministre de l’économie de François Hollande.

« Des milliers d’hommes et femmes de gauche sont humiliés d’être représentés par des gens pareils. (…) Ce type est sinistre. Il n’a jamais été élu, il est le résultat du fait du prince, il sort d’une banque pour arriver au pouvoir et accabler les autres de son mépris. »

Faut-il exprimer pareille haine ?

Macron incarne lui-même un mépris assez faramineux pour sa gauche. Il ne devrait pas être surpris de susciter pareille réaction. Il laissera comme souvenir la libéralisation du travail le dimanche. Quelle belle affaire ! Espérons que Sarkozy ou Juppé lui proposeront un poste après 2017. Que son expérience ministérielle serve à d’autres.

Mais Mélenchon exprime une rage avec des termes trop forts puisqu’ils vont forcément lui aliéner un peu plus une fraction socialiste qui s’obstine à soutenir le gouvernement.

C’est bien dommage car les faits seuls suffisent à montrer que cette politique gouvernementale ne mène nulle part, et sur presque tous les terrains. Rappeler à Macron combien il fait fausse route mérite quelques formules bien senties. Mais l’homme ne mérite pas pareille rage que Sarkozy en son temps. Emmanuel Macron est bien élevé, et courtois. Il n’a jamais de formules déplacées, ni de stigmatisation systématique comme Sarkozy en son temps. Non, le seul problème de Macron est sa politique, aveugle, à droite, affligeante. Sa politique est méprisante, mais l’homme, pourquoi faudrait-il s’attaquer à l’homme ?

La dernière bêtise de Manuel Valls

Le premier ministre s’est égaré. On le sait perdu quelque part en Sarkofrance depuis quelques temps déjà. Quand il n’est plus en Congrès socialiste pour faire vibrer sur des formules jauressiennes, Valls retrouve son naturel droitier et confus.

« Non, nous ne pouvons pas perdre cette guerre. Parce que c’est au fond une guerre de civilisation. C’est notre société, notre civilisation, nos valeurs, que nous défendons » Manuel Valls, dimanche 28 juin.

Ce dimanche, le voici qu’il évoque la « guerre de civilisation« . L’expression est détestable. Elle ne veut rien dire. Il y a bien sûr des gens sur cette planète qui n’aiment pas notre mode de vie. Mais qui peut penser que ces gens représentent une civilisation ? Qui peut penser que quelques barbares névrosés capables d’attentats criminels représentent une « civilisation » ?  Non, il n’y a pas de « guerre de civilisations ». Il y a des guerres, en tous genres, et partout. Faut-il rappeler à Valls (comme hier à Sarko) que les premières victimes de Daech sont … les musulmans ?

Manuel Valls a tout faux, et pire encore. En reprenant l’exact formule d’un Nicolas Sarkozy toujours égaré dans le débat identitaire, le premier ministre de François Hollande nous fait honte.

Tout simplement.

 

Chanson du dimanche: « grizzly bear »

j’ai l’impression de retourner dans les années 70 de mon enfance mais c’est heureusement aujourd’hui.

 

Le ciel d’un jour #49

  

Mélenchon, aide-nous

Jean-Luc Mélenchon mérite quelques critiques, et à un plus d’un titre.

En 2012, il a fait une belle campagne, il a fait rêver. Moi qui était « de l’autre côté », c’est-à-dire dans la team #Hollande2012, j’ai souffert de la violence prématurée des attaques contre le candidat que je soutenais. Inutile de chercher à refaire le match, l’exercice serait sans fin ni productivité. Est-ce l’antihollandisme primaire de Mélenchon qui a aliéné une gauche contre une autre ? Ou est-ce la politique droitière de Hollande qui a achevé le divorce ? Cette histoire de poule et d’oeuf ne m’intéresse pas. La gauche des uns et la gauche des autres sont toutes les deux minoritaires dans les urnes, et quelque soit le scrutin.

Sans alliance, c’est l’échec assuré.

Revenons à Mélenchon. Même si je vote Front de gauche aux dernières élections (municipales, européennes, départementales) depuis 2012, Mélenchon m’agace:

1. Les désaccords politiques, réels, ne sont pas si importants. Par exemple, l’obstination pro-Chavez de Mélenchon est horripilante, mais sans grand intérêt pour la politique française.

2. Mélenchon a fait le pari qu’il valait mieux insulter ses plus proches concurrents politiques (les militants socialistes) pour les convaincre qu’ils faisaient fausse route. Je ne compte plus les billets, ici, où j’ai tenté d’expliquer que cette démarche, et son systématisme, était contreproductive et anti-démocratique. Car le débat démocratique suppose d’entendre l’adversaire et d’essayer de le convaincre. Bref, Mélenchon me gonfle, comme d’autres, par son incapacité à chercher à convaincre.

3. Comprenons-nous bien: le sujet ici n’est pas les attaques violentes contre la politique du gouvernement, mais plutôt les attaques ad-nominem (« capitaine de pédalo » pour Hollande; Macron « le banquier-donc-suspect’; etc). Les attaques personnelles, quand elles sont justifiées, ne doivent porter que contre des ennemis politiques. En visant systématiquement les gens autant que leurs idées, Mélenchon a contribué à fracturer la gauche. L’exact même scenario s’est reproduit à propos de l’Allemagne, dans son dernier bouquin. Cécile Duflot a rappelé que c’était moins l’Allemagne que la politique conservatrice du gouvernement Merkel qui était en cause.

4. Mélenchon est peut être naïf. Il pense sans doute qu’éclairer les masses sur les réalités de certains sujets passe par cet électro-choc permanent. Les trois années passées ont montré que c’était inutile et contreproductif. Moi aussi je suis exaspéré par la vulgate gouvernementale, le vide et la traitrise, le brassage de vent dans les discours et la politique néo-lib dans les faits. Mais je sais que nous ne ferons rien sans les militants et sympathisants socialistes.

Il ne s’agit pas d’avoir raison, mais de convaincre le plus grand nombre de ne pas faire trop d’erreurs.

Loi sur le renseignement, l’effroi ou le désespoir

Confessons: je n’ai pas de souci à imaginer abandonner une fraction de ma liberté au nom de la défense de notre démocratie, entre autres. C’est un point de vue très personnel, forcément en rupture avec l’avis de nombre d’opposants à la Loi sur le Renseignement. J’accepte d’être davantage fouillé qu’avant quand je prend l’avion, un exemple parmi d’autres. Je prends souvent l’avion pour le boulot.

Mais la loi sur le Renseignement qui vient d’être définitivement adoptée par l’Assemblée nationale n’a rien à voir avec l’acceptable ou le tolérable. En surfant sur les peurs, ce gouvernement a non seulement élargi la palette des outils de l’espionnage moderne, mais il a surtout élargi les motifs de cet espionnage.

Les lanceurs d’alerte en tous genre ou les manifestants contre une décision publique quelle qu’elle soit n’ont qu’à bien se tenir. Ils pourront être « traités » avec le même arsenal sécuritaire que s’ils étaient des collègues sanguinaires des frères Kouachi.

Et cela restera une tâche, une de plus.

Cette loi a rassemblé contre elle des voix de toutes parts, défenseur des droits, magistrats, avocats, députés de droite et de gauche.

En vain.

C’est à désespérer.