Le premier communiste de France


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Nuit du 4 août oblige, voici un billet de circonstance qui ne doit rien d’autre qu’à la coïncidence d’une lecture de vacances, la biographie de Joseph Fouché, homme politique qui sévit de la Révolution à la Restauration, écrite par Stefan Zweig au siècle dernier.

Zweig décrit les débuts politiques du jeune Fouché, désigné député de la Convention en 1792. L’homme avait un trait comportemental décisif: le pragmatisme et la prudence. Il ne se rangeait qu’à l’avis pouvant servir sa carrière. En janvier 1792, il vota la mort du Roi à la dernière minute, quand il réalisa que son camp politique initial, les modérés Girondins, était mis en minorité par l’activisme et la terreur des Montagnards. Il se fit désigner ensuite Commissaire dans la Loire-Inférieure, de Nantes à Moulins et Nevers , un parmi 200 autres grâce auxquels la jeune République faisait appliquer ses lois partout dans le territoire. Ces Commissaires avaient localement tous les pouvoirs: réquisition, levée de l’impôt, jugements et condamnations.

A cette occasion, il rédigea un court texte qui, d’après Zweig, est bien le premier texte communiste français: « sa portée historique a beau être diminuée par le fait que, plus tard, le duc d’Otrante a renié désespérément ce qu’il avait autrefois proclamé lorsqu’il n’était que le simple citoyen Joseph Fouché, toujours est-il qu’au point de vue purement chronologique cette profession de foi fait de lui le premier socialiste et communiste catégorique de la Révolution ».

Pour preuve, Zweig publie le texte dans sa quasi-intégralité. On y lit, notamment, les choses suivantes: « La Révolution est faite pour le peuple; (…) Ne vous y trompez pas, pour être vraiment républicain, il faut que chaque citoyen éprouve et opère en lui-même une révolution égale à celle qui a changé la face de la France. (…) Tout homme qui est au-dessus du besoin doit concourir à ce secours extra-ordinaire. Cette taxe doit être proportionnée aux grands besoins de la patrie; ainsi vous devez commencer par déterminer d’une manière large et vraiment révolutionnaire la somme que chaque individu doit mettre en commun pour la chose publique. » conseille Fouché aux révolutionnaires.

« Agissez donc en grand: prenez tout ce qu’un citoyen a d’inutile; car le superflu est une violation évidente et gratuite des droits du peuple. »

Et le proconsul de la nouvelle République de « conseiller » la réquisition des draps, vêtements, chevaux, argenterie et bijoux. Pendant les quelques mois où il fut proconsul dans la région, Fouché n’usa jamais de la guillotine ni de la peine de mort en général.

Il changea par la suite.

37 réflexions sur “   Le premier communiste de France ”

  1. Spoliateur et assassin : en effet, un vrai communiste !

    Cela dit, les biographies de Zweig sont toujours de haute tenue. Je recommande chaudement celle de Balzac.

  2. Le premier théoricien du communisme ( le vrai ) en France est , me semble-t-il, Gracchus Babeuf . Les bourgeois du Directoire en avaient tellement la trouille qu’ils se sont empressés de le guillotiner .

  3. Qui est le premier communiste, difficile à dire… j’ai toujours pensé que Gracchus Babeuf était le plus communiste des révolutionnaires, avec la « conjuration des égaux »…

    1. Pas faux. Je pense que Zweig voulait signifier que Fouché avait pondu l’un des premiers textes réellement communistes dans l’approche et les conclusions, même si l’homme ne l’était pas. Alors que Baboeuf l’était certainement, mais ses premiers textes à cette date (1793) ne l’étaient pas encore.

      1. D’autant que l’émergence d’une idée demande quelque temps, avant d’être assimilée par une majorité « pensante » et devenir enfin une « évidence » pour ceux qui en auraient perçu la portée bénéfique pour le peuple. Imaginer le « communisme » en 1788, c’était sûrement comme imaginer les allumettes en préhistoire… Tout était là, mais…

  4. je ne veux pas foutre la merde mais en plus il se prénomme joseph..devinez comme qui ?

    non non pas le charpentier, l’autre…..

  5. si on part de ce principe là jésus aussi était communiste, à la différence que les morts, il les réssuscitait…lui..

    à vouloir faire un copié collé du passé avec le présent, on peut sortir la machine à fantasme..

    tiens jésus toujours, qui dit que les multinationales de l’époque n’ont pas voulu le récupérer avec sa multiplication des pains et l’engueulade des marchands du temple, ils auraient pu faire l’OPA dans la foulée pour laisser la place à un oligopole….hein ?

    si on avait jésus aujourd’hui c’est l’UE qui nous mangerait dans la main…etpiscétout

    1. @ Stan

      Fort bien ! Donc,si aujourd’hui Jésus devait s’en mêler, lui qui est né sur la paille sous la poutre…
      Grand Dieu, nous sommes vraiment mal barré !😉

      ***

        1. TOUBIB

          il en aura fait dire jésus finalement, c’était une star. S’il y avait eu la télé à l’époque, michael Jackson serait resté un iconnu

          1. Sacrilège….on n’aurait donc pas eu le « moonwalk »….Stan vous êtes un mécréant 😄

  6. Où commence l ‘inutile, où fini le superflu!
    Vaste question. Ici il est simplement question de dépouiller les autres.
    Je ne ferai pas de comparaison avec le communisme, voir même avec jésus simplement qu’y a t il de changé en comparaison de notre époque.. Là le prétexte était la révolution, aujourd’hui, la solidarité, la générosité, l ‘ humanisme servent d’ excuses au pillage du gain de travail.

  7. Le détricotage social que sarko n’a pas eu le temps de faire, Hollande le continue en attendant de refiler la suite à Lepen qui ne se gênerait pas non plus en cas de victoire, par cadeaux empoisonnés interposés. Les anti sociaux étant contre les charges permettant de maintenir la solidarité :

  8. @Claude
    Voyons, voyons..! Depuis la Révolution, on ne paie plus d’impôts mais on verse des contributions . On ne paie pas des « charges » mais on verse des cotisations . Les mots ont un sens . Les communicants patronaux et gouvernementaux l’ont bien compris, eux qui martèlent à longueur de journées des contre-sens .
    Please, ne rentres pas dans cette dérive .

    1. Aux USA, et depuis bien avant l’ Obamacare, la loi oblige les entreprises de plus de 25 salariés à leur payer une assurance -santé ; mais, dans la mesure où il s’agit d’une assurance privée, cela n’est pas comptabilisé dans les  » charges  » et  » prélèvements obligatoires  » ; il ne s’agit pas moins d’une loi et d’ une dépense incontournables pour les entreprises: un pur artifice comptable …

      1. @Elie Arié
        Et lorsqu’on souscrit, dans notre beau pays, une assurance santé individuelle, on verse une « prime » . Amusant, non, s’agissant d’une dépense ?
        Ceci étant, tant le patronnat que les salariés versent des cotisations auprès des organismes sociaux . Ces cotisations, par exemple en ce qui concerne la santé, permettent au salarié de se soigner et à l’entreprise, de conserver un employé en bonne santé et de facto, productif . Il ne s’agit donc pas de charges .

        1. @Elie
          Au fait, dans un bilan comptable, on ne trouve pas la rubrique  » charges » ( sauf en bas de bilan, lorsqu’on veut minorer le bénéfice imposable ), mais « dettes fiscales et sociales » . Ca correspond davantage à l’esprit de contribution et de cotisation .

          1. Il serait d’ailleurs plus juste de mentionner le « vrai salaire brut » celui qui mentionne toutes les cotisations collectées sur le salaire que l’on repartit abusivement en charges salariales et charges patronales….alors qu’il ne s’agit que de cotisations salariales….ça éviterait le faux discours qui consiste à dire qu’un salarié a un cout …et qu’un patron paie trop de charges !

      1. Les gens riches ( l’appellation  » bourgeois  » est ridicule ) se plaignent, en effet, de devoir partager leurs revenus par ces mécanismes de redistribution que sont les impôts et les cotisations sociales ( faut tout lui expliquer…)

        Quant aux entreprises, elles se plaignent de devoir verser des cotisations sociales alors qu’elles sont en concurrence directe avec d’autres, de pays où la protection sociale n’existe pas, et qui ont donc des prix plus compétitifs et risquent de les mener à la faillite, d’où hausse du chômage: c’est tout le piège de la mondialisation ( faut tout lui expliquer…)

        1. Ne cherchez pas toubib, pour le vrais gens de gauche, la classe bourgeoise n’a absolument rien à voir avec le peuple réel. Je sais, çà vous dépasse…

        2. @Elie
          Des contributions, pas des impôts . Pffffft !
          Ceci étant, cotisations et contributions, ça ne gènent guère les entreprises multi-nationales qui utilisent à fond les paradis fiscaux ( si,si, il y en encore, malgré les affirmations de Sarko en 2008 ) et le système des filliales, lorsque ce n’est pas le droit européen des sociétés . .Quand aux PME; soit elles sont sous-traitantes, soit leur cible est le marché intérieur .Mais comme me disait un ami commerçant  » nous, on pleure tout le temps « 

        3. Elie Arié. Petit rappel du dico :

          Droit de bourgeoisie, ensemble de privilèges que possédait au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime le bourgeois d’une ville.
          Grande ou haute bourgeoisie, ensemble de gens fortunés, n’exerçant pas de métier manuel, dont les ressources proviennent de la plus-value sous toutes ses formes, et constituant la formation sociale qui détient l’essentiel des pouvoirs de décision dans la société capitaliste (accumulation du capital, investissements, constitution de monopoles, etc.), par opposition à la petite bourgeoisie.
          Petite bourgeoisie, ensemble disparate de personnes qui se distinguent des membres de la grande bourgeoisie par leur fonction dans l’économie capitaliste et qui n’appartiennent ni à la paysannerie ni à la classe ouvrière.

      2. @Claude
        C »est de la sémantique . Nous versons tous, tant les gens riches que les prolos, des contributions et des cotisations . Les unes devant servir la collectivité ( ex: routes, transports etc… ) les autres, basées sur la solidarité, pour le bien-être des individus .
        Lorsque les médias et les communiquants utilisent à qui mieix-mieux le mot  » charges » c’est co-noté poids et gène, le but étant de culpabiliser les classes moyennes inférieures et inférieures, censées être celles qui usent et abusent du système social, ceux que certains, du haut de leur arrogance appellent  » les assistés » .
        C’est pour ça qu’il faut, inlassablement, rappeler que le fric que verse les citoyens, ce sont des contributions et des cotisations et non des impôts ( notion de pression, d’obligation) et des  » charges » ( notion de profiteurs assistés ) .

        1. hello claude, dans la série ‘phrase la plus drôle aussi la plus con’, ma préférée: « quand on sait pas on va pas » (comme toi, j’aime bien Coluche)
          pareil ! que toi, je veux dire quand je ne sais pas je demande, même que des fois, si-si ça arrive, qql’un de bien intentionné, élevé, et informé ! réponde, alors merci Alain🙂
          (tiens, c’est à Gap que j’appris, gamin, le ski nautique, ni vraiment insisté; demain: retour au lac !)

        2. Je crois que l’on est arrivé au stade où il faut faire basculer les cotisations sociales (basées sur le salaire, et pénalisant les entreprises à main d’œuvre abondante ) sur la CSG, et rendre celle-ci progressive ( et non proportionnelle, comme aujourd’hui ) et totalement non déductible – ou, ce qui revient au même, procéder à la fusion de la CSG et de l’impôt sur le revenu après avoir supprimé les cotisations sociales.

          Mais cela ne peut se faire que progressivement, du fait :

          1- du coup de massue fiscal que cela représenterait pour les classes moyennes et moyennes inférieures, sur lesquelles reposerait l’essentiel de l’effort contributif dans un pays où 50% des foyers fiscaux ne payent pas l’impôt sur le revenu ,

          2- de l’hostilité des syndicats de salariés, qui perdraient le fromage que représente pour eux la soi-disant  » gestion paritaire » ( alors qu’il y a longtemps qu’en pratique c’est l’État qui gère tout.)

          1. @Elie
            Ce ne sont pas les cotisations sociales qui pénalisent les entreprises, fussent-elles à main d’oeuvre abondante . C’est, pour certaines PME, la sous-traitance pour le compte de grosses boites, lesquelles leur serrent le KIKI sur les prix de vente et, pour celles qui sont uniquement sur le marché intérieur, le chômage de masse et le seuil de pauvreté élevé qui bride la consommation Quand aux très grosses boites à vocation multi-nationale, il faut voir plutôt du coté du retour sur investissement et d’ études de marchés plus ou moins farfelues

        3. Alain. Je le sais parfaitement et si j’ai mis ce sketch de second degré en appui, c’est justement parce qu’il démontre et dénonce bien cette connotation patronale et gouvernementale du mot « charge » donc présentée comme négative par son côté péjoratif, qui sous-tend qu’il gênerait la fameuse « croissance » (prétendue positive pour « tous ») . Je ne comprends donc pas la teneur de ton message, vu que je suis d’accord avec ta réponse concernant le danger de laisser les faiseurs d’opinion parler sans cesse de charges, comme le font les perroquets droitiers sur ce site. Je ne cautionne pas, je mets simplement en évidence ce danger le plus subtilement possible. Nuance…
          Pour bien confirmer ma démarche anti libérale affairiste, voici un autre lien en expliquant le mécanisme au niveau européen et mondial.

          1. @Claude
            ‘Scuses-moi ! Moi pas avoir compris l’astuce . Moi, un peu lent, parfois !

  9. «Tout appartient aux dieux; or les sages sont les amis des dieux et entre amis tout est commun; donc tout appartient aux sages»

    voilà, ‘ma contribution’ au billet, non ne me suis pas foulé (et vite! aller au lac avec ma fille ! j’aime quand elle est en maillot de bain, un grand, long et large tatoo, tout le côté gauche: un magnolia en fleur)

    sauf qu’il n’est pas français, ni communiste d’ailleurs, l’auteur de cet aphorisme, jugement.. c’est un individu -« l’homme »: il le cherchera une grande partie de sa vie- libre, subversif et cynique.
    Le même, qui du bord de sa case tonneau dit à Alexandre, le Grand: « pousse toi de mon soleil » ..Diogène de Sinope

    « on ne prend pas de bouée, hein ma chérie ? »
    – mais non ! ..et dépêche toi papa !

    1. @Ti suisse
      En ce moment, il y a pléthore de skieurs nautique, de véliplanchistes et de navigateurs à voile, sur le lac . Perso, c’est plutôt plage et bouquin ( fait trop chaud pour naviguer ) .

        1. @Elie
          Si vous saviez le nombre de personnes qui s’offrent des vacances avec un crédit révolving qu’ils mettreont un an ( au moins ) à rembourser, ….!
          Du reste, il y les skieurs, les véliplanchistes, bref, les amateurs de sports nautiques ( souvent propios de longue date de leur matos ) mais on ne peut pas dire que les restos fassent salles combles, tout comme les animations payantes . Visiblement, les budgets sont serrés .

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