Pourquoi manifester pour le climat après les attentats.

Jamais les manif écolos pour le climat n’ont attiré grand monde.

Je sais de quoi je parle.

Rappelez vous l’indifférence polie et générale qui accompagnait le sommet de Copenhague en pleine présidence Sarkozy alors que EELV venait de remporter les élections européennes 8 mois auparavant.

Cette fois-ci, quelque centaines milliers de personnes ont décidé de braver l’interdit. Le gouvernement en a rien à fiche des manifestations « pour le climat ». Que croyez vous ? Il y avait deux manif ce dimanche. L’une consista à déposer des chaussures, pourquoi pas ? Cela montre une démocratie vivante. L’autre dégénéra dans quelque violence.

On m’expliquera plus tard pourquoi cette urgence à manifester « pour le climat », 17 jours après le massacre de 130 personnes en plein Paris.

On m’expliquera plus tard pourquoi des bougies, des fleurs et quelques autres objets d’hommages ont été utilisés comme projectiles par certains manifestants.

Mediapart évoque des « militants du climat ».

Qui a abîmé  les hommages du 13 novembre ?

 

 

 

Il ne reste plus que l’état d’urgence…

L’état d’urgence est une saloperie … assurément.

Qui peut penser que la perquisition sans décision d’un juge, ou que l’assignation à résidence pour « des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace pour la sécurité et l’ordre publics » sont des dispositions agréables à l’exigence démocratique ?

L’état d’urgence est une saloperie qu’il faut surveiller. On peut être déçu ou inquiet que les manifestations écolos pour la COP21 soient interdites; que des militants de ces manifestations aient été assignés à résidence. Mais croyez vous vraiment que Hollande cherche spécifiquement à taire cette contestation en abusant de l’état d’urgence ?
Mon interprétation est différente et très simple :  notre renseignement, nos douanes, notre police, sont si affaiblies par une douzaine d’années de restrictions budgétaire et l’incurie sarkozyste 2002-2012 que Hollande s’est trouvé sans autre solution d’imposer à tout un chacun de rester calfeutrer chez lui. Autrement dit, personne n’ose avouer qu’on n’a rien vu venir, que nos flics sont dépassés; qu’ils n’ont ni la proximité avec le terrain ni les moyens suffisants pour surveiller efficacement. Il faut lire ce récent article du Monde (merci Hélène Dici) pour s’en faire une idée.
 J’entends, je lis ici ou là les inquiétudes  et les cris contre cet état d’urgence: menace pour nos libertés, fin de l’héritage révolutionnaire (sic!), perquisitions arbitraires, etc.
Et oui.
C’est vrai, vous avez sans doute raison.
Mais que proposez-vous ?
A court terme.

Chanson du dimanche: Gainsbourg, notre Marseillaise.

« Gauche répressive », « Gauche naïve »…

(A la TV, on voit le résultat d’une perquisition musclée et inutile dans le 11ème arrondissement de Paris).

Elle: « En même temps, il faut savoir ce que l’on veut. Il y a des terroristes. »

Moi: « Je sais. »

Cet échange, nous l’avons sans doute comme des millions d’autres Français depuis le 13 novembre. Je me dis juste qu’il faut être vigilant. Je n’ai pas de meilleure solution. Je ne lis plus les critiques rapides et immédiates contre « l’état terroriste » que Hollande/Valls et l’ensemble du Parlement auraient décidé. C’est peut-être une erreur, mais c’est comme cela. Il faut savoir ce que l’on veut. Je veux la lutte contre Daech. Et j’ai du mal à croire qu’avec quelques terroristes du 13 novembre dans la nature, l’état d’urgence soit déjà terminé.

Je ne compte plus les fictions littéraires ou cinématographiques qui dépeignent avec justesse ce genre de dilemme. Ce sont des fictions, elles se rapprochent de la réalité désormais. Les plus réussies sont celles qui illustrent nos dilemmes avec précision.

Jack Bauer: « je ne veux pas te faire de mal. Mais je ferai tout ce qui est nécessaire pour protéger ma famille ».

Les caricatures fleurissent ici ou là. A la « gauche de la gauche« , les positions sur l’actuel état d’urgence ne sont pas unanimes. Maurice Sazfran caricature à l’envie une gauche naïve dans un récent billet. Il relate une tribune de Judith Butler qui m’a choqué, au lendemain des attentats. Mais cette Judith Butler n’est pas toute la gauche. Elle n’est même pas grand chose. C’est un mauvais procès que de considérer que celles et ceux qui s’inquiètent des dérives de l’état d’urgence sont forcément des naïfs. Mais il y en a parmi eux.

Je ne peux qu’applaudir Mélenchon, qui reste vigilant mais lucide (#)

« La lutte de l’obscurantisme religieux contre les Lumières est une longue et vieille affaire. Il ne faut donc jamais donner non plus aucune excuse à aucune religion quand elle prétend imposer ses vues par la force ou l’intimidation. Dès lors je me prononce pour une répression sans faiblesse des prêches ou des manifestations propageant la haine religieuse. Il est bien dommage que rien ne soit fait contre les groupuscules qui sont descendus dans la rue pour frapper des immigrés, souiller des mosquées ou agresser nos camarades. La répression doit frapper rudement les fanatiques ethnicistes et religieux violents quelle que soit leur bannière. Pour l’instant, ce que nous voyons n’est vraiment pas bon. Ficher des manifestants qui militent contre l’état d’urgence est hors sujet et gravement attentoire à l’entretien de l’esprit civique. Interdire les manifestations syndicales, politiques ou écologistes tout en permettant les marchés de noël est un pari très risqué en même temps qu’une décourageante stigmatisation des citoyens qui s’engagent pour leurs idées. »

 

 

(#) Et qu’importe la petite polémique sur un tweet malheureux.

Le deuil

  

La France d’après qui fait peur 

L’état d’urgence est un état d’exception qui pourtant m’autorise à parler. Nous ne sommes pas en dictature, mais il faut rester vigilant. Pour le dire autrement, je n’étais pas inquiet de l’usage de cet état d’urgence par le gouvernement Valls.

Jusqu’à il y a peu.

Non pas que je craigne que le gouvernement Valls en abuse « volontairement ». Mais l’état d’exception, ici qualifié d’urgence, entraine des bavures. C’est la loi du genre.

Mardi soir au Petit Journal de Canal+, Manuel Valls n’a pas été interrogé et n’a pas réagis sur les premières bavures de l’excitation sécuritaire du moment.

Comme d’autres, mes enfants sont inquiets, ma femme a cessé d’écouter les infos ayant trait aux attentats, je suis stressé. La peur, la crainte ou le stress sont mauvaises conseillères en matière de démocratie. Mais je n’entends pas/plus les appels à l’abrogation de l’état d’urgence ni les critiques à 360 émanant de quelques vigilants. Je loue la grande âme de ces derniers et espère, pour eux, que jamais ô grand jamais ils ne souffriront des attentats.

« La France d’après » a laissé sortir le grand n’importe-quoi des interprétations sur Daech et l’islam. Ecoutez plutôt celles et ceux qui vous expliquent comment Daech est d’abord en guerre contre les Chiites et une suprématie locale avant d’écouter ces abrutissements islamophobes.

« La France d’après » est épuisante et réjouissante. Epuisante par les bêtises quotidiennes que nous entendons, le stress que nous subissons. Réjouissante par la solidarité, l’écoute et l’échange que ce drame a laissé sortir.

Bref.