Le meilleur billet politique


Parfois, rarement, une lecture t’éclaire ou te conforte.

Cette semaine, ce fichu lundi de rentré où je n’avais pas le cœur à l’ouvrage après une dizaine de jours de coupure sur un autre continent, voici que ma blogroll me propulse un article de Guy Birenbaum, « l’électeur pluriel« .

Guy explicite quelque chose de simple, d’évident, mais toujours occulté, jamais travaillé, jamais discuté.

Je retiens trois idées que Guy expose avec conviction.

#1: La plus centrale, celle que nos militants aguerris (de tous les partis), nos conseillers en com’, nos politiciens et même/surtout nos experts médiatiques ont zappé depuis longtemps: nos analyses globales sont mineures: « toute analyse globalisée du vote, sur le mode vote de contestation, vote de colère ou vote d’adhésion, est un leurre, un fantasme. »

#2: Nos analyses oublient toutes la dimension individuelle du vote: « combien de bulletins sont glissés dans l’urne pour des raisons personnelles ? » Nous avons tous des raisons personnelles pour expliquer nos votes. Je ne vote pas comme mon milieu (Mélenchon quand tu viens d’un milieu bourgeois), donc j’ai des raisons personnelles pour voter différemment. Nous avons des proches, des raisons personnelles qui expliquent nos votes.

#3: Même quand on vote tendanciellement comme son milieu, on peut voter parfois avec des raisons éminemment personnelles. Même les sondages n’expliquent pas grand chose: « il nous faudrait donc bien finir par admettre que nous savons beaucoup moins de choses sur l’acte de vote que nous ne le prétendons. »

J’ai toujours détesté la micro-économie, l’explication individuelle de nos comportements politiques.

Et pourtant.

L’acculturation politique ambiante fait qu’il est évident que les raisons personnelles prennent le dessus bien au-delà de ce que Guy décrit.

24 réflexions sur “ Le meilleur billet politique ”

  1. Guy Birenbaum expose un point de vue intéressant bien qu’incomplet à mon goût. Même les pulsions personnelles sont en effet bien souvent issues d’un air du temps qui baigne une société à une époque. Et l’air de notre temps est à la détestation de tout ce qui n’est pas comme soi-même…

  2. Guy Birenbaum a raison sur un point essentiel : tout le dispositif électoral, y compris matériel, est conçu pour construire un électeur seul, secret et autonome des forces sociales. Il est également vrai que les justifications d’un même vote peuvent considérablement d’une personne à l’autre. Pour autant, en conclure que le vote comme produit collectif me paraît douteux : c’est bien parce que les bulletins sont additionnés, assimilés, et qu’il est des leaders politiques et commentateurs pour les mettre en récit, que le vote, éminemment individuel au départ, acquiert de facto un mode d’existence collectif. Par exemple : il faudrait pouvoir mesurer le nombre d’électeurs du FN qui votent ainsi pour constater (avec jubilation, ou schadenfreude) l’effet de cataclysme que son vote produit dans les commentaires de ces politiques/journalistes qu’il abhorre. C’est typiquement un effet de la mise en récit collective du vote.

  3. *peuvent considérablement varier
    *que le vote n’existe pas comme produit collectif (pardon !)

  4. Pas d’accord avec l’analyse de Guy Birenbaum : si tous les votes ont des significations singulières et individuelles,on peut déceler des évolutions communes et collectives dans leur évolution globale, et dans leur évolution dans le temps.

    Ce n’est pas à cause d’une addition de motivations exclusivement personnelles et toutes différentes que le vote FN est passé de 1 % en 1981 à plus de 30 % en 2015, et que des partis comparables émergent partout en Europe.

    1. Vous voyez, quand vous vous en donnez vraiment la peine, il vous arrive parfois d’être pertinent. C’est effectivement un ensemble de motivations ou de réactions contraires par rapport au mépris régulièrement distillé par les rois du balancier depuis plus de 30 ans, qui ont permis au FN de faire 30%… Si cette motivation n’a pas autant profité à la vraie gauche, c’est d’une part, parce que celle-ci est encore plus ou moins identifiée au PS par le plus grand nombre et de l’autre, qu’il est toujours plus facile de trouver un bouc émissaire parmi les classes « dangereuses » que d’appréhender précisément les vrais responsables du chaos qui se dessine. Quand le FN sera réellement en position élective, il devra prendre des engagements et clarifier sa position et là, il risque de voir son électorat s’apercevoir de la duperie de ce parti aussi bourgeois que les quatre autres qu’il critique en se préparant à faire le même type de politique, le racisme en plus : PS, LR, Modem et UDI.

    2. « Ce n’est pas à cause d’une addition de motivations exclusivement personnelles et toutes différentes que le vote FN est passé de 1 % en 1981 à plus de 30 % en 2015, et que des partis comparables émergent partout en Europe. »

      Inversement, la baisse irrésistible et continue du PCF depuis la fin des années 70. Je trouve le billet dont il est question tout à fait spécieux. (Mais on va encore dire que je m’acharne pour des motifs inavouables…)

  5. Perso, j’ai des convictions et je vote pour le parti dont je veux croire qu’il est en adéquation avec lesdites convictions . Que les « leaders » (?) s’appellent X,Y ou Z m’importe peu ( les cimetières sont remplis de gens « irremplaçables  » ) , X, Y ou Z ne devant être que le porte-parole de ceux qui leur ont donner mandat de les représenter .
    Le hic, c’est que la Veme est l’antithèse de cette philosophie, ce qui me conduit à voter, de plus en plus souvent, blanc .

    1. La situation que vous décrivez, et à laquelle vous croyez (sans doute sincèrement) vous conformer, n’a jamais existé. Sauf, peut-être, et encore, dans le cas de partis totalitaires comme le PCF ou le FN.

      1. Je vous suggère de vous plonger dans la lecture des débats parlementaires sous la IIIeme République et vous verrez que, pour la plupart, ils avaient une autre tenue que les « éléments de langage » que nous servent les politicards actuels .

        1. Je puis vous assurer, moi, que si un parlementaire osait aujourd’hui employer la même violence verbale qu’alors, se livrer à des attaques sur l’origine ou le physique de tel ou tel autre député comme on en entendait régulièrement à la Chambre aux époques que vous dites, il se retrouverait illico traîné devant les tribunaux par toutes les associations liberticides et subventionnées qui font tout le charme de la nôtre, d’époque, et les journaux du parti bigot (Libération, Le Monde, les Inrocks, Le Nouvel Obs… la liste n’est pas close) exigeraient qu’on le pendît au moins en effigie.

          1. Certes, mais ces parlementaires avaient des convictions : « Embusqués, moscoutaires  » ( hurlements de la droite » ), « valets du capitalisme » ( hurlements de la gauche ) , ça disait bien ce que ça veut dire .

  6. Devant ces évidences je reste coi….
    Mais pas tout à fait…elles sont listées et analysées avec une précision qui pour le coup n’était pas aussi évidente que ça….tant les raccourcis des commentaires politiques nous enferment constamment et depuis longtemps dans des analyses erronées et figées.
    Alors il est bon de rafraîchir nos esprits….même si l’exercice n’est pas si facile !

  7. Le temps des convictions est mort depuis longtemps. Les gouvernements successifs se sont chargé de détruire les idéologies.
    Seuls quelques survivants du communisme rêvent encore, mais n ‘ayant jamais été soumis au dicta du communisme, le rêve est permis .
    Les électeurs votant, espère toujours en l ‘avenir. Déçus régulièrement par les promesses jamais tenues, nous en arrivons à une fois l ‘ un , une fois l ‘autre, au final, le retour des mêmes.
    Quelques personnages tentent d ‘émerger, mais le système est ainsi fait que tout changement est quasi impossible. L’ électeurs votant et suivant ses  » convictions » envers et contre tous existe toujours, la dernière élection l ‘a prouvé.
    Ce qui serait vraiment utile serait d ‘ étudier pourquoi des gens sensés continuent de suivre aveuglément les commandements de politiques leurs demandant de voter contre leurs convictions et leurs intérêts .

    1. « Le temps des convictions est mort depuis longtemps »

      Parlez pour vous.
      Mais les convictions ne consistent pas à prendre ses désirs pour des réalités et à vivre dans un monde imaginaire.

      1. OH, il y a belle lurette que je ne parle pas pour vous. Il y a longtemps que je ne lis plus votre blog de béni oui oui car tout avis différent du votre est aussitôt censuré.
        Votre blog serait intéressant il vous demanderait du temps ce qui vous éviterait de polluer celui de juan.
        Vous ne savez même pas ce qu’est la vie ordinaire et vous parlez de l ‘ imaginaire. Que connaissez vous de la vie mis à part la lecture de germinal, combien de patient avez vous soigné gratuitement, combien de personne avez vous aidé bénévolement.
        Vous osez parler de monde imaginaire

      2. @Elie
        J’ai des convictions mais très peu d’illusions . La Veme s’est chargée de les réduire à néant .

    2. Le communisme n’a jamais gouverné . Le léninisme et plus encore, le stalinisme, n’ont strictement rien à voir avoir les théories de Marx et d’Engels .
      Personne n’est obligé de suivre « les commandements des politiques  » . La meilleure preuve , c’est l’abstentionnisme et le vote blanc qui sont, depuis des lustres, la vraie majorité de ce pays , évidence encore plus frappante après le second tour des récentes éléctions régionales .

  8. c’est une vision tatchérienne du vote ; tatcher qui disait « la société n’existe pas »
    vision électorale à peu près conforme à la théorie néoclassique en économie qui se résume par :
    « le meilleur résultat social s’obtient lorsque chacun se concentre sur son propre intérêt personnel ; si les individus ne regardent que leur propre bien être, le marché assurera un bien être maximal pour tous…

    on peut rapprocher l’explication de l’auteur cité par JUAN à celle d’un philosophe « utilitariste » Bentham (vous n’avez qu’à chercher ) qui expliquait que » le comportement humain était le fruit d’une conduite innée poussant à rechercher les plaisirs et les peines… »
    « ainsi les intérêts de la communauté constituent donc simplement la somme des intérêts des individus qui la composent… »

     » J’ai toujours détesté la micro-économie, l’explication individuelle de nos comportements politiques.
    Et pourtant……………

    eh oui Monsieur JUAN, doit on en déduire que vous êtes un néoclassique tatchérien contrarié appliqué au vote…?

    tout ça juste à cause du « et pourtant…. »
    😀

  9. reste plus qu’à expliquer les motivations individuelles des abstentionnistes qui n’ont aucune raison, eux, de voter différemment..

  10.  » Même les sondages n’expliquent pas grand chose: « il nous faudrait donc bien finir par admettre que nous savons beaucoup moins de choses sur l’acte de vote que nous ne le prétendons. »………..

    si on y réfléchit un peu, c’est d’autant plus probable que personne n’a envie de se poser les mêmes questions sur le côté obscur de la force de l’abstention, qui rappelons le, n’est jamais que la moitié de la population de l’électorat en âge de voter…..soit 22 millions sur les 45 inscrit (à la louche approchante)

    imaginons (attention fiction) que le sondeur de base qui paie son panel sur internet, interroge donc une centaine de personnes. Quel est le coeffcient de redressement appliqué, sachant qu’il n’est jamais retenu la part qui convient au non choix ? peut on imaginer qu’un membre du panel donne un nom et ne se déplace pas au moment crucial ? (manque d’envie, grippe, pêche, repas familial, match de foot, sieste coquine intense……)

    le non choix peut il être considéré comme utilitaire, sachant que même les études marketing considèrent l’option du « non consommateur absolu » ou relatif »…visiblement pas le marketing politique des temps modernes…

    L’abstention est il une peine ou un plaisir ?

    Le non consommateur de choix politique est il « absolu » ou « relatif » au sens marketing du terme car il est probable que nombre d’électeur puisse participer à un tour et pas à l’autre…..

    ,

     » ………………nos conseillers en com’, nos politiciens et même/surtout nos experts médiatiques ont zappé depuis longtemps: nos analyses globales sont mineures: « toute analyse globalisée du vote, sur le mode vote de contestation, vote de colère ou vote d’adhésion, est un leurre, un fantasme. »……….

    on peut rajouter (si on veut) que comme nos experts médiatiques et politiques zappent finalement une bonne moitié de la population en âge de voter de ce pays. l’analyse à même dépassé le cap du fantasme, on entre carrément dans une forme de botulisation BHLiène de l’analyse électorale.

    comme dirait Confucius « la vie n’est pas toujours facile » 😀

  11. Au moment de la présidentielle, je lisais déjà, je ne sais plus trop où, que le choix d’une partie sans cesse croissante de l’électorat ne se formait qu’au dernier moment, près de 40% « butinant ».

    Entre la dépolitisation des débats, les changements d’orientation des uns et des autres en fonction du contexte, mais surtout de ce qui est susceptible de servir leurs capitaux électoraux, l’information (ou la propagande) qui circule désormais de façon horizontale, il est illusoire de croire que durerait longtemps le temps où le citoyen pouvait être assigné à résidence politiquement et resté concentré sur un objectif consistant lui chaque fois plus à ne servir qu’à la conquête du pouvoir de la minorité qui aspire à (mal, répondant peu à la demande) le gouverner.

    Redécouvrons ainsi, comme si l’abstention aux élections intermédiaires ne suffisaient pas, que l’impuissance, volontaire ou pas, du politique face au tout marché réduit le soutien qu’il peut espérer recevoir vidant le projet qu’il soumet à l’électeur du contenu susceptible de créer adhésion à court ou moyen terme… le long terme étant lui plus débattu dans l’entre soi des salons feutrés au dîner du Siècle, à Davros ou à Bruxelles avec les lobbys (TAFTA et cie) qu’avec les 99% bien plus concernés.

    Si attentats l’ont quelque peu occulté en France, 2015 restera surtout l’année de la fin de l’illusion démocratique en Europe, la crise grecque jouant un rôle de révélateur, celle de son voisin chypriote n’ayant alerté que les « initiés » ne dormant pas lors des Eurogroupes et voyant déjà les rapports de force s’exercer.

    Qui s’étonne du virage sécuritaire et autoritaire pris ces dernières semaines pensant y voir une conséquence des seuls attentats, alors que tout est question de contrôle social (1) du désir du consommateur/sondé supplantant le besoin du travailleur/citoyen à la compétition forcée des territoires entre eux, dotations supprimées, aura sans doute voulu oublier que tout hégémon divise et isole toujours pour s’assurer de régner sans partage.

    Tant qu’il peut. Le billet date de 2012 mais retranscrit bien l’idée (pas se fier au titre). http://www.economiematin.fr/news-crise-france-inegalites-injustice-matraquage-fiscal

    (1) Comme les mesures visant jusqu’à militants écolos sous prétexte d’état d’urgence durant la Cop21 l’auront démontré. Se demander aussi pourquoi vouloir former des cadets dès l’âge de 12 ans https://blogs.mediapart.fr/b-girard/blog/050116/la-caserne-12-ans-nouvelle-initiative-ps-lr (lien vers rapport parlementaire http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-info/i3322.asp) endoctriner enfants (futurs) soldats ne me semblant pas annoncer société progressiste créant un commun.

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