« Se battre pour Hollande »

Mon confrère Nicolas n’apprécie pas les dérives sécuritaires de François Hollande. Mais il applaudit au social-libéralisme. Ce n’est pas nouveau, mon copain a toujours été franc sur le sujet. Pour la suite, il reste convaincu que Hollande est le seul vote utile à gauche.

Je n’ai rien contre le vote utile, bien au contraire. Je vote utile depuis que j’ai l’âge de voter, sauf une fois, en 2002. J’ai voté écolo à une présidentielle sans penser tant de mal que cela de Jospin. On connaît la suite.

Mais est-ce utile d’avoir à choisir entre Hollande et Juppé ? C’est une question autrement plus intéressante que de se faire des étiquetages « de gauche » (vraie ou fausse) dans tous les sens. Historiquement, le candidat socialiste rassemblait de la gauche au centre pour gagner contre le candidat de droite, qu’il s’agisse d’élections locales ou présidentielles. Avec Hollande, il me semble que la donne a changé. Il a changé la donne. Il a tourné le dos à sa gauche tout comme aux écologistes. Il préfère faire campagne au centre (un centre qui en passant ressemble furieusement à la droite des 30 dernières années).

Hollande est sur le même positionnement politique qu’une large fraction du centre-droit. Ou sur celui d’un Giscard de 1974, ou d’un Barre version 1988. Puisque certains de ses supporteurs nous renvoient à des textes républicains de 1848 pour justifier les valeurs profondément républicaines de la déchéance de nationalité, utilisons pleinement la force de ces comparaisons hasardeuses. Hollande a fait voter la réforme des retraites que le Juppé de 1995 avait tenté. Hollande a réduit les cotisations employeurs plus fortement que Sarkozy. Hollande a allégé le code du travail comme un Bayrou le ferait.

Etc, etc.

Bref, revenons aux vraies comparaisons. Celles qui s’appuient sur des programmes, des actes et des discours. Nous avons quelques mois encore pour voir combien Hollande serait différent de son plus proche rival de droite.

Amen

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Merci Delpech

Sniff

Il est parti, jeune.

69 ans.

Je me souviens d’un joli film, tiré de ses chansons, incarné par Depardieu encore en forme et Cécile de France rayonnante.

 

 

La trouille et la joie qu’inspirent Juppé à gauche

La situation est cocasse, sans doute inédite.

A fur et à mesure que Nicolas Sarkozy s’effondre dans les sondages et qu’Alain Juppé progresse, il y a comme une trouille et une joie qui s’installent à gauche.

Pour les uns, Juppé devient un adversaire crédible mais surtout un rival dangereux qui va braconner très utilement le centre-droit sur lequel Hollande a bâti l’essentiel de son quinquennat et, surtout, sa candidature à la réélection. Le meilleur rival de Hollande s’appelle Sarkozy: d’abord parce qu’il a un mauvais bilan, qui est encore récent; ensuite parce qu’il mobilise facilement contre lui une très fraction de l’électorat. L’antisarkozysme est une valeur sûre de la Hollandie.

Pour les autres, la victoire de Juppé sur Sarkozy aux primaires de droit éclaircirait le paysage politique. Le candidat prétendant incarner la gauche et les écologistes serait en effet obligé de tenir compte de toutes ses composantes pour mobiliser largement sur sa gauche puisque le centre-droit serait largement capté par le candidat Juppé.

 

ps: il y a bien sûr quelques supporteurs actifs du président sortant qui font mine de ne pas comprendre cette dualité des réactions face aux progrès de la candidature Juppé.

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A bon entendeur…

Chanson du dimanche: honte, honte, honte à toi

Culte, et réjouissante.

Pourquoi la déchéance de nationalité abime Hollande

Je n’en étais pas sûr.

Quand Hollande a annoncé la perspective d’une déchéance de nationalité nouvelle après les attentats de Charlie, j’ai réagi par réflexe. Il y a quelques valeurs qui souffrent quand elles sont transgressées par celles et ceux pour qui tu as votés. Je suis fondamentalement convaincu que la République n’exclue pas ses racailles ni ses barbares. Elle les punit en tant que citoyens. C’est parce que certains des barbares des attentats de France sont des Français que nous pourrons les juger. La République n’est pas un fantasme d’Etat « pur« . Ni Hollande ni Valls n’ont même cherché à proposer de retirer les droits civiques des terroristes (survivants) comme on l’a fait avec les collabos après la guerre.

Quand Hollande a répété cette bêtise dans son discours à Versailles après les seconds attentats de Paris, j’ai réagi de même. Mais j’étais malheureusement assez convaincu d’être marginal. Cette mesure, totalement inefficace en plus d’être révoltante, avait toutes les chances de recueillir d’immenses suffrages. Tous les sondages le démontraient.

Je ne crois pas qu’un homme politique est grand parce qu’il s’adapte à l’opinion populaire en permanence. Surtout sur les sujets qui ne concernent pas l’efficacité de l’action politique mais se situent sur le terrain de valeurs symboliques.

Bref, j’étais assez convaincu que Hollande avait joué un bon et triste coup politique pour sa réélection de 2017.

Les « débats » qui ont suivi ici ou là m’ont finalement convaincu que Hollande avait commis l’erreur de trop. Et pour trois raisons au moins.

La première est que cette affaire de déchéance soulève le coeur au-delà du cercle des opposants de gauche de la première heure. La rage avec laquelle les supporteurs de Hollande tentent de disqualifier les critiques est assez exemplaire de leur surprise: il y a des choses qui révoltent, et font franchir le Rubicon politique personnel à certains. Hollande et Valls ont touché une corde sensible assez fondamentale pour quelques-uns d’entre nous: déchoir les terroristes : c’est une valeur fondatrice de l’extrême droite actuelle que d’opposer les Français « de souche » aux autres, en ciblant tout particulièrement les musulmans.   Montebourg, Ayrault, Joxe, ou Dray ne sont pas des vrauchistes. Ne pas le voir est une erreur politique. Caricaturer leurs critiques en déceptions personnelles ou rivalités politiques est une bassesse.

La seconde raison est la réaction des supporteurs de la mesure: aucun n’adresse le fond du problème. Cette mesure ne sert à rien, elle n’est que symbolique, et on sait d’où vient le symbole.Tous les supporteurs de la réforme minorent ce symbole (« ce n’est pas nouveau », « ça existe déjà », « ça se pratique déjà »; « le FN n’a pas le monopole des bonnes idées ») et fustigent la violence des critiques. Mais quand on veut convaincre pour une réélection éventuelle, et que l’on constate que les critiques sont plus larges, on les écoutent, on leur tend la main, on cherche à les convaincre.

La troisième raison est que Hollande n’a fait que perdre des voix du premier et du second tour avec cette mesure. On peut toujours tenter de déporter le débat ailleurs (ce que Nicolas fait avec talent), cela ne suffira pas, en tout cas pour votre humble serviteur. Si de surcroit Juppé l’emporte aux primaires de droite contre Sarkozy, Hollande sera politiquement mort.

A qui la faute ?

Je me fiche de connaître la réponse.

Désolé.

Adieu.

 

2016, enfin

Cela fait longtemps qu’on l’attendait, cette année 2016. Nous serons peut-être déçus, mais quand même. Il fallait passer ce cap-là.

Bonne année à toutes et tous !