Le mythe du licenciement difficile

Les contraintes légales posées au licenciement des salariés « stables » seraient la cause réelle, première et sérieuse du niveau élevé de chômage dans le pays.

L’argument, patronal, est repris sous toutes ses formes possibles par François Hollande (depuis 2013), Manuel Valls (depuis toujours), et Emmanuel Macron (encore le weekend dernier dans les colonnes du JDD). Le ministre de l’Economie expliquait ainsi : « Notre système est inadapté: il a été conçu pour ceux qui travaillent en CDI dans un grand groupe, mais seulement 13% des embauches se font en CDI. Le reste, c’est une hyperprécarité […] Pour répondre à cette situation, notre projet est que tout le monde puisse accéder à un CDI. »

Bizarrement, il est très difficile de trouver des statistiques simples et complètes sur le nombre de fin de CDI chaque année en France.

Environ 85% des salariés en France sont en CDI (CDI du privé ou titulaires et contractuels en CDI de la fonction publique).

Quand on lit le dernier bulletin de la DARES sur le nombre d’inscrits à Pôle Emploi, on découvre quelques indices sur l’ampleur du phénomène: en janvier 2016, Pôle Emploi a relevé 13000 « licenciements économiques« , 38.000 « autres licenciements » (pour faute, etc) et … 228 000 autres cas dans lesquels se cachent les ruptures conventionnelles de CDI. Dans un autre bulletin, la DARES nous informe que ces dernières représentent 26.000 licenciements.

Au total, on comptabilise 360.000 ruptures conventionnelles de CDI en 2015. Ajoutez-y environ 200.000 licenciements économiques, et voici donc un demi-million de CDI rompus par an.

Difficile, hein ?

 

#lol

 

 

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Spotlight aux Oscars, émoi dans l’Eglise

 

Ce film de Tom McCarthy relate l’enquête de la rédaction du Boston Globe qui permis, il y a 15 ans, de révéler un scandale de pédophilie massive dans l’Eglise catholique américaine. Le film a raflé de jolis prix ce samedi 27 février pour qu’on lui prédise quelque chance pour ces Oscars. En France, les Cesar 2016 ont aussi récompensé des films dans leur époque: Fatima, La loi du marché, Mustang, ou Demain.

La vie réelle sur grand écran.

 

 

 

 

Chanson du dimanche: « T’en va pas »

La chanson est kitsch, mais douce.

 

Complotistes

Il y a quelques semaines, Matignon lançait une campagne de prévention contre le complotisme.

La démarche est louable, il faut appuyer là où cela fait mal. Applaudissons donc.

 

Le complotisme existe depuis des lustres mais il nous assaille plus largement depuis que Internet est parmi nous. Il nous accule, il nous fatigue, il nous abime, il nous fait rire, il nous attriste. Il se loge dans l’esprit des faibles , des fragiles, des anxieux.

Après le 11 septembre 2001, nous avons été abreuvés de théories complotistes: la CIA ou le Mossad, ou les deux, organisateurs des attentats ? Thierry Meyssan et quelques autres horribles n’ont cessé de propager leur haine. Depuis, il y en a eu d’autres: sur la Libye, même sur les attentats contre Charlie, ou la guerre en Syrie on attend (ou pas) la suite.

Bref.

Le complotisme, ancêtre et successeur du révisionnisme, explique tout et tous, facilement, et sans souci, sans complexe, mais toujours avec une haine primaire.

 

Merci Martine. Et après ?

bonnets violets

Je n’avais pas voté pour Martine Aubry aux primaires de 2011. J’aurai peut-être dû. La fidélité à Ségolène Royal.

5 ans plus tard, je la remercie, un peu.

« Il est des vérités désagréables à dire, mais il est des moments où il faut savoir les mettre en pleine lumière. Trop, c’est trop ! Les motifs d’insatisfaction sur les politiques menées depuis 2012 n’ont pas manqué, et nous-mêmes, comme d’autres n’avons pas manqué d’alerter. Depuis quelques mois, ces désaccords se sont mués en une grande inquiétude. La colère populaire s’est confirmée sans appel par quatre défaites électorales successives. Ce n’est plus simplement l’échec du quinquennat qui se profile, mais un affaiblissement durable de la France qui se prépare, et bien évidemment de la gauche, s’il n’est pas mis un coup d’arrêt à la chute dans laquelle nous sommes entraînés. Bien sûr, nous n’oublions pas les succès de la COP 21, la priorité donnée à la lutte contre les inégalités à l’école, les avancées de la loi santé. »

Avec retard mais avec sincérité, Martine Aubry co-signe un ras-le-bol dans les colonnes du Monde qui résume un dégout, un désespoir, une sidération qui en emporté plus d’un, progressivement, plus tôt, dans ce quinquennat.

Oui, trop c’est trop. Cela fait quelque temps qu’on le sait, qu’on le braille. 

Cela fait quelque temps que vous n’entendez pas.

Ce n’est plus simplement l’échec du quinquennat qui se profile, mais un affaiblissement durable de la France qui se prépare, et bien évidemment de la gauche, s’il n’est pas mis un coup d’arrêt à la chute dans laquelle nous sommes entraînés .

L’ANI, puis la réforme des retraites, le Pacte irresponsable et la nomination de Valls furent les gouttes de trop dans un vase trop plein. La gauche est ainsi faite qu’on a chacun des limites personnelles qui correspondent à nos curseurs. La déchéance de nationalité, et maintenant la loi El Connerie.

Et après ? C’est quoi la suite ? La Sarkollande est un bateau à la dérive.

La tribune du jour, ce mercredi 24 février 2016, est une boucherie pour la Hollandie.

« Qui peut imaginer qu’en généralisant les possibilités de ne plus payer les heures supplémentaires en heures supplémentaires –calcul sur trois ans de la durée du travail, rémunération au forfait dans les PME, possibilité de déroger à un accord de branche pour les majorations….-, on améliorera la situation de l’emploi en France? Qui peut faire croire qu’augmenter le temps de travail va diminuer le chômage ? »

Martine Aubry ne soutiendra pas Jean-Luc Mélenchon, et l’inverse est sans doute vrai. Martine Aubry n’est pas seule, elle n’est que co-signataire. Elle signe tard une tribune que nous aurions pu signer plus tôt.

Il faudra pourtant que ces gens se parlent et réfléchissent à autre chose. En commun, et au-delà des désaccords. Il faudrait beaucoup de choses; que Melenchon oublie sa rancoeur sincère de 2012; que Aubry et consorts se décident à rompre, vraiment, avec l’autre de l’Elysée. Et, plus important encore, que chacun décide en son âme et conscience, d’agir seul et en premier sans attendre que l’autre fasse le premier pas. C’est cela, la politique. Un peu de grandeur de temps à autre.

François Hollande est un irresponsable. Au sens littéral du terme. Un gars déconnecté de ses propres engagements, un premier ministre hors sol qui se croit le Tony Blair de service.

Martine Aubry, réveillez vous.

Votez Bernie

Aux Etats-Unis, la campagne de Bernie Sanders, 74 ans au compteur et pourtant idole des jeunes, fait fureur. L’avocate millionnaire et ex-Secrétaire d’Etat de Barack Obama a été troublée, bousculée, énervée par son rival de gauche. Un rare candidat à la présidentielle américaine qui s’est déclaré – horreur ! – socialiste.

« Elect a change-maker », cette phrase a été lâchée par le mari Bill à un envoyé spécial du Petit Journal de Canal+, une séquence diffusée ce mardi 23 février. En fait, Bill répétait le slogan d’un clip de campagne des primaires. Storytelling quand tu nous tiens…

 

Bernie Sanders fait plaisir. Il montre que la politique américaine est capable du meilleur, même si parfois elle accompagne le pire. Une amie d’outre-Atlantique, très au fait de son système, m’a confié récemment qu’elle l’aimait bien mais qu’elle ne voyait pas comment il pouvait gagner contre les Républicains. Et qu’elle voterait donc « utile« .

 

Elle ne savait pas si Donald Trump allait remporter les primaires les unes après les autres. Depuis, Trump poursuit la course en tête. Et contre Trump, ce Bernie Sanders est pour l’instant le seul vote utile. La jeunesse avec lui, le ras-le-bol contre l’Argent, la générosité contre l’outrance fascisante d’un Trump qui nous rappelle Le Pen.

L’élection américaine se déroule cette fois-ci 6 mois après avant la nôtre en France. On se souvient comment la victoire d’Obama en 2008 avait ringardisé celle de Sarkozy. Cette fois-ci, la séquence est inverse.

Contre un outrancier, il faut des valeurs, de l’ouverture, de la solidité, pas de compromissions non plus.

Pensez-y. Pensons-y.