Le FN, ni à gauche, ni à droite.

Régulièrement, la question du positionnement politique du Front national refait surface au milieu du débat. Il y a peu, le parti s’est rassemblé en séminaire. Comment briser ce plafond de verre qui empêche le FN à faire des alliances.

Aidons nos commentateurs.

  1. D’abord un premier rappel: le Front national n’est pas un parti républicain. La République a toujours toléré nombre de partis qui n’étaient pas républicains, sans pour autant les déclarer hors-la-loi. Le FN n’est pas républicain car son programme est suffisamment systématiquement discriminatoire pour ne pas l’être.
  2. Le Front national est électoralement de droite. La majorité des électeurs frontistes votaient à droite. Cela se confirme aussi dans les reports de voix aux élections. Cela ne signifie pas que des électeurs qui votaient à gauche ne votent jamais pour le FN. Cela signifie que les électeurs du FN sont surtout des électeurs qui votaient ou votent encore pour des candidats de droite.
  3. Le Front national est politiquement à droite. Si l’on oublie quelques souverainistes qui tentent d’égarer la galerie, le FN constitue ses rares alliances locales avec la droite; chipent des élus et des responsables à la droite; partage avec la droite un libéralisme économique et un autoritarisme envers les libertés publiques qu’on trouve majoritairement à droite.
  4. Comme Sarkozy, Valls ou Hollande, Marine Le Pen aime trianguler pour élargir son audience. Chiper la laïcité pour mieux fustiger l’islam; défendre la retraite à 60 ans pour mieux dézinguer le droit aux allocations des immigrés travailleurs; etc. La triangulation – i.e. chiper à l’adversaire l’une ou l’autre des moins gênantes de ses idées – est une tactique fortement empruntée ces dernières années.

 

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Apple et nos libertés.

Apple refuse de donner accès aux codes de chiffrement de l’iphone de l’un des terroristes de San Bernardino, qui a frappé la Californie le 14 novembre dernier (14 morts). La Justice américaine a mis en demeure le géant de livrer ses codes le 16 février dernier. Mais le patron Tim Cook a refusé au motif qu’il s’agissait d’une violation des libertés individuelles.

L’affaire n’est pas si simple qu’elle y paraît.

« Google, Facebook, Twitter et même Edward Snowden ont apporté leur soutien à Apple. De son côté, le FBI a reçu l’appui de la NSA, l’agence nationale de sécurité américaine. Michael Rogers, son patron, a dégainé jeudi un argument de choc, déjà entendu plusieurs fois ces derniers mois. Il a affirmé que les attentats de Paris du 13 novembre dernier « n’auraient pas eu lieu » sans l’utilisation d’outils de communications cryptés par les djihadistes, car le chiffrement leur aurait permis d’échapper aux radars de la surveillance. » (lire la suite)

Ces arguments soulèvent une question sensible et habituelle: où placer le curseur entre liberté et sécurité ?

Tim Cook pourrait avoir raison sur le fond: le respect de la liberté s’exerce aussi avec les pires racailles. Et accepter de livrer ces codes créerait une jurisprudence incontrôlable.

« Le gouvernement suggère que cet outil ne pourrait être utilisé qu’une seule fois, sur un seul téléphone. C’est tout simplement faux. Une fois créée, la technologie pourrait être utilisée encore et encore, sur tous les terminaux. Dans le monde physique, cela revient à donner une super-clé capable d’ouvrir des centaines de millions de portes -des restaurants, banques, magasins et maisons. Personne ne trouverait cela acceptable » Tim Cook

Mais comment alors accepter que l’essor technologique serve sans filtre ni contraintes à Daech et consorts ?  Le FBI nous inquièterait-il plus que Apple ou Google ?

Sans surprise, les faucons s’insurgent contre la firme à la pomme. Mais et alors ?

La polémique lancée par Apple a cette autre dimension si spécifique au monde 2.0: chacun de ces GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) aspire la totalité de nos informations personnelles, parfois les plus intimes, à la faveur de l’usage de leurs services. Cet espionnage privé à des fins mercantiles ne les choque pas, il leur est nécessaire. Il s’évite pourtant très difficilement tant les clauses d’utilisation des services d’Apple et consorts sont illisibles.

Qui parmi nous a lu les conditions générales d’utilisation de l’un ou l’autre de ces GAFA ?

Pourquoi Apple et consorts ne seraient-ils pas contraints à nous livrer les codes nécessaires pour maitriser cet espionnage ?

 

 

Chanson du dimanche: une trilogie américaine

Un moment culte.

Déchéance: les mots simples de Taubira

Son livre se lit facilement, il est court. « Murmures à la jeunesse » est sorti dans la plus grande surprise générale quelques jours à peine après que Christiane Taubira ait quitté le ministère de la Justice.

Alors que le texte de loi de révision constitutionnelle, adopté par l’Assemblée nationale par une majorité fracturée, file au Sénat pour quelques semaines d’examen, il est bon se lire et relire, apprendre et retenir ces quelques phrases, page 40, rédigées par l’ancienne Garde des Sceaux:

« L’absence totale d’efficacité, unanimement reconnue, suffit-elle pour renoncer à la déchéance ? Non, bien sûr ! Et puisque l’efficacité n’est pas la finalité, raisonnons principes et symboles.

D’abord le principe. Osons le dire: un pays doit être capable de se débrouiller avec ses nationaux. Que serait le monde si chaque pays expulsait ses nationaux de naissance considérés comme indésirables ? Faudrait-il imaginer une terre-déchetterie où ils seraient regroupés ? Quel aveu représente le fait qu’un pays n’ait les moyens ni de la coercition ni de la persuasion envers l’un de ses ressortissants ? Quel message d’impuissance, réelle ou présumée, un nation enverrait-elle ainsi ?

(…) Est-ce si peu le symbole ?

Au contraire. Il arrive que le symbole soit tout. (…) Le symbole joint. Il met ensemble.(…) A qui parle et que dit le symbole de la déchéance de nationalité pour les Français de naissance ? Puisqu’il ne parle pas aux terroristes – si nous convenons que n’est pas concevable un vis-à-vis entre eux et la Nation – qui devient, par défaut, destinataire du message ? Celles et ceux qui partagent, par totale incidence avec les criminels visés, d’être binationaux, rien d’autre. (…).

Par ailleurs, le champ du symbole peut recevoir d’imprévisibles embûches. Ainsi les seules déchéances de nationalité yanat frappé des Français de naissance ont été prononcées par le pouvoir d’Etat du maréchal Pétain  contre le général de Gaulle et ses compagnons exilés à Londres pour organiser la résistance, contre Pierre Mendès France, contre le général Leclerc, contre Félix Eboué, contre René Cassin, contre Pierre Brossolette. »

Christiane Taubira rappelle aussi la distinction entre perdre la nationalité, et en être déchu. « La perte est un constat« , la déchéance est une sanction. Elle cite Laurent Mucchielli, Patrick Weil et Joel Roman.

Elle insiste sur l’importance des symboles en République.

« Faute de transcendance, nous plaçons au dessus de nous les symboles justement. La Constitution est leur résidence. »

Bravo Madame.

La révélation cachée de l’interview de Hollande

Jeudi dernier, j’étais de sortie. Impossible de suivre l’interview présidentielle qui clôturait une journée marquée par un remaniement raté.

Le lendemain, la presse avait zappé l’exercice présidentiel. A l’exception du référendum local pour trancher l’affaire de Notre-Dame-des-Landes, aucune annonce de Hollande de la veille n’avait susciter un quelconque intérêt. L’attention était ailleurs, sur l’effroyable remaniement, symbole de nombre de reniements individuels ou collectifs.

« Souplesse et sécurité », Hollande a lâché cette formule pour résumer la prochaine loi sur le travail. Ses annonces, qui peuvent susciter de l’inquiétude, sont résumées ici.

Hollande n’a pas apprécié que son cheval de Troie libéral se permette de critiquer l’extension constitutionnelle de déchéance de nationalité.  Le « recadrage » de Macron par Hollande est surprenant. Le président concède et sur-concède que la déchéance de nationalité ne sert pas à grande chose. Sauf à démontrer l’agacement présidentiel devant cette prise d’autonomie du jeune ministre. D’ailleurs, le jeune Macron a été « rétrogradé » dans l’ordre protocolaire du gouvernement, à la 13ème place.

Au final, Hollande part au combat de sa réélection comme Sarkozy en 2011, avec un quarteron de fidèles et d’arrivistes. Sarkozy avait perdu les centristes après ses effroyables déclarations à Grenoble. Hollande n’a plus sa gauche, ni même les écologistes. Des partis par ailleurs affaiblis, mais dont les électeurs sont encore là.

Et qui leur parlent, à ces derniers ?

Il fallut attendre quatre jours pour lire un opportun article dans les colonnes du JDD avec cette information essentielle: put-être que Hollande ne se représentera pas  à sa propre réélection ? Pour « preuve », cette réponse pourtant ultra-classique à la question traditionnelle sur sa candidature en 2017: «  »Ce que j’ai à faire, c’est diriger le pays et prendre ma décision le moment venu. Ce moment n’est pas venu. Et tant qu’il n’est pas arrivé, j’ai à agir et à réformer, et je le ferai jusqu’au bout. »

Travailler jusqu’au bout, est une réponse classique. Sarkozy l’a utilisée. L’article, sourcé au meilleur endroit – le conseiller en com’ de l’Elysée – se poursuit: Hollande agira « par désintérêt » et par calcul personnel. Ne souriez pas. C’est écrit littéralement comme cela. Par désintérêt personnel, sans aucune arrière pensée électorale et pour le seul intérêt de la France, Hollande a soudainement décidé de faire entrer au gouvernement Jean-Vincent Placé, Emmanuel Cosse et Barbara Pompili. Ne souriez pas.

Il se murmure à l’Elysée un constat que nous faisons dans ses colonnes depuis quelques mois. Il est partagé par d’autres. Si Alain Juppé remporte la primaire à droite, Hollande n’a quasiment aucune chance de qualification tant les deux hommes sont sur un positionnement politique personnel si proche.

« La défaite est quasi certaine, mais le candidat pour la porter assez inconnu. » Un dirigeant socialiste anonyme.

Amen.

 

Copé 2017 ?

 

Ce moment gênant…

Prenez le temps d’écouter Copé, ce weekend, lors du Conseil national des Républicains.

L’introduction était drôlatique. « J’ai traversé il y a quelque temps une période assez violente ». Et le voici comparer sa micro-traversée du désert – rapidement augmentée de 18 à 20 mois – au deuil d’un proche ou une grave maladie, sans la comparer, bien sûr.

Copé ose tout, tout le temps, et c’est en cela qu’on reconnait que Sarko est son modèle.

 

Pour l’heure, la nouvelle qu’il se présente aux primaires de la droite est une excellente mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy. Et pour cela, nous disons merci à Copé.