Contre l’illusion du consensus

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C’est le titre du dernier bouquin de Chantal Mouffe. Sa thèse est simple, très simple. Lumineuse, prouvée, expliquée. A contre-courant de ce que nous vivons. A contre-courant du libéralisme « sans alternative« , des dégueulis trollatiques qui polluent le débat politique.

La philosophe théorise sur la démocratie. Et elle explique, en résumé, que la démocratie n’est vivante que s’il y a des antagonismes acceptés comme légitimes. Que le danger de disparition de la démocratie nait de la propension actuelle d’une classe dominante à rejeter comme ennemi celles et ceux qui refusent « la marche du monde moderne », la victoire de l’individualisme et la « fin des idéologies ».

La gauche a raté le coche de la chute du communisme qui abîmait la défense des plus faibles de ses oripeaux dictatoriaux. Plutôt que de construire et reconstruire son corpus politique sur la démocratie, c’est-à-dire la confrontation des idées et des intérêts, elle s’est ruinée en se fondant dans la prétendue victoire d’un modèle unique.

Je vous laisse méditer cette phrase:

« Il doit exister entre les parties en conflits un certain type de lien commun, de sorte qu’elles n’envisagent pas leurs opposants comme des ennemis à éradiquer, en percevant leurs demandes comme illégitimes. »

J’ai effectivement l’impression que l’exercice de la parole individuelle et libre sur internet (réseaux sociaux, blogs, etc) nous a conduit collectivement à durcir le trait non pas de nos oppositions mais de leur acceptation. En désaccord, nous ne sommes plus des adversaires, mais des ennemis. En d’autres termes, nous récusons, à tort, la légitimité de la parole opposée. Nous lui nions la possibilité de s’exprimer dans le même cadre politique que nous.

Quelques exemples ?

L’antisarkozysme dont votre serviteur fut un modeste contributeur fut à la hauteur du clivage outrancier et guerrier propagé au sommet de l’Etat. Un quinquennat plus tard, quelques soutiens militants de François Hollande (pas tous) n’ont pas compris la leçon et considèrent comme ennemis et non comme adversaires celles et ceux qui fustigent leur mentor.

« L’adversaire constitue une catégorie centrale de la politique démocratique ».

« La mobilisation exige la politisation, mais la politisation ne peux exister sans la production d’une représentation conflictuelle du monde, avec des camps opposés auxquels les gens puissent s’identifier. »

Chantal Mouffe fustige aussi la prétendue « modernisation » en vigueur chez les partis libéraux et sociaux-démocrates,  qui distingue « ceux qui sont en accord avec les nouvelles conditions du monde moderne post-traditionnel et ceux qui s’accrochent désespérément au passé. » A force de considérer que le consensus, peu ou prou, est l’aboutissement ultime de nos démocratie, ces partis précipitent justement la fin de la démocratie. Ils légitiment l’émergence et l’essor d’une extrême droite anti-républicaine.

 

 

Pas vu à la télé, ni lu dans la presse.

C’est un sujet difficile.

Jean-Luc Mélenchon invite et discute avec un autre Jean-Luc, Romero de son vrai nom. JL Romero a fait de la mort choisie un combat. L’euthanasie clive, mais semble majoritaire dans les sondages.

« La moindre des choses, c’est de finir comme on veut. »

La phrase est de Jean Mercier, jugé pour avoir aidé sa femme à mourir. Et cité dans le reportage qui introduit l’émission.

Ce dialogue sur la fin de vie, quelques semaines après l’adoption d’une loi incomplète. « Quand on sait qu’on va mourir, on profite mieux de la vie, et des autres », explique en substance Romero. Si l’on oublie quelques instants les délires transhumanistes de la secte Google (chez qui certains espèrent encore transvaser ou reproduire l’esprit humain dans une machine éternelle), choisir sa mort est sans doute le plus grand accomplissement du destin.

« Y penser, c’est certainement mieux vivre. »

J’ai perdu ma seconde grand-mère il y a peu. Je sais qu’elle y pensait.  Elle est morte dans son lit, à la maison.

Ecouter Jean-Luc dialoguer avec Jean-Luc a quelque chose de rafraichissant, même sur un pareil sujet. Pour une raison assez simple, le sujet transcende les clivages, révèle les hommes dans la façon dont ils l’abordent.

Romero a été classé « à droite » , avant de rejoindre le PS plus récemment, Mélenchon souvent caricaturé à gauche. Mais pourvoir discuter de ces sujets sans heurts ni violence ni caricature, cela repose, apaise, et soulage.

Merci à eux.

 

 

 

He ho…

Sans rire.

Stéphane Le Foll , ministre de l’agriculture, a lancé un mouvement comme un coup de gueule.

 

Assez vite, c’est devenu la risée des réseaux sociaux. Le nom est ridicule mais il y a pire: on sent l’inquiétude de dernière minute. Et si ce quinquennat qui s’achève était finalement raté, incompris, terminé, miné ?

Entre Macron qui prend date avec son « uber-mouvement », Le Foll qui veut rallier, Cambadélis qui lance « l’alliance populaire » (ne riez pas), cette « gauche-là » se présente divisée et illisible à la prochaine élection.

Hier soir, il y avait visiblement un meeting ministériel.

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Nous les laisserons seuls.

 

Macron « ne me satisfait pas ».

L’actuel ministre de l’économie a lancé son mouvement car, explique-t-il, « la gauche ne le satisfait pas. »

 

« Moi je ne mens pas aux gens, je dis ce que je pense, je le dis depuis le début. Je suis de gauche, c’est mon histoire. Mais la gauche aujourd’hui ne me satisfait pas. »
Emmanuel Macron
J’aimerai que Macron nous lâche avec les étiquettes. Il est certainement persuadé que droite et gauche sont des concepts dépassés. Tous les « modernes » de l’Editocratie et la Politique au pouvoir nous l’expliquent trop régulièrement.
D’ailleurs, Macron, dans cette même interview à ARTE, l’explique très bien: sa gauche signifie la réforme quand, pour d’autres, elle signifie d’abord la protection des plus fragiles.
« A mes yeux, le vrai clivage dans notre pays (…) est entre progressistes et conservateurs, c’est ce clivage que je veux rebâtir maintenant et je ne veux pas attendre 2017 »
Il faudrait donc que Macron laisse la gauche, ses symboles, ses sympathisants, ses électeurs, tranquilles.
Juste tranquilles.
Macron est devenu un « moulin à paroles ». Pour celle ou celui qui du mal à finir le mois; le chômeur de longue durée ou le malade sans mutuelle, qu’un ministre de la République explique qu’il est impuissant ou révolté en « touchera une sans faire bouger l’autre ».
Car le gars, comme le rappellent les pontes de la Hollandie, est quand même … ministre de l’Economie. Et avant cela, il était … secrétaire général adjoint de l’Elysée, en charge des sujets économiques  pour François Hollande. Macron est un peu le François Pérol de Hollande.
L’entendre expliquer aujourd’hui que le pays mérite changements, révolutions et alternances est presque cocasse.

Chanson du dimanche: « j’adore ça »

 

105 millions de vues, un peu daté mais si actuel. Attention, ça réveille.

Cette curieuse affiche de la CGT

Il a fallu une affichette de la CGT figurant une matraque de crs, ensanglantée et cet appel «  La police doit protéger les citoyens et non les frapper !  » pour déclencher la polémique.

Cette polémique en valait bien d’autres, notamment une autre plus récente assez stupéfiante de superficialité sur un sous-clown télévisuel giflé gentiment par un rappeur fatigué.

Impossible de réagir à chaud à cette affiche de la CGT. Simplement parce qu’elle amène des réactions ambivalentes.

Les violences de certains policiers sont une réalité. Les récents dérapages contre un lycéen, ou une journaliste en marge des manifestations contre la loi el Khomri en sont une illustration. Les bavures que dénonce la CGT ne sont pas des excès de zèle sécuritaire – gardes à vue injustifiées, perquisitions abusives, etc – . Non, la CGT ne dénonce que des violences lors de manif, le coup de matraque de trop qu’on n’attend pas de forces de l’ordre républicaines.

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Mais la CGT avait-elle besoin de cette expression caricaturale ?  Je pense aux milliers de policiers et de gendarmes épuisés par des heures supplémentaires de gardes depuis les attentats de 2015; à ces flics courageux dans les premiers moments de l’assaut terroriste du Bataclan. A ces policiers exécutés par les frères Kouachi. Au choc psychologique des centaines d’autres présents sur les lieux des massacres parisiens de novembre dernier.