Macron, notre adversaire.

Macron ne partage pas nombre de positions de Sarko. Précisons la chose en début de billet.

Mais la séquence de communication qui s’ouvre ces jours-ci, avec son « enquête de terrain » menée par quelques centaines de volontaires, pilotée par une agence de com, jusqu’à cette image dans l’Hérault, la semaine dernière, fleure bon la grosse manip factice et inutile.

Regardez cette séquence brute, filmée vendredi 27 mai, longue d’une dizaine de minutes. Le caméraman est à distance. Macron est avec un pêcheur et le député du coin, sur l’Etang de l’Or, près de Montpellier (Hérault). Il tente d’attraper un poisson dans un saut. Ses manches ne sont pas retroussées.

Sur une autre barque, des photographes. « Allez-y ! Allez-y ! Mouille la chemise ! » crie l’un d’entre eux au ministre.

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Quand Macron va à la pêche à l’anguille devant les photographes

Cette séquence, ultra-fabriquée, totalement artificielle, sans aucune utilité gouvernementale, m’a fait penser à une autre, pas très loin de là, en 2006.

Nicolas Sarkozy pavanait à cheval en Camargue. Face à lui, une nuée de photographes, journalistes et caméramen dans une carriole.

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Cette fois-ci, la poignée de photographes est coincée dans 2 ou 3 barques.

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Macron fait du Sarko. C’est ce qu’il laisse comme impression, par petites touches. Sarko avait ouvert sa candidature avec le président dont il était l’un des ministres. Macron joue aussi la même « rupture ». Sarko avait sa web-tv, Macron se fait filmer sur Facebook.  Le Sarko de 2006 triangulait à gauche (double peine, etc). Macron triangule à droite (libéralisme, etc).

C’est une drôle de musique, une répétition à 10 ans d’intervalle.

A suivre.

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Chanson du dimanche: « Esa Noche »

La rage, simplement

Ils peuvent couiner, rager, s’effarer.

A droite, au gouvernement, chez ses (rares) supporteurs, ils n’ont pas l’air de saisir l’écœurement. Des exemples ?

Le journaliste Apathie caricaturant la CGT.

La veut étendre le mouvement aux centrales nucléaires et à l’électricité. Prochaine étape, la guerre civile? L’appel aux armes?

Apathie découvre la grève. On frémit de savoir où le garçon aurait été en 1936.

Bruno Roger-Petit fustige Mélenchon qui accusa ses contradicteurs Pujadas et Saint-Cricq d’être, l’un de droite, l’autre socialiste. Qui peut croire pourtant que ces journalistes, comme d’autres, sont des observateurs/commentateurs neutres de l’actualité ? Nulle offense, c’est juste un constat.

L’analyse de BRP est juste, Mélenchon a démonté ses contradicteurs. Mais son inquiétude est illégitime. La liberté de la presse est-elle plus menacée par la grève d’une journée à cause de la CGT ou par la propagande néo-lib, complaisante et quotidienne des mêmes journaux ?

Bref.

Il y a de l’inquiétude et de l’incompréhension, au-delà des désaccords, qui pourraient surprendre.

C’est triste.

 

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De la violence policière

JuanPolice

Le jeune policier, titularisé gardien de la paix après les évènements, que l’on a vu résister calmement à quatre frappes d’un casseur cagoulé qui venait d’attaquer son véhicule le 18 mai dernier, a des air de Teddy Riner, notre champion de judo dont Canal+ vient de diffuser un portrait.

Le voici.

Et voici Riner

Ce jeune gardien de la paix faisait plaisir à voir lors de sa remise de médaille à l’Elysée.

J’ai beaucoup de mal à suivre les accusations anti-flics.

Les flics sont ceux qui nous sauvent le soir, le jour, le moment où il faut.

« Vers 21h45 la « PS O3 » demande du renfort pour des individus armés qui venaient de pénétrer dans salle de spectacle du Bataclan. Nous nous sommes annoncés partant pour ce lieu d’intervention. Vers 21h48, nous nous sommes stationnés angle Place de la la République, boulevard Voltaire, à Paris 11. Nous nous sommes équipés tous les trois de gilets pare balles lourds puis nous avons progressé en direction du Bataclan, en colonne. (lire la suite) »

Les responsables de bavures sont ailleurs. J’ai été frappé, comme d’autres, par ce témoignage d’un responsable syndical policier:

« Lorsque vous voyez des casseurs détruire les vitrines, saccager des panneaux publicitaires, se servir des tubes néons à l’intérieur pour attaquer les forces de l’ordre et que des policiers mobilisés sont en face d’eux et qu’ils doivent attendre une heure en face d’eux pour intervenir (…) on se demande bien pourquoi.«  (lire la suite). »

Voilà.

 

Un écolo président. En Autriche

Alexander Van der Bellen l’a emporté de justesse lundi, grâce aux votes par correspondance  – 700 000 votes sur 6M d’électeurs. Il a défait son rival d’extrême droite, Norbert Hofer, à 31.000 voix près. Et décroche le poste (quasi-honorifique mais très symbolique) de président de la république autrichienne.

Les candidats des deux partis principaux – conservateur (ÖVP) et social-démocrate (SPÖ)- ont été balayés.

On pourrait accuser la crise des migrants, on devrait observer que partout dans le monde des gens primaires et xénophobes l’emportent dans les suffrages ou les sondages. Aux Etats-Unis, Trump. Aux Philippines, Rodrigo Duterte. En France, Marine Le Pen.

En Autriche, quoiqu’en disent nos commentateurs, le système politique et administratif ne convenait plus (avec un scrutin qui donnait aux deux partis au pouvoir depuis 1945, lesquels avaient fini par converger dans la même sauce social-libérale); le FPÖ qui a déjà gouverné en coalition avec les conservateurs; et le chômage, est jugé élevé, trop élevé par ses habitants.

« Le taux de chômage présenté par l’agence pour l’emploi autrichienne est beaucoup plus élevé que celui d’Eurostat. Cela est dû à la méthode de calcul de l’AMS, qui prend en compte les chômeurs, mais aussi les personnes en formation ou sous-employées » (lire la suite)

Bref, voici l’Autriche, où un (jeune) apparatchik du FPÖ a failli l’emporter.

Ce dernier a déjà gagné beaucoup, peut-être l’essentiel: la possibilité de l’emporter aux prochaines législatives, et la validation pour ailleurs en Europe que l’extrême droite peut aller loin dans les scrutins.

Inch Allah.

 

 

Ken Loach, une leçon politique sous les paillettes

Le moment était curieux, inattendu, surprenant, et réjouissant.

Un réalisateur britannique, habitué des films mal financés mais toujours brillants, emportait la Palme d’or du plus grand festival de cinéma du monde, ce 22 mai 2016 à Cannes.

Et pour un film éminemment politique.

 

Après avoir reçu sa palme, voici ce qu’il déclara. Contre l’austérité, la bêtise de l’extrême droite et les autres billevesées libérales.

 « Recevoir la Palme, c’est quelque chose d’un peu curieux car il faut se rappeler que les personnages qui ont inspiré ce film sont les pauvres de la cinquième puissance mondiale qu’est l’Angleterre.

C’est formidable de faire du cinéma, et comme on le voit ce soir c’est très important. Le cinéma fait vivre notre imagination, apporte au monde le rêve mais nous présente le vrai monde dans lequel nous vivons. Mais ce monde se trouve dans une situation dangereuse. Nous sommes au bord d’un projet d’austérité, qui est conduit par des idées que nous appelons néo-libérales qui risquent de nous mener à la catastrophe. Ces pratiques ont entraîné dans la misère des millions de personnes, de la Grèce au Portugal, avec une petite minorité qui s’enrichit de manière honteuse. Le cinéma est porteur de nombreuses traditions, l’une d’entre elles est de présenter un cinéma de protestation, un cinéma qui met en avant le peuple contre les puissants, j’espère que cette tradition va se maintiendra.

Nous approchons de périodes de désespoir, dont l’extrême-droite peut profiter. Certains d’entre nous sont assez âgés pour se rappeler de ce que ça a pu donner. Donc nous devons dire qu’autre chose est possible. Un autre monde est possible et nécessaire. »

Merci donc.