Mon patron, cet exemple.

Quel est le sujet ? Il est simple, connu, archi-connu: les entreprises sont des corps sociaux où le comportement et la rémunération des dirigeants est forcément un exemple quotidien. 

C’est particulièrement vrai dans les grandes entreprises où l’on aura quelque difficulté à nous faire croire que les PDG sont de fieffés entrepreneurs qui ont fait progresser l’entreprise avec leurs simples petits bras.

J’ai vu des grands patrons de près, de très près. Ils étaient toujours excessivement lucides, sans doute très intelligents. « Valaient »-ils quelques siècles de salaires moyens ? Bien sûr que non.

A chaque pression populaire pour plafonner les salaires des grands patrons, les défenseurs du statu-quo libéral nous expliquent qu’il y a un « marché du grand patron » où les salaires s’envolent. On en déduit, encore une fois, que nos grands PDG n’ont pas grand chose à voir avec l’entrepreneur de PME qui crée, sauve, défend sa boite. Ces grands PDG, souvent, sautent d’une entreprise à l’autre au gré des challenges et des bonus et autres retraites chapeaux.

Des mercenaires en quelques sorte.

Quand l’augmentation moyenne, négociée dans les grandes entreprises se limite à quelques dizaines de centièmes de pourcentage, la revalorisation de la rémunération des dirigeants est forcément scrutée: qu’ont-ils donc fait de mieux qui mérite si grand ?

Chanson du dimanche: « les troubles »

La surenchère d’Alain Juppé

Juppé

La campagne des primaires les radicalisent un à un. Voici Juppé qui dévoile ses idées pour l’économie. Après Fillon, Mariton, et même Le Maire, le maire de Bordeaux s’excite à son tour dans une surenchère libérale.

On retiendra que Juppé veut sucrer la rémunération supplémentaire des heures entre 35 et 39 heures par semaine. Dans le jargon des neo-réac, on appelle cela « supprimer les 35 heures« . Revenir à la situation des salariés d’il y a 35 ans est paraît-il le summum de la modernité et de l’adaptation au monde d’aujourd’hui.

Juppé pourrait embaucher Macron dans son gouvernement.

Juppé a d’autres idées, celles de 1995, une musique que l’on entend aussi ailleurs. Comme celle d’aligner les conditions de retraite de la fonction publique sur celles du privé. Ce slogan parfaitement libéral ne veut rien dire. Il vaudrait mieux expliquer qu’à salaire et conditions de travail (pénibilité, etc) égales, retraite égale. Le reste n’est qu’argument électoral. Juppé double ses concurrents de droite par une mesure pratique: que « tous les nouveaux fonctionnaires recrutés à partir de 2018 soient dorénavant affiliés au régime général et aux caisses de retraite complémentaires comme tous les salariés du privé. »

Juppé devrait voter la loi El Khomri, puisqu’il veut, comme Valls et Macron, renvoyer les négociations aux entreprises et non plus aux branches.

Juppé veut créer le contrat de travail « à points »: l’embauche serauit assortie d’une liste de points à satisfaire (et non plus pour assumer une responsabilité) .

Pour « sécuriser le CDI », Alain Juppé ­préconise de porter sur le contrat de travail « des motifs prédéterminés de rupture ». Le salarié connaîtra ainsi « les motifs de licenciement possibles », mais surtout « le chef d’entreprise saura dès la conclusion du contrat que, si certains aléas économiques ­venaient à se réaliser, il pourra l’interrompre » (lire la suite)

Supprimer 250 000 postes de fonctionnaires est l’autre lubbie néo-lib et hors sol. On manque de prof, de flics, de postiers, d’assistantes sociales. L’Etat est en rade, mais quelques héros/hérauts d’un libéralisme anachronique considèrent que nos impots ne doivent pas assurer cette solidarité-là.

Juppé, comme ses concurrents à droite, peuvent aller loin. Les digues ont sauté. « Réduire le cout du travail », « réformer les retraites », « travailler plus sans gagner plus » sont des expressions que l’on entend à l’Elysée et à Matignon depuis quelques lustres.

Les supporteurs de Hollande et Valls défendront que leurs mentors ne sont pas aussi outranciers face à la précarisation du pays. Ils ont raison. Mais tout est une affaire de taille de suppositoire.

Ciel d’un jour #62

La bonne idée d’Emmanuel Macron

Macron

C’est un billet qui sera désagréable pour certains. Mais Macron, par ailleurs exaspérant, a eu une sacrée bonne idée.

Accrochez vous.

Le ministre veut permettre que les plus-values de cessions d’entreprises, qui accroissent la fortune de leurs propriétaires, ne soient pas taxées à l’ISF si elles réinvestissent en capital dans d’autres entreprises. Nous considérons que l’idée est bonne, ou mérite au moins d’être examinée pour en éviter les effets pervers.

C’est bien plus juste qu’une autre mesure de Macron, la quasi-défiscalisation des actions gratuites (cf. l’affaire Carlos Ghosn): auparavant, les entreprises cotées en Bourse distribuaient des stock-options à leurs cadres dirigeants, c’est-à-dire la faculté d’acheter des actions à prix favorable. Grâce à Hollande, la plus-value dégagée entre le prix de souscription et le prix de revente est désormais taxée comme un salaire.

«Pour une attribution d’actions d’un million d’euros, la nouvelle fiscalité va faire économiser en moyenne environ 200.000 euros de prélèvements obligatoires au bénéficiaire et 150.000 euros à l’entreprise» (source)

Les entreprises préfèrent donc désormais attribuer des actions gratuites, soumises à des conditions de présence et de performance. Mais l’été dernier, Mr Macron a facilité le dispositif et réduit les prélèvements fiscaux.

Quelle générosité !

 

La nouvelle idée de Macron est séduisante. Mais comme souvent, l’ennemi, ou l’arnaque, se cache dans les détails. On attend donc les détails. Ils seront connus lorsque la loi de finances 2016, la dernière du quinquennat, sera présentée.

 

Chanson du dimanche : « sphynx »

Ils sont revenus. Ils sont LA FEMME.