Ces fachos qui soutiennent Fillon

De prime abord, c’est curieux. Une frange de l’extrême droite soutien activement le candidat de la droite décomplexé, l’ancien collaborateur servile de la Sarkofrance, François Fillon.

Une frange des socio-libéraux s’en émeut. Même Alain Juppé est allé couiner sur les plateaux télé. Factuellement, il a raison. Fillon a le bénéfice du doute d’une frange réac, parfois nazie, toujours xénophobe, de nos aimables concitoyens.

Faut-il s’en émouvoir ? Oui. Toujours. Juppé est un candidat de la droite réac. Imaginez donc Fillon.

« Il paraît donc extrêmement important, et même indispensable, de ne pas nous endormir sur nos lauriers, en l’occurrence le mauvais score de Juppé face à Fillon au premier tour, en mettant toutes les chances de notre côté pour ‘transformer l’essai’ au second tour : profiter de cette occasion qui nous est offerte, d’aller voter nous aussi pour le candidat ‘le moins pire’ du système, François Fillon. » Riposte laïque, 21 novembre 2016.

Une partie de l’extrême droite s’est donc mobilisée pour François Fillon sur les réseaux sociaux et ailleurs.

Il ne faut jamais sous-estimer la bêtise de l’ennemi. Ces fachos agissent par conviction. Ils auraient du laisser passer le candidat prétendument centriste aka Juppé. Car la qualification de Fillon les privera sans doute de quelques soutiens pour la victoire de Marine en 2017. Mais ces gus savent agir par vraie conviction,  une conviction rance, moisie, mais sincère, et c’est heureux.

Un exemple pour illustrer le propos ?

Le site Riposte Laïque rassemble quelques sbires de la fachosphère. Contre Juppé, il est exemplaire dans l’ignominie, pour celles et ceux qui en doutaient.

 

alijuppe

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Avorter Fillon.

La formule est rude, je vous l’accorde. Elle correspond pourtant à l’exacte nausée que suscite cette déclaration, gentiment, sadiquement ressortie des archives (récentes) par l’équipe Juppé.

« J’ai écrit que l’avortement était un droit fondamental. Ce n’est pas ce que je voulais dire. Ce que je voulais dire, c’est que c’est un droit sur lequel personne ne reviendra. Philosophiquement et compte tenu de ma foi personnelle, je ne peux pas approuver l’avortement. »
François Fillon

Dimanche soir, il y a eu cette stupéfaction assez cocasse: des gens de droite ont voté pour le candidat le plus fidèle à la droite qui n’était pas d’extrême droite agitée comme Sarko savait l’être. C’est une surprise, si, si, si. Une surprise dont nous avons peine à nous remettre.

Il suffit que Fillon rassemble 44% de 4 millions (soit une dizaine de pourcents de l’électorat) pour que l’Express s’exclame que la France a un « désir de droite ».

Disons-le autrement. 90% des électeurs ne se sont pas déplacés pour cette primaire de droite. Ce n’est pas nier le succès de cette primaire que de rappeler cette évidence. Mais maintenant, il faut réaliser.

Cette primaire de droite rappelle surtout combien cette droite est primaire. Qui peut oser, en 2016, remettre en cause le droit des femmes à disposer de leur corps ?

Qui peut oser semer le doute là-dessus ?

Le maire de Bordeaux a demandé à son rival, mardi 22 novembre, sur Europe 1 de clarifier sa position sur l’avortement, qualifiée d’« ambiguë », en se fondant sur des déclarations passées de son opposant. Lequel avait assuré qu’il ne changerait pas la législation sur le droit à l’avortement, même s’il était, en tant que croyant, personnellement opposé à cette pratique.

Qui peut oser placer le droit à l’avortement comme un sujet de débat en 2016 ?

« J’ai écrit que l’avortement était un droit fondamental. Ce n’est pas ce que je voulais dire. Ce que je voulais dire, c’est que c’est un droit sur lequel personne ne reviendra. Philosophiquement et compte tenu de ma foi personnelle, je ne peux pas approuver l’avortement. »
François Fillon

 

Ce n’est plus la droite, c’est la Réaction.

 

Cette pétition pour la politique de Hollande

Dans le JDD du 20 novembre, une curieuse pétition a été publiée pour défendre Hollande. Signée par une soixante de personnalités des arts, des sports, de la science et d’ailleurs, elle était curieuse car son titre était en décalage avec son objet.

Nombreux sont les commentateurs à avoir relayé que cet appel visait à soutenir l’homme, qu’il méritait le respect et moins de bashing personnel systématique. Il est vrai que Hollande a concentré des attaques sur sa propre personne que son comportement individuel ne méritait pas et ce, dès le premier jour.

Mais cette pétition s’appuyait pourtant, dès son second paragraphe, sur une énumération sélective des mesures des gouvernements Ayrault/Valls qu’il faudrait soutenir:

« C’est comme si, en quatre ans, on n’avait jamais entendu parler ni retenu tout ce qui a été accompli, systématiquement effacé par ce Hollande-bashing : les créations de postes dans l’Éducation nationale, l’alignement du traitement des instituteurs sur celui des professeurs, l’augmentation du nombre de policiers et de magistrats, les emplois d’avenir, la garantie jeunes, le soutien à l’apprentissage, le compte personnel de formation, le compte pénibilité, la complémentaire santé pour tous, la généralisation du tiers payant, la prime d’activité, la retraite à 60 ans pour les carrières longues, la refondation de l’école, les droits rechargeables à l’assurance-chômage, le mariage pour tous, la sanctuarisation du budget de la culture, le renforcement de l’égalité professionnelle hommes-femmes, l’extension de la parité dans les conseils départementaux, le remboursement complet de l’IVG et de la contraception, une meilleure protection des femmes contre le harcèlement sexuel, la mise en œuvre concrète de la transition énergétique, le non-cumul des mandats, etc., etc. »

Il n’y avait rien sur toutes ces autres mesures qui ont progressivement décroché une majorité des électeurs de Hollande de 2012 du camp socialiste (personne, même parmi les supporteurs du président, ne nie heureusement que Hollande et son camp sont effroyablement minoritaires aujourd’hui): un « pacte » d’exonérations fiscales et sociales couteux et sans contre-partie, bref irresponsable; l’extension de la réforme des retraites de Sarkozy; la tentative de constitutionnaliser la déchéance de nationalité; l’absence de coup de pouce pour les minima sociaux; le maintien des franchises et déremboursements médicaux; la loi travail; le mépris à l’égard du drame migratoire de la guerre en Syrie et en Irak; etc.

Cette tribune défendait un programme politique de revirement et de trahison, plus que la personne elle-même du Président de la République.

On aurait dit la version française d’une tribune de soutien à Hillary Clinton.

Primaire de droite

Il était bizarre ce dimanche 20 novembre.

Un sondage donnait 15% de sympathisants de gauche ayant voté à la primaire de droite. C’est peu, très peu. En 2012, Hollande a certes recueilli 81% des électeurs de Mélenchon au 1er tour, mais quand même 29% des électeurs de Bayrou. Et lors de la primaire précédente, en octobre 2011, BVA avait estimé que 15% des votants du premier tour étaient des sympathisants de droite et d’extrême droite.

4 millions et quelques de votants, c’est-à-dire à peine 10% du corps électoral français, c’est très bien; mieux que la primaire socialiste de 2011 où nombre d’électeurs se sont ralliés à Hollande au second tour (dont votre serviteur).

Vers 21h30, on nous annonçait Sarko défait dès le premier tour. Fillon en tête, ce parfait compromis entre la droite réac (quasi-abrogation du mariage gay, suppression de 600 à 700 000 postes de fonctionnaires; etc.) et la droite gaulliste, celle qui se rappelle que la France est plurielle.

Les électeurs de droite les plus motivés ont choisi le candidat de droite le plus motivé. Et quelques centaines de milliers de sympathisants de gauche ont permis à Juppé de se qualifier devant Sarko.

Quelle ironie.

Fillon est aussi le candidat favori de Sens Commun, ce groupuscule anti-mariage gay. Voilà où serait le centre de gravité de la droite qui vote à la primaire de droite.

Voilà.

Nous écrivions que les candidats « raisonnables », comme Juppé, Hollande ou Macron, c’est-à-dire ceux qui sonnent faux mais doux aux oreilles d’une majorité des éditocrates ne tiendront pas et se feront balayer. Nous écrivions que Juppé perdrait face à Le Pen. Il a déjà échoué face à Fillon. La victoire de Fillon est un coup de plus contre le social-molletisme de gauche (version Hollande) ou de droite (l’axe Juppé/Bayrou/Macron) .

 

Primaire de droite, pourquoi il ne faut plus voter (bis)…

…. quand on est de gauche.

J’ai écrit, dans ces colonnes et sur d’autres, qu’il me paraissait évident de saisir la moindre occasion d’éliminer Sarkozy quand on est (encore) anti-sarkozyste.

« Ami anti-sarkozyste,  le combat reprend aux primaires de la droite » écrivais-je le 24 septembre dernier. « Après, il sera trop tard. » A l’époque, cette simple conviction me valait, comme à d’autres qui la partageait, des poussées virulentes et inquiètes de la part de supporteurs hollandistes (« tu veux faire élire Juppé ???« ) et l’incompréhension de camarades mélenchonistes ou gauchistes (« cette primaire ne nous regardent pas« .) Il s’agissait à l’époque d’éliminer, et non de choisir.

Le Brexit, puis, surtout, l’élection de Trump, m’ont fait changer d’avis.

Primo, l’élection de Trump à la présidence des Etats-Unis décomplexe les rageux. « Tout est possible« , même le pire. Elle accélère la probabilité de l’élection de Marine Le Pen à la présidence française.Si Sarkozy échoue à cette primaire, ces cohortes de fans sur-motivés  propulseront leur rage de revanche depuis 2012 sur Marine Le Pen. Sarkoay a préparé cette transition-là depuis de son discours de Grenoble en 2010, son ministère de l’identité nationale, et ses déclarations xénophobes.

Secundo, elle valide aussi, partiellement puisqu’il ne s’agit « que » des Etats-Unis et non de la France, qu’un candidat « raisonnable » (c’est-à-dire « social-libéral« , un affreux oxymore) ne peut plus rien contre un candidat de l’extrême. Surtout si ce candidat « raisonnable » est soutenu par la coalition des nantis. L’élection de Trump disqualifie plus durement encore les candidats sages. Elle laisse à penser qu’un Juppé sera mangé tout cru par la candidate d’extrême droite. Répétons ce que nous écrivions le 9 novembre dernier: « Le 20 novembre, la chance d’une primaire pouvait nous permettre  de dégager Sarko avant qu’il ne pollue l’élection présidentielle. C’est trop tard, trop incertain, trop inutile. »

Bref, répétons: il vaut mieux laisser les loups s’entretuer entre eux.

Chanson du dimanche: « la vie américaine »

« J’ai essayé d’être la meilleure, je pense que j’ai échoué. (…) Cette vie n’est pas pour moi ».