Chanson du dimanche: « racailles »

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Croisepattes, chez Libé

Quelle surprise !

Vendredi 16 décembre, voici l’ami CroisePattes, aka Ervé, et l’un de ses amis de galère étaient l’objet d’un reportage de Libération, double page sur un phénomène.

« Actifs sur Internet, Christian et Ervé, deux amis qui dorment dans les rues de Paris, interpellent les pouvoirs publics, commentent la vie politique et attaquent les «trolls» d’extrême droite. Ils pointent du doigt les difficultés de leur condition tout en restant drôles et combatifs. »

Dans l’article, on apprend, découvre ou redécouvre simplement quelques réalités d’une vie de rue, d’une vie dans la rue.

Lisez plutôt.

Un cri puis un jet d’eau. Ce matin-là, Ervé et Christian ont été réveillés à l’aube. Il n’était pas encore 7 heures. «On les dégage», lance l’agent d’accueil de l’Espace Jemmapes, un centre d’animation de la mairie de Paris situé dans le Xe arrondissement, avant d’asperger au tuyau d’arrosage la petite surface que les deux sans-abri se sont aménagée sous le porche d’entrée. La stupeur passée, le duo contre-attaque. Christian dégaine son téléphone et envoie ce message sur Twitter : «Toutes mes couvertures sont mortes grâce au jet d’eau d’un gars de la Ville de Paris… voilà comment on traite les #SDF.» Il est relayé sur Twitter plus de 400 fois. Le lendemain, coup de fil de la mairie de Paris, penaude, qui envoie deux agents à leur rencontre. Ervé se souvient, rigolard : «Les gars avaient leur tonfa à la ceinture et un duvet à la main. Un geste sympa qui fait plaisir.» Depuis, il a aussi remarqué que l’arroseur est «dans ses petits souliers», du genre à demander l’autorisation avant d’ouvrir la porte du centre d’animation. L’épisode a aussi valu aux deux compères quelques démonstrations de solidarité. Des Franciliens prêts à aider, avec un café, des croissants, une couverture, quelques pièces de monnaie, ou même un plan pour un petit boulot.
Zlatan Ibrahimovic

Posés au bord du canal Saint-Martin, Ervé et Christian, canette de bière dans une main, smartphone dans l’autre, font défiler les messages de soutien sur l’application de micromessagerie. Ils ne semblent pas dérangés par le froid piquant de cette après-midi de décembre. La rue, ils connaissent.

Ervé (sans «H», parce qu’il l’a «fumé») dit y être né, voilà quarante-quatre ans. Père inconnu, enfance à la Ddass. Il raconte avoir été «assisté» jusqu’à ses 18 ans, avant d’entamer une vie d’adulte nomade, parfois faite de «boulots de merde comme c’est pas possible». Le gaillard, cheveux longs et barbe poivre et sel, a bossé dans la restauration, le bâtiment, mais aussi dans le social, «de l’autre côté de la barrière». Il débarque à Paris, à la fin des années 90. L’homme qui le prend sous son aile s’appelle Marc. «Il m’a appris la rue, se souvient Ervé. Sinon, je n’aurais pas tenu six mois.» Marc est depuis décédé, à l’âge de 49 ans. «C’est l’espérance de vie moyenne d’un SDF», glisse Ervé.

(…)

Le duo veut balayer l’image tire-larmes du SDF déprimé. «On se marre tout le temps», glisse Ervé. De fait, passer trois heures avec eux et leur copain Jean-Yves, c’est l’assurance d’entendre une succession de blagues, de jeux de mots et de coups de gueule très politiques. Entre Christian l’antifa, Jean-Yves le zadiste et Ervé «l’humaniste», il y a de quoi faire. «On a été contacté par Valeurs actuelles pour témoigner. On a refusé, parce qu’ils nous demandaient de noyer un migrant dans le canal devant eux», plaisante Christian. Lui s’est fait une spécialité d’asticoter les trolls d’extrême droite sur son compte Twitter. «Dans la rue, il y a une forme de concurrence entre les SDF « historiques » et les réfugiés. Si les sans-abri votaient, ça serait à 90 % pour le FN. Ça me fout la rage. Nous, on refuse la hiérarchisation des misères.» Quand il se frotte aux «fachos» sur le réseau social, Chris n’est pas du genre à faire des prisonniers. Ce matin-là, un type lui a écrit un message privé : «C’est dégueulasse ce qui vous arrive, alors que les migrants ont le droit à tout.» Réponse de Christian : «Toi, ferme ta gueule.» Il interroge : «Pourquoi devrait-on me sauver moi et pas les autres ?»

Ils ont suivi avec intérêt l’actualité politique chargée des dernières semaines, de la désignation de François Fillon comme candidat de la droite au renoncement de François Hollande, en passant par la condamnation de Jérôme Cahuzac. «Quand on a vu ça, on a halluciné», se souvient Christian. Ervé, lui, a la dent dure contre le mouvement Nuit debout, qu’il a rebaptisé «Nuire debout». «Des branleurs, sectaires, bourgeois», tranche-t-il. Un épisode qui lui rappelle celui de l’occupation du canal Saint-Martin par les Enfants de Don Quichotte, il y a dix ans. «Quand Augustin Legrand est arrivé avec ses tentes, je lui ai dit qu’il s’apprêtait à ouvrir un hôpital psychiatrique à ciel ouvert en rassemblant toute la misère du monde au même endroit», se remémore-t-il.
Nuits d’hiver

(…)

Selon le collectif les Morts de la rue, pour lequel Chris et Ervé sont bénévoles, au moins 497 SDF sont décédés en France l’an dernier (lire notre article). Actuellement, le trio se fait du souci pour un ami. «Il est fracassé physiquement, estime Ervé. Un mec qui dort 95 % du temps, c’est pas normal. Si on ne fait rien, il ne passera pas l’hiver. Même si on n’aime pas ça, on va lui foutre un coup de pied au cul pour qu’il accepte d’être pris en charge. Y compris de force. Ça serait pire d’avoir un mort sur la conscience.»

Fillon, couché

Il s’est déjà couché, si vite, si rapidement. La polémique sur son effroyable programme de privatisation de l’essentiel de notre Secu a eu raison de la fausse franchise d’un homme qui a servi de paillasson ministériel de Sarkozy pendant 5 ans. Fillon a renoncé à avouer son projet, et de réfugié désormais derrière une hypothétique consultation post-élection. 

Ne nous méprenons pas. Fillon est la version moins bling bling mais la version aggravée du sarkosyzme déclinant. Un homme rongé par l’ambition qui l’amène à tous les compromis et beaucoup de revirements, sur fond de convictions réactionnaires évidentes.

La primaire de droite a joué son rôle de « révélateur » au sens presque primaire du terme. 

Fillon n’avait pas changé. 

Les micro-candidats de la présidentielle

« Dans la solitude ».

C’était sa formule.

Peillon a confirmé qu’il était candidat à la présidentielle.

Et qu’il avait pris cette décision, « dans la solitude ».

« Je n’avais pas prévu de l’être parce que je considérais que [François Hollande] était le meilleur pour défendre son bilan. J’ai donc pris ma décision le soir où il a annoncé qu’il renonçait. « 

  1. Combien sont-ils celles et ceux qui, bravant le ridicule, se sont dit que c’était leur moment ? Combien avoueront qu’ils ne font cela que pour participer à un débat artificiel ? L’élection présidentielle est devenue un cirque.
  2.  Il est temps, plus que temps, de revaloriser l’action collective; de cesser de croire au chef, au destin national d’un seul quand le monde est si complexe.
  3. Peillon a peut être raison sur un point: «  La primaire, c’est une machine à fabriquer de l’unité… C’est d’ailleurs ce qui nous a permis de remporter la présidentielle en 2012. » Mais il faudrait que nos commentateurs cessent de prendre ces déclarations de candidatures au premier degré. On mesure chaque jour combien les journalistes sont goguenards et s’amusent à interroger ces candidatures de témoignage. Et ce, aux détriments des vraies discussions, sur le fond, la forme et le système.

 

chanson du dimanche: « jeunesse influençable »

La politique n’est pas rentable

Mercredi, l’admirable Nicole Ferroni tance les commentateurs inutile de cette inutile compétition dans sa chronique humoristique sur France Inter. Pourquoi donc, s’interroge-t-elle, passe-t-on autant de temps à commenter le processus de ces candidatures multiples alors que la France, l’Europe, le monde sont dans une crise d’une suffisante acuité pour que l’attention médiatique y soit consacrée plus pleinement  ?

Régalez vous !