Cette ado qui voulait voter Fillon

Conversation entendu dans un Eurostar de retour de Londres vers Paris. Seconde classe, wagon surpeuplé d’adolescents.

Un couple d’adolescents, 18 ans à peine, dans le rang devant.

Lui: « Tu as regardé le débat ? »

Elle: « oui, quand même. Moi, je vote Fillon »

Lui: »vraiment ?  »

Elle: « Oui, il va faire les choses nécessaires. Mais là, ces affaires… quand même. »

Chanson du dimanche: 99 Luftballons

 

Le soir où Christine Angot a parlé pour les gens

Rien ne prédestinait Christine Angot à ce rôle. Jeudi soir sur France 2, l’auteure s’est confrontée calmement mais sûrement à François Fillon sur le plateau de l’Emission Politique.

Avec une rage froide et une maitrise assez incroyable, elle a parlé pour beaucoup. Elle a été sifflée et raillée par des invités de Fillon sur le plateau.

Pourtant, c’est Fillon qui a trébuché.

Angot a fait perdre toute hauteur, si tant est qu’il en avait encore, à Fillon.

Elle a rappelé l’incroyable séquence de révélations, ce qu’elles avaient de choquant pour le commun des citoyens.

Elle a provoqué trois dérapages de plus de François Fillon. L’ancien premier ministre a balancé qu’il avait rendu ses costumes hors de prix à son donateur. Il a dénoncé un cabinet noir à l’Elysée. Et enfin ceci.

Elle a insisté sur le risque évident: qui votera pour lui en cas de second tour face à Le Pen, à part ses fans ? Christine Angot a expliqué pourquoi je m’abstiendrai en cas de pareil choix.

Comment peut il espérer rassembler plus large que son camp quand il se révèle si cupide et menteur ? La réponse de Fillon, plus tard dans l’émission, fut grotesque: si je ne suis pas qualifié, mes électeurs voteront Le Pen, a-t-il justifié en substance.

Elle lui a posé qui nous brûle les lèvres: pourquoi ne s’est-il pas retiré alors que la morale, à défaut de la justice, le réclamait ?

 

 

 

Merci Christine Angot.

Comment Marine Le Pen veut-elle « corriger » les médias ?

Marine Le Pen égrène les noms de journaux, parfois celui de leurs propriétaires ou meilleures plumes, pour mieux les faire siffler dans ses meetings. La petite avalanche de révélations et confirmations sur l’ampleur de la fraude et son organisation au sommet du parti frontiste a ravivé ces haines anti-médias, faisant oublier combien les mêmes médias n’ont cessé (1) d’assimiler Le Pen et Mélenchon ce qui profita à la première bien plus qu’au second, (2) louer la « normalisation » du FN depuis l’accession de la fausse blonde présidente à sa tête.

Alors, juste retour de bâton ?

Oui, assurément.

Car ces « révélations » n’en sont pas. Le FN reste un parti violent, au nombre record de responsables condamnés, et les accusations de détournements de fonds publics ne sont pas nouvelles. La seule info de ces derniers jours est la fraude aux cotisations sociales dénoncée par un député européen ex-frontiste.

Marine Le Pen, comme Fillon, accuse et fustige les médias. A chaque attaque, j’attends qu’un journaliste pose la question ultime: et si vous étiez a u pouvoir, que feriez vous pour corriger les médias ?

J’ai vaguement entendu Florian Philipot promettre l’instauration d’un collège de la société civile au sein du CSA. On imagine déjà des représentants frontistes désignés au coeur de l’institution. Mais pour le reste, le programme du FN à l’encontre des médias est étonnement vide.

Horriblement vide.

Dangereusement vide.

 

 

 

Mélenchon devant Hamon, et après ?

Ami(e)s socialistes, Benoit Hamon est passé derrière Mélenchon dans cette fichue course sondagière. Cela fait des semaines que j’entends que Mélenchon devrait se désister au profit de Hamon pour la même raison inverse.

Le socialiste Benoît Hamon, dont la campagne connaît des difficultés, perd 2,5 points à 11% d’intentions de vote, et cède sa quatrième place au candidat de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, en progression de 0,5 point à 12%. (source)

Et maintenant ?

Devrions-nous te demander, exiger, ami(e) socialiste, de te mettre à genoux ?

Devrions-nous demander encore comme fit le fils Glücksman, charmant par ailleurs, le 4 mars dernier dans les colonnes de l’Ancien Obs, que Melenchon se désiste ?

Au nom de quoi ?

Devrions-nous demander encore comme fit l’ancien ministre Montebourg le 16 mars dernier sur France inter que Mélenchon se désiste ?

Au nom de quoi ?

Parce que Hamon, désormais distancé, déjà coulé par ses pairs, devrait seul porter au nom d’on ne sait quelle légitimité porter seul le combat ?

Valls a planté Hamon. Hamon devrait se sentir responsable. Réfléchir à ses convictions, s’abstenir des pressions de l’appareil.

Et se retirer.

L’appareil socialiste ne soutient pas Hamon. Des cohortes de député(e)s filent chez Macron.

What else ?

 

 

L’après-débat

Il fut moins chiant que prévu, ce premier débat du premier tour de la présidentielle.

Que pouvions-nous retenir ?

Hamon, sympa, hors sol, motivé mais pas là. Hamon voulait nous convaincre qu’un autre futur était possible, sympa, joli, beau.

Mélenchon fut simple, direct. Son message d’introduction fut râté. Mais après, il a emmené le débat. Il a clarifié. Il n’était ni Chavez ni Staline. Il fut courtois avec un Hamon bien en peine mais sympathique. Il fut offensif contre Le Pen. Il fut direct avec Macron. Melenchon était loin des caricatures de lui que d’aucuns propagent. Il était ce prof parfois fatigué d’avoir à rappeler des évidences.

Le Pen, coincée dans sa xénophobie, coincée jusqu’au bout. Même quand elle parle d’écologie ou d’agriculture, elle fustige l’Etranger. Son « moment  » immigration fut orgasmique. On entendait Chatillon ou Loustau faire un pogo en coulisses.

Macron, « premier de la classe« , fut nul sur son programme, une gigantesque ventilation, un long moment gênant. Il veut prolonger la loi El Khomri. Il veut aller « plus loin » que Fillon. Mais Macron fut bon, très bon, quand il fut attaqué par Marine Le Pen. Son image joue pour beaucoup.

Fillon, le visage pincé, la croix au-dessus de la tête. Le candidat de la droite, mouillé dans des affaires qui ont révélé sa cupidité, était constipé, minoritaire et braqué.

Les bons moments

Il y eu quelques moments, trois au moins, où l’on a vu que Macron, Hamon et Mélenchon étaient irréconciliables avec Fillon et Le Pen. Et c’est sans doute que ce que je retiens:

D’abord ce moment, nécessaire, quand Mélenchon rappela que seuls Fillon et Le Pen étaient visés par des enquêtes pour détournements de fonds.

Il y a eu ensuite ce moment où Le Pen a éructé sur la laïcité. Elle fut taclée sur le concordat alsacien. Le Pen dut concéder que sa conception de la laïcité ne concernait évidemment que l’islam.

Quand Fillon a expliqué la suppression des heures sup (i.e. des 35 heures), nous avons eu un moment savoureux. « Quelle est votre référence légale pour les heures sup ? » a demandé Macron. « Il n’y aura pas de référence légale » a répondu à contre-coeur Fillon. « Les gens, ce gars vous prend 4H » a complété Mélenchon à propos de Fillon.

Ce débat a eu aussi son lot de surprises: Marine Le Pen fut mauvaise, taclée, coincée, parfois ridiculisée. Macron parut éteint la plupart du temps. Hamon était sympa mais plus lunatique et hors sol que toutes les caricatures que l’on a faites de Mélenchon.