Quel psychodrame Mélenchon ?

C’est pourtant simple, mais ça fait encore enrager.

#1. Jean-Luc Mélenchon et les leaders de la campagne de la France insoumise ont voulu résister au coup de force attendu du second tour, abjurer ou mourir (politiquement). Le chantage au ralliement sans condition ni débat n’a pas fonctionné. L’occasion était trop belle. Mélenchon a voulu résister à cette tentative d’écraser le mouvement lancé autour de la France insoumise pour le neutraliser pour plus tard. Grâce lui en soit rendu. N’en déplaisent à certains, Macron n’a pas eu la hauteur de vue ni la grandeur nécessaires au soir du premier tour et dans les premiers jours du second pour appeler au sursaut antifasciste, bien au contraire.

#2. L’objectif de cette prise de recul de Mélenchon n’était pas de réfléchir à pour ou contre voter Le Pen (mon dieu, qui ose penser cela ?) mais de tenter de conserver une cohérence politique conforme à celle du premier tour pour construire l’avenir. Les 7 millions d’électeurs de Mélenchon au premier tour ne sont pas une masse compacte et uniforme. Ils/elles proviennent d’horizons multiples, ils/elles avaient des motivations diverses. Ils ne se sont reconnus ni chez Hamon, ni chez Macron, ni chez Le Pen, Poutou ou Artaud. L’enjeu de tenter de les conserver était et est toujours essentiel.

#3. Les plus rageux contre cette position de recul ont été celles et ceux qui … n’ont pas voté Mélenchon au premier tour. On les remercie de leurs conseils. La question n’est pas de savoir si nous pouvons éviter Le Pen en 2017, mais comment l’éviter en 2017, 2022 et au-delà. Nous défendons l’idée que Macron n’est pas la bonne réponse. Qu’il faut donc qu’il soit convaincu que sa victoire sur Le Pen le 7 mai ne doit rien, absolument rien à son projet. Encore faut-il qu’il y ait une victoire.

#4. Il y a eu médiatiquement et politiquement plus de bruits contre Mélenchon que contre Le Pen ou même pour Macron. Allez comprendre la cohérence. Si vous étiez si pressés à convaincre, vous auriez agi différemment. Il y avait selon moi un autre agenda, effacer les efforts et les acquis de la France insoumise. Cet autre agenda a échoué comme nous l’avons dit au point #1. A mi-campagne du second tour, l’indécision progresse chez les électeurs Hamon et surtout Fillon. Les intentions de vote blanc ou d’abstention sont passés de 12 à 18% chez les premiers; de 15 à 20% chez les seconds: évidemment, personne n’en parle. Chez les électeurs de Mélenchon, elles ont grimpé de 30 à 40%, pour redescendre à 35%. Évidemment, tout le monde braille.

#5. La victoire de Trump en novembre dernier m’a convaincu d’une chose: les incarnations du statu-quo, de l’oligarchie ou du « système« , sont voués à l’échec contre des vociférateurs prêchant la haine de l’autre comme solution à tous les maux du moment. Juppé s’est fait croquer en un rien de temps. Macron s’affaisse déjà. Malheureusement pour nous, il ne nous reste que lui pour cet instant fugace du second tour.

 

Il reste moins une semaine avant le choc du 7 mai. Et à peine 5 jours de campagne. Macron a bien transpiré. Qu’il transpire encore.

L’une de ses chances est la décision qu’a prise Marine Le Pen de confier Matignon à Nicolas Dupont-Aignan.

Ce dernier est un clown.

 

 

Publicités

Chanson du dimanche: « Et maintenant »

Je sais pour quoi voter, ce soir.

« Le second tour de l’élection présidentielle aura lieu le dimanche 7 mai. Il opposera la candidate de l’extrême droite et le candidat de l’extrême finance.

Aucun d’entre nous ne votera pour l’extrême droite. Pour autant, doit-on donner une consigne de vote ?

Nous étions convenus depuis le début de notre campagne que les votes du premier tour ne seraient pas récupérés pour quelqu’un d’autre au second tour. Notre candidat, Jean-Luc Mélenchon, a loyalement respecté son engagement à ce sujet.

Donc, comme cela avait été indiqué depuis le lancement de la campagne présidentielle du mouvement de la France insoumise, nous organisons ce jour la prise de parole des insoumis à propos de la position qu’ils adoptent personnellement sur le second tour de l’élection présidentielle. Il ne s’agit pas de donner une consigne de vote mais de faire connaitre la position des insoumis.

Nous vous invitons donc à nous faire part de votre choix à ce sujet parmi les différentes possibilités ci-dessous. Cette consultation sera close ce mardi 2 mai à 12H00 et est réservée aux signataires de la France insoumise enregistrés avant le dimanche 23 avril à 22H00. Ce choix est secret. Nous n’en publierons que le résultat et la liste des participants sera détruite.

Comme chacun le sait, le mouvement de la France insoumise est, par définition, lié aux principes de notre devise républicaine « Liberté, égalité, fraternité ». Le vote pour la candidate d’extrême droite ne saurait donc représenter une option. »

BHL, Glucksman, Enthoven et les autres, répétez après nous: « Le vote pour la candidate d’extrême droite ne saurait donc représenter une option. »

Le jour où nous avons uberisé Emmanuel Macron

Il a suffit que Jean-Luc Mélenchon explique, très tôt dans la soirée, qu’il attendrait les résultats définitifs puis une consultation sur la conduite à suivre pour le second tour de la présidentielle pour qu’ils se déchaînent.

Osons une question: l’élection présidentielle est-elle si débilisante qu’il n’y plus de place pour le libre-arbitre et le recul ?

`La revue du sujet en 9 points.

#1. Très tôt hier soir, des soutiens de Macron ont expliqué que Mélenchon était comme Le Pen. Bravo, clap, clap clap. On a applaudit. On a connu meilleure façon de rallier les mélenchonistes déçus. L’un des plus odieux tweets de cet acabit fut de Bernard-Henri Levy.

Adieu BHL.

#2. Sur les réseaux sociaux, j’ai été interpelé comme d’autres. Je pose, comme d’autres, pourtant une question simple: qui peut sérieusement penser qu’une coalition de Wauquiez à Mélenchon en passant par Hamon n’est pas la pire réponse politique à Marine Le Pen ? Marine Le Pen n’attend qu’une chose, le front républicain. Elle n’espère qu’une situation: tous contre elle. Pouvoir expliquer et brailler qu’ils sont « tous pareils », c’est son rêve et nirvana politique.

Macron11

#3. Je peux comprendre que les militants macronistes stressent. J’ai connu cela en 2012. Soutien de Hollande, j’ai senti un moment où la campagne anti-sarko était devenue  violente avec certains du Front de gauche. Comment allions nous nous rassembler après ? C’est une question qu’il faut se poser avant. Avant de caricaturer Mélenchon et ses soutiens en doubles frontistes, fans de Chavez, gagas de Poutine, affreux anti-Européens, et autres billevesées. Car après, imaginez donc que les mêmes caricaturés répondent : « chiche! Soyons la caricature que vous avez dépeint », et voici nos macronistes qui transpirent, crient, braillent et hurlent au déshonneur. C’est bien facile. C’est si peu courageux. Ce n’est simplement pas lucide.

#4. Il est trop tôt pour répondre à la question du 7 mai. Nous avons besoin de temps. J’ai besoin de temps. Même Emmanuel Macron a pris un jour off ce lundi. Pourquoi faudrait-il se plier, se coucher et sourire dès le soir de la défaite annoncer ? Une seconde campagne démarre, tout le monde le répète. Calmez-vous. Les insoumis(es) n’aiment pas les injonctions, a résumé mon amie Laure.

#5. Rien dans l’attitude de Macron dimanche soir ne méritait un ralliement rapidement. Son dîner à la Rotonde, son discours aussi creux que victorieux, un candidat qui fait acclamer son épouse, le soir où l’extrême droite rassemble plus encore que son parrain pétainiste en 2002 ? Les sourires, la joie, le champagne dans une brasserie huppée du 14ème arrondissement étaient indécents.Le journaliste Gérard Miller, soutien de Mélenchon pendant cette campagne, a parfaitement résumé notre désarroi: Mélenchon a revitalisé la politique. Même ses adversaires le reconnaissent. Macron a dévitalisé la politique. Même certains de ces soutiens s’en amusent. Dans quel monde puéril ou hors sol vivons-nous ? Macron donne l’impression de concourir à cette présidentielle comme d’autres emportent un marché. Sans plus d’affect que cela, sans plus de sincérité qu’un joli marketing. La France n’est pas un marché.

#6. Le même Gérard Miller a ajouté un point essentiel qui explique notre ras-le-bol: 2002, c’était il y a 15 ans. Et depuis 15 ans, nous avons eu Chirac, Raffarin, Sarkozy, Fillon, Hollande, Valls. Des politiques souvent à droite, rarement à gauche, toujours libérales. Et pour quel résultat ? La fille Le Pen au second tour avec 4 millions de voix de plus que son paternel en 2002. Face à l’urgence d’éviter Le Pen à l’Elysée faut-il oublier que le vainqueur désigné, Macron, approfondira une politique qui renforce quinquennat après quinquennat l’extrême droite en France ? A quoi bon ? Pourquoi n’avons nous pas le DROIT de POSER CETTE QUESTION ?!

#7. On nous explique que ce n’est pas gagné. C’est vrai. Marine Le Pen peut gagner. Je vous l’écrit chers Insoumis(es), je ne veux pas de Marine Le Pen à l’Elysée. Parce qu’il y a l’Immonde en face. Marine Le Pen est immonde. Nul doute, nulle confusion. Mais je ne veux pas de Macron élu à 80%. 2002 est loin. Pas deux fois. Macron doit transpirer du slip, fut-il en soie.

#8. On nous explique que la France serait affaiblie si Marine Le Pen échouait de peu le 7 mai prochain. Vraiment ? Je n’en suis pas si sûr. J’adorerai un vote blanc massif, un de ceux qui priverait le vainqueur de crier qu’il a été plébiscité. Mais c’est un joli risque à courir , n’est-ce pas ?

#9. Le Pen est un danger national. Nous prendrons autre chose que les urnes si cette racaille parvient à l’Élysée. J’avais quinze ans quand je me suis dit cela après l’élection d’un groupe parlementaire frontiste à l’Assemblée. Pourquoi continuer à suivre les injonctions de vote anti Le Pen et qu’importe le résultat 30 ans plus tard ? Se poser cette question mérite-t-il l’opprobre ?

Pourquoi devrions-nous céder, applaudir et nous taire dès le soir du 1er tour ?

Finalement, ce fut cocasse. dimanche soir, et le lundi qui a suivi, Emmanuel Macron a été uberisé. Mélenchon a en effet annoncé que nous voterions sur internet. Et il n’y aura que 3 choix: blanc, abstention ou Macron.

Macron dépend d’un clic.

Emmanuel, bienvenue dans ton monde moderne.

Le 7 mai, je voterai Macron, ou pas.  Dans les deux cas, j’aurai un goût de vomi dans la bouche.

 

Et soudain, ils se taisent. Ou pas.

Bientôt deux jours que la campagne du premier tour s’est arrêtée. Les candidats se taisent. Leurs partisans officiels aussi. Les bureaux de vote sont un sanctuaire silencieux.

Dimanche matin, il y avait la queue devant les bureaux de vote, malgré un beau temps éclatant. Est-ce le signe d’une mobilisation ?

Cette trêve ne concerne que peu les citoyens; ça débat même fort intérieurement. Mais pour qui donc vais-je voter ?

Les autorités tolèrent même l’expression politique numérique des citoyen(ne)s ordinaire(s) jusqu’à la dernière minute. La presse écrite n’est même soumise à aucune interdiction à l’exception de publication de sondages. On cherche en vain des sondages comme un drogué manquerait sa dose.

Vendredi, les courbes sondagières étaient si proches entre les 4 candidats qu’on murmure déjà que le résultat ne sera peut-être pas connu dès 20 heures ce dimanche 23 avril.

Ce serait déjà un cataclysme, la preuve illustrée dans les urnes d’un pays fracturé.

 

 

Chanson du dimanche: « les jours heureux »