Regretter Hollande ?

Emmanuel Macron a reçu Poutine à Versailles, c’était son premier accueil en grandes pompes d’un chef d’Etat sur le sol national depuis qu’il est entré en fonction. Ne souriez pas. Après toutes les caricatures débiles « Melenchon-est-un-suppot-de-Poutine » que  nous avons entendu et entendons encore, cet accueil devrait faire taire les macronistes de bonne foi.

Dans les colonnes de ce blog, j’ai déjà exprimé combien la real-politik de Mélenchon à l’encontre de Poutine m’avait gênée. Avec Macron, la même real-politik nous conduit à Versailles. C’est plus grandiose encore. Merci Manu, je n’en attendais rien de mieux.

Puis Macron a laissé Poutine inaugurer enfin son église orthodoxe, rutilante au milieu de Paris.

Il a laissé un chef d’Etat étranger inaugurer une église en France.

Je vous laisse méditer.

 

Hollande avait refusé de laisser Poutine venir inaugurer ce moment à cause de ses positions en Syrie.

 

 

Refuser de dialoguer avec Poutine était une erreur. Lui refuser cette inauguration facile et indécente fut tout à l’honneur de François Hollande.

 

Festival anti-blanc ?

La mairesse de Paris s’est indignée, après un communiqué de l’ineffable frontiste local, Walleyrand de Saint-Just, conseiller régional et par ailleurs mis en examen pour fraude au financement électoral.

Il y aurait bientôt à Paris un « festival anti-blancs« .

Même la LICRA s’est indigné.

Même votre serviteur s’est laissé un temps prendre par les compte-rendus partiels et partiaux.

Au delà du programme, c’est l’organisation de ce festival qui soulève des questions. Sur le descriptif des lieux où doivent se dérouler les débats et les rencontres, on découvre que le festival est divisé en plusieurs espaces : un « non mixte femmes noires (80% du festival) », un « non mixte personnes noires », un autre « non mixte femmes racisées » et enfin un « espace ouvert à tou.te.s »

(source: France Info)

Cette manifestation est d’abord féministe.

FEMINISTE.

L’une des deux organisatrices, Mwasi,  est un collectif « Afroféministe créé en 2014 par un groupe d’Africaines et Afrodescendantes qui ressentaient le besoin de fédérer, d’échanger et de s’exprimer sur les questions liées aux Femmes Noires. » On a le droit de penser que la condition de la femme noire mérite quelque mobilisation. Ce collectif est interdit aux hommes, nul racisme dans cela.

Ni blanc, ni noir.

Ses organisatrices ont publié la mise au point suivante:

La Générale et le collectif MWASI sont la cible d’une campagne de désinformation et de fake news orchestrée par l’extrême droite la plus moisie. Nous sommes attristés de voir certaines associations antiracistes se laisser manipuler ainsi. Elles se retrouvent paradoxalement du côté des racistes à stigmatiser celles et ceux qui militent pragmatiquement pour les valeurs d’égalité et de respect.

La Générale est un laboratoire d’idées qui défendra toujours le débat bienveillant et constructif, la diversité des approches et l’ouverture contre les logiques d’exclusion, comme l’atteste la reconnaissance obtenue depuis plus de dix ans d’activité dans tous les domaines de la culture.

La Générale est historiquement un lieu de débats féministes et antiracistes, et non un lieu d’idéologies. Sur ces sujets, des opinions de toutes natures ont pu être discutées paisiblement ici. Dans ce cadre nous avons été amenés à travailler plusieurs fois avec le collectif MWASI, toujours de manière très enrichissante, à l’opposé des accusations et des fake news initiées par les officines troubles de la fachosphère telle que riposte laïque fdesouche.com, puis reprises sans discernement par divers media.

Nous remarquons aussi que lorsque la question de la race n’est pas évoquée, les groupes de discussion féministes « entre femmes » n’ont jamais posé de problème à grand monde. Il s’agit d’une méthode de travail classique, dont l’utilité a été démontrée, pour que la parole puisse émerger librement et pour qu’en parallèle une réflexion ouverte puisse prendre place sereinement.

Enfin nous nous amusons beaucoup de voir tous ces communautaristes blancs qui exigent soudainement le droit d’assister à une rencontre qui se revendique du militantisme afroféministe, par ailleurs tout public en dehors des ateliers de travail.

Bref, les indignations contre un festival anti-blanc qui n’existe pas sont infondées.

Mais ceci étant rappelé, et précisé, il y a fort à dire à l’encontre de cette manifestation.

Primo, réserver des manifestations féministes aux seules femmes est une erreur, une bêtise. Le féminisme n’est pas une question de sexe, mais de lutte pour l’égalité. Secundo, la déclaration d’intention du collectif MWASI fait débat: « Nous tenons à rappeler tout notre mépris et notre dégoût face aux instrumentalisations du “féminisme” à des fins racistes et impérialistes ( fémonationalisme) par la team féminisme blanc. » MWASI veut utiliser une couleur de peau, c’est-à-dire un hasard de naissance, pour mobiliser. Comprenons-nous bien: MWASI a raison d’assimiler le capitalisme au « système économique de la suprématie blanche« . Il n’est que cela. MWASI a raison de s’engager « dans les luttes politiques queer et trans révolutionnaires et décoloniale. »

Mais MWASI ne peut ni ne doit discriminer sur la base de la couleur de peau. Car cela s’appelle du racisme.

Quoiqu’on en dise.

 

Pourquoi Ariane Chemin a utilisé l’enterrement de François Delapierre

Le portrait de Jean-Luc Melenchon par Ariane Chemin a choqué.

La journaliste du Monde est pourtant talentueuse. Je la lis depuis longtemps, très longtemps. Elle a écrit quelques articles et ouvrages mémorables. On y était parfois mal à l’aise, car elle navigue soivent entre narration du privé et interprétation des propos et actes publics. Mais Ariane Chemin est douée, très douée.

Ce weekend, elle fait le portrait de Mélenchon dans les colonnes du Monde. Mais elle ne nous épargne aucun cliché, et pas les pires. Sa description de l’enterrement de François Delapierre, comme la manifestation d’un groupuscule sectaire est glaçante. Elle emprunte beaucoup à un réflexe de classe, ou l’ignorance d’une réalité – que la souffrance exprimée dans ces moments difficiles doit être libre de surinterprétation.

Ariane Chemin a écrit un portrait pour inquiéter et dépeindre, in fine, Mélenchon comme un adorateur de l’autocratie vénézuelienne. Et pour servir cet argument, tous les moyens sont bons.

Pourquoi sinon serait-elle allée jusqu’à cette sur-interprétation de ce que les survivants du défunt, au premier rang desquels son épouse aujourd’hui candidate de la France insoumise ?

Ariane Chemin emprunte la voie usuelle de la caricature. En 2015, elle expliquait déjà que le mauvais génie de Sarkozy et Jean-Luc Mélenchon « avaient les mêmes schémas de pensée ». On peut avoir des désaccords avec JLM sans recourir à ce point Godwin de la facilité. Abuser d’un moment intime, le dernier hommage à un mort, n’est pas la meilleure des démarches journalistiques.

 

 

Chanson du dimanche: Manchester

Il y a une lumière qui ne s’éteint jamais.

Macron, la finance et le reste.

Osons Causer est ce chouette collectif qui nous fournit des videos pédagogiques et drôles.

Petit rappel.

Fatigue législative

Le marathon électoral français est épuisant, franchement épuisant.

La campagne législative aurait pu être l’occasion de reprendre le débat raté de la présidentielle sur les programmes. Entre les déboires de Fillon et les oukazes au front républicain, nous avons en effet peu débattu des programmes eux-mêmes. Même Macron n’a dévoilé le sien que très tardivement, début mars, soit quelques semaines avant le premier tour.

Pourtant, l’essentiel des analyses politiques médiatiques porte encore et toujours sur (1) les affaires, (2) les tactiques politiques, (3) les candidat(e)s, (4) les sondages,  plutôt que sur les mesures défendues, comme si la messe était dite; comme si nous étions déjà rassasiés par la campagne présidentielle.

Prenez les sondages. Ils promettent une victoire absolue et sans conteste aux candidats du jeune monarque avec … 28% des suffrages au premier tour. Cette République est-elle si atrophiée que personne ou presque ne réclame un changement de scrutin ? La proposition de VIème République défendue par les insoumis vise justement à corriger cette erreur démocratique: donner une prime hors normes au vainqueur, dans un régime par ailleurs très monarchique, est une erreur, ce n’est pas nouveau, mais rares sont celles et ceux qui veulent bien ouvrir ce débat sur la place publique.

On nous explique que la tactique macroniste est d’exploser la droite comme il a réduit en bouillie le Parti socialiste. Prenons le point: comment donc Macron peut-il espérer « exploser la droite«  sans en reprendre une bonne partie de son programme ? LR a bien senti le danger d’ailleurs. Ses candidats braillent partout que le programme Macron est trop timoré pour « libérer » le travail.

Libérer le travail ?

La Suisse vote la sortie du nucléaire. Pourrait-on débattre en France du nucléaire ?

Mélenchon livre son interprétation sur YouTube.

Et Macron ?