Les consultations de la macronista

Avec plus ou moins de publicité, la Macronista nous convie à des consultations numériques. Deux d’entre elles sont en ligne depuis des semaines sans que grand monde n’en parle.

La première a été lancée sur une énième réforme du droit des entreprises, la loi PACTE promise pour le printemps. Lancée il y a 3 semaines, cette consultation sur internet sur des propositions concoctées par des groupes de députés et de chefs d’entreprises. Aucun syndicaliste, ni ouvrier, ni employé. Bizarre ? Puisque la démarche consistait à associer des représentants civils objet de la future législation (l’entreprise), pourquoi donc ce biais patronal ? Nos entreprises sont aussi constituées de salariés, et pas seulement d’entrepreneurs. Et ce n’est pas le profil sociologique des député(e)s de la macronista qui rééquilibre l’affaire. Cette obstination de la France d’en haut, dont les député(e)s macronistes se révèlent n’être que les travailleurs/ses zélé(e)s et détaché(e)s, n’est ni une surprise ni une bonne chose.

Cette consultation est un bel échec: elle n’a intéressé à mi-parcours que … 4 400 personnes: les citoyens en marche seraient-ils déjà lassés des artifices macronistes ?

C’est Agnès Maillard qui m’a fait découvrir une seconde consultation numérique, une « consultation citoyenne sur la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes » lancée également il y a 3 semaines. Le parallélisme avec la première ne s’arrête pas là: ici aussi 6 thèmes ont été retenus. Mais pas de préparation préalable cette fois-ci par les députés, avec ou sans des partenaires du terrain et les parties concernées. Non, cette fois-ci, on passe directement au sondage numérique. Il s’agit d’occuper la galerie médiatique. En arrivant au pouvoir, Macron avait déjà de nombreuses mesures prêtes dans son prograaaaaaamme (loi travail, suppression de l’ISF, flat tax, intégration de l’état d’urgence dans la loi ordinaire), mais sur la pauvreté, fut-elle celle des enfants, il sèche. Il a besoin d’une « consultation citoyenne ». Jupiter a ses limites.

Sur le site, il y a d’abord un quizz, super !

Ces consultations sont des outils de propagande. L’impact sociétal est nul. Politiquement, ces démarches servent à dire que le gouvernement « travaille« , se sent « concerné« , qu’il est « actif » sur le sujet.

Et, surtout, qu’il agit « en concertation ».

Politiquement, ces démarches prolongent l’artifice marketing d’En Marche, né en 2016, quand on a voulu nous faire croire que notre nouveau Louis-Napoleon Bonaparte aka Jupiter aka Macron était né et propulsé par  un mouvement populaire. L’arnaque, belle et jolie, concoctée par des agences et quelques financiers, se poursuit au sommet de l’Etat. Rappelez-vous Sarko et son infâme débat sur l’identité nationale.

Les sujets cette fois-ci sont plus nobles, moins clivants, mais l’arnaque intellectuelle est la même: nous élisons des députés pour qu’ils travaillent. Pas pour que le gouvernement, qui est théoriquement leur émanation, nous ponde des quizz à la Buzzfeed.

A bon entendeur…

 

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Mercy ? Merci!

Je ne suis pas fan de l’Eurovision, malgré quelques bons souvenirs.

Mais hier soir, la « France » s’est doté d’un représentant, un couple, qui chante une chanson qui ne leur vaudra sans doute aucune victoire, mais qui est symbolique d’un écœurement contre un drame qui n’a que trop duré.

Mercy, du couple « Madame, Monsieur », traite d’un enfant de migrants. Bien sûr, cette chanson bisounours ne changera pas la réalité du drame des migrants noyés. Il y a aussi peu de chances qu’elle fasse évoluer la position égoïste, cynique, ignoble de notre Jupiter national. Mais tout de même, il y a eu des votes hier soir, suffisamment nombreux pour choisir cette chanson, avec ce thème là, plutôt que toutes les autres.

Merci donc.

« Je suis tous ces enfants que la mer a pris ».

Chanson du dimanche: temps difficiles

Pourquoi faut-il inverser la hiérarchie des news ?

Macron a les soutiens qu’il peut. Le PDG de la banque JP Morgan, à Davos, le trouve « incroyable« .

Merci Macron, merci patron.

Ailleurs, d’autres prennent le temps de relater, par écrit, ou l’écran, une autre réalité.

« L’inversion de la hiérarchie des news » est un sujet qui nous préoccupe depuis bientôt 11 ans cette activité blogosphérique a commencé. Il y a bien sûr une actualité, souvent la plus soudainement grave, qui s’impose à nous. Mais ensuite, le plus souvent, il s’agit de résister à des story-tellings. Macron a emboité le pas de Sarkozy, y compris dans la com’ et en plus souriant. Je suis toujours surpris, stupéfait, de lire d’anciens camarades de jeu de l’opposition anti-sarkozyste défendre par leur silence, et/ou leur railleries contre l’opposition et/ou, pire, leur soutien plus ou moins affiché à ce quinquennat néfaste.

Le story-telling libéral en économie, sécuritaire en société, vient de loin. Il n’a rien de moderne. J’ai l’impression d’être revenu en 1986.

Contre ce story-telling, une partie socialiste a enfin compris que Macron est un adversaire, mais n’ose pas encore se déclarer à l’offensive systématique. La raison à cette bêtise est une affaire de survie politique face aux insoumis, parfois de rancœur personnelle contre Mélenchon. Ces socialistes ont pourtant plus fort à faire à récupérer leur ouailles centristes qui se sont égarées dans les pattes d’un couple Macron/Collomb répugnant.

Contre ce story-telling, il faut d’autres voix qui montrent et démontent.

C’est la méthode dite du « Salaud de pauvre », qui a fait ses preuves, et qui peut se décliner sous de multiples variantes. (Elle peut utilement être complétée par la technique du « Cause toujours » quand on lui objecte des arguments imparables, tel celui de la dette de l’Allemagne abolie en 1953.).

Laurent Binet, chronique écrite pour LeMedia.

 

Voilà.

 

 

Notre-Dame-Des-Landes, le feuilleton que Macron peut encore rater.

Faux suspense. Le Conseil des ministres a entériné l’abandon du projet d’aéroport de notre-des-Landes. Il a cédé, Jupiter. Le suspense est clos. Il fallait observer, mercredi, Philippe, Collomb et Hulot débouler devant les caméras l’air gêné. « Je fais ce que je dis » promettait Jupiter. Promesse non tenue, et réjouissances à gauche et chez les écolos.

A l’Assemblée, le premier ministre gâche ce rare moment d’applaudissements à gauche. Quand la députée Mathilde Panot de la France insoumise le félicite, puis l’interroge sur  Edouard Philippe répond, grimaçant, qu’il lâchera les gendarmes si les zadistes ne dégagent pas après la trêve hivernale.

On a connu meilleure attitude d’apaisement…

 

 

On comprend le malaise au sein de la macronista: depuis cet abandon, la droite furibarde et la quasi-totalité des grands médias matraquent les citoyens avec un double argument imparable: primo, comme le gouvernement a cédé ici, il enverrait un « mauvais message » dans les autres zones où des projets d’aménagements, légaux, sont contestés illégalement pour des motifs écologiques.Quel mauvais message ? Qu’un projet aberrant mérite d’être annulé ? NDDL était un sujet pourri, une aberration économique, un projet malheureusement légal.  Chacun devrait se féliciter de cette décision.

Secundo, les zadistes sont rapidement dépeints comme des « voyous« , des hordes sauvages prêts à lever leur campement à NDDL pour se déplacer sur d’autres terrains de lutte. Notons la cocasserie de la situation: l’équipage Philippe/Macron prend une bonne décision, mais la pourrit en laissant croire qu’il a cédé face la pression de « voyous« . Même Hulot a levé le doigt en prévenant que « l’état de droit doit revenir« .

Et pourtant dès le lendemain, tranquillement, les zadistes ont annoncé qu’ils réouvraient la « route de la chicane », première exigence gouvernementale. Pourquoi ne pas avoir au contraire tenu la main aux projets locaux ?

 

Bloguer contre Macron ?

Elie Arié, ancien confrère de blog, et qui commente souvent/toujours de manière critique dans ces colonnes s’est interrogé récemment sur les raisons qui pouvaient me pousser à continuer une critique systématique contre Macron, une décennie après le début d’une autre chronique d’opposition.

Je ne vais pas chercher à répondre à cette psychologie de comptoir (désolé Elie). Mais j’ai une profonde fatigue à poursuivre cet exercice.

1/ Écrire, ou choisir de relayer, suscite des réactions qui en retour constituent ce qu’on appelle une relation humaine. Les commentaires ici et sur les réseaux sont un plaisir à lire, un plaisir sincère, une connexion sociale.

2/ Écrire parfois, souvent, est fatiguant et, parfois, sans intérêt. Et pourtant, cet exact jour où je terminais une chronique désagréable, la dernière en date, il y a quelques personnes que je connais et d’autres que je ne connais pas qui m’ont remercié. Il n’y a pas de quoi, pourtant. Chroniquer les bêtises et la honte de l’autre élyséen n’a rien de compliqué. Mais ces soutiens m’ont fait grand bien.

3/ Emmanuel Macron n’a pas suscité la même stupéfaction initiale que Nicolas Sarkozy. Sarko était vulgaire, rapidement bling-bling, finalement agité mais immobile. Sarko était « inefficace« . Macron semblait plus doux, plus moderne, plus équilibré. Mais finalement ce constat initial était faux. Les deux ont d’abord en commun d’être charmeurs, arrogants, et surtout odieux avec la République. Mais Macron ajoute le sourire à l’ignoble.

4/  Macron est-il ignoble ? Je le crois. La loi Travail est ignoble. La loi sécuritaire est ignoble. Le projet de loi sur l’asile et la politique de terrain contre les réfugiés sont ignobles. Ignoble, le terme n’est pas trop fort car il désigne une situation simple: Macron, avec le sourire et le soutien, pour l’heure, d’une large part d’ex-socialistes, parvient à faire passer des lois qui feront date dans les poubelles de notre histoire commune: la loi travail qui affaiblit les salariés comme jamais, et surtout les femmes, n’est pas simplement une loi « efficace« . C’est un recul historique. La pérennisation de l’état d’urgence dans notre loi commune aurait fait hurler nombre de ses soutiens actuels de la macronista (hey, Barbara Pompili, où te caches-tu ?). Le projet sur l’asile fait frémir jusqu’à l’Eglise ou des très proches de Macron. Je ne cherche aucun autre argument, ce serait inutile, que celui-là.

Macron est ignoble car il a tous les pouvoirs, obtenus sur un large fond d’abstention et, surtout, un référendum anti-Le Pen.

Comment pourriez vous penser qu’il était temps de se taire ?