La méthode Macron n’est pas démocratique

Il veut aller vite, lancer une réforme par jour, choquer par quelques outrances pour reculer un peu ensuite et conserver l’essentiel, le pire. Il récuse tout débat, il ne veut pas de négociation, il préfère la « concertation », c’est-à-dire la lecture à haute voix de ses propositions dans des réunions bilatérales et jamais multi-latérales.

Il s’appuie sur une cohorte d’éditocrates qui trustent l’essentiel des places de commentateurs, et sur l’absence des concernés – syndicalistes, SDF, pauvres, précaires, agriculteurs, et autres mal nés ou vaincus de cette République en marche arrière qui jamais n’ont davantage qu’une place minoritaire ou occasionnelles (1) dans les émissions télévisées de divertissement et d’information, (2) dans les émissions radiophoniques de grande écoute – « Les Grandes Gueules » (RMC, quotidien), « On refait le monde » (RTL, quotidien), « Les informés » (France Info, quotidien), les matinales du quatuor France inter, France info, RTL, Europe1, (3) les colonnes des ex-grands journaux et magazines.

Il ne cherche pas à convaincre, mais à appliquer un programme réellement choisi par une dizaine de pourcent du corps électoral adulte.

Emmanuel Macron ne cherche pas à faire débattre la société sur ses propres ambitions. Il pourrait. Même si on est désaccord, on pourrait, on devrait apprécier de débattre sur des sujets aussi variés que le transport public, l’immigration, l’audiovisuel, les retraites, le travail, la formation professionnelle.

Puisque le monarque ne cherche ni à laisser du temps – quelques mois au moins – ni de l’espace à une négociation et un débat sur l’un ou l’autre de ces sujets privés de vrais échanges par une présidentielle confisquée sur un référendum anti-Le Pen, il ne reste qu’une seule réponse, qu’une seule attitude, qu’une seule posture: l’opposition systématique, aussi primaire que l’attitude macroniste est primaire, violente et insupportable dans sa forme.

Mais si un jour ces contre-marcheurs, fossoyeurs du débat démocratique, changent d’avis, nous serons bien sûr là pour échanger et débattre.

Pour l’instant…

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Où en sont les insoumis ?

Mélenchon a à nouveau les honneurs de l’actualité. Il y a eu cette affaire, vite dégonflée, sur les frais de campagne (*). Puis, pour prolonger le show, on a eu aussi droit à l’équipe de Quotidien sur TMC s’inquiéter qu’Alexis Corbière ait été auto-entrepreneur plutôt que salarié de la campagne de Mélenchon.

Enfin, il y a eu ce documentaire de Gilles Perret sur la campagne présidentielle du candidat insoumis. On y découvre un Méluche rarement faussement policé, presque sans filtre au point que certains journalistes se soient émus de ce « naturel« , les pauvres.

 

 

J’irai le voir prochainement, par curiosité. Cette campagne fut suffisamment étonnante pour ne pas la laisser filer, comme cela, dans nos mémoires. Il faut se souvenir. Des critiques négatives se sont faites jour, sans surprise.

Depuis quelques heures, il y aussi ces tweets sur le licenciement, en fin de période d’essai, de la (talentueuse) Aude Rossigneux par le MediaTV. Les explications sur cette affaire ont effacé l’échauffement de quelques éditocrates qui souvent sont les mêmes à expliquer combien il est rétrograde et peu moderne de décrire les licenciements comme une démarche violente.

La séquence fut cocasse.

Bref.

 

(*) Lire à ce propos le détail de « l’affaire » sur Marianne.net.

Chanson du dimanche : « je suis une survivante »

La bataille du rail, oui. Mais laquelle ?

Emmanuel Macron lance donc une « bataille du rail », un combat de tartuffe qu’il a lui-même résumé en juillet dernier lors d’une rencontre encadrée avec une poignée de cheminot: l’effacement d’une partie de la dette de la SNCF par l’Etat en échange de la disparition du statut des cheminots.

Parlons donc du statut des cheminots.  Le déficit annuel de leur régime de sécu (3,3 milliards, stable), ne sera pas résorbé par une éventuelle « réforme » à cause de la structure d’âge de cette profession. Ce statut a ses spécificités, ses avantages et ses contraintes comme quelques centaines ou milliers d’autres. Les députés sont de beaux exemples. Le président Macron en est un autre (pourquoi n’a-t-il pas décidé de supprimer les frais de retraite spéciale dont bénéficient les anciens présidents (un appart de fonction, une voiture avec chauffeur, 7 salariés permanents, etc) ?

Que dire du statut fiscal de toutes celles et tous ceux qui ont de l’argent à placer en Bourse ? Les revenus générés sont désormais moins taxés que les revenus du travail d’un cheminot.

Le statut des cheminots…

Bizarrement, on en parle plus que l’avantage fiscal des journalistes. On l’évoque systématiquement dès qu’il faut parler de la SNCF, peu importe le sujet.

Pourquoi ? Parce qu’il devenu un épouvantail facile pour faire glisser l’opinion en faveur d’une « réforme » de la SNCF.

Cette fois-ci, pour justifier la fermeture d’un tiers de lignes « non rentables« , l’augmentation de certains tarifs de seconde classe, et, last but not least, la privatisation de certaines lignes et l’ouverture à la concurrence de quelques autres à cause d’une décision européenne, on agite le statut des cheminots à la face du public.

200 000 représentants du personnel en moins

Vous souvenez-vous des belles déclarations rassurantes à l’occasion de la présentation de la loi Travail ? A l’été 2017, le gouvernement nous promettait que le remplacement de toutes les instances de représentation de salariés ( comité d’entreprise, CHSCT, etc) par un « comité social et économique » n’allait rien changer, bien au contraire. Pénicaud assurait en juillet dernier qu' »il n’est pas question de baisser la garde sur les questions de sécurité et de santé » mais que la fusion du CHSCT au sein du comité social et économique est un moyen de « faire monter ses sujets dans la stratégie d’entreprise« .

Sans rire.

Avant la loi Macron, les entreprises comptaient quelques 700 000 représentants du personnel dans ces différentes instances. Le 31 janvier dernier, le ministère du travail prévenait les organisations syndicales: quelque 200 000 postes de représentation syndicale allaient disparaître à cause de la loi Travail.

200 000 représentants du personnel en moins… au service du dialogue social…

 

De qui se moque-t-on ?

Pourquoi les mecs ont-ils un problème avec les filles ?

J’aurais pu faire pire, facilement pire. Un titre plus « putaclic » que celui de l’Obs qui citait incorrectement Caroline de Haas récemment. La féministe s’est logiquement attirée tous ses contempteurs sur les réseaux sociaux, et bien d’autres encore.

Depuis que le mouvement #BalanceTonPorc est sorti, il était prévisible qu’il y aurait un mouvement de balancier inverse, un ressac porté par des effrayés et/ou des contrariés.  Nous avons déjà eu la tribune « Deneuve/Millet/Lahaie ». Voici un autre « backlash« , une vindicte contre une féministe bien en vue.

La longue liste des cris, railleries et éructations après ce mauvais titre fut édifiante.

Caroline De Haas s’en expliqué ensuite sur Twitter – non, elle ne sait fichtrement pas quelle est la proportion d’hommes agresseurs. Mais j’aimerai revenir sur le fond de son propos, qui est juste et interroge: si une femme sur deux a été harcelée ou agressée sexuellement (*), combien d’hommes en sont responsables ? Une petite minorité ou un très grand nombre ?

A votre avis ?

Lorsque le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt.

De Haas visait un problème, massif.

D’autres ont préféré s’indigner sur une caricature de propos.

Dommage.

 

 

 

(*) sondage.