Ciel d’un jour #74

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Les menteurs, les idiots et l’affaire Benalla

Un fusil à pompes, trois pistolets Glock.

Un petit arsenal chez Alexandre Benalla.

Cela n’inquiète bien sûr pas, ne serait-ce que du point de vue de la simple sécurité élyséenne, pareil Rambo de pacotille soit ainsi au coeur du Palais sans que ses patrons ne soient au courant (puisqu’ils ont tous déclaré qu’ils ne l’étaient pas lors des auditions parlementaires…)

 

Puis une autre video, accablante, où l’on voit Crase et Benalla entrainer un manifestant dans cet exact Jardin des Plantes où le même Benalla déclarait n’avoir rien fait.

 

 

Il y a ensuite cette ex-socialiste devenue marcheuse qui vient de re-voter la loi Asile et Immigration avec le soutien du FN qui s’indigne des motions de censure parce que la gauche est unie.

 

Non mais… franchement…

 

De SarkoWatch à MacronWatch

Peu s’en souviennent (d’ailleurs, le voudraient-ils ?), mais nous avions créé au cours de l’été 2007 le début d’un petit réseau visant à surveiller et rendre compte de l’action du président élu Nicolas Sarkozy. Au tout début, j’avais appelé cela « Sarkowatch« . J’ai retrouvé l’un des billets des coulisses où j’en parlais. Puis la troupe a grossi, s’est rebaptisée « Vigilants« , s’est divisée, s’est ressoudée. Bref, la vie.

« Deux ans de bloguing politique

Je ne vais pas épiloguer sur le sens de l’écriture 2.0 aujourd’hui, l’avantage des réseaux sociaux souvent hystérisés, ou les divisions qui ont fait éclater les antisarkozystes d’antan. Mais en relisant ces lignes du passé, et quelques autres, je me permets deux constats:

Primo, l’hystérisation nous a affaibli: nous sommes sans doute individuellement fatigués ou à bout. Quand je relis ces lignes écrites en 2009, ou d’autres de 2007, je retrouve l’envie de convaincre plus largement que la chapelle politique de telle ou telle. Il y a des gauchistes, des gaullistes, des centristes, des cocos, des socialistes, des écolos, bref. Il y a du monde, peu de consensus, sauf sur deux points, se rassembler pour évacuer électoralement l’ancien monarque et débattre des meilleurs moyens d’y parvenir. Mais une décennie plus tard, l’hystérisation des débats politiques, à laquelle nous avons participé et réagi, a rendu cette convergence des luttes plus difficiles. J’observe que cette affaire Benalla, que certains veulent minorer, a eu au moins cette vertu peut être provisoire, celle de faire parler des gens de droite, de gauche et du centre du bon fonctionnement de nos gouvernants et de la pratique de nos institutions. C’est réjouissant.

Secundo, le quinquennat Hollande nous a fracassé avec davantage de forces que l’antisarkozysme nous avait soudé. Certains des #FH2012 sont tombés dans l’opposition à Hollande (c’est mon cas, depuis la fin 2013), d’autres lui sont restés fidèles jusqu’au bout et le sont encore aujourd’hui; d’autres enfin ont soutenu le « dépassement » macroniste quitte à se retrouver aujourd’hui à défendre des positions aussi iniques et une pratique du pouvoir aussi monarchique et dangereuse que celles que nous combattions du temps de Sarkofrance. L’expérience de ce quinquennat nous a divisé, elle nous a rendu méfiant les un(e)s vis-à-vis des autres. Elle a affaibli l’envie d’union pour un but supérieur qui pourrait être, par exemple, la défaite du macronisme, ou la convergence des luttes sur une réforme en particulier. Même le « pragmatisme » si cher à Jupiter n’existe plus dans sa pratique du pouvoir et ses supporteurs. Il n’y a que l’application et la défense béates d’un programme incomplètement écrit, que peu ont lu et parfois improvisé (cf. la réforme de la SNCF).

Récemment, quelques citoyens ont publié un recensement régulièrement mis à jour des atteintes du gouvernement Macron aux avancées sociales et environnementales. Ce n’est pasun blog, mais un tableau dynamique, MacronWatch est né, enfin, bravo.

 

Chanson du dimanche: « on nous cache tout »

(Une évidence).

 

Les fanfaronnades contradictoires de Jupiter

On ne sait plus quels sont les arguments de Macron.

« ça ne fonctionne pas comme ça. Ce qui devait être fait a été fait »

Voici la réponse quand un journaliste parvient enfin à lui demander s’il n’aurait pas du réagir différemment quand il a eu connaissance des violences illégales de son barbouze. Dans la même séquence, il explique que tout le monde a le droit de faire des fautes et qu’il faut des sanctions proportionnées.

La veille, il braille, grandiloquent, qu’il est responsable de tout, le lendemain il déclare ainsi le contraire: « ce n’est pas le président de la République, c’est le cabinet de l’Elysée, ils ont pris leur responsabilité. » Le mois dernier, il réclamais une révision constitutionnelle pour pouvoir dialoguer avec les députés et sénateurs, aujourd’hui, il se cache derrière son statut ultra-protégé et quasiment unique dans les démocraties européennes (enfin, celles qui le sont encore).

Il n’est « pas là pour commenter le travail de la justice », alors que la commission d’enquête à l’Assemblée nationale se disloque au moment même à cause des instructions de silence et d’obstruction qu’il a donné.

Bref.

Bel acteur, joli menteur.

On a presque oublié que le pauvre Benalla n’était pas seul.

Triste séquence où les institutions, fragilisées par une pratique monarchique et un système hors d’âge et ringard, sont à nouveau abimées par cet apprenti Louis-Napoléon.

 

 

 

 

 

Ce que nous dit Collomb de Macron

Gérard Collomb a peut-être dit vrai, et c’est cela qui est terrifiant: il ne voit rien, ne sait rien, ne comprend rien. L’homme est ministre de l’intérieur, il a la tutelle des services secrets du pays, et en charge la protection de la nation, mais il ne sait rien.

Il ne connait pas les gardes du corps du président de la République.

Il se satisfait qu’un policier juste après les faits du 1er mai « n’a pas jugé bon » de diligenter davantage d’enquête quand il a du authentifier la première video (pourtant, nous assure-t-on, Benalla a été sanctionné après le visionnage de cette même video…)

Il ne connait pas non le titre de celui qui accompagne Macron dans ses déplacements privés et publics.

Il ne juge pas de demander quelles sanctions ont été prises quand un chef de cabinet adjoint de l’Elysée est pris en flagrant délit de violences illégales dans une vidéo qu’il visionne le lendemain des fait (sic!).

Il n’a pas jugé bon d’alerter l’IGPN, ni non plus de diligenter une enquête.

Gérard Collomb a fait la démonstration de ce que pourrait être un régime autocratique: un système où même le ministre des flics n’applique plus la loi , ni ne s’intéresse à la faire appliquer quand il s’agit de l’entourage du souverain. C’est le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, qui a bien résumé l’incapacité volontaire de cette hiérarchie qui a perdu le sens de l’état de droit en qualifiant l’affaire Benalla/Craze « de dérives individuelles inacceptables, condamnables, sur fond de copinage malsain. »

A moins bien sûr que Collomb ait menti.