Pourquoi Mélenchon a eu raison.

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Quand on hausse le ton, bruyamment, pour exprimer son indignation, cela fait peur. Les idiots s’arrêtent sur l’esclandre, et négligent l’essentiel. Les cyniques insistent sur l’esclandre, pour masquer l’essentiel.

Mélenchon a d’abord filmé son propre perquisition au petit matin, diffusée en direct sur Facebook. Le même jour, neuf autres proches, les locaux de la France insoumise, et du Parti de gauche ont subi aussi des perquisitions.

Quelques journalistes et des éditocrates se sont émus que Melenchon conteste ces perquisitions.

Puis d’autres videos ont suivi, montrant Mélenchon et Corbière hausser le ton, voire crier contre un vice-procureur désigné par Macron (deux semaines après des propos officiels du président de la république justifiant son rôle dans les nominations) a suffi à effrayer des éditocrates. le Parisien, Le Monde et quelques autres se sont officiellement indignés. C’est leur droit. La complicité de quelques éditocrates – je n’ai pas d’autres qualificatifs – a le mérite de clarifier la situation.  Qu’ils considèrent que la courtoisie bourgeoise est l’apanage des « grands » leur appartient.  Il y avait du mépris à défaut d’une interrogation sur le fond de cette affaire.

Il faut crier parfois. Il le faudra de plus en plus souvent. Il faudra crier contre le cynisme et la manipulation, la courtoisie des puissants et l’injustice ahurissante parfois de leur politique. Il faudra appeler un chat un chat.

#TraduisonsLes

Parlons un peu du fond: combien d’enquêtes préliminaires pour des faits similaires (ou plus graves) ont donné lieu à pareil déploiement dans les quelques années récentes ? Les critiques ont justifié qu’il y a avait deux affaires, sans rapport l’une avec l’autre, qui méritaient ces enquêtes. Combien de « tirs groupés » similaires avons nous observé récemment sur d’autres partis politiques ?

Par exemple, on aurait pu avoir la police venir aussi au petit matin dans les bureaux de Castaner, Kohler, et quelques autres pour saisir ou aspirer leurs ordis, le même jour, pour des affaires aussi sérieuses que différentes que les scandales Benalla/Crase, les accusations de  favoritisme de Kohler, l’enquête sur le détournement de fonds publics de Muriel Pénicaud pour la campagne Macron en 2016 et, last but not least, les financements suspicieux de la campagne de Macron en 2017.

Non ?

Les idiots s’arrêtent sur l’esclandre, et négligent l’essentiel. Les cyniques insistent sur l’esclandre, pour masquer l’essentiel.

 

 

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Chanson du dimanche: you say

Ce million de pauvres ignorés

Les député.e.s et autres castors de LREM se félicitent d’une disposition de la loi PACTE qui obligerait les entreprises à communiquer sur leurs écarts de salaires. En fait, ce gadget législatif, dont on attendra le décret dans plusieurs mois sans doute, sert à masquer le déséquilibre d’une politique fiscale qui sert d’abord massivement ceux qui gagnent le mieux leur vie, ceux qui détiennent le plus de patrimoine, ceux qui gagnent beaucoup des revenus de leur capital.

Dans la même veine, l’équipe macroniste un plan anti-pauvreté rapidement qualifié de « plus important de tous les temps », soit deux milliards d’euros par an sur 4 ans. C’est-à-dire moins de la moitié des cadeaux fiscaux accordés via la suppression de l’ISF et l’instauration de la flat tax.

Le plan pauvreté, qui masque les autres économies que l’on demande aux plus pauvres par ailleurs – comme subir la réduction des services publics par exemple, est l’arbre qui cache la forêt.

AlterEco et le Centre d’Observation de la Société publient une belle analyse de ces autres pauvres, les pauvres qui échappent aux statistiques officielles: « SDF, personnes âgées, femmes inactives, travailleurs immigrés en foyer, détenus, étudiants… La France invisible 2 des statistiques de la pauvreté a des visages très différents.L’Insee ne publie aucune donnée sur le sujet, mais le nombre de pauvres est très probablement supérieur d’au moins un million aux données officielles de la pauvreté si l’on additionne l’ensemble des catégories. « Probablement » parce qu’en réalité il n’existe aucune estimation de ce chiffre… »

 

Ce que ces croisades contre Rokhaya Diallo disent de nous/vous

Photo le 21-04-2018 à 19.04 #2

C’est sans doute une erreur, mais je ne m’explique pas la rage. Cette rage, ce flot d’insultes, continu, quasi-quotidien contre Rokhaya Diallo est stupéfiant car il n’émane pas seulement des nazis, de l’extrême droite, des furibard(e)s fascisants, des racistes bas du Front (national), mais aussi d’autoproclamés intellectuel(le)s, laïcs, républicain(e)s.

Républicain(e)s, vraiment ?

Le désaccord de fond me semble connu, il est respectable, mais il ne devrait pas susciter ces inflammations. On devrait pouvoir débattre des discriminations.

Mais certain(e)s pensent que poser un regard qui prend en compte les différences de couleur de peau, de cultures, d’origine sur notre société et qui veut déconstruire cette vision idéale de la République qui dépasse les couleurs de peau et son propre racisme à certains moments de son histoire, serait une démarche forcément raciste. Ce n’est pas mon opinion.

Rokhaya Diallo, qui porte cette double argumentation, et parce qu’elle porte cette double argumentation, est traitée d’à peu près tous les noms à chaque prise de parole publique: « cinglée », « débile », « raciste », « haineuse », « folle », etc. Les insultes fusent et ferment le débat. Elle a beau expliqué que les races biologiques n’existent pas, que les races sont un concept sociologique, culturel, politique, par ailleurs principalement développé par les colons européens si l’on mesure l’ampleur du colonialisme d’origine européenne (spéciale dédicace pour les (vrais) racistes), cela ne suffit pas.

Rokhaya Diallo fait un constat que je partage: un mâle blanc hétérosexuel a peu de risque de se sentir ostracisé, méprisé, moqué, dominé dans notre société à cause de ces trois caractéristiques précises – mâle, blanc, hétéro. J’ai du mal à comprendre que l’on conteste cela. Nous devons déconstruire cette idéologie, car c’en est une. Nous devrions la déconstruire tranquillement, mais c’est un autre débat sur lequel nous reviendrons.

Rokhaya Diallo s’attire d’autres haines, parfois des mêmes personnes, parce que son antiracisme la conduit à défendre le voile au nom du féminisme. Je suis en désaccord avec elle sur ce point. Le voile est une bêtise, une arriération; qu’une femme le considère comme une protection est une défaite. Mais j’entends aussi son argument, sans avoir besoin de brailler qu’elle est complice de Daesch ou de je ne sais quoi. J’entends cet argument, par ailleurs défendu par d’autres qu’on qualifiera encore plus difficilement d’agent de Daesch: « La régression ne réside pas dans le fait de porter le voile, mais dans celui d’imposer aux femmes une norme vestimentaire. » Entendre l’argument signifie simplement que je n’éprouve pas le besoin de hurler, brailler, crier, mais simplement que j’ai envie de comprendre pourquoi certaines femmes pourraient penser que le voile est une défense, et qu’est-ce qu’on pourrait faire pour qu’elles cessent de le penser.

Bref.

Le weekend dernier, je suis tombé sur une énième polémique. J’ai compris que Rokhaya Diallo faisait l’objet d’une croisade.

Une croisade assurément contre-productive.

Elle a tout mon soutien, même quand je ne suis pas d’accord avec elle. A l’inverse, certain(e)s de ses accusateurs/trices ont désormais tout mon mépris, même si parfois je suis d’accord avec eux/elles.

 

 

Chanson du dimanche: « non je n’ai rien oublié ».

#LOL: la gauche anti-migrants et le racisme anti-blanc

Voici deux sujets que je mélange car ils sont pour moi tous les deux stupéfiants. Le premier est l’accusation facile, hypocrite, proférée à l’encontre d’une fraction de la gauche d’être xénophobe comme l’extrême droite.

Évacuons immédiatement un malentendu: bien sûr, il y a des xénophobes « de gauche« . Et oui. Sacrée nouvelle. Il y a même des antisémites et des racistes. Le sujet n’est pas vraiment là. La question qui a surgi comme un vomi fut l’accusation estivale que la France insoumise était « anti-migrant. »

Je me suis frotté les yeux. Je les frotte encore. Accepter les migrants quand ils arrivent, reconnaitre qu’il y a un devoir d’humanité, fustiger celles et ceux qui au nom de la loi laisser crever les migrants au large; récuser les mensonges sur une prétendue vague migratoire qui submergerait l’Europe ou la France; refuser de reconnaître que la question migratoire n’a rien à voir avec l’accélération de la mondialisation et les guerres que l’Occident provoque ou alimente; voici ce que je crois être largement partagé et défendu par les insoumis.

L’autre stupéfaction de la semaine fut de constater quelques récents échauffements sur le racisme anti-blanc. J’ai vu quelques amis railler que l’on fustige les déclarations ahurissantes d’une jolie fasciste de Valeurs Actuelles sur un plateau TV où elle se félicitait que les blancs avaient au moins aboli l’esclavage (cette déclaration m’a fait la même impression que ces nazis qui, comprenant que leur cause était perdue, ont tenté de tuer Hitler en juillet 1944, alors la Solution Finale était déjà en œuvre). Puis il y a eu cette video d’un rappeur noir appelant au meurtre de blancs. Et un texte de Rokhaya Diallo dans les colonnes de Regards, qui rappelle ce que nous devrions qualifier de racisme. On peut débattre du vocabulaire, mais essayons au moins d’être d’accord sur ce qu’il recouvre (les attaques d’un Laurent Bouvet sur les réseaux sociaux sont assez stériles, à défaut de les qualifier de mauvaise foi).

Les races au sens biologique n’existent pas (je vous invite à écouter le podcast Kiffe Ta Race à ce propos). Mais pourrions nous tomber d’accord sur le fait qu’il faut bien savoir désigner cette construction sociologique, politique et culturelle qui a permis la domination de l’homme (plus que la femme) blanc, l’oppression, la colonisation et l’esclavage de celles et ceux qui ne leur ressemblaient pas. Cette construction, car c’est une construction bien réelle, historique et criminelle, a une autre ampleur que les éructations violentes et criminogènes d’un rappeur, non ?

« Jamais les Blancs n’ont été visés en tant que groupe blanc par des politiques oppressives au profit de minorités non blanches et ce du seul fait de leur couleur. Jamais ils n’ont fait l’objet de théories raciales faisant d’eux des êtres inférieurs et se traduisant dans des pratiques institutionnelles. Certes des Blancs étrangers peuvent être exposés à la xénophobie, des Blancs ont été réduits à l’esclavage par le passé, des Blancs juifs ont vécu la tragédie du génocide et du racisme. Personne ne peut nier ces horreurs. Toutefois, elles n’ont jamais été justifiées du fait de leur couleur de peau blanche, les Juifs n’étant d’ailleurs pas considérés comme des Blancs dans l’idéologie nazie. (…) Même exposée à des brimades raciales, les personnes blanches en dehors d’éventuelles interactions violentes ponctuelles – et intolérables je le répète – ne sont pas réduites à leur couleur de peau.  »

Je peux comprendre que le propos de Rokahaya Diallo en stresse certains. Je n’ai qu’un conseil. Ne prenez pas ses critiques et constats comme des attaques personnelles, ce serait surprenant. Il faut simplement regarder l’Histoire et espérer qu’en la comprenant, on fera mieux plus tard.