Bye bye 2018, et sans regret.

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Cette année fatigante se termine. 2018 a été un exercice de confirmation. Primo, Macron agit comme Sarko, mais en pire: sa politique est similaire, à une exception qui rassure encore une partie de sa base – il ne s’agite pas quotidiennement contre les immigrés comme Sarko. La façade de sa politique est plus présentable. Mais pour le reste… La chronique hebdomadaire de son quinquennat suffit à s’en convaincre.

Je n’ai pas l’énergie de chroniquer quotidiennement, mais je n’ai pas baissé le rythme des tweets. Je lis, j’écoute, j’entends. L’activité des réseaux sociaux, les médias dominants, les médias dits alternatifs. Et cette année fut éprouvante. Les ami(e)s socialistes ont quitté le bateau macroniste, c’est heureux. Les hésitations du genre « nous serons vigilants » que l’on entendait au lendemain de l’écrasante abstention qui avait donné une victoire de 2017. En 2018, Macron est seul avec son clan et ses groupies. Il y a eu des satisfactions lors de cette année 18, et beaucoup, beaucoup, beaucoup trop d’énervements. Je ne peux même dire que j’étais déçu, je n’y jamais cru.

Macron n’est plus vraiment le sujet. Il m’a dégouté de voter.

L’après Macron est loin d’être réglé. Aucun camp politique ne rassemble assez. Tous se déchire. Donner les bons et mauvais points ne m’intéresse pas. Mais je note que les insoumis – via chaque député(e), les videos hebdomadaires de Mélenchon, Ruffin et les autres – fournissent un travail d’analyse et de repositionnement de la situation actuelle assez remarquable. Les élu(e)s insoumis(es) sont d’ailleurs rarement critiqué(e)s par leurs opposants macronistes frontalement sur leurs propositions ou leurs analyses, mais plutôt de biais: sur un comportement déplacé, une référence qui gêne, une extrapolation. Le travail de l’oligarchie contre les insoumis consiste à les caricaturer en jumeaux des frontistes xénophobes. C’est commode pour effrayer dans les salons démocrates.

Les insoumis fournissent l’analyse qui convient, mais ne provoquent pas de raz-de-marée sondagiers. C’est le moins qu’on puisse dire.

Puissent-ils profiter de 2019 pour tendre la main.  Il faut savoir être généreux quand on est devant les autres, et, en 2017, comme dans les sondages officiels, les insoumis font toujours la course en tête de l’opposition à gauche.

Bonne année  !

 

(Et n’hésitez pas à acheter des produits de la boutique du ruissèlement, enlysee.fr)

 

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Choisissez vos Gilets jaunes.

Certains fustigent ces Gilets jaunes qu’on a vu et entendu proférer des slogans antisémites, racistes; s’indigner de ces autres chanter la Quenelle, chanson de Dieudonné; critiquer ceux qui ont bloqué la sortie du quotidien Ouest France.

Certains applaudissent aux revendications sociales des Gilets Jaunes – justice fiscale, revalorisation du pouvoir d’achat, meilleur représentativité. Ils encouragent cette révolte sociale, ils louent son caractère populaire.

Ces deux attitudes sont-elles conciliables ? Bien sûr, c’est mon cas. Mais est-ce bien le cas de toutes celles et tous ceux qui se rangent quotidiennement dans la première catégorie ? Que pensent-ils des revendications ? Qu’ont-ils à dire du mouvement autre que les excès d’une minorité ?

Permettez moi de douter sérieusement que celles et ceux qui se rangent dans la première catégorie ci-dessous consacrent suffisamment de temps a expliquer s’ils sont d’accord ou non avec les revendications.

 

Chanson du dimanche: Miss Maggie

Merci Charlie

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Rien oublié, sauf peut etre que les Kouachi se réclamaient d’Al Qaida et pas de Daesch. Charlie Hebdo publie une chouette couverture sur ce « Peter » Chérif récemment arrêté à Djibouti puis envoyé en France cette semaine.

Lors d’un repas de Noël, l’un de mes beaufs a tenté de m’expliquer  qu’il fallait désormais laisser faire le ménage par les Turcs et les Russes en Syrie, et que les attentats de Paris (janvier puis novembre) et ceux qui ont suivi étaient le fruit des gouvernements occidentaux. Et; que l’Europe n’avait rien à faire là-bas. Il insinuait bien davantage que la simple accusation habituelle faite à l’Amérique (en Irak), la France et le Royaume Uni (en Libye) d’avoir déstabilisé la région et facilité la création de Daesh. Mon sang s’est un peu échauffé – magie de Noël oblige, je me suis calmé et on est passé à autre chose.

Je me suis rappelé la couverture de Charlie, cette semaine. Les attentats de Paris de janvier 2015 ont été commis au nom d’Al Qaida, la succursale d’Oussama Ben Laden et Ayman al-Zawahiri, créée en 1987. Al Qaida a revendiqué le 11 septembre 2001, tenté de coulé un navire américain large d’Aden (Yémen) en octobre 2000.

Une très belle série américaine, peu politiquement correct, raconte les coulisses de la lutte ratée contre ce terrorisme islamiste, The Looming Towers.

Je la conseillerai à mon beauf.  Il y a même des sous-titres pour les sourds et les malentendants.

 

Etienne Chouard, rouge-brun.

Autant se l’écrire dès les premières lignes: Etienne Chouard a été rouge-brun. Il l’est peut-être encore. Effrayés macronistes, godillots de la pensée illibérale, admirateurs de Barre, Delors et Thatcher réunis, réjouissez-vous. On en a trouvé un !

Quand François Ruffin a glissé dans une phrase, que d’aucuns ont sorti de leur contexte, une référence à Etienne Chouard, cela a suffi à faire jaser, brailler, crier: « on vous l’avez bien dit !!! ». Ruffin, le pauvre, renvoyait simplement à une proposition démocratique, le recours au référendum. Et il se trouve que Chouard a beaucoup bossé sur le sujet du référendum, au point d’en faire sa marque de fabrique. Plutôt que de lire et comprendre ce que ce Chouard dit, on l’accuse de tous les maux à cause d’autres choses, un éloge rapide, puis presque regretté, d’Alain Soral.

Quand je lis les explications d’Etienne Chouard sur ce qu’il pensait du néo-nazi français Alain Soral, je le qualifie assez facilement de « rouge-brun« . Je m’explique. « Rouge-brun » désigne cette dérive politique, historiquement ancienne, qui vise à tomber dans la xénophobie, le racisme et (pas systématiquement) l’antisémitisme (Soral) à partir de positions de justice sociale. L’un des déclencheurs de cette dérive est souvent Israël (confondu avec la politique de son gouvernement) et la Commission européenne. Le rouge initial de la révolte contre les inégalités sociales, l’impunité des puissants, et la prédation par les riches, prend la couleur brune de la haine des autres qui ne sont pas comme « nous » – ni blancs, ni chrétiens, ni « Français de souche« , etc.

La lutte des classes devient la haine du juif ou de l’arabe. Ou elle s’accommode de la haine du juif ou de l’arabe (parfois des deux).

Etienne Chouard entre dans la seconde catégorie. Il s’en expliqué involontairement dans une longue chronique. J’en cite l’un des passages les plus révélateurs.

Un jour, il y a trois ans je pense, je suis tombé sur une vidéo de Soral, que je ne connaissais pas, qui m’a intéressé : il y dénonçait le colonialisme raciste du gouvernement israélien et le sionisme comme idéologie de conquête, aux États-Unis mais aussi en France (en s’appuyant sur les livres — bouleversants — d’Israël Shahak, de Shlomo Sand, de Gilad Atzmon et d’autres que nous devrions tous lire, je pense). Pour moi qui travaille sur les abus de pouvoir, il est naturel d’être intéressé par toute étude d’un projet de domination, quel qu’il soit. En regardant un peu son site, j’ai vu qu’il étudiait, condamnait et résistait (comme moi), entre autres, à l’Union européenne, au capitalisme, à l’impérialisme, au colonialisme, au racisme, aux communautarismes, aux multinationales, aux complexes militaro-industriels et aux grandes banques d’affaires, à la prise de contrôle des grands médias par les banques et par les marchands d’armes, au libre-échange et au sabotage monétaire, aux innombrables et scandaleuses trahisons des élites, à toutes les guerres, à toutes les réductions des libertés publiques justifiées par la « lutte contre le terrorisme », etc. Bref, tous ces fronts de résistance étant, à mon avis, des fronts de gauche, et même de gauche radicale et vraie, j’ai ajouté naturellement un lien sur ma page d’accueil vers le site de Soral. Un lien, parmi des milliers — je ne savais pas encore que cela allait faire de moi, en quelques années, un homme à abattre.

(…)

Pour revenir à Soral, j’ai rapidement compris qu’il n’est pas du tout un démocrate, évidemment : il est autoritaire et il défend une idéologie autoritaire, au strict opposé de ce que je défends moi. Je ne veux pas plus de sa « dictature éclairée » que de n’importe quelle dictature, évidemment.

Mais malgré cela, une partie de son analyse du monde actuel (et non pas ses projets de société) me semble utile, objectivement, pour mon projet à moi, de compréhension des abus de pouvoir et de constituante populaire. Donc, pour ma part, je ne monte pas en épingle ce qui me déplaît chez Soral, je prends ce qui m’intéresse (les infos sur les fronts de gauche et sur la résistance au sionisme) et je laisse le reste, comme l’adulte libre de penser et de parler que je suis.

Réagissant avec énervement à un échange sur Twitter à propos de Ruffin, j’ai glissé il y a peu à un aimable contradicteur que Chouard était pour moi un nazi. Je corrige ici publiquement: non, Etienne Chouard n’est pas nazi (ou alors il cache bien son jeu). Mais sa très longue explication de tous les points communs idéologiques et politiques qu’il se trouve avec l’un des rares exemples du neo-nazisme français prouve au mieux l’aveuglement d’un érudit perdu dans ses recherches pratico-théoriques, au pire une complaisance évidente que ne dit pas son nom.

A la fin de ce même billet d’explication de novembre 2014, Chouard fait volte-face: «  tout récemment, j’ai découvert dans une publication de Soral des propos terribles et dangereux qui me conduisent à changer d’avis (…) Alors, je cède, je reconnais que me suis trompé, en publiant un lien sans mise en garde : il y a un risque d’escalade des racismes. « .

Franchement ? Cet érudit a visiblement du mal à faire le tri dans ses références. Il ne comprend visiblement pas que ces dérives sont contre-productives tant elles lui aliènent pas mal de soutiens potentiels.

Il est simple de dresser une ligne rouge: le projet politique de Marine Le Pen, d’Alain Soral, des Identitaires, de tout ce que compte l’extrême droite politique française repose sur et converge vers un terrain commun et connu: la haine biologique de l’autre – juif, arabe, noir, ou autre. Poussez-les un peu trop fort dans leur tranchées et leur cri ultime de ralliement ressort aussitôt: « on est chez nous! Barrez vous ! « . Que ces mêmes puissent par ailleurs défendre la justice fiscale ou sociale, par exemple, importe peu. On se fiche de savoir s’ils soutiennent, et jusqu’où, la liberté du référendum populaire ou la privation autoritaire des libertés individuelles via l’état d’urgence. Ce sont des ennemis, pas des adversaires.

Reconnaissons aussi que ce débat n’est pas simple: on ne choisit pas jamais ses alliés de circonstances. Et vos adversaires ont vite fait de caricaturer le débat, comme les macronistes depuis 2017.

Revenons enfin à Ruffin: sa référence à Chouard était sacrément limitée. Il a pris Chouard en exemple pour un unique sujet – le référendum d’initiative citoyenne, et pas le reste du fatras antisioniste/souverainiste. Je reprend volontiers à mon compte le commentaire de Clémentine Autain:

 » Je suis évidemment en phase avec la proposition pour le RIC, mais j’avoue [que] je n’aurais pas pris en modèle Etienne Chouard. Mais sans doute suis-je trop sensible aux dérives rouge-brun… « 

Chanson du dimanche: enfile ton gilet jaune