Fatigué

Comme Renaud.

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Pourquoi Macron peut dire merci aux Gilets Jaunes

Voici une jolie vidéo courte et pédago. Le premier ministre a donné quelques précisions depuis la publication de cette vidéo. Puis mardi, le gouvernement a annulé d’autres mesures, annoncées en novembre. Puis les a rétabli.

Bravo les gars.

La politique économique et sociale de Macron asphyxie l’économie. C’est encore l’INSEE qui le raconte le mieux: « Depuis le début 2018, le climat des affaires se replie de manière quasi continue.« 

Et les mesures annoncées par Macron sous la contrainte, pour limitées qu’elles apparaissent, valident l’inanité de la politique économique suivi jusqu’alors: elles devraient aider un retour, certes encore timide, de la croissance:

« Différentes mesures de soutien au pouvoir d’achat ont été annoncées le 10 décembre 2018 et seraient mises en œuvre début 2019 : annulation, pour une certaine tranche de revenus, de la hausse de CSG intervenue en 2018 pour les retraités ; défiscalisation et exonération de cotisations sociales des heures supplémentaires ainsi que d’une prime exceptionnelle de fin d’année que pourraient verser certaines entreprises ; augmentation de 100 euros par mois des revenus perçus par les salariés au niveau du Smic.
Les modalités de mise en œuvre de ces mesures ne sont pas encore précisément connues au moment où s’achève la rédaction de cette Note de conjoncture (13 décembre 2018). Elles ont néanmoins été intégrées globalement au scénario de prévision. L’ordre de grandeur de l’impact global serait d’environ +0,5 point de RDB au premier trimestre 2019. »

Voilà.

Merci les Gilets Jaunes.

Alors comme ça, Macron va re-gagner l’élection ?

Il est si bas dans les sondages, qu’il fallait qu’on sorte un sondage sur l’élection présidentielle, 3 ans et demi avant le prochain scrutin.

Formidable.

L’argument est simple: Macron est peut être très impopulaire (autant de Hollande à la même période de son mandat), mais il resterait seul qualifié pour le second tour face à Marine Le Pen, et donc élu pour un second mandat.

1/ On n’a pas besoin d’un sondage pour savoir que les oppositions soient encore affaiblies et divisées. Prenez l’ex-PS, il est éparpillé façon puzzle entre le contingent macroniste « de gauche » qui boit les mesures libérales (loi travail, etc) et xénophobes (Code de la Honte) jusqu’à la lie, les groupuscules Génération.s et autres Glücksmaneries parfois sympathiques et la vieille maison PS qui vient de déménager à Ivry, politiquement réduite à son étiage de la IV République. Le PCF boude. Les insoumis restent visiblement en tête de ces oppositions, même s’ils n’ont pas rassemblé.

2/ Puisqu’on en est à se faire projeter dans une hypothétique élection présidentielle, autant se projeter jusqu’au bout: en cas de 2nd tour FN/LREM, je laisserai les loups et les autruches entre eux. En d’autres termes, abstention. Ce n’est pas de la bouderie mais simplement du découragement. Macron est un tremplin vers le FN pour deux raisons au moins – il dévitalise la politique, et il conduit le pays à l’échec violent pour les classes populaires.

3/ Personne ne sait où nous serons dans 3 ans et demi. Fillon n’est plus la, est ce que Wauquiez ira ? Fera t il alliance avec Le Pen ?La gauche sera t il unie ? Les écologistes existeront ils encore? A la même époque, Hollande pensait sans doute qu’il serait candidat à sa réélection.

Un sondage ponctuel est comme un Polaroïd. Il ne dit rien des dynamiques politiques.

Chanson du dimanche: Got My Mind Set On You

Macron épargne… les riches

colère

Il a sauvé la façade, mais pas cédé grand chose sur le fond: le plan d’économies pour compenser les 8 milliards « lâchés » lundi soir sera renforcé, les plus aisés ne sont pas appelés à contribution, la fracture fiscale demeure.

Maintien de la flat Tax, maintien de la suppression de l’ISF au motif d’un argument répété de « ruissèlement »; maintien des suppressions de 50 000 postes de fonctionnaires , gel des retraites et de la quasi-totalité des minima sociaux, arnaque sur le SMIC, et, last but not least la défiscalisation des heures supplémentaires en mode Sarko qui avait tant coûté à l’économie en embauches.

Il promet un débat sur l’immigration, « qu’il faut affronter » (ne vomissez pas tout de suite), et concède des grands mots sans rien de précis sur la démocratie participative.

Une partie de l’oligarchie médiatique applaudit si bruyamment qu’elle en devient gênante pour sa propre classe.

Bref.

Macron a cédé, un peu, trop peu. Sa politique n’est pas remise en cause. Il n’a même pas osé se remettre devant les électeurs. Il a juste désavoué la quasi-totaluté de ses perroquets qui disaient ces derniers jours que tout allait bien.

On appelle cela lâcher du lest.

 

Mélenchon fait la pédagogie de la crise des Gilets Jaunes

Hommage

Quand j’entends parler de l’attitude de Mélenchon à propos du mouvement des Gilets Jaunes, j’ai souvent l’impression de mes interlocuteurs vivent dans un monde parallèle. J’écoute régulièrement ses billets videos chaque semaine, parfois aussi ses interviews télévisées ou ses discours (comme le weekend dernier à Bordeaux lors de la convention européenne des insoumis(es)), et le décalage entre ce que j’entends et les propos rapportés est stupéfiant.

L’autre soir, un ami de droite fustigeait Mélenchon à propos de la crise des Gilets Jaunes, et accusait Mélenchon de jeter de l’huile sur le feu, et d’être un dangereux agitateur qui menace notre République. Les porte-parole de la Macronista ne disent pas autre chose. C’est lunaire, outrancier, et finalement assez ridicule.

« Et que dire de Jean-Luc Mélenchon qui n’a toujours pas dénoncé les violences et qui, à l’Assemblée nationale, se félicite d’un ‘heureux les temps que nous vivons«  Marc Fesneau député MODEM)

« Arrêtez d’appeler à la manifestation, ça suffit maintenant ! […] C’est irresponsable pour un responsable politique, ça m’énerve! » Laure de La Raudière, députée LREM

Mélenchon tente plutôt de faire une pédagogie calme de ce qui se déroule, de re-situer ce mouvement dans un contexte historique; de détailler ses contradictions et les espoirs qu’il porte.

1/ Il n’a pas méprisé ce mouvement dès les premiers jours, bien au contraire. Il y a vu un mouvement populaire, brouillon, contradictoire.

2/ Il répète que ce mouvement est divers politiquement, et que personne, pas même les insoumis, ne devrait penser à le récupérer pour une raison simple et pragmatique: toute récup le réduirait en faisant partir celles et ceux qui ne s’y retrouvent pas.

3/ Il a condamné toutes les violences, il s’est ému des casses du 1er décembre, il a conseillé la prudence aux manifestants face aux casseurs. Vendredi 7, il suggérait même aux adultes d’aider les lycéens en se portant volontaire pour assurer le service d’ordre.

4/ Il n’a pas appelé à la « révolution« , ni la destitution de Macron. Il a commenté que Macron est désormais cuit (cf. vidéo), et que ses réponses tardives ne changeront pas grand chose.

5/ Il encourage à manifester, pas à casser. A protester, pas à détruire. A exprimer cette colère sociale qui emporte la France d’en bas.

 

Refuser d’adresser un message politique à cette colère est irresponsable. Les macronistes et quelques autres devraient le comprendre, enfin. Oui, on peut se réjouir, on doit se réjouir que cette colère s’exprime enfin. Oui, l’expression de pareille colère comprend son lot de risques et d’incertitude. Mais l’indifférence politique populaire, l’abstention populaire (50% au dernier scrutin présidentiel!!) sont des maux qui méritent une meilleure réponse que le mépris de classe d’Emmanuel Macron et la politique clivante et inefficace qu’il met en oeuvre.

Macron a échoué.