Macron, ou l’orgie des ultra-riches

Les Pinçon sévissent à nouveau, pour notre plus grand plaisir, une décennie après la publication du Président des Riches.

Quand elle officiait au Media, Aude Lancelin avait livré une chouette interview de Monique Pinçon. Avec Macron, on est passé d’une violence de classe à une violence oligarchique, expliquait la sociologue.

 

Mais il faut lire l’ouvrage lui-même dont il est question: « le président des ultra-riches » (Editions Zones, 14 euros). Macron l’est assurément, et les Pinçons nous rappellent pourquoi. L’ouvrage est une excellente analyse qui reprend et met en perspective nombre de faits parfois connus, parfois oubliés, souvent relayés dans nos colonnes et ailleurs. En voici quelques-uns, d’importance diverse, que je vous glisse ici:

  1. Inégalité: La Flat-Tax est abusivement présentée à 30% des revenus du capital. En fait, la partie fiscale stricto-censu de ce prélèvement n’est que de 12,8%. Nous le savions, mais nous nous sommes nous-même laissé berner par les éléments de langage macronistes. La précision a sont importance: 12,8%, c’est moins que la première tranche de l’impôt sur le revenu (14%).
  2. L’ISF rapportait 5,4 milliards d’euros en 2017. Le modeste IFI que les macronistes nous présentent comme son « remplaçant », … à peine 800 millions d’euros.
  3. Illégitimité: 8 électeurs sur 10 n’ont pas adhéré en premier choix au programme d’Emmanuel Macron, le plus haut score depuis 1981 (17,8% des 47,6 millions d’inscrits), et la campagne du second tour ne s’appuyait pas davantage sur une alliance politique de gouvernement.
  4. Illégitimité (bis): avec moins de voix que Macron au premier tour de la présidentielle (7,8 millions contre 8,5 millions), LREM a obtenu 308 sièges de députés en juin 2017.
  5. Sociologiquement, l’Assemblée compte 0,2% ouvriers (contre 21% dans la population).
  6. Conflit d’intérêt: 43 des 298 collaborateurs ministériels du gouvernement Philippe en 2017 ont exercé une activité de lobbying pour des entreprises (pas des ONG).
  7. Emplois aidés: le gouvernement a fait la chasse aux emplois aidés qui coûtent 13 000 euros par an en moyenne mais a pérennisé le CICE qui coûte 287 000 euros minimum par emploi par an.
  8. Subvention: le mouvement En Marche s’est créé au frais des contribuables, contrairement à ce que claironne Macron quand il réécrit sa propre histoire politique. C’est partiellement normal – les frais de dépenses électorales étant remboursés sous conditions par l’Etat (66% des dons aux partis politiques sont déductibles de l’impôt sur le revenu). C’est partiellement anormal car l’on sait désormais mieux combien d’argent public Macron a détourné pour lancer sa carrière politique alors qu’il était ministre: sondages (300K euros), restaurations et déplacements (Les crédits de réception de l’année entière 2016 ont été consommés par le couple Macron en 8 mois seulement), locaux « prêtés » par la Mairie de Lyon.
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Les drôles de leçon des élections européennes

Mes enseignements de ce scrutin européen ne sont peut être pas les vôtres.

Le parti présidentiel a reçu une claque, une baffe en pleine face. Non pas tant parce qu’il est arrivé second, mais parce que le voici avec un score stagnant de premier tour: 78% des suffrages exprimés se sont portés ailleurs que sur la liste présidentielle alors que (1) l’Europe serait le cœur du projet macroniste; (2) Macron a ratissé le plus large possible (dans sa liste, dans son programme), et (3) Macron s’est mis en avant.

Avec le score désastreux des Républicains, on peut aisément considérer que la seule réussite de Macron aura été de siphonner l’électorat de droite (on a du mal à voir où sont passées les troupes fillonistes ailleurs que chez Macron).

L’écologie a gagné: même si elle est éparpillée sur plusieurs listes, elle a assurément remporté cette élection: toutes les listes, à part l’extrême droite (RN, Dupont Aignan) ont des propositions concrètes ou pas. Le score de Jadot confirme que EELV n’a de place politique qu’aux scrutins européens.

Le résultat de la France insoumise, malgré une belle campagne, est décevant. Je reste persuadé que LFI défendait le programme le mieux construit, le plus adapté. Mais … on n’en a pas vraiment parlé. Cette campagne a été sabordée par le premier des partis (le parti présidentiel qui a refusé de faire campagne avant 15 jours précédent le scrutin), et l’éparpillement à gauche.

Glucksman sauve les meubles. Le réflexe loyaliste de quelques caciques socialistes, Hollande en tête, lui a sauvé la mise.

Les candidatures Hamon et Brossat ont été sympathiques, mais leur 6% réunis ont fait défaut ailleurs à gauche. Libre à chacun(e) de deviner à qui.

Le Rassemblement national n’a rien rassemblé. Il gagne la première place, avec un programme inchangé. Comble de l’ironie, l’un des voisins du jeune champion Bardella sur l’estrade pour son discours de victoire est l’un de ces suprémacistes blancs, ex-Génération Identitaire, Philippe Vardon. L’extrême droite change de logo, elle ne change pas … d’identité.

 

 

Chanson du dimanche: j’adore comment tu mens

Au Parlement européen, socialistes et macronistes ensemble ?

Quelle surprise…

Le patron des socio-démocrates allemands explique qu’il se verrait bien dans une alliance avec les macronistes français au Parlement européen.

« À une semaine des élections européennes, les sociaux-démocrates allemands annoncent un tournant tactique de première importance : ils envisageraient une alliance au Parlement européen avec La République en Marche du président français et les libéraux »

On peut le comprendre. Les sondages prédisent une grave défaite au PS français. Le SPD cherche à couvrir ses arrières.

On peut aussi être stupéfait. Udo Bullmann préside aussi le groupe des euro-députés S & D au Parlement européen auquel le PS français est rattaché. Voici qu’un allié historique du PS français se couche devant Macron quand le même PS français nous jure, croix de bois, croix de fer, s’il ment il ira en enfer, qu’il est devenu le meilleur opposant à la Macronie.

On avait déjà entendu que la Macronie avait débauché Elisabeth Guigou (en échange d’un poste de commissaire européen), puis travaillait à débaucher aussi Ségolène Royal (que j’ai longtemps soutenu ici dans ces colonnes, de 2007 à 2012) avec un autre strapontin.

Ce jeu de façade n’a sans doute que trop durer.

Socialistes, divorcez vite de ces traîtres.

 

Chanson du dimanche : l’amour

Cette drôle de campagne européenne

Il y a 34 listes en France, ça donne le tournis. Ces derniers jours, les panneaux électoraux ont été installés le long des futurs bureaux de vote.

Bizarrement, les odieux propagandistes du mythe du « Grand Remplacement » ont eu le droit à leur liste, incarné par Renaud Camus.

Sans surprise, LREM refait son chantage au FN malgré ses prises de positions factuellement xénophobes à l’encontre des migrants.

Bizarrement, la droite tient sa place autour de Bellamy, le jeune bourgeois ultra-conservateur auquel même Estrosi a fini par se rallier.

Sans surprise, à gauche, chacun y va de ses petites piques contre ses plus proches voisins. A ce petit jeu là, les candidats insoumis sont plus économes ou avares en vacheries. Manon Aubry suit son chemin, merci à elle.

Bizarrement, l’UDI fait chambre à part (qui ça ?).

Sans surprise, les médias ont peu parlé d’Europe; LREM a peu parlé d’Europe et caché son programme. le RN a braillé contre l’Europe mais caché son effroyable et inefficace bilan.

Bizarrement, EELV fait des clins d’oeil à l’électorat macroniste (« écologie pragmatique », « rapprochement des régimes des fonctionnaires et du privé ») et les macronistes font des clins d’oeil appuyés aux sympathisants écolos en verdissant leur discours. Et Le PS moribonds veut chiper la place de EELV, mais ses alliés européens voudraient adhérer au même groupe que les macronistes (vous avez compris ?).

Sans surprise, la campagne insoumise a été calme, argumentée avec un programme plus détaillée et dévoilée plus tôt que les autres principaux partis. Mais parlez de programme en pleine campagne… qui donc s’en soucie ?