Chasseur d’esprit

On s’est peu interrogé sur la signification du titre de cette série courte mais brillante, réalisée par David Fincher, dont la saison 2 vient d’arriver sur Netflix. Il y a à mon goût un trop plein de séries dépressives et post-apocalyptiques, souvent excellentes, mais qui pèsent sur le moral. « Mindhunter » déroge un peu à la règle même si elle n’est pas rose.

La saison 1 racontait l’émergence du profilage au FBI au début des années 70, et la « découverte » par la FBI du concept de « tueur en série ».

La tension se créé sur un jeu d’acteurs et d’actrices, des dialogues exceptionnels. Il n’y a aucune action, uniquement des questions et des réponses, une reconstitution fascinante et glaçante, des parcours individuels, un flot de révélations personnelles.

Mindhunter relate surtout l’examen d’esprits tordus, intelligents, parfois bêtes. C’est une exploration, littéralement, de l’esprit humain.

Précipitez-vous !

 

 

Publicités

Chanson du dimanche: merde, je t’aime.

Réac, le nouveau politiquement correct

Le nouveau politiquement correct est réac. La réac-attitude a remporté la manche. Elle inspire la politique au sommet – la Macronie est un bel exemple de cette conversion au gout du jour. On raille celles et ceux qui protestent contre le réchauffement climatique, le harcèlement de rue, les corridas, ou la réduction des prestations sociales. Les réac se renomment « progressistes » ou bien assument complètement l’appellation réac. Sur ces berges, on croise Eric Brunet mais aussi BHL, Zemmour et Bernard Lavilliers, Onfray et Levy.

Le monde est-il fou ? Je m’interroge sur ce moment où être « bien-pensant » est devenu une mauvaise chose. Est-ce quand Sarko a mené l’offensive idéologique qui l’a mené au pouvoir au début des années 2000 ?

Aux États-Unis, les réacs ont évidemment Trump en idole. Le milliardaire va sans doute l’emporter en 2020 car il incarne une minorité solide, numériquement encore nombreuse et surtout très solidaire et attachée à son champion.

L’époque est réac. Elle pourrait être simplement nostalgique.

BHL est un bel exemple: il y a vingt ans, j’aimais l’écouter, il essayait d’éclairer, malgré son narcissisme extrême. Dix ans plus tard, il s’est transformé en marionnette du pouvoir, il ne fait même plus d’effort. Il applaudit la répression sans mesure, il caricature les oppositions au macronisme. Il cite un magazine réactionnaire américain, pro-Trump, pour accuser d’antisémitisme deux élues américaines musulmanes.

BHL est l’une des incarnations de combien cette période est réactionnaire.

 

 

Chanson du dimanche: Mr Sun Mr Moon

« Suicide apparent » #Epstein

Un ami de Tump, accusé de traffic et d’abus sexuels sur jeunes mineures est retrouyvé suicidé en prison.

Quelle surprise !

« J’ai eu une dispute avec lui, je ne lui ai pas parlé depuis quinze ans. Je n’étais pas un grand fan de lui, je peux vous l’assurer » Donald Trump

Cette affaire est d’un glauque… Mais d’un banal.

Mediapart publie des « révélations » datant d’il y a quelques années. Le site a cherché àn en savoir plus auprès de 2 victimes dans le courant de l’été.

Enquête sur Jean-Luc Brunel, l’ami français de Jeffrey Epstein

Par et Laureen Ortiz

Jeffrey Epstein, inculpé pour trafic sexuel de mineures et retrouvé mort dans sa prison de Manhattan, possédait un appartement dans les beaux quartiers de Paris. L’agent de mannequins français Jean-Luc Brunel, à la réputation sulfureuse, est accusé par des victimes d’avoir été un de ses « principaux pourvoyeurs » d’adolescentes. Deux ministres français demandent l’ouverture d’une enquête. Le parquet de Paris est en train de procéder à des « vérifications ».

Cette affaire fera un super film. De temps à autre, des scandales surgissent et l’on se pince pour se demander si tout cela est réel.

 

#Voile d’été – #JeKiffeMonDecollete

Voile

Alors qu’une multitude de décolletés féminins (et quelques masculins) pullulent sur Twitter à l’initiative de l’essayiste Zorha Bithan, avec ce mot clé #JeKiffeMonDecollete, pour protester contre les agressions machistes, je vous conseille la lecture de cet petit ouvrage de Chadhdortt Djavann, « Bas les voiles! »

Elle donne son explication religieuse et culturelle de la signification et de l’importance du voile dans l’islam: « le corps de la femme, garant de l’honneur sexuel de l’homme, ce tabou non avoué,ne peut être dehors, libre, sous les regards illicites des autres hommes. » Je ne suis pas expert en islam. Autant le préciser immédiatement, je ne serai jamais un expert de cette religion. Les religions m’agacent, m’abiment, m’ insupportent, me gênent. Plus elles s’imposent dans l’espace public, plus elles me gênent. Donc je n’entrerai pas dans le débat de savoir ce dit ou ne dit pas l’islam. Je n’y arriverai pas.

Je suis plus intéressé par l’autre propos, qui frappe au cœur de l’une de mes interrogations: comment faut-il réagir au port du voile (pas simplement du foulard) de quelques femmes en France ? Mon athéisme me conduit à frissonner de rage quand je croise une femme voilée.

L’ouvrage date de 2003, et depuis nous avons eu les polémiques sur le burkini dans les plages et les piscines. J’en suis venu à penser qu’on nous bassine trop avec le port du voile en France. Les cas restent très visibles, et anecdotiques. Le « grand remplacement » n’a pas eu lieu, la vigilance est restée forte.

J’ai trop souvent eu le sentiment qu’on en a trop fait, inutilement, contre l’islam. Que les grands cris au moindre tissu de trop cachaient autre chose qu’une juste inquiétude pour la laïcité.Qu’il ne s’agissait que d’un racisme facilement rhabillé d’un déguisement laïc. Que les cris de quelques mâles contre le port du voile ressemblaient furieusement à des injonctions sexistes. Je préfère quand des femmes s’expriment sur le sujet plutôt que d’observer des débats machistes.

Qui sommes nous, hommes, pour exiger telle tenue et interdire telle autre ?

Il y a des limites à mon islamo-gauchisme. L’islam me fatigue, comme toutes les religions. Je laisse aux spécialistes le soin de nous expliquer pourquoi cette religion serait davantage arriéré pour d’autres raisons que géopolitiques et sociales.

38469067955_0f14b7e117_b

Chadhdortt Djavann développe un argumentaire très convaincant sur ce que signifie porter le voile en France: elle s’attarde moins sur ces femmes d’un certain âge, plus rares , qui portent encore un foulard par tradition, que sur ces jeunes femmes qui arborent cette tenue sombre par provocation.

« Elles affirment leur identité, disent-elles. Quelle identité ? Quelques midinettes parlent comme si elles avaient eu le génie d’inventer le voile ou d’en identifier les vertus. (…) les femmes voilées en France ou dans d’autres pays démocratiques attirent les regards; attisent les regards. Elles accèdent au statut d’image au même titre que ces femmes qu’on voit sur les couverture des magazines pour hommes. Être voilée, s’afficher voilée, c’est être constamment et avant tout la femme objet sexuel. Une femme voilée est un objet sr lequel un écriteau invisible se laisse lire: « interdit de voir, juste fantasmer.' »

Oui, porter le voile quand nulle contrainte familiale, culturelle, politique ou sociétale est de l’exhibitionnisme.

« Ce que je respecte, ce n’est pas la croyance de l’autre, une croyance à laquelle je n’adhère pas, mais c’est son droit à l’avoir, son droit à la liberté. »

Pas mieux.

Bonne lecture !

 

 

 

 

(Merci à Zap Pow pour cette découverte musicale, l’homme, artiste sud-africain, porte un foulard. La femme, artiste iranienne qui pratique le Oud, n’en porte pas. Clin d’oeil.