Chanson du dimanche: le bruit et l’odeur

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Confession d’un castor

Dans un récent billet, je m’interrogeais sur la disparition des castors.  Nous avons été nombreux, même pour celles et ceux qui comme moi ont soutenu la campagne insoumise, à finalement voter Macron pour le fameux « barrage« .

Nous avons été des castors.

Bien sûr, depuis cette date, on sait ce qu’il en a été. Sans illusion sur le programme libéral et pro-riche, nous avons été surpris par la composante sécuritaire, avant même la crise des Gilets Jaunes. Puis il y a eu l’alignement xénophobe, mais avec le sourire, sur les crasses de l’extrême droite (amalgame immigration/asile; focus sur l’immigration; réduction des délais de dépôts d’asile, etc) .

  • Comme l’extrême droite, Macron affirme que l’immigration « créé des tensions.« 

  • Comme l’extrême droite, Il amalgame, immigration et asile.

  • Comme l’extrême droite, il fustige les détournements du droit d’asile par « des réseaux, des gens qui manipulent ».

  • Comme l’extrême droite, il reprend l’exacte formule sur ces « bourgeois » qui « ne croisent pas l’immigration« .

Combien reste-t-il de castors ? Très peu, Il reste bien sûr des macronistes. Ils s’entretiennent dans une fiction politique où Macron aurait encore un soupçon de progressisme. Dans leur for intérieur, ces gens-là approuvent l’action de Macron, même quand elle est l’exacte copie ou la violente prolongation de celle d’un Sarkozy . Ils sont passés « de l’autre côté ». Ces gens là ne sont plus des castors.

Quand on s’adresse encore aux castors, comme je le fais régulièrement sur les réseaux sociaux, on se moque un peu mais on cherche surtout à les convaincre de changer.

Il y a deux façons pour eux de changer: la première, courageuse, consiste à sortir du camp macroniste, de reconnaitre que cette politique est ignoble. Je ne prêche pour aucune paroisse d’opposition. EELV, insoumis, PCF, PS, le milieu associatif (la quasi-totalité des associations humanitaires sont opposées à l’action macroniste), les syndicats de salariés, etc…  Le choix ne manque pas. Il y a pas mal de macronistes qui sont persuadés qu’il n’y a pas d’autre politique possible. Plutôt de défendre les mesures que le gouvernement prend, ils préfèrent dénoncer l’absence d’alternative.  On a connu cela il y a 30 ans, avec Margareth Thatcher. On sait combien elle s’est trompé.

La seconde option consiste à reconnaitre la réalité de ce qui se pratique au sommet de l’Etat, et assumer la convergence avec la droite furibarde. Une large partie de notre opposition consiste à démasquer la « novlangue », l’hypocrisie du langage officiel. Il serait bon que les supporteurs de la Macronie sortent du bois.

elc95

Chanson du dimanche: voyage, voyage

J’ai regardé la vidéo de Quotidien, et vous ?

Finalement, peu de gens l’ont vu cette video publiée sur Youtube le 11 septembre. 40 minutes et 40 secondes

Dès les premières minutes, que voit-on: des policiers qui interdisent l’accès à l’immeuble, bafouillent comme explication que c’est tout l’immeuble qui est perquisitionné.

C’est faux, et c’est illégal.

Puis, huit minutes plus tard, Mélenchon arrive. A l’entrée, il condamne des « ordres illégaux et immoraux », puis il monte. Deux policiers en faction empêchent toujours quiconque de rentrer dans les locaux perquisitionnés, ce qui est également illégal.

« Au nom de quoi vous m’empêchez d’entrer dans mon local ? » Vous êtes des policiers républicains ! La République, c’est moi, c’est moi qui suis parlementaire ! »

On notera que la video devenue virale qui a circulé sur les réseaux, a été soigneusement coupée pour ne retenir qu’un Mélenchon criant « la République, c’est moi », alors que la phrase exacte, institutionnellement exacte, est plus longue de quelques mots qui lui donnent tout son sens: « La République, c’est moi ! C’est moi qui suis parlementaire ! »

Puis la poignée d’insoumis  présents tente d’enfoncer la porte en poussant des mains. Et Melenchon prévient ses amis: « ne les touchez pas (en désignant les 2 flics), ils ne font que leur métier à la noix ». Les deux policiers ne tentent pas de repousser la petite troupe. Faut d’ordre légal, ils sont condamnés à faire le pied, sans bouger, en travers: ils se tiennent immobiles devant la porte.

Puis Mélenchon s’arrête, la porte résiste aux petites secousses. Il s’adresse d’un ton presque moqueur au policier chauve qui tentait de se glisser devant lui: « et vous !? N’exagérez pas tout de même, je veux bien pas vous toucher, mais pas si vous vous mettez dans mes bras… c’est trop à la fin »

Deux minutes plus tard, c’est l’autre accès au local qui s’ouvre enfin, la troupe se précipite, quelques fonctionnaires tentent de repousser. Pas de coups, pas d’insultes, pas de violences, juste une foule qui presse pour entrer. Les policiers sont prudents, les insoumis aussi.

Mais à la 12ème minute, un policier plaque au sol l’un des insoumis. Corbiere lui crie d’arrêter: « vous êtes violent, il n’a rien fait ». Le flic relâche..

Mélenchon s’approche de la scène: « c’est ça la police républicaine ? Vous n’êtes pas obligé d’obéir à des ordres immoraux! » La cohue se calme, Mélenchon répète à voix très forte pour que les micros (Quotidien, France Inter, etc) entendent et enregistrent.

La tension tombe et la seconde moitié  de l’enregistrement ne montre que des conversations en petit groupe.  On voit même Méluche converser sur le contenu de son ordinateur.

De cette video, on retient que l’émission Quotidien et quelques autres médias ont caché la vérité de ce moment: ils n’ont retenu que les quelques poignées de secondes de tension forte (tronquant au passage l’intervention de Mélenchon), donnant l’impression que le leader de la France insoumise avait perdu les pédales en frappant des fonctionnaires de l’ordre; ils ont ignoré l’essentiel de cette perquisition plutôt calme. Ils ont évidemment omis de montrer comment Mélenchon calmait le jeu.

Le montage initial était grossier. Merci toutefois à Quotidien d’avoir tenté de redresser la vérité en publiant ces rushes. Cet exercice de transparence a des limites: cette fois-ci, le plan est d’une seule longue séquence de 40 minutes. C’est une chance.

En mettant l’accent sur une poignée de secondes passées en boucle, ces médias ont aussi lancé un contre-feux évident pour cacher tant bien que mal la question essentielle: pourquoi un pareil déploiement de forces.

 

Quand la même police, quelques semaines plus tôt, s’était pointé au domicile de Benalla pour le perquisitionner, il avait suffit que l’ex-responsable adjoint de la sécurité élyséenne explique qu’il avait perdu ses clés pour que la police rebrousse chemin.

Sans rire.

 

Chanson du dimanche: « Suce »

Contre le déterminisme

J’adore lire les écrits d’Agnès Maillard, sur son blog bien sûr, mais aussi son livre sur l’antisémitisme.

Et donc l’un de ces derniers soirs, voici ce qu’elle écrit, à propos de 2 ouvrages qu’elle commentait,

« Les deux auteurs se révoltent pourtant avec la même calme détermination contre la programmation de leur milieu, de leur histoire, de leur époque et surtout de leur genre. »

Pas mieux.

Il faut sortir de ce déterminisme, quand il vous étouffe. Pour certains, nombre d’ami(e)s et de proches, je le sens trop naturel pour susciter une moindre hésitation à l’embrasser sans souci. Mais le plaisir de l’époque actuelle est que nous parvenons de mieux en mieux à « déconstruire » (le mot est tristement à la mode, car il s’agit plutôt de construire autre chose).

Nous parvenons à nous sentir nous mêmes.

Bref.

Merci Agnès de si bien expliquer.