Insulter les religions?

Il m’est arrivé d’écrire ici il y a longtemps qu’il ne fallait pas en rajouter inutilement. C’était à cause d’un dessin de Charlie qui avait paraît-il enflammé quelques esprits au Moyen Orient. J’évoquais aussi parfois qu’il un peu facile de se moquer toujours et si systématiquement de l’islam. Dans une autre vie, il y a longtemps, j’avais soutenu un film sur les caricatures de Mahomet. J’ai aussi partagé mon effroi devant Daech et l’islamisme.Je n’ai jamais caché que je n’aime pas les religions.

Puis le 7 janvier, il y a eu les attentats contre Charlie, puis d’autres encore. Ma vendeuse de journaux me met Charlie de côté chaque semaine depuis janvier 2015. C’est comme un baromètre. Je désapprouve parfois leur propos, j’applaudis souvent, je me réjouis tout le temps de les voir si offensifs et alertes. Je suis heureux quand certain(e)s, là où l’islam fait mal et oppresse, se dresse contre lui.

Je suis toujours fatigué des polémiques sur le voile, instrumentalisé pour placer l’islam au coeur du débat public alors que les vrais sujets sont socio-économiques.

Cette semaine, une ado, Mila, a lâché sa haine de l’islam sur Instagram. Ce n’est jamais bon d’insulter, mais la réaction de Abdallah Zekri, délégué général du Conseil français du culte musulman aux menaces de mort qu’elle a ensuite reçu est effarante et indigne: « Elle l’a cherché, elle assume. Les propos qu’elle a tenus, je ne peux pas les accepter. »

Ces propos sont effarants pour au moins 3 raisons.

Primo, ce que Zekri fait justifie les propos de Mila. Qu’il est bête.

Secundo, on ne justifie pas des menaces de mort. L’islamisme compte toujours suffisamment d’adeptes meurtriers en puissance pour qu’un minimum de retenue dans l’expression soit nécessaire quand on est responsable d’une parole officielle au nom de l’islam. Ces propos encouragent le meurtre. C’est ignoble.

Tertio, il y a toujours cette disproportion insoutenable pour un athée: les supporteurs de religion passent leur temps à donner des leçons et des interdictions aux gens qui les entourent. Ces injonctions sont parfois verbalement violentes. Observez les torrents d’insultes qu’on lit contre la PMA ou contre la moindre émancipation féminine revendiquée ? Donc chers croyants, musulmans et autres, comprenez que l’on perde patience quand, comme moi, on en a marre de supporter votre vision du monde.

Dieu est pardon, n’est ce pas ?

#JeSuisMila

 

Chanson du dimanche: calling out

L’union de la gauche, vraiment ?

On a reproché, et on reproche encore à la France insoumise d’avoir cherché à sortir de l’axe gauche/droite et préféré travailler sur un programme à destination des classes populaires, donc populiste. Mon affirmation est simpliste, volontairement simpliste. Les déchirements ont été parfois internes et plus complexes que cela. De l’extérieur, ce positionnement « hors de gauche » a été utilisé par toutes sortes de personnes pour accuser LFI des pires maux: rapprochement avec l’extrême droite, xénophobie, antisémitisme. Ces accusations ou simples soupçons sont orduriers et n’étaient avancés que pour des raisons tactiques: il s’agissait de décrocher les sympathisants et militants de leur soutien insoumis pour qu’il reste sagement dans la « vieille maison » – tantôt communiste, tantôt socialiste. Ne comptez pas sur moi pour fustiger les autres composantes de la gauche, cela me fatigue. Parfois, j’envoie une pique, en général en réaction.

Le Vent Se Lève, l’un de ces nouveaux médias en ligne qui comme les Les Jours, Mediapart, Bastamag, Regards, StreetPress ou Reporterre a fini par remplacer les médias d’information dans ma recherche de compréhension du monde, avait publié en août dernier une intéressante intervention d’un ancien de Podemos qui a fondé son propre mouvement.

Íñigo Errejón fait un constat lucide sur l’échec actuel, le reflux des partis populistes progressistes en Europe en 2019: « On ne peut pas s’enfermer dans une lecture qui consisterait à justifier les échecs par la mauvaise foi de médias conspirateurs ou par les manœuvres des oligarchies de nos pays, » et de citer, en vrac la sous-estimation de la résistance des institutions, les erreurs stratégiques (« il faut attaquer l’adversaire là où il est le plus faible, et non là où il est le plus fort.« ), faible présence sociale de terrain, discours idéalistes.

Il défend l’idée que l’axe gauche/droite n’est pas pertinent. Il a raison, et le propos n’est pas nouveau: l’axe gauche/droite en Europe occidentale faisait se confronter (mollement) des alliances sociologiquement incohérentes (bourgeois/ouvriers/employés). La Macronie apporte une cohérence plus forte, et c’est heureux: elle incarne, de façon plus brillante qu’auparavant, la France d’en haut. Son action économique et sociale, parsemée de micro-efforts pour éviter une trop grande colère sociale, en témoigne. L’extrême droite porte aussi sa cohérence politique, fondée comme toujours sur un clivage xénophobe au sens littéral du terme. Tout est appréhendé, défini, pensé autour de la haine, la peur et l’exclusion des étrangers.

Et nous autres alors ?

Íñigo Errejón apporte une définition simple de ce que « nous » cherchons:

« Nous qui n’appartenons pas à ces courants de la gauche plus traditionnelle, nous avons toujours défendu l’idée qu’une force aux aspirations et aux valeurs de gauche n’est utile que lorsqu’elle se transcende et se montre capable d’embrasser au-delà des convertis, d’aller chercher ceux qui manquent, d’entrer en relation avec des secteurs de la population qui ne s’identifient peut-être pas à la gauche d’un point de vue identitaire, mais qui partagent néanmoins les mêmes aspirations, les mêmes craintes, les mêmes préoccupations et les mêmes demandes. »

Avec le recul de quelques mois (cet entretien date d’août dernier), il me semble justement que c’est à gauche que l’union doit se faire; non pas pour reconstituer cet axe traditionnel (c’est impossible), mais pour y batir cette alliance politique pour la défense des gens contre les puissants.

En France, la radicalisation autocratique de Macron peut aider très fortement.

 

Chanson du dimanche: DNA

Un peu de pédagogie avec Ruffin et Mélenchon

Merci.

 

Régimes spéciaux, arguments spécieux

« Nous allons supprimer les régimes spéciaux, tranquillement. »
Edouard Philippe.
 
Des régimes spéciaux, il y en a beaucoup. Par exemple, les revenus financiers ont un sacré régime spécial, un impôt et des cotisations plafonnés.
Si vous vendez des actions, les cotisations sociales seront plus basses que sur votre salaire, si vous en avez un.
Les foyers populaires, c’est-à-dire la majorité des gens du pays, ont moins d’actions, moins ou rarement des placements. Donc moins de revenus financiers que les plus riches. En général, ils n’ont aucun voire aucun revenu financier du tout.
Les foyers aisés (dont je fais partie) ont tous des revenus financiers. Plus on est riche, plus ces revenus sont importants. Plus on est riche, moins on paye d’Impôt, c’est grâce à Macron.
Quand on est riche, on peut aussi se faire conseiller. On « optimise ». Plus on est riche, plus le taux de contribution est bas. Est-ce que ce régime spécial est normal ?
Un ami m’a demandé pourquoi j’accepterai que les cheminots auraient un régime spécial de retraite. J’aurai du lui répondre qu’il faudrait comparer toutes les vies. J’aurai du lui répondre que les cheminots sont divers: certains conduisent des trains, n’importe quand dans l’année. Ils sont plus divorcés que la moyenne. D’autres travaillent uniquement de nuit. J’aurai du lui dire que j’aimerai connaitre les avantages qu’il a lui et que d’autres n’ont pas. Je lui ai simplement répondu que la réforme des retraites vise à faire des économies.
Les policiers aussi ont un régime spécial. Je ne pense pas à leur retraite. Je pense aux quelques racailles en uniforme qui frappent en toute impunité. Macron m’a donné la haine et la peur des flics. Je n’ai jamais eu aucun problème avec la police. J’apprécie et j’admire leur travail. Mes héros de fiction sont tous des flics. Mais depuis 18 mois, la police s’incarne dans ces gens casqués qui frappent et mutilent des civils.
Régime spécial, aucune condamnation, jamais.
Dans les pays où l’on travaille plus longtemps, on vit moins longtemps.
En France, l’espérance de vie en bonne santé stagne depuis une décennie, soit peu ou prou l’entrée en vigueur de la réforme Sarko qui a reculé l’âge de départ en retraite.
Pour les réformes de retraite, des cadres sup expliquent aux autres gens qu’il faut qu’ils bossent plus longtemps. Imaginez l’inverse.
Imaginez qu’un ouvrier demande à un cadre sup de gagner moins, ou de payer plus d’impôt. Ou simplement de se taire.