Changeons d’époque

« On est obligé de toucher à vos intérêts pour vous nous écoutiez. »

Joli clip, beau résumé.

 

Quand on « bénéficie » de l’époque, a-t-on le droit de la critiquer ?  J’entends cela, à mon encontre, très souvent. Douter de la sincérité de ces « révolutionnaires » quand on est soi-même de l’autre côté de la barrière sociale.

C’est un éternel sujet, aussi loin que le combat pour l’égalité existe, et quelles que soient les formes qu’il a pris.

Un exemple récent ? Juan Branco. Je n’ai aucune sympathie particulière pour ce garçon, dont l’inconstance et la violence m’effrayent parfois. Je trouve nul, déplacé, inefficace et illégitime la récente attaque contre Griveaux (même si elle me fait finalement bien rire). Mais Juan Branco est habituellement très efficace dans ses combats, et ses combats pour aider Assange, ou détruire Macron, ont tout mon soutien.

Juan Branco est très critiqué pour ce qu’il est, d’où il vient, autant que pour ce qu’il ce fait: « fils de riche », il serait illégitime dans son combat.

Le plus drôle, le plus cocasse, est que cette critique s’entend généralement chez les défenseurs du statu quo, chez les gens les plus conservateurs, les représentants de la France d’en haut, éditocrates de médias dominants.

L’accusation est facile : pour être légitime à défendre une quelconque cause, il faudrait en vivre pleinement soi-même les conséquences. Par exemple, il faudrait être pauvre pour dénoncer la pauvreté; i faudrait ne plus voyager loin ou ne plus manger de viande industrielle si l’on est écolo; etc…

Il y a trois réponses à ces critiques.

Primo, on ne peut changer sa naissance, son héritage familial (culturel, pas financier). Il est absurde de s’attarder sur ce point.

Secundo, le comportement du messager est distinct du message. Que Nicolas Hulot collectionne les diesels 4X4 ne change rien à la validité de ses constats sur le réchauffements climatiques. On peut, et on doit, le critiquer sur son incohérence personnelle. Mais cela ne le disqualifie en rien sur le combat lui-même. Prétendre le contraire est une facilité hypocrite.

Tertio, la lutte pour l’amélioration de la vie des gens a besoin de toutes et tous, mais certains supporteurs sont de meilleurs porte-paroles que d’autres. Le combat pour l’égalité femmes/hommes ne saurait être réservé aux seules femmes, bien au contraire. La lutte sociale a besoin de toutes les soutiens. La sauvegarde de la planète, de toutes les énergies. Seulement, il y a une précaution à prendre: certain(e)s sont plus légitimes que d’autres à porter ces messages. Il faut savoir choisir ses porte-paroles, ses candidat(e)s, ses figures les plus exemplaires du combat.

 

Chanson du dimanche: les temps changent

Chanson du dimanche: le zizi

Bloomberg contre Macron

La campagne des primaires démocrates est très instructive pour les Français.

Une multitude de candidats s’affrontent avec une grande variété de propositions, des plus sociales aux plus centristes. Tous et toutes s’inquiètent du manque de sécurité sociale, des ravages de la retraite par capitalisation, du manque d’éducation, etc. La peinture qu’ils/elles font de l’Amerique d’aujourd’hui est à peu près celle de la France de demain si Macron continue ses basses œuvres.

Prenez Michael Bloomberg, sans doute le plus caricatural des candidats centristes, milliardaire de surcroît, à tenter de convaincre de ses convictions sociales. Bloomberg n’est pas un gauchiste.

Bloomberg vient de publier une tribune dans l’édition du week-end du New York Times.

Bloomberg ne fait pas du Macron: il ne dit pas que les clivages d’antan sont obsoletes, bien au contraire. Il explique qu’il est sans doute le seul candidat démocrate à pouvoir convaincre les élus de l’autre bord de passer des lois essentielles. Il critique la stagnation des salaires. Et il tacle les réformes fiscales de Trump, qui sont similaires à celle de Macron:  » nous taxons moins les revenus du capital que ceux du travail. »

Bloomberg contre Macron ? Je n’y aurai pas cru. C’est un curseur politique de plus pour mesurer l’obsolescence conservatrice de la Macronie. Il replace Macron là où il est, à droite, à côté de Trump.

Chanson du dimanche: « L’estaca »

« Je ne voterai plus pour Macron, y compris face à Le Pen »

Il parait que ça inquiète l’Elysée quand « dans les dîners en ville« , on entend à gauche depuis l’automne: « Je ne voterai plus pour Macron, y compris face à Le Pen »

Et oui les castors, les macronistes « de gauche » qui ont applaudi les loi travail et asile/immigration, soutenu les violences policières, etc, etc, on va vous laisser faire votre rempart de castors.

Je fais partie de cette cohorte là, de ces gens qui si la manipulation médiatique, le chantage au barrage, la « blitzkrieg » outrancière contre ceux qui se réclament du progrès conduit à qualifier Macron de justesse pour un second tour contre l’Immonde, peste illibérale ou choléra fasciste, je resterai à la maison.

La Macronie s’échine à mentir et accuser son opposition de gauche la plus virulente des pires maux – antisémitisme, islamo-gauchisme, racisme, haine, etc – pour mieux éviter de parler du fond – les contre-propositions sur les retraites, le service public, l’armée, l’écologie. Elle caricature à dessein. La France d’en haut se rassure dans ses bassesses en accusant ainsi. Cette opposition n’est pas sans reproche (combien de divisions ? Que de divisions !) et le résultat est là: si l’élection présidentielle avait lieu aujourd’hui, on nous prédit le même second tour. Et bien, dans ce cas, si l’élection présidentielle aujourd’hui nous donnait ce même choix de second tour,  je m’éclipserai. je vous laisserai faire votre duel, je m’abstiendrai.

Bien sûr, ce serait un constat d’échec personnel, et politique.  Mais il repose sur une évidence: le système politique est vicié, ce régime politique ne permet plus l’expression équilibrée des opinions qui le composent.

Je laisserai Jupiter face à Marine.

 

« Macron devient le seul que Marine Le Pen peut battre ».