Tous les articles par Juan S.

Macron épargne… les riches

colère

Il a sauvé la façade, mais pas cédé grand chose sur le fond: le plan d’économies pour compenser les 8 milliards « lâchés » lundi soir sera renforcé, les plus aisés ne sont pas appelés à contribution, la fracture fiscale demeure.

Maintien de la flat Tax, maintien de la suppression de l’ISF au motif d’un argument répété de « ruissèlement »; maintien des suppressions de 50 000 postes de fonctionnaires , gel des retraites et de la quasi-totalité des minima sociaux, arnaque sur le SMIC, et, last but not least la défiscalisation des heures supplémentaires en mode Sarko qui avait tant coûté à l’économie en embauches.

Il promet un débat sur l’immigration, « qu’il faut affronter » (ne vomissez pas tout de suite), et concède des grands mots sans rien de précis sur la démocratie participative.

Une partie de l’oligarchie médiatique applaudit si bruyamment qu’elle en devient gênante pour sa propre classe.

Bref.

Macron a cédé, un peu, trop peu. Sa politique n’est pas remise en cause. Il n’a même pas osé se remettre devant les électeurs. Il a juste désavoué la quasi-totaluté de ses perroquets qui disaient ces derniers jours que tout allait bien.

On appelle cela lâcher du lest.

 

Publicités

Mélenchon fait la pédagogie de la crise des Gilets Jaunes

Hommage

Quand j’entends parler de l’attitude de Mélenchon à propos du mouvement des Gilets Jaunes, j’ai souvent l’impression de mes interlocuteurs vivent dans un monde parallèle. J’écoute régulièrement ses billets videos chaque semaine, parfois aussi ses interviews télévisées ou ses discours (comme le weekend dernier à Bordeaux lors de la convention européenne des insoumis(es)), et le décalage entre ce que j’entends et les propos rapportés est stupéfiant.

L’autre soir, un ami de droite fustigeait Mélenchon à propos de la crise des Gilets Jaunes, et accusait Mélenchon de jeter de l’huile sur le feu, et d’être un dangereux agitateur qui menace notre République. Les porte-parole de la Macronista ne disent pas autre chose. C’est lunaire, outrancier, et finalement assez ridicule.

« Et que dire de Jean-Luc Mélenchon qui n’a toujours pas dénoncé les violences et qui, à l’Assemblée nationale, se félicite d’un ‘heureux les temps que nous vivons«  Marc Fesneau député MODEM)

« Arrêtez d’appeler à la manifestation, ça suffit maintenant ! […] C’est irresponsable pour un responsable politique, ça m’énerve! » Laure de La Raudière, députée LREM

Mélenchon tente plutôt de faire une pédagogie calme de ce qui se déroule, de re-situer ce mouvement dans un contexte historique; de détailler ses contradictions et les espoirs qu’il porte.

1/ Il n’a pas méprisé ce mouvement dès les premiers jours, bien au contraire. Il y a vu un mouvement populaire, brouillon, contradictoire.

2/ Il répète que ce mouvement est divers politiquement, et que personne, pas même les insoumis, ne devrait penser à le récupérer pour une raison simple et pragmatique: toute récup le réduirait en faisant partir celles et ceux qui ne s’y retrouvent pas.

3/ Il a condamné toutes les violences, il s’est ému des casses du 1er décembre, il a conseillé la prudence aux manifestants face aux casseurs. Vendredi 7, il suggérait même aux adultes d’aider les lycéens en se portant volontaire pour assurer le service d’ordre.

4/ Il n’a pas appelé à la « révolution« , ni la destitution de Macron. Il a commenté que Macron est désormais cuit (cf. vidéo), et que ses réponses tardives ne changeront pas grand chose.

5/ Il encourage à manifester, pas à casser. A protester, pas à détruire. A exprimer cette colère sociale qui emporte la France d’en bas.

 

Refuser d’adresser un message politique à cette colère est irresponsable. Les macronistes et quelques autres devraient le comprendre, enfin. Oui, on peut se réjouir, on doit se réjouir que cette colère s’exprime enfin. Oui, l’expression de pareille colère comprend son lot de risques et d’incertitude. Mais l’indifférence politique populaire, l’abstention populaire (50% au dernier scrutin présidentiel!!) sont des maux qui méritent une meilleure réponse que le mépris de classe d’Emmanuel Macron et la politique clivante et inefficace qu’il met en oeuvre.

Macron a échoué.

Chanson du dimanche: le temps dans une bouteille

Macron cède à la violence, pas aux gilets jaune

La situation devient ubuesque. Il suffit d’un weekend de violences sporadiques mais marquantes en plein Paris pour que Macron fasse un sans-faute dans l’erreur:

  • il ne démissionne pas un ministre de l’intérieur pourtant fusible idéal tant ce weekend fut un fiasco sur le terrain sécuritaire;
  • il n’intervient pas en public, c’est son droit, mais mets en scène ses déplacements sur deux lieux de violences; pour le second, sa voiture est suivie et huée à cris de « Macron démission ».
  • il cède un peu, trop peu, trop tard (un report de 6 mois de la hausse des carburants), ce qui donne l’impression qu’il n’a cédé qu’à la violence du samedi 1er décembre, mais pas aux revendications les plus évidentes du mouvement des gilets jaunes. Car il faut être sourd pour ne pas entendre les quelques grands mots d’ordre: davantage de justice fiscale (gros ras-le-bol des taxes indirectes qui frappent tout le monde), davantage de pouvoir d’achat (via minima sociaux, retraites, SMIC), davantage de participation.

Quel fiasco.

Le climat insurrectionnel, les Gilets Jaunes et le stress jupitérien.

Les images des scènes de violence à Paris, de l’Arc de Triomphe aux quartiers chics et aux vitrines de Noël des grands magasins, ont effrayé, surpris, choqué, indigné. A juste titre car ce déchainement a encore fait des blessés, parfois graves.

 

J’ai regardé le traitement de cette actualité le lendemain soir, avec 24 heures de recul, sur le journal télévisé le plus regardé de France, sur TF1. Les reportages étaient assez équilibrés – notamment ce dernier qui retraçait les évènements du samedi: la présence de casseurs dès 9h, le gazage de tous les manifestants dès leur arrivée et sans distinction; le défoulement dans les rues de Paris; des gilets jaunes qui aident et protègent les CRS, d’autres qui les assaillent; des hommes sans gilets qui incendient une voiture sde police dans une rue chic; de la brutalité masculine testostéronée.

Il y avait d’autres endroits où les manifestations étaient bon-enfants, calmes et familiales.

 

Dimanche, Ruffin est allé parler devant l’Élysée, drapeau en bandoulière. La démarche est symbolique, il est venu relayer ce qu’il a entendu dans son département: rends l’ISF d’abord, camarade président. Et surtout, démissionne.

Le slogan n’est pas nouveau, mais il est rare, très rare. D’autres jacqueries, révoltes et grèves ont usé du même slogan en leur temps. Mais le climat est aujourd’hui particulier. Il n’y a que quelques idiots utiles de la Macronista pour ne pas le voir.

Ne pas se demander pour quoi une telle convergence existe, mais contre quoi. La réponse semble évidente : Emmanuel Macron « et son monde », ses réformes, la philosophie économique et politique qui les sous-tend.

Source: le Monde

 

A défaut de démission présidentielle, celle de Christophe Castaner parait évidente et nécessaire. Le ministre de l’intérieur pourrait avoir un peu de respect pour sa fonction.

 

Ce climat quasi-insurrectionnel déstabilise Macron. Jupiter se raccroche aux corps intermédiaires comme un naufragé à sa bouée. Le voici qui réclame à son premier ministre de recevoir à nouveau des gilets jaunes (n’importe lesquels pourvu qu’ils portent un gilet jaune !), et les représentants de partis politiques. Le second sur la liste à être reçu ce lundi matin est … Florian Philippot, président du groupuscule des « Patriotes« . On attend Nicolas Dupont-Aignan, et, pourquoi pas Jacques Bompard de la Ligue du Sud…

On sent la panique.

Macron cherche le pourrissement. Mais nombre de Gilets Jaunes ont déjà une vie pourrie.

Pour finir, regarder cette séquence, gênante.

 

L’écologie de classe

François Ruffin l’expliquait simplement.