Tous les articles par Juan S.

Munich, le tueur était d’extrême droite

Ou pas.

On se gardera bien d’avoir le même empressement que les chantres de la fachosphère hier soir quand la peur s’est abattu sur Munich et la bêtise sur certains twittos français.

Vingt-quatre heures après les faits, la police et les autorités allemandes n’ont trouvé aucun lien avec Daech, Al Qaida ou une quelconque autre mouvance islamiste. En revanche, d’autres indices les ont conduit à affirmer samedi qu’un lien avec un autre meurtre, plus massif celui-là, il y a 5 ans leur paraissait « évident« , le massacre d’Utoya par le militant d’extrême droite Breivik.

Les nombreux rebondissements d’une autre enquête, celle sur l’attentat de Nice, me laisse penser qu’il vaut mieux rester prudent et laisser la fachosphère dans son propre trouble. Que le jeune tueur se soit inspiré de Breivik ne signifie pas qu’il soit un fan de Pedida, du NPD ou du FN.

Ali David Sonboly est un Germano-Iranien de 18 ans. Ce fils d’un chauffeur de taxi et d’une ancienne employée d’une chaîne de grands magasins est né et a grandi à Munich. Ses parents sont arrivés en Allemagne à la fin des années 1990 comme demandeurs d’asile. Selon le ministre allemand de l’Intérieur Thomas de Maizière, le jeune homme, issu d’une famille à l’origine chiite, s’était converti à la religion chrétienne, d’où son prénom David.  (source)

Une vidéo, authentifiée depuis et assez surprenante, montre le tueur et un habitant en train de s’insulter. On comprend que le moment a été capté juste après les premiers tirs. Le tueur, sur le toit du centre commercial, est interpelé par un habitant d’un bâtiment voisin qui le traite de branleur. On l’entend répliqué « Je suis allemand ! Je suis né ici ! Je sors d’un traitement hospitalier« .

Hier soir sur Twitter, tandis qu’une partie de ma belle-famille allemande  se faisait rassurer sur le sort de nos proches restés à Munich, j’ai lu tant de bêtises chez les fachos que j’ai fini par être surpris.

L’une d’entre eux dénommée JeuneAthena, adepte des thèses du Grand Remplacement, publia ainsi une photo flou de tueur assortie du commentaire qu’il ne pouvait être aryen. Une autre disait « espérer » qu’il soit islamiste car « cela sert la cause dans les urnes ». Un troisième écrivait qu’il « espérait » qu’il soit migrant car cela serait une nouvelle bonne leçon pour Merkel.

Etc, etc.

 

 

 

Dora Bruder

En 1942, à Paris et dans la plupart du pays, les juifs ne pouvaient faire du  vélo, ni détenir une TSF ou un poste de téléphone.  Entre autres choses.

Ces détails d’une vie quotidienne effarante qui cachait mal un projet d’extermination raciste inédit dans l’Humanité sont rappelés dans un ouvrage publié il y a tout juste 20 ans par Patrick Modiano, « Dora Bruder ».

L’auteur expose une obsession personnelle née d’une petite annonce retrouvée des décennies après sa publication dans Paris Soir:

 

« PARIS. ON RECHERCHE une jeune fille, Dora Bruder, 15 ans, 1 m. 55, visage ovale, yeux gris marron, manteau sport gris, pull-over bordeaux, jupe et chapeau bleu marine, chaussures sport marron. Adresser toutes indications à M. et Mme Bruder, 41, boulevard Ornano, Paris »

 

L’ouvrage est passionnant de précisions, et d’un faux suspense auquel on se laisse prendre. Car on revit cette horreur, à travers des détails administratifs de la Collaboration. On devine le destin tragique de Dora Bruder.

Dora Bruder avait 16 ans quand elle fut déportée. Difficile d’éviter de penser, comme à chaque fois après l’expérience d’un témoignage ou d’un rappel historique sur cette période, à quelques jours de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv à ses propres proches, ses enfants, ses voisins, ses congénères d’une époque.

Dora Bruder avait 16 ans, un père autrichien et manoeuvre, une mère couturière et hongroise. Tous trois se sont retrouvés, croisés, perdus à Drancy en 1942 avant de disparaître à Auschwitz.

Modiano est précis dans son enquête parisienne, dans un XVIIIème qui fut mon quartier pendant 15 ans, entre la mairie et le métro Simplon, les rues Hermel, Duhesme, Custine et le boulevard d’Ornano. Il y a aussi cette caserne des Tournelles, boulevard Mortier, un camp d’internement spécialisé pour femmes, avant Drancy puis les camps de la mort.

« Dora Bruder  » est un roman documentaire avec peu de documents. Un parcours triste, simple mais qui révèle ce décalage que je ne comprends pas entre notre humanité et son absence chez d’autres.

 

Un conseil de lecture estivale !

Valls contre Wauquiez: 1-0

Pour une fois, je vais applaudir Manuel Valls. L’applaudissement sera de courte durée, donc profitons-en.

Il a eu raison dans sa réponse à ce nouveau parangon de la droite furibarde. Malgré mes critiques et mon opposition contre ce gouvernement, il faut lui reconnaitre cette réponse, et refuser de céder à cette facilité du braillement collectif « yakafokon » qui fait sombrer notre pays depuis l’attentat du 14 juillet dernier.

Valls a plein de torts, nous en faisons la chronique hebdomadaire depuis longtemps dans ces colonnes. Mais cette fois-ci, il a parfaitement résumé, comme d’autres à droite ou à gauche l’auraient fait, notre sentiment devant les propos fascisants de Laurent Wauquiez.

Le sieur Wauquiez réclamait de « changer le droit’ pour que l’on puisse enfermer sans preuves et sur simple suspicion de terrorisme. Le droit, le vrai, celui qui nous différencie des dictatures de l’arbitraire, se fonde sur des principes et sur des faits qui ne varient pas malgré les soubresauts de l’Histoire.

Valls, ce mardi 19 juillet, répondit donc à Wauquiez:

« La notion même de suspect, Monsieur Wauquiez, a entrainé ce pays, dans son histoire de ces deux derniers siècles, dans le pire. »

Merci.

 

 

Ce remerciement étant fait, il faut que je concède immédiatement une forme de gêne, comme une démangeaison qui enfle, un accès d’allergie qui perturbe mes applaudissements quand Valls les mérite.

Valls et Wauquiez s’écharpent sur un amendement. Mais le texte de base, l’extension pour 6 mois d’un état d’urgence inutile, a été voté à la demande de Valls et par Wauquiez.

Ne s’agirait-il donc que d’un jeu de théâtre ?

On nous aurait menti …

« La terreur pour les nuls. »

Les terroristes veulent terroriser. Combien sommes-nous à avoir oublié cette évidence ?  Ils commettent des crimes destinés à frapper les esprits, à sidérer leur ennemi, à semer la discorde et la zizanie en son sein, bref, à le déstabiliser.

Jusque là, vous suivez sans doute.

Il a suffit d’un court billet de lassitude après une salve d’attentats gigantesques revendiqués par Daesh pour recevoir un long commentaire d’un visiteur occasionnel de ces colonnes. Et j’ai compris qu’il n’avait rien compris. Rien de rien de rien.


Didier Goux, puisque c’est de lui dont je parle, tient un blog pourtant bien écrit. Mais la belle langue n’entraîne pas forcément la justesse du raisonnement. Une semaine avant l’attentat de Nice, il a considéré dans un (trop) long billet que j’incitais à subir les attentats, à ne pas réagir à l’égard des terroristes et de leurs actes. Que je prônais l’indifférence à l’encontre des actes de terrorisme.

Sans rire ?

Sans rire.

Citation:

Que faire, face au terrorisme ? Comment réagir pour le contrer, le réduire, l’endiguer ? On a parfois la déprimante impression que personne ne le sait. Heureusement, si ! Certains esprits plus lucides et déterminés ont compris quelles armes il fallait opposer aux assassins et, surtout, dans quelles tragiques erreurs nous devions éviter de tomber. Je vous invite donc à vous rallier sans tarder aux conseils de cet infatigable combattant de l’avenir qu’est le soldat Sarkofrance. En voici un extrait :
Le terrorisme à si grande échelle vise une terreur à laquelle il ne faut pas céder. Ne pas céder consiste d’abord à ne pas réclamer à chaque attentat de énièmes nouvelles mesures répressives, ne pas instrumentaliser les drames, ne pas réagir sauf pour exprimer une compassion envers les victimes; ne pas se disputer sur l’interprétation politico-sociale à donner à l’évènement; ne pas s’indigner contre telle ou telle religion.

Reprenons le début du propos original de mon billet: « La terrorisme à si grande échelle vise une terreur à laquelle il ne faut pas céder« . La question posée n’était pas le terrorisme, mais la terreur qu’il est censé susciter au sein de chacun de nous, les réactions individuelle et collective que nous adoptons face à l’information de ces attentats. Comment éviter de céder à cette terreur et les différentes conséquences ou manifestations qu’elle entraine ? Comment éviter de se laisser miner par l’accumulation de drames (cf. cet autre attentat, lundi à la hache dans un train en Allemagne), ou effrayer par le mode opératoire que ces bourreaux utilisent pour sidérer ?

Cela n’a pas grand chose à voir avec la riposte contre les terroristes eux-même (qui est du ressort de nos Etats jusqu’à preuve du contraire).

Le récent attentat de Nice en fournit un bel exemple des ravages de la terreur: il a été suivi d’un traitement médiatique maladroit puis de polémiques indignes entre nos politiques, ; une énième surenchère sécuritaire sans qu’on comprenne son rapport avec l’attentat lui-même.  Sur les réseaux sociaux jusque dans les couloirs de l’Assemblée, sur les ondes et dans quelques rues, certains ont cédé aux sirènes de la division et de la peur. Ils ont préféré attaquer, en vrac, le gouvernement, les politiques, les arabes, les musulmans, la droite, la gauche, leurs voisins, l’Amérique, Poutine, l’état d’urgence ou l’absence d’état d’urgence, etc. Ils ont préféré brailler, crier, siffler. Ils sont tombés dans le panneau de la terreur aussi sûrement qu’un taurillon se précipite sur un chiffon rouge.

Pour certains, je veux croire qu’il ne s’agit que d’un coup de l’émotion. Pour d’autres, notamment quelques sous-ténors politiques, c’était simplement du cynisme politique d’une bassesse assez incroyable.

 

P.S: En fait, Didier G a été heurté par une phrase, qu’il sort volontiers de son contexte, et même de tout le billet:  » Ne pas céder au terrorisme consiste à ne pas réagir au terrorisme autrement que dans la solidarité et l’émotion. »  Heureux les infaillibles du clavier: je vais la lui restituer comme il fallait la comprendre dans le propos général:

« Ne pas céder au terrorisme à la terreur consiste, pour nous simples citoyens, à ne pas réagir au terrorisme autrement que dans la solidarité et l’émotion. »

 

 

 

Sarkozy, le retour en échec. #Nice

L’interview de Nicolas Sarkozy hier soir sur TF1 fut un grand moment de télévision.

L’homme est amnésique et/ou de mauvaise foi: « il y a des mesures qui auraient dû etre prises et qui n’ont pas été prises ». il ne répond pas quand on l’interroge sur la réduction des effectifs de forces de l’ordre pendant son quinquennat.

Il ment: il ose affirmer que le problème terroriste est né après sa défaite de 2012. Il oublie l’émergence de Daech, les assassinats de Mohamed Merah, le 11 septembre et tout le toutim.

Il est dépassé. Il réclame une énième réorganisation des services de renseignement, lui qui a foutu le bordel en affaiblissant les RG avec la création de la DCRI en 2009.

Ses propositions sont inutiles: « entendez ma vraie réponse ». Laquelle ? Il a donc des « fausses réponses » parfois. Centre de déradicalisation ? Déchéance de nationalité ? Interdiction des sites djihadistes ? Aucune de ces 3 mesures n’aurait changé quoique ce soit pour l’attentat de Nice d’après les premiers éléments de l’enquête.

Il est enfin hypocrite: « Il ne s’agit pas de défendre ni de soutenir un camp plutôt qu’un autre.  » C’est tout le contraire.

 

 

Attentat à Nice: J+3

 

#1. C’est un attentat. Un meurtre de masse. Mais aussi un attentat. On peut jouer sur les mots, tergiverser à longueur de colonnes, de commentaires et de tweets, mais c’est un fait: c’est un attentat. L’auteur n’a peut-être pas placé de signification politique dans son crime, mais puisque Daech l’a revendiqué, c’est un attentat.

(MAJ du 18 juillet matin: c’est la confusion la plus totale. https://twitter.com/lemondefr/status/754939939364671488 )

#2. La couverture médiatique à chaud du drame a fait jaser, à juste titre: quelques médias ont commis de sinistres bévues. Certains se sont excusés. Mais les réactions politiques furent pires encore. Aux rares exceptions de Mélenchon, Taubira, Chirac et Hollande, les réactions de nos représentants politiques nationaux – ténors et sous-ténors – ont été désastreuses. Aucune solidarité, une instrumentalisation immédiate, des disputes indignes.

#3. Ce massacre a ravivé les insultes anti-arabes. Ne parlons même plus d’islamophobie, les « sales bougnoules » entendus ici ou là sont des rejets qui vont au-delà de l’islam.

D’après les premiers éléments de l’enquête, l’une des premières victimes du faucheur s’appelait Fatima, une Marocaine  d’une soixantaine d’années. Parmi les victimes, il y avait aussi Bilal, Tunisien de 29 ans; Olfa, une Tunisienne de 31 ans; Mohammed, un autre Tunisien de 50 ans, et quelques dizaines d’autres.

 

« Vivons profondément ce partage de la souffrance. Car avec lui nous vérifions que nous sommes restés humains dans ce monde qui l’est souvent si peu. Et nous entretenons ce qui manquait au misérable lâche dans ce camion. Le sentiment que les autres sont nos semblables et que rien ne peut leur arriver sans que nous soyons concernés. » Jean-Luc Mélenchon.