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François, quelques idées pour le remaniement

N’hésite pas. C’est la déroute. Tu termineras comme Sarkozy, pire que Sarkozy. Un maigre 17% un soir d’avril 2017.

Ressaisis-toi.

Tu viens de perdre 30 départements. La droite va gouverner les deux tiers de nos départements, une victoire historique. Non pas que ta gauche ait davantage réussi, elle est en vrac elle aussi. Mais c’est toi qui gouvernes. C’est toi qui est en mesure de rassembler.

François, puisque tu vas remanier, sans doute, peut-être, cette semaine, n’hésite pas. Vire celles et ceux qui n’apportent rien au rassemblement d’une gauche que tu as oubliée, négligée, méprisée. Arrêtes avec ton pacte irresponsable, ta politique de l’offre, les sursauts sécuritaires ou anti-migratoires de ton Valls à Matignon. Tu as besoin de ta gauche puisque ton « recentrage » ne t’apporte que défaite sur défaite.

Tu as besoin d’elle puisque ce n’est pas la droite qui t’éliras. Tu as commis l’erreur de claquer la porte à Bayrou et au centre-droit. La messe est dite, et elle a été dite sans toi.

Remanie, et vire Macron. Il est charmant, mais nous n’avons pas besoin d’un jeune bourgeois en mal de faire des courses le dimanche à la tête d’un ministère. Macron ne sert à rien.

Remanie et vire Valls, bien sûr. Ton ancien meilleur atout pour retirer à Sarkozy l’argument sécuritaire a dépassé les caricatures que nous craignions. Les Roms, l’immigration, la politique de l’offre et tout le bordel, Valls est monsieur 5%. Ce sera son score de 2017.

Remanie et pense à la France

Je ne peux pas m’abstenir. Ou presque

Il y a trois questions d’abstention qui se posent à nous, urgentes et démocratiques.

Il y a celle de ces élections départementales. Le scrutin se clôture se soir. Ma situation locale est simple, PS/EELV/PRG contre UMP/UDI. Le binôme FDG n’a pas été qualifié, il est arrivé quatrième après l’UMP/UDI, le PS, et le FN. Et ce binôme pour qui j’ai voté n’a rien dit pour le second tour. Pas un mot sur son blog de campagne, juste quelques remerciements pour le (bon) résultat de premier tour. C’est con. Avec une UMP qui frisotte sur le terrain idéologique du FN, on doit se mobiliser pour le second tour pour l’évincer.

Mais cette mobilisation n’est plus aussi évidente qu’avant. Même pour moi. Je suis allé voter au second tour parce que l’élection est locale. Et localement, l’UMP est agitée par les fous furieux de la Manif pour tous. Mais si le scrutin était plus national, je douterai. Quelle est différence entre un député socialiste qui votera la loi Macron et un député UMP applaudit la loi Macron ?

Aucune.

La question de voter tout court pour un candidat socialiste se pose donc. Et la réponse ne tient plus seulement dans le contexte général mais aussi, et peut-être surtout, dans les options politiques personnelles du candidat.

La question de l’abstention se pose aussi dans la perspective de la présidentielle de 2017. Le schéma qu’on nous vend est simple, terrifiant, cynique. Hollande contre Le Pen ?  Au fond, je pense que cette stratégie est vouée à l’échec. Hollande aura toutes les peines à dépasser les 20% au premier tour. Sarkozy, Juppé ou un autre mobiliseront mieux et plus fortement leur camp. Le pari hollandais est donc débile. J’ai lu le billet de blog de Bernard Langlois, ex-patron fondateur de Politis. Langlois promeut l’abstention même si Hollande se trouve face à Le Pen. C’est comme cela que j’interprète son texte. Je partage l’analyse, l’échec programmé de Hollande.  Mais pas la conclusion qu’implique son titre. Il n’y a pas d’abstention « mécanique » possible face au FN. Cela reviendrait souhaiter le pire à son pays.

On sait tous d’où on vient. On sait tous où on peut tomber. On sait tous de qui nous sommes les plus proches. L’échec, que j’espère provisoire, d’une conquête à la Siriza en France ne doit pas signifier mépris, rancoeur et rancune au point de sortir du jeu politique.

La troisième question de l’abstention est donc celle d’un hypothétique mais vraisemblable duel UMP/FN à la présidentielle de 2017. Notre régime est ainsi (mal) fait que la présidentielle est le combat ultime.

Je ne voterai pas Sarkozy contre Le Pen. Nul antisarkozysme primaire dans la démarche. Je ne saisis plus la cohérence d’un homme de droite qui est incapable de faire la différence entre la peste brune et le PS.

 

Chanson du dimanche: King Kunta de Kendrick Lamar

Du rap déjà culte.

C’est l’un des clips les plus attendus mais pour l’heure nous n’avons que ces « footage » de tournage.

Comment le FN se construit pour 2022

Elle: « tu penses que dimanche, ça sera dur ? »

Moi: « Le PS va se retrouver avec 12 départements tel que je le vois. Une raclée. »

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Il s’agit encore de voter dimanche, de tenter de défier l’inéluctable, c’est-à-dire la victoire d’une droite à la ramasse de son extrême. Le Front national gagnera suffisamment d’élus pour se notabiliser à grand pas dans les départements. Ce sera un tremplin pour 2017, mais sans doute insuffisant.

En revanche pour le scrutin d’après, c’est une autre paire de manches. Le FN aura obtenu son ancrage local, acquis au fil des victoires. Rappelez-vous le parti socialiste des années 70. Une décennie pour gagner ensuite le Graal présidentiel.

« Les élections cantonales de 1976 et de 1979, ainsi que les élections municipales de 1977, sont un succès pour la gauche et surtout pour les socialistes, qui devancent nettement les communistes : en mars 1976, le PS obtient 26 % des suffrages exprimés contre 23 % au PCF, quatorze présidences de conseils généraux basculent à gauche, dont neuf pour les socialistes, trois pour les radicaux de gauche et deux pour les communistes ; un an plus tard, la gauche remporte 157 des 221 villes de plus de 30 000 habitants, dont 81 pour le parti socialiste (44 en 1971) ; en 1979, la gauche enregistre un gain net de deux conseils généraux. » (source: Wikipedia)

Le Front national est sur la même trajectoire que le PS d’il y a quarante  ans. 2002-2022, vingt ans pour amener le pays vers l’autoritarisme le plus crétin et le plus brutal ? A nous de le faire dévier de sa route, ou de partir.

 

 

Crash d’avion et dépression

Une vérité se dessine. C’était inéluctable. Trois jours d’élucubrations pour en arriver là. L’exaspération lente et croissante du lecteur ou de l’auditeur devant la fascination morbide d’un fait divers gigantesque.

Ce serait un pilote dépressif et suicidaire qui aurait emmené dans son drame 149 personnes. Sur Twitter, je lis quelques-uns fustiger Hollande ou Valls qui n’auraient pas prévenu qu’on allait savoir si vite. D’autres, aussi hors-sol, qui s’indignent que des gouvernants s’attardent sur la mort de 150 personnes. J’ai même lu un tweet rageur d’un ancien journaliste que j’apprécie où il s’exclamait de voir Hollande en faire autant sur le drame. « Autant » ? 150 personnes pulvérisées sur une montagne, ce ne serait pas un sujet suffisamment grave et triste pour que nos gouvernants s’y attardent, à chaud, quelques heures ? Je m’interroge sur le sens de la mesure que certains ont perdu à force d’être coincé dans leurs rancoeurs politiques. Il y a parfois des drames qui n’ont pas d’enjeux politiques, et qui pourtant restent des drames importants.

A l’inverse, l’excitation médiatique, sans mesure ni nuance, a largement dépassé notre seuil de tolérance. Maintenant que le jeune copilote Andreas qui s’est barricadé dans un cockpit sur-sécurisé a été identifié, les caméras sont au pied de la maison de ses parents. On interroge un voisin borgne (si si) qui ne croit pas au suicide, un autre qui en est convaincu.

Il fallait un hommage rapide, de la compassion manifeste, et du temps à l’enquête, une enquête qui est finalement rapidement efficace.

Rien de plus, rien de pire.

Nous eûmes plus, et pire.

Nous pourrions avoir pire.

Les complotistes, ceux qui vous expliqueront que le vol a été abattu par la CIA, les Juifs, ou des islamo-fascistes, sont déjà en train de travailler leur video de reconstitution pour les poster sur YouTube.