Tous les articles par Juan S.

200 000 représentants du personnel en moins

Vous souvenez-vous des belles déclarations rassurantes à l’occasion de la présentation de la loi Travail ? A l’été 2017, le gouvernement nous promettait que le remplacement de toutes les instances de représentation de salariés ( comité d’entreprise, CHSCT, etc) par un « comité social et économique » n’allait rien changer, bien au contraire. Pénicaud assurait en juillet dernier qu' »il n’est pas question de baisser la garde sur les questions de sécurité et de santé » mais que la fusion du CHSCT au sein du comité social et économique est un moyen de « faire monter ses sujets dans la stratégie d’entreprise« .

Sans rire.

Avant la loi Macron, les entreprises comptaient quelques 700 000 représentants du personnel dans ces différentes instances. Le 31 janvier dernier, le ministère du travail prévenait les organisations syndicales: quelque 200 000 postes de représentation syndicale allaient disparaître à cause de la loi Travail.

200 000 représentants du personnel en moins… au service du dialogue social…

 

De qui se moque-t-on ?

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Pourquoi les mecs ont-ils un problème avec les filles ?

J’aurais pu faire pire, facilement pire. Un titre plus « putaclic » que celui de l’Obs qui citait incorrectement Caroline de Haas récemment. La féministe s’est logiquement attirée tous ses contempteurs sur les réseaux sociaux, et bien d’autres encore.

Depuis que le mouvement #BalanceTonPorc est sorti, il était prévisible qu’il y aurait un mouvement de balancier inverse, un ressac porté par des effrayés et/ou des contrariés.  Nous avons déjà eu la tribune « Deneuve/Millet/Lahaie ». Voici un autre « backlash« , une vindicte contre une féministe bien en vue.

La longue liste des cris, railleries et éructations après ce mauvais titre fut édifiante.

Caroline De Haas s’en expliqué ensuite sur Twitter – non, elle ne sait fichtrement pas quelle est la proportion d’hommes agresseurs. Mais j’aimerai revenir sur le fond de son propos, qui est juste et interroge: si une femme sur deux a été harcelée ou agressée sexuellement (*), combien d’hommes en sont responsables ? Une petite minorité ou un très grand nombre ?

A votre avis ?

Lorsque le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt.

De Haas visait un problème, massif.

D’autres ont préféré s’indigner sur une caricature de propos.

Dommage.

 

 

 

(*) sondage.

Chanson du dimanche: « Qu’est-ce qu’on attend? »

De la politique efficace

Comment en sommes-nous arrivés-là ?

En 2007, la campagne de Ségolène Royal m’avait donné envie de bloguer. Nicolas Sarkozy m’avait donné envie de bloguer contre lui.

Écologiste, je restais fidèle aux Verts, puis à EELV pour les élections intermédiaires (et quels succès, rappelez-vous !). Mais je cherchais une efficacité politique. Or l’écologie politique n’était jamais efficace au point de l’emporter dans ce régime monarchique. Donc le vote fut socialiste aux élections nationales – présidentielles puis législatives en 2007, primaires en 2011 puis présidentielles (#FH2012) et législatives à nouveau en 2012. En 2012, la victoire fut belle, malgré la suite qui le fut moins.

La fronde m’a attrapée quand Hollande a choisi de n’en faire qu’à sa tête. J’ai soutenu le Front de gauche en 2014 (ou plutôt ce qu’il en restait, rappelez vous les difficultés et les fractures à ce moment, Mélenchon qui prend le large, etc), puis les insoumis en 2017 – et quelle belle campagne.

Surtout, ce soutien est venu d’un triste constat: le jeu politique de cette Vème République a fini par m’indifférer. Les joutes entre droite et gauche dites « de gouvernement » sous le quinquennat Hollande n’avaient plus aucun sens. Elles ne correspondaient plus à rien, elles ne signifiaient politiquement rien, écologiquement rien, socialement rien. Même les débats « droite/gauche », groite/vrauche m’indiffèrent.

Il n’y a que du vide, un vide intersidéral parfaitement incarné par des personnalités interchangeables, pour des politiques interchangeables. Bien sûr, Hollande n’est pas exactement Sarkozy (je ne retiens de son quinquennat qu’une mesure que Macron, digne héritier de Sarkofrance, s’est empressé d’effacer, l’alignement de l’impôt du capital sur celui du travail). Mais les différences sont si misérables au regard de ce que nous vivons que les fausses joutes sur de petits enjeux mais de grosses engueulades ont fini par m’indifférer. Même le faux front républicain contre l’immonde Marine, brandi par des gens qui se sont tus ensuite quand l’état d’urgence a été pérennisé dans notre droit commun, quand des journalistes ont été attaqués en justice, quand quelques milliers migrants ont été persécutés, m’indiffère aujourd’hui.

L’élection de Macron en fut la « meilleure » conclusion, c’est-à-dire la preuve finale de cette interchangeabilité foncièrement inefficace. Un gars élu avec 15% des suffrages du premier tour, dont une partie « par souci de vote utile« , se croit ensuite légitime pour appliquer son programme « tel quel » sous prétexte que son chantage au « Moi ou Le Pen » a fonctionné au tour suivant. Je ne suis pas prof de droit constitutionnel, mais comprenez que ce que pense Macron de ce qui est bon pour la France m’indiffère au plus haut point.

Le vrai sujet n’est plus seulement de savoir comment remporter un scrutin monarchique mais plutôt comment relater au mieux ce que l’on voit et subit, et convaincre qu’il faut que cela change. Le vrai combat est de lutter contre l’indifférence qui a saisi la France.

Le chemin sera long, mais la petite classe qui vous gouverne mérite qu’on la contredise pas à pas, mesure après mesure. Qu’on lui renvoie la seule description qui lui sied: celle d’une minorité qui ne travaille que pour son intérêt. Il s’agit de montrer à qui profite cette politique.

Prenez la « mesure du jour« , elle concernait la réforme du Bac. Je suis très concerné pour des raisons personnelles. L’une des mesures emblématiques est la création d’un « grand oral ». Observer combien sont rares les observateurs à réaliser que cette mesure est l’une des plus belles illustrations de la logique de classe (sociale) qui est à l’œuvre au sommet de l’Etat est une nouvelle preuve de ce travail de pédagogie nécessaire. Quels enfants devront être sur-entrainés pour ce grand oral sur des matières désormais mixtes (puisque les filières S, L et ES sont supprimées) ? Les enfants des couches les plus défavorisés, ceux issus d’un milieu où il est déjà difficile d’acquérir un bagage culturel « Education nationale-compatible » à la hauteur de leurs camarades bourgeois.

Les filières S, L et ES ne correspondaient plus à rien, certes. Mais pourtant, pourquoi les fusionner ? Pourquoi cette mesure extrême qui, encore une fois, favorisera les enfants de milieu bourgeois ?

Instaurer français et philo à tous au bac ? Encore une fois, à qui cela profitera-t-il le plus ?

Est-ce si difficile à comprendre ? Nous n’avons donc plus ce minimum de connaissances sociologiques, sociales, et historiques pour comprendre ce qui est à l’oeuvre ? Nos éditocrates et autres commentateurs/trices sont-ils/elles à ce point « détaché(e)s » de la réalité du pays ou neu-neu pour ne pas voir ce dont cette réforme est le nom ?

Le bac, un sujet majeur, a été traité sans surprise par ce gouvernement: avec en ligne de mire la reproduction d’une petite élite.

De la théorie du ruissellement en Socialie

Je suis tombé, par hasard, sur cette curieuse et habituelle formule de Pierre Moscovici: « Il faut produire avant de distribuer« . L’ancien socialiste, qui fait mine de travailler à la commission européenne (tiens, les îles Caïmans viennent d’être sorties de la liste des paradis fiscaux…), s’en prenait à son ancien camarade Stéphane LeFoll. Mais c’est la conclusion de son trop long tweet qui résumait le problème: « Il faut produire avant de distribuer« .

Moscovici m’a involontairement rappelé l’un de ces classements qui nous permet de poser nos hommes et femmes politiques sur cette échelle de gauche à droite :

Distribuer /  Produire avant de distribuer / Produire sans distribuer.

L’argument de Mosco nous a été servi en long, en large et en travers pendant le quinquennat de François Hollande. « Il faut produire avant de distribuer« . La formule est belle comme un slogan, simple comme une lapalissade. Elle résiste mal à l’analyse.

Produire avant de distribuer ? Mais distribuer quand ? Et comment ? A ces deux questions, les thuriféraires de la politique de l’offre ne répondent pas. Ils promettent que l’herbe sera plus verte plus tard, mais qu’avant il faut faire des « efforts« . La France est déjà la championne d’Europe pour le montant de dividendes versés par les entreprises à ses actionnaires, rappelait récemment l’Oxfam.

Et cela ne suffit pas.

Avec Macron, la « distribution » a déjà commencé, mais pour les plus aisés. On nous dit que cela sert « l’investissement productif ». Pourtant la suppression de l’ISF et la baisse de l’imposition des revenus du capital ont été mises en œuvre sans contrepartie d’engagements en cette faveur ou de fléchage particulier vers l’économie.

« Le nombre de milliardaires français est passé de 15 à 38 entre 2016 et 2017 et leur richesse cumulée a été multipliée par plus de trois depuis 2009. En France, en 2017, 32 milliardaires français possèdent à eux seuls autant que les 40 % les plus pauvres de la population française. »
Source: Oxfam France.

Il serait temps que ces « socialistes » réalisent ce qu’ils racontent.

Chanson du dimanche : hallelujah

Forcément.