Tous les articles par Juan S.

Datamining et NsA

Dans un nouveau né de la presse française baptisé La Revue du Crieur, un article s’attarde sur la NSA. Avec le recul des dernières révélations de Wikileaks, la lecture mérite l’intérêt. L’auteur explique, à forces de références à l’appui, comment la NSA s’est fondu dans le monde digital moderne. Conçue initialement pour espionner toutes les émissions électromagnétiques de l’ennemi, le service a saisi la montée en puissance de l’internet (1990-2010) avec une gourmandise et une surprise sans bornes.

« Nous savions que l’humanité (…) était en train de placer l’ensemble de sa connaissance sous une forme susceptible d’être intercepté par le renseignement électromangnétique », confiait ainsi l’un des directeurs de la NSA, Michael Hayden, à propos de cette période faste. « Collect it all » était le nouveau slogan.

Le caractère massif et quasi-systématique de l’espionnage par la NSA n’est pas nouveau. Il a fait les preuves, selon l’auteur , de son échec: tout collecter est à peine possible. Tout analyser pour en déduire des attaques terroristes est improbable. Pour ce, il s’agit moins d’espionner les faits (lettres, correspondances, etc) que les « activités« . Détecter les activités anormales revient d’abord à définir ce qu’est une activité « anormale« , un comportement qui « sort » de la marge . Et l’on tombe alors dans toutes les dérives que l’esprit peut imaginer sans les garanties d’une quelconque efficacité.

 

Cet espionnage de masse me semble inéluctable. Mais l’avantage des démocraties est qu’on peut protester contre elles quand elles dérivent. Amnesty International a lancé une pétition il y a quelques temps contre les écoutes dérégulées de la NSA.  Mais plus grave encore me semble notre irresponsabilité collective et notre inaction individuelle contre les réseaux sociaux. Cet espionnage-ci, privé et international, est au-dessus des lois nationales. Il ne répond qu’à une pression, celle du commerce. Ses promoteurs prennent des airs conviviaux et un ton enjoué pour vous expliquer pourquoi leur espionnage n’est ni grave, ni sale, ni méchant.

« C’est pour notre bien », bien sûr.

En me connectant hier à lundi à Google, le site m’invitait à prendre connaissance de ses conditions de confidentialité, via un pop-up en plein écran.

Pour une fois, j’ai cliqué pour en savoir davantage.

« Lorsque par exemple vous cherchez un restaurant sur Google Maps ou visionnez une vidéo sur YouTube, nous traitons les informations liées à cette activité, comme la vidéo que vous avez regardée, l’identifiant de votre appareil, votre adresse IP, vos cookies ou votre position. »

Les explications de Google sur les motifs de cette collecte systématique sont explicites, et joliment formulées:

  • Permettre à nos services de proposer des contenus plus utiles et personnalisés, tels que des résultats de recherche plus pertinents
  • Améliorer la qualité de nos services et en développer de nouveaux
  • Proposer des annonces correspondant à vos centres d’intérêt, y compris sur la base des recherches que vous avez effectuées ou des vidéos que vous avez regardées sur YouTube
  • Renforcer la sécurité en vous protégeant contre la fraude et les abus
  • Effectuer des analyses et des mesures afin de comprendre comment nos services sont utilisés

Comme vous pouvez le lire, il y en a pour tous les goûts. Ces motifs sont placés sans hiérarchie. On peut pourtant établir un classement, sans grand risque d’erreur: le modèle économique de Google étant publicitaire, la « proposition » d’annonces ciblées est le premier enjeu. Le chiffre d’affaires global de Google est d’environ 70 milliards de dollars.

Améliorer le « Search » et imaginer de « nouveaux services » sont clairement les deux objectifs suivants les plus significatifs.

« Lorsque vous utilisez des services Google, tels que Maps, le moteur de recherche Google ou YouTube, vous générez certaines informations (par exemple, les lieux auxquels vous vous intéressez, les contenus que vous aimez et les personnes que vous connaissez). Ces données peuvent nous aider à vous proposer de meilleurs produits Google, de bien des façons. »

Oui, ces données personnelles, aussi intimes que vos déplacements, vos centres d’intérêt, vos communications avec des proches, le modèle de votre ordinateur ou de votre téléphone, peuvent les « aider à nous proposer de meilleurs produits ».

 

Le ciel d’un jour #50

  

@radioblogueurs, tout le bonheur du monde.

C’est une initiative d’un de nos charmants confrères blogueurs devenue un rituel depuis 5 ans déjà, la compilation musicale de l’été.

Chacun y contribue de son idée, la démarche est expliquée ici.

Pour ma part, c’est l’une des chansons que j’ai publié un dimanche qui a marqué ma saison passée, « tout le bonheur du monde » du groupe Sinsemillia . Nous chantions à tue-tête ce titre dans la voiture avec nos deux petites Racailles quand on partait ensemble en voiture en vacances l’été, quelque part il y a 6 ou 7 ans. Les enfants ont grandi. Mais chaque fois que j’écoute cette chanson, ce joyeux souvenir familial me revient, intact.

J’ai pensé à Cycee, l’une de mes premières camarades de bloguing politique il y a 8 ans.

Toutes les chansons sélectionnées par mes camaradEs sont à écouter, au fil de leur arrivée, ici:

écoutez la radio des blogueurs

Emouvant

Jean-Luc Mélenchon a vécu un sale moment, l’enterrement d’un ami, mercredi. Son interview politique dans les colonnes du Monde, du même soir, était particulière, émouvante.

« Je sors d’une année où pesait sur moi l’agonie de mon camarade François Delapierre. »

Quelques heures après cette déclaration, Mélenchon était sur BFM. Un énième fou venait de crier à l’islam en Isère en décapitant son patron. Mélenchon eut comme d’autres la seule réaction qui valait, refuser la peur et l’instrumentalisation.

L’actualité était surtout en Grèce. A l’heure où il s’exprie, l’ancien candidat à la présidentielle ne sait pas qe Tsipras va appeler à un référendum, brillante idée démocratique qui effraie les éditocrates et les partisans de l’austérité.

Dimanche sur Canal+, pour la dernière émission de la saison de la délicieuse Maïtena Biraben,, Mélenchon a des propos plus violents contre l’une de ses têtes de turc préférées, Emmanuel Macron. Il exprime son « mépris » et même son « dégout » à l’encontre du trop jeune ministre de l’économie de François Hollande.

« Des milliers d’hommes et femmes de gauche sont humiliés d’être représentés par des gens pareils. (…) Ce type est sinistre. Il n’a jamais été élu, il est le résultat du fait du prince, il sort d’une banque pour arriver au pouvoir et accabler les autres de son mépris. »

Faut-il exprimer pareille haine ?

Macron incarne lui-même un mépris assez faramineux pour sa gauche. Il ne devrait pas être surpris de susciter pareille réaction. Il laissera comme souvenir la libéralisation du travail le dimanche. Quelle belle affaire ! Espérons que Sarkozy ou Juppé lui proposeront un poste après 2017. Que son expérience ministérielle serve à d’autres.

Mais Mélenchon exprime une rage avec des termes trop forts puisqu’ils vont forcément lui aliéner un peu plus une fraction socialiste qui s’obstine à soutenir le gouvernement.

C’est bien dommage car les faits seuls suffisent à montrer que cette politique gouvernementale ne mène nulle part, et sur presque tous les terrains. Rappeler à Macron combien il fait fausse route mérite quelques formules bien senties. Mais l’homme ne mérite pas pareille rage que Sarkozy en son temps. Emmanuel Macron est bien élevé, et courtois. Il n’a jamais de formules déplacées, ni de stigmatisation systématique comme Sarkozy en son temps. Non, le seul problème de Macron est sa politique, aveugle, à droite, affligeante. Sa politique est méprisante, mais l’homme, pourquoi faudrait-il s’attaquer à l’homme ?

La dernière bêtise de Manuel Valls

Le premier ministre s’est égaré. On le sait perdu quelque part en Sarkofrance depuis quelques temps déjà. Quand il n’est plus en Congrès socialiste pour faire vibrer sur des formules jauressiennes, Valls retrouve son naturel droitier et confus.

« Non, nous ne pouvons pas perdre cette guerre. Parce que c’est au fond une guerre de civilisation. C’est notre société, notre civilisation, nos valeurs, que nous défendons » Manuel Valls, dimanche 28 juin.

Ce dimanche, le voici qu’il évoque la « guerre de civilisation« . L’expression est détestable. Elle ne veut rien dire. Il y a bien sûr des gens sur cette planète qui n’aiment pas notre mode de vie. Mais qui peut penser que ces gens représentent une civilisation ? Qui peut penser que quelques barbares névrosés capables d’attentats criminels représentent une « civilisation » ?  Non, il n’y a pas de « guerre de civilisations ». Il y a des guerres, en tous genres, et partout. Faut-il rappeler à Valls (comme hier à Sarko) que les premières victimes de Daech sont … les musulmans ?

Manuel Valls a tout faux, et pire encore. En reprenant l’exact formule d’un Nicolas Sarkozy toujours égaré dans le débat identitaire, le premier ministre de François Hollande nous fait honte.

Tout simplement.

 

Chanson du dimanche: « grizzly bear »

j’ai l’impression de retourner dans les années 70 de mon enfance mais c’est heureusement aujourd’hui.