Tous les articles par Juan S.

La Youtubeuse insoumise

Vous avez sans doute entendu parler de cette affaire: une jeune Youtubeuse française, avec quelque 72 000 abonnés sur la plateforme de video, est approchée par YouTube pour réaliser une courte interview en direct du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

Et l’opération de communication dérape: en direct sur Internet, malgré les pressions préalables, Lætitia Nadji dit ce qu’elle a envie de dire. Elle se rebelle, tranquillement mais surement, non sans crainte mais avec détermination. Elle tacle Juncker sur sa responsabilité du premier paradis fiscal européen ou sur l’impuissance de la Commission à résister aux lobbies.

Pire encore, avec l’aide d’un ami, elle a filmé les préparatifs, et elle met en ligne ces séquences où le représentant de Youtube lui donne ses consignes, puis va jusqu’à la mensace quand il réalise la teneur des questions qu’elle va poser. Libération a publié d’autres coulisses filmés clandestinement de cette préparation.

 

Au-delà de ce qu’elle révèle des dessous de la multinationale américaine ou de la Commission, cette affaire est une histoire d’insoumission là on ne l’attendait pas forcément. Comme elle l’explique très tranquillement, Lætitia Nadji n’est pas une militante. Sur Youtube, elle décrit sa vie, ses voyages, ses doutes; donne des conseils écolos ou de bonne santé.

Cette fois-ci, elle a fait un pas, un grand pas, dans une direction qu’elle n’anticipait de suivre, l’insoumission.

 

Chanson du dimanche: lush

Pourquoi les primaires seront un désastre pour la démocratie

J’adore les primaires. En 2007, elles ont permis de choisir la candidate de mon choix, Ségolène. En 2011, elles ont permis de légitimer le candidat improbable pour défaire Sarko.

Pour 2017, à droite comme à gauche, elles promettent d’être désastreuses.

La raison est connue: tous les sondages nous annoncent une élection fermée, un duel avec l’extrême droite fascisante, un tête à tête avec Marine Le Pen. Les primaires, à droite comme à gauche, se sont donc transformées en qualification pour le second tour. Elles ne départagent plus une multiplicité de candidats d’un même camp pour un premier tour, elles qualifieraient directement pour la finale.

Or qui peut penser que les primaires d’un camp sont une solution démocratique pour l’ensemble du pays ? Imaginons seulement qu’un tiers des électeurs se déplaceront pour voter à l’une ou à l’autre. Cela signifierait donc que deux tiers du pays n’ont pas participé au choix du prochain président. On hallucine d’entendre des commentateurs politiques professionnels se régaler de cette « expérience démocratique. »

A droite, les dégats sont plus graves encore. La droite n’a aucune pratique des primaires. Leur campagne s’oriente envers les plus rageux de la droite. Bruno Le Maire s’est abimé dans des dérives outrancières pour talonner Sarko. Et voici que Fillon fustige la « prudence » d’Alain Juppé, comme s’il fallait être imprudent quand on prétend à la plus haute fonction de l’Etat., Le même Fillon croit utile, pour marquer des points, de faire les yeux doux aux opposants au mariage gay. A gauche, la procédure des primaires démarre à peine, et l’enjeu n’est pas le même: la primaire sera là pour départager une poignée de socialistes et socio-libéraux. Il est possible que Macron y participe en fonction de son niveau dans les sondages. Il fera certainement un très joli score. Et les primaires n’auront alors servi à rien d’autres que de propulser l’ambition personnelle d’un jeune banquier chrétien-démocrate un peu plus haut encore pour les scrutins d’après.

 

Pourquoi il ne sert à rien de parler du programme de Sarkozy

A une blogueuse qui faisait mine de s’interroger sur les raisons d’un manque de précisions dans nos critiques sur le programme de Nicolas Sarkozy, il faudrait dédier plusieurs billets.

Un premier argument, le plus simple pour quiconque s’est embêté à suivre l’actualité de Nicolas Sarkozy avec autant d’assiduité partiale que votre serviteur devrait suffire à convaincre les citoyens de bonne foi: en 2007, Nicolas Sarkozy avait publié un abécédaire assez incroyable, trop complet, bien plus détaillé que les 60 propositions souvent floues du candidat Hollande en 2012. Son bilan fut au final décevant pour ses plus proches soutiens. Pourquoi donc faudrait-il aujourd’hui se fader les promesses détaillées d’un ancien monarque qui était, il y a 4 ans à peine, encore aux commandes du pays ?

Prendre les promesses de Sarkozy au premier degré… allo, quoi ? Lisez l’abécédaire de ces trahisons, observez ses revirements tactiques, écoutez ses anciens proches. Notre temps libre est compté, notre énergie s’épuise.

Consacrons-les à des choses utiles.

Malheureusement, cet argument ne suffira pas.

Il faudra donc commenter les propositions de Sarkozy.

Ce sera l’objet d’un autre billet.

 

Zemmour, cet incompris

En me rendant dans une FNAC, les trois livres perchés sur l’estrade des meilleures ventes du moment étaient celui d’Eric Zemmour, celui de Sarkozy et une énième réédition de Lorant Deutsch et son Métronome.

La France lit ce qu’elle peut.

Zemmour me fait penser à Céline. Il écrit bien et l’on est terrifié à l’idée qu’il puisse un jour collaborer à un pouvoir. Dans son dernier bouquin que je n’ai pas lu, il affirme, sans preuve, que l’armée française aurait mis au point un plan baptisé Ronces (sic!) pour »reconquérir les banlieues ».

« Les militaires me disent qu’ils sont prêts à reconquérir les banlieues » Zemmour, sur LCI

L’état-major des armées a, bien sûr, les délires complotistes d’Eric Zemmour.

L’un des moments les plus gênants pour ce porte-parole autoproclamé de la France réelle fut son passage dans l’excellente émission d’Anne-Sophie Lapix. L’équipe de l’émission a confronté l’auteur à ses erreurs, et elles étaient nombreuses.

Chanson du dimanche: Jolene

 

 

Nouvelle interprétation, originale et exceptionnelle, d’un titre culte de la country.