Tous les articles par Juan S.

3 milliards d’économies sur les petits chômeurs

La voici, cette grande réforme de l’assurance chômage. On y retrouve un gros coup de massue pour les plus précaires « et en même temps » un rabotage pour les plus favorisés des chômeurs. Voici la saloperie habituelle – faire maigrir les maigres et les gras « en même temps ». Devinez qui souffrira le plus ?

Sur les 3,4 milliards d’euros que Macron cherche à économiser sur l’UNEDIC, quelque 2,85 milliards d’économie. seront trouvés sur l’allongement de 4 à 6 mois de la durée de travail sur les 28 écoulés pour pouvoir toucher le chômage.Pour faire bonne figure, la Présidence des riches rogne sur l’indemnisation des hauts salaires: « Les demandeurs d’emploi qui gagnaient plus de 4500 euros brut par mois verront en effet leur indemnisation réduite de 30 % à partir du septième mois de recherche d’emploi » résume Le Parisien.

Il fallait faire le lien avec cette mesure hypocrite annoncée il y a un an: Macron-le-généreux supprimait les cotisations chômage de quelques millions de salariés, tout en basculant une partie du financement de la protection sociale vers la contribution sociale généralisée. Mais cette bascule a été partiellement annulée par les concessions aux Gilets Jaunes. Alors Macron cherche à reprendre ailleurs le cadeau de l’an dernier. Et quoi de plus logique de taper dans l’indemnisation des chômeurs, n’est-ce-pas ?

La Macronista, ignoble à souhait, ressert l’argument sarkozyste, pourtant démenti par les faits: les chômeurs seraient trop bien indemnisés pour avoir envie de retrouver un emploi…. Le cliché a la vie dure, il sert à légitimer la contre-offensive libérale – rabaisser les salaires, assouplir le code du travail, dégrader les conditions des chômeurs.

Au fait, petit rappel: la proportion de chômeurs indemnisés par l’UNEDIC a été dégradé de 10 points en 10 ans: seul un chômeur sur deux est ainsi indemnisé.

Bonne nuit les castors.

 

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Chanson du dimanche: don’t

Nous vivons dans Black Mirror

Cette série est fascinante, terrifiante. Elle est anglaise, et diffusée sur Canal+ en France. Elle décrit la vie et la survie d’une famille anglais dans les 10 ans qui suivent. La politique devient n’importe quoi (l’est-elle déjà ?), l’Union européenne se désagrège, l’Espagne subit une révolution, le Brexit puis le Grexitv ont lieu. J’arrête les spoilers.

Cette série est réjouissante cette famille courageuse reste solide, tolérante, divisée et solidaire en même temps. Et elle traverses ce que nous traversons avec quelques temps d’avance.

 

 

Débat ou déchirures chez les insoumis.e.s

Les insoumises savent où ils sont politiquement: dans une opposition irréfutable et sans compromis à cette présidence des riches, sectaire et violente, pour la défense et l’amélioration des droits humains, pour une assemblée constituante qui

Mais pour le reste, les désaccords sont grands sur les moyens de conquérir le pouvoir, de convaincre les classes populaires qui sont numériquement ultra-majoritaires et politiquement minoritaires. L’échec des élections européennes boudées par les deux tiers des adultes de ce pays en âge de voter malgré une offre pléthorique a ravivé ces échanges.

Il est d’abord frappant de constater que l’expression de désaccords au sein d’un mouvement politique soit critiquée, fustigée, caricaturée par les commentateurs externes à ce mouvement. Pourtant, nous nous amusons à railler les castors godillots de la République en marche, ces « playmobil » sans liberté d’agir ni de pensée qui votent sans mot dire les étapes législatives successives de la contre-révolution conservatrice macronistes. Pourquoi faudrait-il s’excuser d’avoir des désaccords, être gênés par leur expression publique ? Clémentine Autain a tiré dans les premiers, dès le lendemain de la défaite. Elle a eu raison même si je partage pas ses solutions. Laissons ses désaccords s’exprimer. Cela s’appelle le débat. C’est aussi vieux que la démocratie.

Il y a des désaccords sur le fond. Des désaccords pour initiés dont je défie quiconque de prouver que la majorité des gens a conscience. Même à l’Assemblée nationale, les députés insoumis, communistes, socialistes votent ensemble à 90%. Alors imaginez au sein des insoumis.

Les désaccords portent peu sur le fond, davantage sur la méthode. Faut-il réclamer de la gauche dans tous les discours, les affiches, les slogans ? Je m’en fiche tant que le fond ne change pas. J’ai toujours été politiquement pragmatique: la gauche est une étiquette qui a servi à d’actuels macronistes à abuser des masses pendant des années. La gauche est une étiquette qui me parle, mais qui ne parle pas à mes proches. La Macronie est de droite, elle est anti-populaire, elle travaille pour les riches et les puissants. Ces simples constats devraient suffirent à définir notre positionnement d’opposants

La France insoumise n’est pas un parti politique, c’est une chance et un problème. Dans sa violente attaque, Thomas Guenolé avait fustigé un autocratisme que les critiques les plus serviles de la Macronie ont repris avec gourmandise. La France insoumise est un mouvement jeune; Certains en appellent à sa transformation en parti. Le faut-il ? Je ne sais pas.

Il parait que Mélenchon est crevé, qu »il pourrait abandonner. Ce serait triste et dommage pour deux raisons au moins: primo, il faut jouer avec les règles du jeu. La Vème république est un régime pour immatures, gérée et alimentée par des médias immatures. Il faut jouer avec elle, et malheureusement incarner le combat par une personne. Secundo, Mélenchon est l’un des rares à avoir expliqué le monde qui nous entoure et ce qui se trame quand les autres préfèrent les petites formules et les grands arrangements. Il a compris. Mélenchon a par exemple compris que les Gilets jaunes n’étaient pas cette caricature d’extrême droite que les bobos bien pensants ont propagé. Il n’est pas sans défauts. Mais il a incarné un espoir et une ambition. Contre lui, contre les insoumis, la rage de l’éditocratie s’est exprimée violemment. Avec le recul, relire les accusations de sédition, de violence, de dictature par les mêmes qui ont couvert la repression contre les Gilets jaunes, les cadavres de migrants noirs dans les Alpes ou la Méditerranée à cause de la loi Asile, l’état d’urgence permanent et les attaques contre la liberté de la presse, fait sourire.

Mais comme Charlotte Girard, j’aurai préféré plus de sourire de la conviction que de riposte violente. Et en même temps, l’étau macroniste, cette contre-révolution des puissants est si violente. Le renfort des rivaux de toujours contre la démarche insoumise qui, elle, ne souffre d’aucune compromission avec le mouvement libéral, n’arrange rien. Il est ainsi détestable de lire les plumes de Plenel, Arfi et d’autres plus jeunes pousses de Mediapart se livrer sans vergogne à une destruction en règle de la France insoumise depuis des semaines. Il ne fut pas moins stupide et triste d’entendre Hamon et ses proches tacler les insoumis sur de mauvais procès. Il y a tant à faire pour se rapprocher, se réconcilier, et aller de l’avant.

 

Les insoumis débattent, et c’est tant mieux. Cessez de croire que c’est dommage.

Chanson du dimanche: claque-le

Les drôles leçons du Brexit

Les élections européennes sont derrière nous, et on oublierait le Brexit.Les Birtanniques ont voté, et, provisoirement, les 27 Etats membres n’ont que 74 élus par pays, au lieu de 79.  Au R-U, les Brexiters sont arrivés en tête, et pourtant, cette sortie de l’Union européenne ne livre pas les leçons qu’on en attendait.

Il y a 2 semaines, quelques heures avant un scrutin auquel elle ne pensait jamais participer, Theresa May a déclaré forfait et sera remplacée au 10 Downing Street cette semaine, vendredi 7 juin.

Il y a 3 ans, elle était opposée au Brexit. Et pourtant, telle une mercenaire politique, elle a opportunément remplacé David Cameron pour le mettre en œuvre.

Elle s’est même alignée sur les bêtises des plus extrêmes des Brexiters, à savoir que sortir de l’UE serait simple. En janvier 2017, dans un fameux discours, elle a même assuré qu’elle était prête à une sortie sans accord avec l’UE en mars 2019: « no deal for Britain is better sans a bad deal for Britain. » Elle a cru jouer d’une pression efficace, ce fut l’inverse. Elle a brauqé les autres pays européens contre elle.

May a aussi provoqué des élections anticipées; croyant renforcer ainsi son pouvoir. Au contraire, elle a perdu des sièges et restreint encore davantage sa majorité, contrainte de gouverner avec les unionistes irlandais.

Les Brexiters n’avaient pas anticipé la complexité du cas irlandais. Le cas particulier irlandais a détruit la crédibilité interne de Theresa May: la paix en Irlande repose notamment sur l’absence de frontières entre le Nord et le Sud. Pour faciliter le Brexit, Teresa May a inventé que cette absence de frontière subsiste.
Et quand May est parvenue à un compromis de sortie avec le reste de l’UE, elle a été incapable de recueillir le vote nécessaire du Parlement.

Theresa May a finalement contribué à transformer le Royaume Uni en épouvantail. Et sa scène politique en monstruosité curieuse. On ne retiendra pas grand chose de cette dame. Mais se souviendra que le Brexit a été porté par des conservateurs xenophobes (Boris Johnson, Nigel Farrage), obtenu grâce à l’abstention lors d’un référendum initié par un autre conservateur, puis aggravé par cette baudruche.

A bon entendeur…