Tous les articles par Juan S.

2007-2017

Ce parallélisme 2007/2017 commence à me stresser. J’ai 47 ans maintenant, pas l’énergie. Je n’ai même pas envie de commenter comme avant, autant qu’avant. Le quinquennat Hollande m’a vidé de l’intérieur, comme une prise de sang trop longue.

Mais cette élection a des conséquences troublantes. Comme un air de déjà-vu. Je n’ai opas dit que Macron était tel Sarko. Ou plutôt si, j’avoue. Ce parallélisme entre 2007 et 2017 qui s’installe si facilement commence à stresser.

Observez.

Il y a le bling-bling, plus souriant. L’épouse, toujours aussi mise en valeur. Le mythe du renouveau incarné par la jeunesse, cette fois-ci mieux incarné, mais qui cache un programme applaudi par ces réacs du MEDEF. L’ouverture transpartisane, mieux réussie que du temps de Sarko. Des affaires gênantes, déjà (il y a même une ministre MODEM qui démissionne).

Il y a évidemment ces mesures sécuritaires d’urgence transformée en loi permanente. Et même, évidemment, un débat sur l’identité nationale – pardon, « une réflexion globale sur l’immigration et le droit d’asile ».

 

En 2007 (relisez-nous), la nausée est venue progressivement. Cette fois-ci, c’est pareil. Cette incapacité de la présidence Macron à choisir, alliée à une immaturité historique assez hors normes des députés qui ne doivent leur élection qu’à leur étiquette macroniste sur fo,nds d’abstention massive, est inquiétante.

J+37: La première crise politique de Macron…

… qui s’en fiche. Il a sans  doute bien raison.

Emmanuel Macron peut compter sur des soutiens quasi-unanimes dans ces médias principaux. Toutes les apparences du renouveau et de la modernité sont réunies, en façade:  l’assemblée plus féminine, et plus jeune. Elle est tout aussi blanche et bourgeoise, mais chut. Elle votera le doigt sur la couture de la robe ou du pantalon quelques lois qu’on nus promet rétrogrades à souhait, mais chut.

Ne gâchez pas l’image d’Epinal.

Jeunesse, féminité, slogans propulsés en couleurs fluo sur les réseaux sociaux, etc.

Si Hollande avait du démissionner 4 ministres de son premier gouvernement en 2012, quel bashing ! Cette fois-ci, il n’en est rien. Tout se passe bien chez le Président Sourire.

La forme est parfaite, elle nous indiffère. On va s’éviter de commenter les anecdotes. Vous, nous, eux, nous tous méritons mieux. Nous méritons du vrai débat.

On va attendre la énième loi sécuritaire, puis la loi travail, puis la loi de finances.

 

De l’illégitimité en République

 

On a beaucoup parlé de l’illégitimité des nouveaux élus, à cause de l’abstention. On en a beaucoup parlé sans vouloir sans doute comprendre, par paresse, fatigue ou mauvaise foi.

Ce parlement élu est légitime d’après les institutions: à l’exception de quelques scrutins, (dont la surprenante élection de Manuel Valls grâce à un « sursaut » dans 2 bureaux de vote de Corbeil-Essonnes, cette même commune où Serge Dassault a appelé à voter Valls), le résultat des urnes n’est ni contestable ni contesté. Et les gagnants ont gagné.

Dans ce nouveau parlement élu, il y a une majorité macroniste. Elle regroupe des députés La République En Marche, des Modemistes, et quelques autres (dont Valls, encore). Ces gens vont appliquer un programme de « réforme » du code du travail sans précédent, mais aussi l’inclusion de l’état d’exception dans la loi régulière du pays. Et bien d’autres choses encore. Sur quelle majorité politique s’appuieront-ils pour faire cela ? Une quinzaine de pourcentage d’inscrits.

Rien de plus.

L’arnaque absolue.

« Notre peuple est entré dans un forme de grève générale civique dans cette élection, faisant ainsi la démonstration d’état d’épuisement d’institutions qui prétendent organiser la vie de la société avec un mode de scrutin où une minorité étriquée a tous les pouvoirs. » Mélenchon, 18 juin 2017.

Mélenchon n’a pas été « mieux » élu. Mais Mélenchon ne prétend pas mettre à bas la République sociale.

Nuance.

La France insoumise, cela n’a échappé à personne, n’a gagné ni cette présidentielle ni les législatives. Elle n’a de voix que d’opposition. Il ne s’agit pas de parler pas pour celles et ceux qui refusent de parler. Il s’agit d’expliquer à ceux qui braillent qu’ils ont gagné, qu’ils ont gagné sur peu.

Contrairement à ce que certains commentateurs libéraux ont rapidement propagé dimanche soir, Mélenchon n’a pas dit que les abstentionnistes étaient des insoumis. Il a même dit l’inverse. Il a constaté l’échec: « le pays n’a pas cru qu’il était possible de faire autrement ».

La France insoumise a perdu cette manche car elle n’a pas réussi à convaincre les abstentionnistes. Et Mélenchon ne dit pas autre chose quand il, déclare ceci:

« Je vois dans cette abstention une énergie disponible pour peu que nous sachions l’appeler au combat ».

 

Faut-il répéter ce constat évident  ? Non. Il ne faut pas. Il ne faut plus. Il faut peut-être se taire, laisser les critiques brailler, les laisser s’enferrer dans leur ressenti personnel qui n’a pas parfois plus grand chose de politique. Les mêmes qui nous demandaient d’aimer Mosco, Camba, Valls, et quelques autres chouinent parce que Mélenchon leur parle désagréable… Qu’y pouvons-nous ?

Qu’un(e) député(e) élu(e) sur 60% d’abstention ose me dire qu’elle/il a mandat pour changer l’organisation de notre vie sociale est une escroquerie.

« Il n’y a pas dans ce pays de majorité pour détruire le code du travail, réduire les libertés publiques, ni non plus pour l’irresponsabilité écologique, ni pour cajoler les riches. » Jean-Luc Mélenchon au soir du premier tour législatif.

Cette illégitimité politique est aussi un danger. Combien de gens se reconnaissent-ils dans ces jeunes ou moins jeunes bourgeois élus député(e)s de la « République en Marche » ? Combien ?  Le mouvement macroniste a même réussi à faire élire un élu guadeloupéen qu’on croirait sorti tout droit de CIVITAS.

 

 

 

Retour sur un vote blanc 

Dans ma circo, le choix du second tour législatif se portait entre un candidat En Marche et un candidat LR, de surcroît juppeiste.

J’ai hésite entre l’abstention et le vote blanc. J’ai choisi le vote blanc.

Cette circo illustrait parfaitement le non-choix auquel nous étions confronté ce dimanche dans certaines circonscriptions. Qui peut être surpris que l’abstention et le vote nul soient aussi forts ?

J’ai heurté certains anciens camarades de jeu en écrivant que cette élection législative, avec 56% d’abstention, était politiquement illégitime. Pourtant ces députés, quelque soit leur bord ont été mal élus. C’est triste et factuel.

En 2007, le même scrutin avait donné une majorité confortable et bien élue à Nicolas Sarkozy. Pareil en 2012 pour François Hollande. Rien de tel cette fois-ci.

Le plus surprenant, pour votre humble serviteur, est que ce scrutin était trèsb ouvert. On dirait que les électeurs socialistes ou LR sont simplement allés… ailleurs. A la pêche, à la piscine ou ailleurs. Au premier tour, ce sont les classes populaires et les jeunes qui ont déserté. J’entends encore quelques soutiens de Macron  me brailler que c’est bien de notre faute, nananananallère. Si l’on sort des querelles de boutique, et des enfantillages qui les accompagnent parfois, force est de constater que les électrices et électeurs ont simplement déserté.

C’est factuel et triste, le reste n’est qu’agitation.

Quand les jeunes voteront…

 

Cette couverture de Paris Match est à l’aune de l’enthousiasme de quelques journaux à l’égard du président Macron. On ne dira pas ici  « les médias » par souci de ne pas amalgamer des journaux si différents. Mais il y a plein d’autres journaux, physiques ou numériques, qui ne suivent pas cet emballement naïf. Mais Paris Match, comme l’Obs, l’Express, le Point, Europe 1, les Echos, et même le Monde, et encore bien d’autres, font partie aussi de ces médias dont les éditorialistes sont les plus invités à commenter l’actualité sur les ondes radio-télévisuelles. Combien de fois avez-vous vu un journaliste de Politis,  de Mediapart, de Regards, ou même des Jours apparaître chaque semaine sur une émission télévisée de grande écoute ? Fabrice Arfi et Edwy Plenel apparaissent parfois, mais c’est tout.

Ce vieux monde fatigue.

Un jour, il va craquer d’un coup.

Mes deux Racailles regardent ces commentaires politiques télévisuels de loin. Ils votent Poutou ou Mélenchon, ils écoutent d’un air distrait et peu intéressés les théorisations tacticiennes de ces éditocrates blancs, mâles et âgés sur l’habileté ou les travers de nos dirigeants. C’est plus qu’un choc de générations, c’est une disqualification. J’y vois un parallèle avec ce qui s’est passé cette année lors des scrutins présidentiels puis législatifs. On peut rager, s’amuser, moquer ces nouveaux élus inexpérimentés, il y a eu un grand ménage, soudain, inattendu, et brutal. On dit que vers la quinzième année de chaque siècle en France, il se passe quelque chose d’étonnant (1715, 1815, 1914, 2017 ?). Je ne sais pas. Mais il y a eu un immense plan de licenciement politique.

Le vrai choc va arriver bientôt. Macron s’est élire par les vieux et les aisés. Les plus modestes et les plus jeunes ont voté contre lui, ou se sont abstenus. Quand cette génération 1995->2005 se décidera à voter, le choc sera rude.

Plus rude encore.

Chanson du dimanche: « A&E »