Archives pour la catégorie Chroniques de droite

Regretter Hollande ?

Emmanuel Macron a reçu Poutine à Versailles, c’était son premier accueil en grandes pompes d’un chef d’Etat sur le sol national depuis qu’il est entré en fonction. Ne souriez pas. Après toutes les caricatures débiles « Melenchon-est-un-suppot-de-Poutine » que  nous avons entendu et entendons encore, cet accueil devrait faire taire les macronistes de bonne foi.

Dans les colonnes de ce blog, j’ai déjà exprimé combien la real-politik de Mélenchon à l’encontre de Poutine m’avait gênée. Avec Macron, la même real-politik nous conduit à Versailles. C’est plus grandiose encore. Merci Manu, je n’en attendais rien de mieux.

Puis Macron a laissé Poutine inaugurer enfin son église orthodoxe, rutilante au milieu de Paris.

Il a laissé un chef d’Etat étranger inaugurer une église en France.

Je vous laisse méditer.

 

Hollande avait refusé de laisser Poutine venir inaugurer ce moment à cause de ses positions en Syrie.

 

 

Refuser de dialoguer avec Poutine était une erreur. Lui refuser cette inauguration facile et indécente fut tout à l’honneur de François Hollande.

 

Pourquoi Ariane Chemin a utilisé l’enterrement de François Delapierre

Le portrait de Jean-Luc Melenchon par Ariane Chemin a choqué.

La journaliste du Monde est pourtant talentueuse. Je la lis depuis longtemps, très longtemps. Elle a écrit quelques articles et ouvrages mémorables. On y était parfois mal à l’aise, car elle navigue soivent entre narration du privé et interprétation des propos et actes publics. Mais Ariane Chemin est douée, très douée.

Ce weekend, elle fait le portrait de Mélenchon dans les colonnes du Monde. Mais elle ne nous épargne aucun cliché, et pas les pires. Sa description de l’enterrement de François Delapierre, comme la manifestation d’un groupuscule sectaire est glaçante. Elle emprunte beaucoup à un réflexe de classe, ou l’ignorance d’une réalité – que la souffrance exprimée dans ces moments difficiles doit être libre de surinterprétation.

Ariane Chemin a écrit un portrait pour inquiéter et dépeindre, in fine, Mélenchon comme un adorateur de l’autocratie vénézuelienne. Et pour servir cet argument, tous les moyens sont bons.

Pourquoi sinon serait-elle allée jusqu’à cette sur-interprétation de ce que les survivants du défunt, au premier rang desquels son épouse aujourd’hui candidate de la France insoumise ?

Ariane Chemin emprunte la voie usuelle de la caricature. En 2015, elle expliquait déjà que le mauvais génie de Sarkozy et Jean-Luc Mélenchon « avaient les mêmes schémas de pensée ». On peut avoir des désaccords avec JLM sans recourir à ce point Godwin de la facilité. Abuser d’un moment intime, le dernier hommage à un mort, n’est pas la meilleure des démarches journalistiques.

 

 

Surprise! Macron a nommé un premier ministre de droite.

Franchement, on devrait s’en amuser et rire si le sujet n’était grave.

Emmanuel Macron a nommé un élu des Républicains, bien sûr pas le pire, à Matignon.

Quelle surprise.

« Je suis un homme de droite » a déclaré l’heureux désigné.

Emmanuel Macron précipite une recomposition politique qui nous fait bien plaisir.

Laisser sa chance à Macron ?

Ils ou elles ont été (faussement) surpris(es) de l’opposition rapide à Emmanuel Macron que quelques-uns, à droite mais surtout à gauche ont témoigné dès le soir de sa victoire du 7 mai dernier.  De nombreux commentaires, y compris dans les colonnes de ce blog et du blog principal, ont fusé pour dénoncer cette opposition jugée « systématique« . Certaines de ces critiques touchent un point fort juste: rien dans l’attitude de Macron n’est agressive au point de mériter une agression en retour. Manon suit les pas de Hollande dont le comportement personnel tranchait en placidité et bienveillance avec celui de son prédécesseur agité et clivant. Aussi Macron ne mérite-t-il pas une opposition primaire, bien au contraire.

 

Elie Arié, qui commente souvent ici et ailleurs, a apporté cette remarque fort juste dans mon billet dominical: «  l’élection de Macron  entraîne un certain enthousiasme, et l’enthousiasme politique est quelque chose qui semble avoir disparu depuis longtemps en France.  »

Sa première journée de président a été d’ailleurs une belle réussite. Il faisait beau, Macron a été attentionné comme il fallait à l’égard de Hollande. Il a eu le bon geste de saluer des militaires blessés. Et son discours d’investiture était à la hauteur: réconciliateur, moins creux que d’habitude, et, surtout, humble.

Hollande aussi était sympathique, mais on ne soutient pas un président parce qu’il est sympathique. On soutient, ou on s’oppose à une action politique.  Peu de choses, dans le programme annoncé d’Emmanuel Macron, sont compatibles avec celui de l’Avenir en commun défendu par les insoumis(es). Il y a certes le même réalisme diplomatique (notamment pour résoudre la guerre en Syrie); il y a aussi la même envie de dégager l’ancien bipartisme UMPS tout autant que d’abattre le Front national. Macron et Mélenchon se reconnaissent dans une démarche similaire, comme l’expliquait avant le 1er tour Benjamin Griveaux, le porte-parole du candidat « en marche » et désormais candidat à la députation à Paris: « Ils se reconnaissent mutuellement une qualité, ils sont à peu près d’accord sur rien, mais ils reconnaissent une démarche intellectuelle des deux côtés, une honnêteté intellectuelle et une forme de cohérence ».

Mais à part ça, l’opposition Macron/Mélenchon est quasiment totale. Pourquoi donc estimer qu’il faudrait sourire, applaudir et taire une opposition politique évidente ?

Pire, il est assez probable que cette opposition, y compris la notre, s’aggrave au fil des mois. Si Macron l’emporte aussi aux législatives et qu’il applique ensuite son programme, ses sourires et sa bienveillance ne suffiront pas à taire la rage que son programme devrait susciter: supprimer la prise en compte de la pénibilité dans le calcul de la retraite, supprimer 120 000 postes de fonctionnaires, supprimer les allocations chômages après deux refus d’emploi, etc… Les occasions ne manqueront pas.

Désolé.

Le libéralisme, même souriant, reste un affront pour les plus modestes qui mérite rage et opposition.

Voter Macron, et après une nouvelle loi Travail ?

On se souvient de la loi El Khomri et, peu avant, cette sortie d’Emmanuel Macron. C’était il y a plus d’un an et l’actuel président s’était progressivement sortie de l’ancienne majorité présidentielle.

Le programme du nouveau candidat du Travail comprend la réhabilitation des exonérations de cotisations sociales sur les heures supplémentaires, supprimées par Hollande mais revendiquées par Le Pen et Fillon également.

Mais la prolongation de la loi El Khomri que Macron veut mettre en place est digne du programme Fillon: les « horaires effectifs » ou l’organisation du travail seront negociés « au plus près du terrain » (sic!). « Ils seront définis par accord majoritaire ou par referendum d’entreprise sur la base d’un accord. » Macron a même le soutien d’élu(e)s socialistes en recherche de rebond. « Sur les ordonnances, il vient d’avoir le soutien de 65% des FR. Il veut aller au bout de sa réforme du code du travail » a ainsi expliqué J , actuelle secrétaire d’Etat aux victimes (sic!).

Il faudra rappeler les mêmes arguments, en pire, que nous avons invoqués contre la loi El Khomri. Déplacer la régulation du travail au niveau des entreprises et non plus de la branche est à l’avantage des employeurs puisque le rapport de force au niveau des entreprises leur est plus favorable.  Ne pas comprendre cela est la preuve d’une ignorance ou d’une hypocrisie.

Au choix.

Peu après le premier tour, il a rappelé que, pour lui, la loi El Khomri « est arrivée trop tard dans le quinquennat. » C’est pour cela qu’il veut aller vite et fort l’été prochain: « L’ordonnance permet de raccourcir le processus parlementaire et d’éviter les navettes » expliquait-il il y a 2 semaines.

« Le gouvernement peut, pour l’exécution de son programme, demander au Parlement l’autorisation de prendre par ordonnances, pendant un délai limité, des mesures qui sont normalement du domaine de la loi. »

Nous voici à ce moment gênant où chacun lit enfin la notice du « produit de l’année » comme l’appellent très justement Les Jours.

 

Ils ont élu Giscard (2)