Archives pour la catégorie Chroniques de droite

A quoi sert Raphaël Enthoven ?

Il parle bien, on sent même qu’il s’écoute parler. Son flow est fluide, la rime est choisie avec goût, la formule claque.
Mais la forme l’emporte toujours sur le fond.

Raphael Enthoven est un chroniqueur radiophonique, du lundi au vendredi sur Europe 1 dans cette matinale d’informations qui s’effondre. Sa propre chronique est, à en croire les mauvaises langues, l’occasion d’un décrochage supplémentaire, presque fatidique de l’audience d’une séquence qui mérite mieux.

Sur Twitter, Raphael Enthoven tacle, interpelle, et répond. On croit sentir qu’il prend plaisir. On peut le remercier pour cet effort à « débattre« . On pourrait louer son obstination.

Raphaël Enthoven a ses têtes de Turc. Je n’avais pas saisi, au début, le parti pris idéologique du garçon. Il choisit les violences et ses indignations. La semaine précédant puis la semaine suivant l’adoption de l’immonde loi Asile et immigration, le philosophe moraliste n’a pas eu de mots, pas d’inspiration pour commenter. Pas le courage de dire s’il désapprouvait. Il a consacré ses centaines de Tweets et sa dizaine de chroniques à d’autres sujets. Non pas que certains ne méritaient pas d’analyse ni de commentaires. Mais comment comprendre que vous ne commentez pas pareil fait politique quand votre activité quotidienne est de commenter l’actualité politique ?

Raphaël Enthoven est tombé dans le panneau. Il « trolle« . Il est devenu troll. Il braille fort sur peu pour éviter de penser beaucoup ou trop fort. Il divertit au sens littéral du terme. Il tente d’orienter l’attention loin de l’essentiel de l’action politique.

Quand Ruffin lance sa « Fête à Macron », le troll philosophe reprend l’accusation du gouvernement que l’expression désigne une agression, une forme de violence. (Sur le sujet, soyons généreux: il a presque raison. Il s’agit bien de faire sa fête, c’est-à-dire de le railler, le moquer, le conspuer, le fustiger, et non de le célébrer.)

Il était cocasse, ce 5 mai, de le voir tomber. La chute fut aussi brève et sèche que son tweet sur le sujet.

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Nous aurions humblement un conseil pour le troll philosophe: qu’il trolle moins et philosophe davantage. Les sujets ne manquent pas, tels le rapport de forces entre les riches et les pauvres, la précarisation des fragiles et le rôle éventuel des services publics pour les protéger; de l’ampleur de la violence sociale versus le spectacle de la violence de quelques fils de bourgeois déguisés en anarchistes.

Éventuellement qu’il pense « contre sa classe ».

Ce ne sont que des suggestions.

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#FBPE, le hashtag des trolls ?

Au début, je ne savais pas quel groupe, mouvement ou autre référence ce hashtag FBPE qui figurait à côté des pseudo de quelques personnes plutôt violentes sur les réseaux sociaux pouvait bien signifier. Je ne suis pas le seul à m’être demandé ce que cela pouvait bien désigner.

#FBPE signifie « Follow Back Pro EU ». Pour les non-averti.e.s, c’est un appel des supporteurs de l’Union européenne à se suivre sur Twitter.

Je ne sais pas s’il faut les prendre à la lettre.

Je suis pour l’Europe. Non pas celle qui a écrasé la Grèce pour sauver les banques françaises et allemandes. L’Union européenne a fait a preuve de ses limites: son empilement techno-structurel, sa tolérance à l’égard d’autocraties en son sein comme la Hongrie, cette incantation à la libre concurrence et au nivellement social par le bas. Cette Europe-là est détestable, nous l’avons écrit, nous le réécrirons.

Telle est dorénavant l’Union européenne. Un revolver sur la tempe, une nation déjà asphyxiée et placée sous blocus financier doit conclure un ‘accord’ après treize heures de ‘discussion’. (…) .  Le gouvernement d’Alexis Tsipras a résisté pied à pied comme nul autre ne l’a aujourd’hui fait en Europe. Il accepte donc un armistice dans la guerre qui lui est menée. » (source)

Mais si j’étais anglais, j’afficherai  #FBPE bien volontiers, car il est l’un des ralliements contre cette bêtise du Brexit. Le #Brexit a eu cette utilité de faire comprendre aux eurobéats et eurocyniques que oui, un Etat peut sortir de l’UE. Dans la douleur, parfois la stupidité, mais il peut quitter l’UE. On appelle cela crédibiliser un rapport de forces.

Mais pour le reste, le #Brexit est détestable: il a été voté sur la convergence d’une abstention large et d’arguments stupides et xénophobes des pro-Brexit.

Une fois leur victoire surprise obtenue, les leaders du Brexit ont rendu les armes et se sont barrés., Tranquilles….

En France, la situation est différente. Ou plutôt, elle peut être différente. Primo, l’eurocynisme du président Macron est déjà en soi xénophobe. Le Code de la Honte récemment voté est là pour le rappeler. Son cynisme – subordonner le droit d’asile aux contigences politiques de la politique migratoire – est sans appel. Secundo, la macronista tente la caricature d’amalgamer les crétins frontistes, cousins des Brexiters de Yukip

Revenons à cette poignée de trolls français qui arbore ce hashtag a priori généreux pour brailler contre leurs détracteurs: ont-ils seulement conscience du mal qu’ils font à la cause européenne ?

 

 

Traque des chômeurs, et nos ex-camarades.

Je repense à ces ex-camarades, heureux qui comme Ulysse, fustigeaient les outrances d’un Laurent Wauquiez secrétaire d’Etat à l’Emploi qui mettait en place les nouvelles sanctions contre les chômeurs refusant « deux offres raisonnables d’emploi ». A l’époque, l’affaire était d’autant plus scandaleuse que la France s’engouffrait dans la Grande Crise.

Une décennie plus tard, Laurent Wauquiez est devenue la caricature de lui-même et le gouvernement macroniste a repris son dispositif pour l’aggraver davantage. Les sanctions seront plus rapides.

Pourtant, le chômage de masse n’a pas baissé, on s’amuse simplement de mouvements statistiques où un chômeur sans activité (catégorie A) est transféré dans une autre catégorie (B,C, etc) à la faveur d’un stage ou d’un emploi précaire et partiel. Les seniors sont davantage au chômage à cause des réformes des retraites de Sarkozy puis de Hollande, en attendant celle de Macron, qui toutes ont suivi cette absurde injonction – l’allongement de la durée de cotisations sans interruption (maladie ou chômage). La proportion de chômeurs indemnisés reste faible, l’indemnisation est plafonnée à deux années peu importe le nombre d’années de cotisation. Elle n’atteint pas le SMIC en moyenne, et pour 40% des chômeurs elle est même en dessous ou au niveau du seuil de pauvreté.

Last but not least, Macron a facilité les licenciements avec sa loi travail votée par ordonnance.

Comme Ulysse, certains ex-camarades, soutiens ou même élus de cette Macronista, voyagent de contrées politiques en contrées politiques sans jamais s’interroger sur le sens politique de leur voyage.

Il n’est jamais trop tard pour reconnaître son erreur et cesser d’être infâme avec les plus fragiles.

Médias, je vous lis et je vous hais parfois

La critique violente de Jean-Luc Mélenchon contre « les médias » lundi dernier a rempli son rôle. Tel un piège à mouches tendu au milieu d’un courant d’air estival, il a attiré et englué nombre d’insectes médiatiques sur son papier collant.

Pourquoi tant de haine ?

Mélenchon ouvre son billet sur une interrogation: pourquoi les insoumis(e)s rassemblent-elles/ils autant de critiques systématiques ? Nous nous en sommes fait l’écho dans un précédent billet. Toute l’introduction, que d’aucuns ont survolé, commence par cette question, qui amène une réponse, simple et évidente: puisque ces médias ne veulent pas traiter de nos propositions mais préfèrent d’autres attaques, attaquons. Désignons l’adversaire.

« C’est une des énigmes dont je n’ai pas la clef. Pourquoi nous haïssent-ils à ce point ? Je veux dire jusqu’à ce niveau où des personnes qui se disent « journalistes » finissent par n’avoir aucune honte à tomber dans des méthodes dont ils savent qu’ils ne ressortiront pas eux-mêmes indemnes. » (lire la suite)

L’attaque de Mélenchon est venue alors que France inter et le Monde s’attachaient à démontrer que ses comptes de campagne étaient douteux de quelques centaines de milliers d’euros (des explications ont depuis été fournies, détaillées. Et Mélenchon y consacre aussi une large part de son article). L’argument de fond est le suivant: le « parti médiatique », voilà l’ennemi.

« Si la haine des médias et de ceux qui les animent est juste et saine, elle ne doit pas nous empêcher de réfléchir et de penser notre rapport à eux comme une question qui doit se traiter rationnellement dans les termes d’un combat. Beaucoup d’amis n’ont pas encore compris que nous n’avons pas d’autre adversaire concret que le « parti médiatique ».  (…) « Dorénavant, on ne peut plus nulle part parler librement. La presse est ainsi la première ennemie de la liberté d’expression qui ne se confond pas avec la liberté de « tout répéter » ni avec le délire névrotique de la transparence absolue que réclament les médias (et qu’ils ne s’appliquent pas à eux-mêmes). « 

On ne devrait nullement haïr « les médias ». Cette catégorisation est trop globale. J’apprécie France inter (pas tous ses journalistes), les Jours, Regards, Fakir, Bastamag, Le MediaTV, parfois le Monde, ou Libé. Surtout, j’apprécie des plumes, des tons, des angles. Tous les médias ne font pas partie du parti médiatique que fustige Mélenchon.

Pourtant, on peut détester, parfois durablement, ces médias qui nous étouffent de leur couverture biaisée, convergente, politiquement hypocrite. J’ai commencé à écrire un blog à cause d’une exaspération personnelle contre le parti médiatique de l’époque. Internet a permis de bousculer tout cela.

Il y a toujours une connivence idéologique qui ne dit pas son nom. Un parti pris dans le choix des sujets, des unes, des rebonds, des angles. C’est même la loi (économique) du genre: pour attirer de l’audience, qu’il est difficile de ne pas traiter de ce que les autres traitent. Sauf à détenir du scoop qui puisse déplacer les lignes. Et cela est bien rare.

Nos médias principaux sont aussi encombrés d’éditorialistes qu’ils se refilent d’une colonne à l’autre, d’un plateau à l’autre. Le métier de ces derniers n’est que de commenter l’actualité politique, aux heures des plus grandes écoutes. Pourquoi n’avouent-ils pas quelles sont leurs orientations politiques ? Pourquoi osent-ils assimiler leur sort à celui de l’ensemble des journalistes ? Ils sont rarissimes, ceux qui, tels Thomas Guenolé, expliquent « d’où ils parlent« . Tous mes ami(e)s blogueuses/rs, commentatrices/eurs amateurs de la vie politique, ont également cette honnêteté depuis des lustres.

L’indépendance des médias est cause. C’est dommage, c’est triste, c’est détestable.

Mais c’est un ainsi.

La bataille du rail, oui. Mais laquelle ?

Emmanuel Macron lance donc une « bataille du rail », un combat de tartuffe qu’il a lui-même résumé en juillet dernier lors d’une rencontre encadrée avec une poignée de cheminot: l’effacement d’une partie de la dette de la SNCF par l’Etat en échange de la disparition du statut des cheminots.

Parlons donc du statut des cheminots.  Le déficit annuel de leur régime de sécu (3,3 milliards, stable), ne sera pas résorbé par une éventuelle « réforme » à cause de la structure d’âge de cette profession. Ce statut a ses spécificités, ses avantages et ses contraintes comme quelques centaines ou milliers d’autres. Les députés sont de beaux exemples. Le président Macron en est un autre (pourquoi n’a-t-il pas décidé de supprimer les frais de retraite spéciale dont bénéficient les anciens présidents (un appart de fonction, une voiture avec chauffeur, 7 salariés permanents, etc) ?

Que dire du statut fiscal de toutes celles et tous ceux qui ont de l’argent à placer en Bourse ? Les revenus générés sont désormais moins taxés que les revenus du travail d’un cheminot.

Le statut des cheminots…

Bizarrement, on en parle plus que l’avantage fiscal des journalistes. On l’évoque systématiquement dès qu’il faut parler de la SNCF, peu importe le sujet.

Pourquoi ? Parce qu’il devenu un épouvantail facile pour faire glisser l’opinion en faveur d’une « réforme » de la SNCF.

Cette fois-ci, pour justifier la fermeture d’un tiers de lignes « non rentables« , l’augmentation de certains tarifs de seconde classe, et, last but not least, la privatisation de certaines lignes et l’ouverture à la concurrence de quelques autres à cause d’une décision européenne, on agite le statut des cheminots à la face du public.

200 000 représentants du personnel en moins

Vous souvenez-vous des belles déclarations rassurantes à l’occasion de la présentation de la loi Travail ? A l’été 2017, le gouvernement nous promettait que le remplacement de toutes les instances de représentation de salariés ( comité d’entreprise, CHSCT, etc) par un « comité social et économique » n’allait rien changer, bien au contraire. Pénicaud assurait en juillet dernier qu' »il n’est pas question de baisser la garde sur les questions de sécurité et de santé » mais que la fusion du CHSCT au sein du comité social et économique est un moyen de « faire monter ses sujets dans la stratégie d’entreprise« .

Sans rire.

Avant la loi Macron, les entreprises comptaient quelques 700 000 représentants du personnel dans ces différentes instances. Le 31 janvier dernier, le ministère du travail prévenait les organisations syndicales: quelque 200 000 postes de représentation syndicale allaient disparaître à cause de la loi Travail.

200 000 représentants du personnel en moins… au service du dialogue social…

 

De qui se moque-t-on ?