Archives pour la catégorie Chroniques de droite

Valls contre Wauquiez: 1-0

Pour une fois, je vais applaudir Manuel Valls. L’applaudissement sera de courte durée, donc profitons-en.

Il a eu raison dans sa réponse à ce nouveau parangon de la droite furibarde. Malgré mes critiques et mon opposition contre ce gouvernement, il faut lui reconnaitre cette réponse, et refuser de céder à cette facilité du braillement collectif « yakafokon » qui fait sombrer notre pays depuis l’attentat du 14 juillet dernier.

Valls a plein de torts, nous en faisons la chronique hebdomadaire depuis longtemps dans ces colonnes. Mais cette fois-ci, il a parfaitement résumé, comme d’autres à droite ou à gauche l’auraient fait, notre sentiment devant les propos fascisants de Laurent Wauquiez.

Le sieur Wauquiez réclamait de « changer le droit’ pour que l’on puisse enfermer sans preuves et sur simple suspicion de terrorisme. Le droit, le vrai, celui qui nous différencie des dictatures de l’arbitraire, se fonde sur des principes et sur des faits qui ne varient pas malgré les soubresauts de l’Histoire.

Valls, ce mardi 19 juillet, répondit donc à Wauquiez:

« La notion même de suspect, Monsieur Wauquiez, a entrainé ce pays, dans son histoire de ces deux derniers siècles, dans le pire. »

Merci.

 

 

Ce remerciement étant fait, il faut que je concède immédiatement une forme de gêne, comme une démangeaison qui enfle, un accès d’allergie qui perturbe mes applaudissements quand Valls les mérite.

Valls et Wauquiez s’écharpent sur un amendement. Mais le texte de base, l’extension pour 6 mois d’un état d’urgence inutile, a été voté à la demande de Valls et par Wauquiez.

Ne s’agirait-il donc que d’un jeu de théâtre ?

On nous aurait menti …

Le dernier bras d’honneur de Manuel Valls

Manuel Valls « assume« . Il a annoncé le passage par 49-3 de la dernière version de la loi Travail. Mercredi, la motion de censure portée par la gauche a échoué, avec 56 sur les 58 signatures requises. On imagine les pressions faciles – et la première d’entre elles, la menace de non-investitures pour le prochain scrutin législatif où les places seront rares puisque la défaite est promise ample.

On demande au député de suivre les virages, quel qu’en soit le rythme, et sans vomir s’il vous plait.

Mercredi 6 juillet à 16h10, le Président de l’Assemblée nationale a annoncé qu’aucune motion de censure n’avait été déposée dans le délai de 24 heures après l’engagement par le Premier ministre de la responsabilité du Gouvernement sur le projet de loi relatif au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels (précédemment intitulé projet de loi visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs). En conséquence, en application de l’article 49 alinea 3 de la Constitution, le texte est considéré comme adopté en nouvelle lecture. (source: Assemblée nationale)

Rappelons que si cette loi, dans la version qui a été proposée par le gouvernement, avait été annoncée comme l’une des promesses majeures de campagne en 2012, François Hollande aurait sans doute perdu les quelques milliers de voix qui lui fallait pour l’emporter contre Nicolas Sarkozy.

S’affranchir, avec une morgue pareille, de la volonté des urnes de 2012 est assez stupéfiant. Et restera comme une énigme de ce quinquennat.

Il y trois échecs possibles dans l’action politique

  • Promettre, mais échouer à la réalisation.
  • Promettre, mais ne pas agir
  • Promettre, mais réaliser l’inverse de ses promesses.

Je vous laisse deviner quel échec a l’effet le plus dévastateur.

 

 

 

Dix jours après le Brexit, calmons-nous.

La couverture du Monde du weekend sur « la semaine folle qui a fait chanceler le Royaume-Uni » était-elle destinée à faire peur les euro-sceptiques ou simplement rendre compte de la réalité ?

#1. Il est vrai que la semaine fut folle: le camp vainqueur qui se dissout ou se contredit faute de plan structuré post-Brexit; le camp vaincu qui s’affaisse; la Bourse et la monnaie qui dévissent; les milieux économiques qui s’inquiètent, reportent ou annulent leurs investissements… Pouvait-on imaginer pire scenario ?

#2. On espère que certains des partisans de la sortie de l’UE réalisent (trop tard mais) réellement combien une sortie est chose ambitieuse, risquée, et qu’elle ne saurait se décider sur des arguments xénophobes ineptes et des promesses démesurées. Rarement dans l’histoire politique récente de nos démocraties occidentales avons nous assister à des aveux de mensonges aussi rapides et publics de la part des vainqueurs.

#3. L’autre couverture, de Marianne cette fois-ci, sur « la revanche des peuples » me semble pour le coup déplacée: qu’est-ce que le « peuple« , dont on rappellera qu’un gros tiers à peine à voter la sortie (vu l’abstention), a réellement gagné à ce stade du Brexit ? Rien, ou si peu.

#4. Mais pour autant, on ne saurait être dupes des descriptions apocalyptiques des conséquences du Brexit qui nous faites: évidemment qu’une sortie de l’UE est quelque chose de douloureux et complexe. Mais le vrai bilan du Brexit se fera dans quelques mois, quelques années. A froid et avec recul. Le reste n’est qu’agitation. Tout au plus pouvons observer l’agitation bienvenue d’une classe politique trop habituée à des scenarii pré-écrits et sans contradiction.

Comment le Royaume Uni va rester en Europe

Le Royaume Uni ne sort pas de l’Europe, il quitte simplement l’Union européenne. La précision a son importance.

Depuis vendredi matin, on a l’impression qu’un nouveau Mur va se construire entre l’île et le continent.

 

Le vote de jeudi a pris pourtant une importance symbolique plus forte que la réalité. C’est toujours le cas quand on parle d’Europe: les défenseurs de la construction européenne s’abrite derrière les souvenirs sanglants et guerriers du passé et la symbolique de la paix pour convaincre. Qu’un pays quitte cette construction politique finalement sans âme, et c’est forcément le drame.

Relativisons pourtant.

Le Royaume Uni avait déjà un statut particulier.  Il n’a échappé à personne qu’on n’entrait pas au RU comme dans un moulin; ou que leur monnaie était toujours la Livre sterling.

Les Bourses ont dévissé, et elles dévisseront encore puisque le Brexit risque d’avoir un impact économique immédiat: relèvement des frais douaniers, renchérissement des importations, perte de pouvoir d’achat, ralentissement économique. Mais ce n’est ni la fin de l’Histoire, ni la fin du monde.

Le Royaume Uni reste en Europe. Londres sera toujours à trois heures de Paris en Eurostar.

Il y a aussi fort à parier que le RU négociera un accord de libre-échange avec l’uE comme la Suisse, le Canada et quelques autres en ont: la pression en faveur de la libre circulation des biens et des personnes est forte. C’est un pays « libéral » (même quand les Travaillistes y étaient au pouvoir) qui s’en va; le Royaume Uni est un débouché essentiel et l’Union européenne est le premier partenaire commercial du pays.

Money is money.

 

 

La pire conséquence immédiate de ce vote est l’accession probable d’Alexander Boris de Pfeffel Johnson au poste de premier ministre. L’ancien maire de Londres est un bouffon conservateur que les médias adorent et qui a fait campagne pour la sortie au prix de prix de mensonges à peine croyables.

 

 

 

British friends, make your choice

 

If I were British, I would not know what to vote today.

I think Im a true Euro-friendly citizen.

For years, I’ve supported the European union. I’ve felt we Europeans couldn’t survive in this world if we were divided. I’ve long thought that the EU was key to peace and solidarity.

Maybe I’ve been mistaken. The EU was unwilling to save Greece. Indeed, the EU prefered to save banks rather than the Greeks themselves. The European Union could have been than a market. It is not. It could have helped migrants, it did not. It could have protected workers, it encouraged free competition.

So today, if I were a British citizen, I would be ill at ease, if not torn apart.

La construction européenne n’a pas rempli, loin s’en faut, ses promesses. Mais là n’est sans doute plus le problème pour nos amis britanniques.

Combien sont-ils à vouloir de l’Europe ce que nous Européens voulions d’elle ?

 

La belle erreur de Valls

Quelques centaines de casseurs, et voici le gouvernement et le président qui choisissent de faire porter tous les chapeaux à … la CGT.

Résumons.

La CGT est accusée d’avoir laissé faire ces casseurs.

La CGT est accusée d’avoir laissé certains de ses membres casser.

« Apparemment, des manifestants CGT ont participé à certaines violences » Un conseiller de Matignon.

La CGT est accusée d’avoir laissé faire ces casseurs dont certains « voulaient sans doute tuer » (dixit Valls, sur France Inter mercredi matin).

La CGT est accusée d’avoir un service d’ordre inefficace.

On a d’ailleurs quelques photos de manifestants avec brassards ou gilets CGTistes avec des pavés dans les mains. On a aussi des photos de CRS frappant des civils, et depuis longtemps.

Un partout ?

Non.

Résumons à nouveau.

Nous sommes en état d’urgence. Cet état qui permet à l’Etat à peu près ce qu’il veut en matière de prévention, dissuasion et répression.

Qu’est-ce que l’état d’urgence ?

Prévu par la loi n°55-385 du 3 avril 1955, l’état d’urgence est une mesure exceptionnelle pouvant être décidée par le Conseil des ministres, soit en cas de péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public, soit en cas de calamité publique (catastrophe naturelle d’une ampleur exceptionnelle). Il permet de renforcer les pouvoirs des autorités civiles et de restreindre certaines libertés publiques ou individuelles pour des personnes soupçonnées d’être une menace pour la sécurité publique.

La durée initiale de l’état d’urgence est de douze jours. Sa prolongation doit être autorisée par le Parlement par le vote d’une loi. L’état d’urgence peut être déclaré sur tout ou partie du territoire.

L’état d’urgence autorise le préfet ou le ministre de l’Intérieur de :

  • limiter ou interdire la circulation dans certains lieux,

  • interdire certaines réunions publiques ou fermer provisoirement certains lieux publics,

  • réquisitionner des personnes ou moyens privés,

  • autoriser des perquisitions administratives,

  • interdire de séjour certaines personnes,

  • prononcer des assignation à résidence.

    (source)

Semaine après semaine, mois après mois, les manifestations se succèdent et il y a toujours des casseurs. Et pourtant, notre Etat se révèle incapable de les arrêter, de les assigner, de les éloigner.

Ne sous-estimons pas la réelle difficulté à maitriser quelques centaines de racailles prêtes à en découdre. Mais osons simplement rappeler qu’en démocratie, seul l’Etat est responsable du maintien de l’ordre.

Et que donc Manuel Valls devrait cesser de se tirer une balle dans la jambe.