Archives pour la catégorie Chroniques de droite

Charlottesville, ceux qui minimisent.

Nombreux ont été ceux qui ont minimisé les évènements de Charlottesville (Virginie) du week-end dernier. Cette liste n’est pas exhaustive, ni de ma rage ni notre dégoût.

 

Donald Trump: il a tardé à réagir, puis sa première brève déclaration a été désastreuse car il plaça les suprémacistes blancs et les contre-manifestants sur le même plan. Il a perdu de nombreux soutiens, y compris des chefs d’entreprise. Il a semblé ensuite faire amende « honorable » dès dimanche soir, pour re-sombrer dans tous les amalgames mardi 15 août. Sa conférence de presse ce jour-là fut terrifiante: il mis le général confédéré Lee sur le même plan que George Washington (légitimant l’action des suprémacistes blancs venus manifester), et renvoya à nouveau les deux camps.

 

 

André Bercoff: l’essayiste français a publié quelques tweets pour minimiser la portée du drame. L’un des plus ignobles fut celui où il expliquait que Trump et Poutine étaient les seuls sauveurs de l’Occident disponibles au moment même des manifestations racistes de Charlottesville.

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Quelques journaux français se sont permis, 2 jours après le drame, de minimiser l’attentat qui fit un mort et 19 blessés en expliquant que la voiture était « folle ».

LePoint

 

 

Le journaliste Jean Quatremer n’a pas voulu minimiser l’horreur raciste et néonazie qui défilait dans la haine à Charlottesville, mais il a cherché à minimiser la nouveauté de ces évènements en relayant qu’un rassemblement nazis de quelques 20 000 personnes avait déjà eu lieu en 1939 au Madison Square Garden aux Etats-Unis. Le procédé est douteux (ne s’est-il pas passé quelques évènements, drames, génocide et guerre depuis 1939 ?), et prétentieux (combien de sympathisants nazis hors d’Allemagne, et notamment en France ?).

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Charlottesville: ces nazis que Trump refuse de nommer.

Depuis vendredi 11 août, des suprémacistes blancs – c’est-à-dire ces gens qui pensent que (1) des races distinguent fondamentalement les hommes entre eux  et (2) que la blanche est supérieure aux autres – se sont rassemblés à Charlottesville, en Virginie, au grand damn des autorités du coin.

Le lieu de ce rassemblement de « la droite unifiée » (« Unite the Right » – comme ils se sont appelés) n’est pas du au hasard. La municipalité veut déplacer une statue du général sudiste Lee, et cela fait grogner les nostalgiques haineux de la Sécession.

Les heurts entre nazis et contre-manifestants ont été violents.

Samedi 12 août, l’un des suprémacistes racistes a foncé avec son véhicule contre des militants antiracistes, tuant une personne et en blessant 19 autres.

« Witnesses to the crash said a gray sports car accelerated into a crowd of counterdemonstrators — who were marching jubilantly near the mall after the white nationalists had left — and hurled at least two people in the air. » (New York Times)

Quand Donald Trump est intervenu, après 24 longues heures de silence assourdissant, il s’est contenté de parler peu (moins de cinq minutes sur le sujet lors d’un point de presse consacré aux vétérans), et surtout il a renvoyé dos à dos les violences « des deux côtés« , tout en refusant de nommer celles et ceux qui manifestaient au nom de la « race blanche« .

« We condemn in the strongest possible terms this egregious display of hatred, bigotry and violence, on many sides. On many sides. It’s been going on for a long time in our country. Not Donald Trump, not Barack Obama. This has been going on for a long, long time. »

(« Nous condamnons, dans les termes les plus forts possibles, cette représentation flagrante de la haine, de la bigoterie et de la violence, de plusieurs bords. De plusieurs bords. Cela dure depuis longtemps dans notre pays. Pas depuis Donald Trump, pas depuis Barack Obama. Cela dure depuis plus longtemps.« )

Mettre sur un plan racistes et antiracistes, il fallait le faire, le clown de la Maison Blanche l’a fait. « Il est difficile d’imaginer une déclaration aussi peu présidentielle à un moment où le pays attend de son président qu’il se dresse contre l’intolérance et la haine », a commenté un éditorialiste de CNN.

Cette prudence de Trump n’a pas plu à l’un des « théoriciens » racistes, ancien leader du KKK,  qui inspire le mouvement. David Duke, c’est son nom, 43 000 followers sur Twitter, a rappelé Trump à l’ordre.

Duke

(« Je vous recommande de bien regarder dans le miroir et de vous rappeler que ce sont des Américains Blancs qui vous ont porté à la Présidence, pas des radicaux gauchistes.« )

Les Etats-Unis ont vécu une nouvelle éruption identitaire. Ils sont ainsi faits qu’ils laissent des racistes haineux défiler dans leurs rues et accuser d’antipatriotisme et de gauchisme toute personne de couleur ou tout critique.

 

Petit souvenir cinématographique, pour le plaisir.

 

APL: Jupiter a la trouille.

Le Canard Enchainé révèle donc cette semaine qu’Emmanuel Macron a qualifié de « connerie sans nom » l’annonce d’une baisse de 5 euros par mois des APL à compter d’octobre prochain.

Le coup est classique, presque trop. Cette façon de se désolidariser d’une annonce de sa propre équipe gouvernementale est surprenante de la part d’un monarque « jupiterien » est surprenante. Il y a deux explications possibles, et pas une de plus: la première est que Macron n’était au courant ni de la mesure ni de a fortiori de l’annonce.  C’est ce que la presse tente de relayer: « A l’évidence, Emmanuel Macron n’était donc pas à l’origine de cette mesure » confirme BFM TV.

Rooooo.

Quelle surprise !

Quelle tristesse ! On pensait que Jupiter maitrisait son équipe. Visiblement non.

La seconde hypothèse est que Macron nous raconte des bobards. Et là, j’avoue, cette hypothèse est encore plus crédible, et triste, que la première.

De qui se moque-t-on ?

Il y a trois jours, on apprenait de source sûre que Macron approuvait et recommandait l’idée d’une baisse rapide des APL pour lutter contre l’inflation des loyers (sic!).

L’ex-conseiller de François Hollande à l’Elysée, Xavier Piechaczyk, adresse une note de quatre pages avec sept questions sur le logement le 16 août 2016 à deux proches de Macron. Sur l’APL, indique « Libération », il s’interroge, se demande s’il faut « les réduire brutalement pour inciter à la baisse des loyers ? Les réduire progressivement (ie. sur cinq à dix ans) ? Les maintenir faute de mieux et trouver d’autres leviers pour faire baisser les prix ? »

Le lendemain, Emmanuel Macron lui répond. Lui, qui est encore ministre de l’Economie, préconise un « programme de réduction rapide » des APL. « Surtout, il faut d’abord les différencier selon le prix réel du logement (zone tendue/non tendue), les remplacer en trois ans en zone tendue par un déblocage du foncier et une accélération de la production et les cibler sur les publics très fragiles », ajoute-t-il.

(source)

Macron était favorable à  une baisse « rapide » des APL, quelques mois avant de se lancer en campagne solitaire puis victorieuse . Mais quand son premier des ministres fait annoncer cette première baisse de 5 euros, on stresse, il y a de la sueur dans la colonne vertébrale.

C’est beta.

Jupiter, président des Riches.

Une explication drôle … mais précise sur les premières annonces fiscales du gouvernement Macron.

Les 10% les plus riches se partageront la moitié des réductions d’impôts annoncées par Jupiter. Rien que cela.

 

Ton loyer augmente ? Les aides diminuent. Merci Macron ?

Bastamag revient sur deux nouvelles, dont une annonce du gouvernement en place:

  • « Au premier trimestre 2017, les loyers ont augmenté en moyenne de 0,51 % en France, la plus forte hausse enregistrée depuis trois ans. »
  • Au second trimestre 2017, le gouvernement Macron a décidé de réduire les APL de 5 euros mensuels. Je connais un marcheur au moins qui pourtant est à 5 euros près.

J’ai entendu cet argument suivant lequel les APL servaient l’inflation immobilière. Saquer les précaires du logement plutôt que les promoteurs et bailleurs pour lutter contre l’inflation des loyers locatifs, quelle riche idée !

« Le gouvernement a décidé de diminuer l’Aide personnalisée au logement (APL) de manière uniforme pour les 2,7 millions de ménages qui en bénéficient. Cette baisse de 5 euros par mois, soit 60 euros par an, peut paraître anodine pour les personnes disposant de revenus corrects. Mais elles frappent prioritairement les ménages les plus pauvres et les étudiants en situation précaire, dans un contexte où les loyers poursuivent leur augmentation. 90 % des ménages qui perçoivent l’APL sont locataires. Cette aide publique, qui s’élève à environ 230 euros en moyenne par mois, représente un coup de pouce précieux pour acquitter son loyer. Elle est accordée sous condition de ressources – l’épargne et un éventuel patrimoine sont pris en compte – ainsi qu’en fonction du montant du loyer. « Une personne seule par exemple ne touche plus les APL si elle gagne plus de 1,1 Smic par mois », rappelle la Fondation Abbé Pierre. Soit 1265 euros nets par mois. »

Lire la suite.

Loi Travail: contre les leurres idéologiques de la novlangue macroniste

Deux économistes peut être atterrés se sont récemment émus d’une autre manipulation de vocabulaire de la novlangue en vigueur pour justifier la contre-réforme du code du travail sur la base des quasi-pleins pouvoirs attribués par cette majorité « novice » mais surtout docile au gouvernement Macron.

« Cette réforme du marché du travail parachève la fusion entre technocratie et autoritarisme » expliquent-ils. Ils fustigent les postures de prétendus experts.
Mais ils rappellent une évidence historique: le libéralisme n’a jamais existé autrement que la loi et la répression. La libre et simple loi du marché , en particulier en matière de travail, n’a jamais existé. Elle s’est imposée à coup de lois et/ou de répression.
Depuis le XIXe siècle, le libéralisme n’a jamais hésité à la coercition au nom d’une certaine conception de la liberté, voire à recourir à la violence armée (comme en témoigne l’histoire de la colonisation) ou briser les solidarités populaires (comme le montre l’histoire du mouvement social) pour mettre en œuvre un laisser-faire qui est tout le contraire d’un non-interventionnisme.
Le non-interventionnisme , prétendument perturbé par l’intervention étatique au cours du XXème siècle est une chimère. La loi libre du marché s’est imposée parfois dans le sang, toujours par la force de la loi, pour contraindre la libre-force des inte-actions et rapports sociaux. Pour vous le dire autrement, la lutte des classes est la loi libre et naturelle du « marché« .

Ne pleurez pas.

Le patron « moderne » a besoin de loi qui le protège. Les explications « techniques » selon lesquelles la future loi travail « d’assouplissement » du code du travail serait une nécessité « naturelle » sont simplement des présupposés idéologiques et/ou des ressentis personnels sur des rapports sociaux en entreprise qui n’existent que par la bonne volonté du législateur.

Sans rire.

Seconde imposture de la novlangue macroniste, le mythe d’un « marché du travail » « libre et équilibré« . Quel rapport entre une TPE et une multinationale ? Pourquoi donc réclamer des assouplissements au nom de la première pour cacher les intérêts de la seconde ?

Quel rapport entre un artisan et un instituteur ? Pourquoi donc vouloir « réduire le lien social à un lien marchand, ignorant l’ensemble des mythes, d’histoires, de mœurs et de coutumes fondant notre identité collective et vouloir enserrer celle-ci dans un marché ‘autorégulateur’  » qui n’est qu’une « dangereuse utopie » ?

N’en déplaise à la ministre du travail, la législation sociale n’est pas une « friction« , elle est la norme des rapports sociaux. Son libéralisme bisounours qui masque mal le projet de dérégulation contrainte des grandes entreprises serait une exception historique que seul le hold-up politique de ces élections 2017 aura permis.