Archives pour la catégorie Chroniques de droite

La trouille et la joie qu’inspirent Juppé à gauche

La situation est cocasse, sans doute inédite.

A fur et à mesure que Nicolas Sarkozy s’effondre dans les sondages et qu’Alain Juppé progresse, il y a comme une trouille et une joie qui s’installent à gauche.

Pour les uns, Juppé devient un adversaire crédible mais surtout un rival dangereux qui va braconner très utilement le centre-droit sur lequel Hollande a bâti l’essentiel de son quinquennat et, surtout, sa candidature à la réélection. Le meilleur rival de Hollande s’appelle Sarkozy: d’abord parce qu’il a un mauvais bilan, qui est encore récent; ensuite parce qu’il mobilise facilement contre lui une très fraction de l’électorat. L’antisarkozysme est une valeur sûre de la Hollandie.

Pour les autres, la victoire de Juppé sur Sarkozy aux primaires de droit éclaircirait le paysage politique. Le candidat prétendant incarner la gauche et les écologistes serait en effet obligé de tenir compte de toutes ses composantes pour mobiliser largement sur sa gauche puisque le centre-droit serait largement capté par le candidat Juppé.

 

ps: il y a bien sûr quelques supporteurs actifs du président sortant qui font mine de ne pas comprendre cette dualité des réactions face aux progrès de la candidature Juppé.

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A bon entendeur…

Pourquoi la déchéance de nationalité abime Hollande

Je n’en étais pas sûr.

Quand Hollande a annoncé la perspective d’une déchéance de nationalité nouvelle après les attentats de Charlie, j’ai réagi par réflexe. Il y a quelques valeurs qui souffrent quand elles sont transgressées par celles et ceux pour qui tu as votés. Je suis fondamentalement convaincu que la République n’exclue pas ses racailles ni ses barbares. Elle les punit en tant que citoyens. C’est parce que certains des barbares des attentats de France sont des Français que nous pourrons les juger. La République n’est pas un fantasme d’Etat « pur« . Ni Hollande ni Valls n’ont même cherché à proposer de retirer les droits civiques des terroristes (survivants) comme on l’a fait avec les collabos après la guerre.

Quand Hollande a répété cette bêtise dans son discours à Versailles après les seconds attentats de Paris, j’ai réagi de même. Mais j’étais malheureusement assez convaincu d’être marginal. Cette mesure, totalement inefficace en plus d’être révoltante, avait toutes les chances de recueillir d’immenses suffrages. Tous les sondages le démontraient.

Je ne crois pas qu’un homme politique est grand parce qu’il s’adapte à l’opinion populaire en permanence. Surtout sur les sujets qui ne concernent pas l’efficacité de l’action politique mais se situent sur le terrain de valeurs symboliques.

Bref, j’étais assez convaincu que Hollande avait joué un bon et triste coup politique pour sa réélection de 2017.

Les « débats » qui ont suivi ici ou là m’ont finalement convaincu que Hollande avait commis l’erreur de trop. Et pour trois raisons au moins.

La première est que cette affaire de déchéance soulève le coeur au-delà du cercle des opposants de gauche de la première heure. La rage avec laquelle les supporteurs de Hollande tentent de disqualifier les critiques est assez exemplaire de leur surprise: il y a des choses qui révoltent, et font franchir le Rubicon politique personnel à certains. Hollande et Valls ont touché une corde sensible assez fondamentale pour quelques-uns d’entre nous: déchoir les terroristes : c’est une valeur fondatrice de l’extrême droite actuelle que d’opposer les Français « de souche » aux autres, en ciblant tout particulièrement les musulmans.   Montebourg, Ayrault, Joxe, ou Dray ne sont pas des vrauchistes. Ne pas le voir est une erreur politique. Caricaturer leurs critiques en déceptions personnelles ou rivalités politiques est une bassesse.

La seconde raison est la réaction des supporteurs de la mesure: aucun n’adresse le fond du problème. Cette mesure ne sert à rien, elle n’est que symbolique, et on sait d’où vient le symbole.Tous les supporteurs de la réforme minorent ce symbole (« ce n’est pas nouveau », « ça existe déjà », « ça se pratique déjà »; « le FN n’a pas le monopole des bonnes idées ») et fustigent la violence des critiques. Mais quand on veut convaincre pour une réélection éventuelle, et que l’on constate que les critiques sont plus larges, on les écoutent, on leur tend la main, on cherche à les convaincre.

La troisième raison est que Hollande n’a fait que perdre des voix du premier et du second tour avec cette mesure. On peut toujours tenter de déporter le débat ailleurs (ce que Nicolas fait avec talent), cela ne suffira pas, en tout cas pour votre humble serviteur. Si de surcroit Juppé l’emporte aux primaires de droite contre Sarkozy, Hollande sera politiquement mort.

A qui la faute ?

Je me fiche de connaître la réponse.

Désolé.

Adieu.

 

Antiparlementarisme primaire ?

Ils ont cru bien faire, mesurer combien d’élus employaient leurs proches, donc « aux crochets de la République » .

J’en ai marre de l’antiparlementarisme.

Bien sûr que nos parlementaires ne sont pas irréprochables. Mais je n’ai plus en tête le décompte du nombre d’entreprises familiales, artisanales ou pas, sans que cela choque autrement le chaland.

Mediapart s’est attaché à débusqué tous les députés et sénateurs qui avaient embauché un proche. Le journal en ligne a même publié la liste des conjoint(e)s sur Internet. La transparence, y a que ça de vrai !

« En 2014, au moins 20 % des députés ont rémunéré un membre de leur famille proche. » (source)

Très franchement, je préfère embaucher un proche du moment qu’il est compétent. Au moins, lui, on le connaît. Marine Le Pen, au Parlement européen, a embauché son compagnon Louis Alliot. Le problème n’est pas/plus là. Il est dans le cumul des fonctions et/ou l’emploi fictif.

« Certains de leurs arguments sonnent effectivement sincères, comme le besoin de recruter une personne de confiance ou de préserver un lien conjugal, souvent malmené par une vie politique chronophage. »

Et oui.

C’est aussi simple que cela.

 

 

 

 

 

 

J’ai honte. #Hollande

Le président de la République a décidé de faire voter ce beau monde parlementaire sur la déchéance de nationalité. J’imagine qu’en 1981, jeune conseiller, Hollande était opposé à l’abolition de la peine de mort.

Hollande avait trouvé les mots justes pour reconnaître d’autres fautes politiques, une lucidité retrouvée (que Mitterrand n’avait pas toujours) sur les failles de la France (de Charonne aux fraternisations de 1914 ou aux massacres de Sétif en 1945). En cette veille de réveillon de Noël, Hollande a perdu ce crédit là.

On imagine Eric Besson applaudir.

 

La politique est grande quand elle sort des contingences de survie politique personnelle.

Ce soir, elle est minuscule et abîmée.

Sans moi.

 

« Gauche répressive », « Gauche naïve »…

(A la TV, on voit le résultat d’une perquisition musclée et inutile dans le 11ème arrondissement de Paris).

Elle: « En même temps, il faut savoir ce que l’on veut. Il y a des terroristes. »

Moi: « Je sais. »

Cet échange, nous l’avons sans doute comme des millions d’autres Français depuis le 13 novembre. Je me dis juste qu’il faut être vigilant. Je n’ai pas de meilleure solution. Je ne lis plus les critiques rapides et immédiates contre « l’état terroriste » que Hollande/Valls et l’ensemble du Parlement auraient décidé. C’est peut-être une erreur, mais c’est comme cela. Il faut savoir ce que l’on veut. Je veux la lutte contre Daech. Et j’ai du mal à croire qu’avec quelques terroristes du 13 novembre dans la nature, l’état d’urgence soit déjà terminé.

Je ne compte plus les fictions littéraires ou cinématographiques qui dépeignent avec justesse ce genre de dilemme. Ce sont des fictions, elles se rapprochent de la réalité désormais. Les plus réussies sont celles qui illustrent nos dilemmes avec précision.

Jack Bauer: « je ne veux pas te faire de mal. Mais je ferai tout ce qui est nécessaire pour protéger ma famille ».

Les caricatures fleurissent ici ou là. A la « gauche de la gauche« , les positions sur l’actuel état d’urgence ne sont pas unanimes. Maurice Sazfran caricature à l’envie une gauche naïve dans un récent billet. Il relate une tribune de Judith Butler qui m’a choqué, au lendemain des attentats. Mais cette Judith Butler n’est pas toute la gauche. Elle n’est même pas grand chose. C’est un mauvais procès que de considérer que celles et ceux qui s’inquiètent des dérives de l’état d’urgence sont forcément des naïfs. Mais il y en a parmi eux.

Je ne peux qu’applaudir Mélenchon, qui reste vigilant mais lucide (#)

« La lutte de l’obscurantisme religieux contre les Lumières est une longue et vieille affaire. Il ne faut donc jamais donner non plus aucune excuse à aucune religion quand elle prétend imposer ses vues par la force ou l’intimidation. Dès lors je me prononce pour une répression sans faiblesse des prêches ou des manifestations propageant la haine religieuse. Il est bien dommage que rien ne soit fait contre les groupuscules qui sont descendus dans la rue pour frapper des immigrés, souiller des mosquées ou agresser nos camarades. La répression doit frapper rudement les fanatiques ethnicistes et religieux violents quelle que soit leur bannière. Pour l’instant, ce que nous voyons n’est vraiment pas bon. Ficher des manifestants qui militent contre l’état d’urgence est hors sujet et gravement attentoire à l’entretien de l’esprit civique. Interdire les manifestations syndicales, politiques ou écologistes tout en permettant les marchés de noël est un pari très risqué en même temps qu’une décourageante stigmatisation des citoyens qui s’engagent pour leurs idées. »

 

 

(#) Et qu’importe la petite polémique sur un tweet malheureux.

Le FN n’a pas besoin du pouvoir pour trahir

Effrayé à l’idée de rater le pouvoir aux prochains scrutins régionaux, puis présidentiel et législatif, le Front national amende à grande vitesse son programme, quitte à d’étonnants virages.

Pour séduire encore davantage l’électorat conservateur et/ou libéral, le voici qu’il renonce à la sortie de l’euro via les récentes déclarations de Marine Le Pen. Le FN se rabat sur l’idée d’un référendum. Marine Le Pen veut également supprimer les 35 heures pour revenir à 39 heures. Enfin, elle se déclare favorable, finalement, à l’extension de l’âge de départ à la retraite à 63 ans au lieu de 60 ans.

Plus symbolique encore, le FN a aussi involontairement avoué une belle imposture, la réduction de 200.000 à 10.000 le nombre annuel d’immigrés légaux dans notre pays. Cette promesse de campagne de 2012 était, et reste, une imposture. Même Florian Philipot a été coincé la semaine passée sur iTélé.

L’affaire a été débusquée par le précis Cédric Mathiot de la rubrique Desintox de Libération.

Non content d’être le seul parti systématiquement haineux sur la totalité des sujets socio-politiques qu’il a à couvrir, le FN confirme qu’il n’a nulle besoin d’accéder au pouvoir pour trahir ses « promesses ».