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Les Gilets Jaunes ont ouvert le champs médiatique

Les Gilets Jaunes ont ouvert le champs médiatique.

Ils ont bousculé les médias dominants.

Ces derniers ont vite réalisé avec effroi le mépris puis parfois la haine que leur traitement partiel et partial de l’actualité suscite, alors que leur domination repose d’abord sur des soutiens financiers puissants et l’octroi de canaux de diffusion historiquement privilégiés. Cette haine a pris des formes inacceptables, quand quelques journalistes de terrain ont été frappés par des manifestants. Des reporters ont été également pris pour cible par les forces de l’ordre.

Mais les Gilets Jaunes ont ouvert la porte à d’autres médias. Des milliers d’amateurs ont filmé et diffusé ce qu’ils vivaient en direct sur Twitter, Facebook ou YouTube. L’antenne française de RT, la télévision d’Etat russe, s’est aussi régalé à donner la parole aux seuls qui acceptaient de venir. On préfère les traitements de Brut et du Media TV aux insupportables commentaires « off » et suffisants de l’éditocratie réunie au chaud sur les plateaux des médias officiels. Le Media TV, si raillé par la presse officielle depuis sa création, n’a jamais quitté le terrain, offrant ses antennes et ses colonnes aux Gilets Jaunes.

Il a offert le contrepoint nécessaire. Dimanche 20 janvier, le Media est encore sur le terrain aux côtés des Gilets Jaunes qui investissent le Champs de Mars, au pied de la Tour Eiffel.

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LREM=LR=RN=FI

A force de caricatures, on en arrive à des bêtises.

LR m’a écrit, comme chaque semaine depuis que je me suis inscrit à leur newsletter, pour s’indigner de « l’immigration de masse ». C’est drôle car Macron a fait voter ce qu’Eric Besson recommandait quand il était ministre de l’identité nationale de Sarko il y a 10 ans.

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LR s’aligne sur les éructations xénophobes du Rassemblement National de Marine Le Pen. Ce qui est cocasse, c’est que la Macronista accuse régulièrement FI et RN de collusion politique.

Donc il faut récapituler, sinon on s’y perd.

LREM valide la politique migratoire sarkozyste, que LR devrait soutenir. Mais LR reprend les slogans du RN, lequel est accusé par les macronistes d’être comme les insoumis.

LREM=LR=RN=FI ??

 

Que c’est drôle…

 

Si l’on cherche des clivages qui « recomposent« , l’immigration et l’asile en sont justement un qui placent LREM, RN et LR dans un mouchoir de poche idéologique, et les insoumis bien loin de cette merde.

Mélenchon, première interview de l’année

Hamon, Faure, êtes-vous les idiots utiles de Le Pen ?

Marine Le Pen est une ennemie, pas une adversaire. C’est en tout cas ce que pensent, écrivent, rappellent la totalité des députés élus de la France insoumise. Toutes et tous sans exception, à chaque fois que l’occasion leur en est donné.

Marine Le Pen est une ennemie, pas une adversaire. Elle défend la xénophobie d’Etat, mise en pratique par Emmanuel Macron; un centralisme politique qui passe par la réduction du nombre de parlementaires, comme Emmanuel Macron.

Pourtant, il y a un cirque médiatique qui dure et perdure sur la « convergence RN/LFI ». Pire encore, il joue à l’idiot utile en livrant cette incroyable propos: « Jean-Luc Mélenchon lui-même considère qu’il a quitté la gauche, il est sur autre chose et prend un risque considérable à créer des dynamiques qu’il ne maîtrisera pas et qui peuvent conduire à une fusion des Rouges et des Bruns. Ce serait une initiative dramatique (…) qui conduirait la France dans le mur  »

Hamon n’est pas loin en faisant un procès en vrauchisme à Mélenchon.

Je vous traduis: Faure  et Hamon s’indignent d’une alliance électorale entre la France Insoumise et les fachos du RN qui n’existe pas, et dénonce à l’avance la dérive de Mélenchon.

Camarades socialistes, vous méritez mieux.

L’opposition sociale et écologiste à la contre-révolution anti-sociale de Macron mériterait de s’allier, de réfléchir à autre chose que sa petite place sur le podium.

 

Des violences en République

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Il n’est jamais bon de taper un flic.

L’ultra-diffusion sur les chaînes d’information et les réseaux sociaux de cette video d’un policier casqué pris à partie puis tabasser par des Gilets Jaunes est triste. « La violence divise un mouvement plutôt que de rassembler » a justement rappelé Adrien Quatennens.

 

 

Cette violence est une mauvaise réponse. Certes, elle permet à BHL de nous amuser quand il a l’indignation républicaine facile depuis sa villa de millionnaire à Marrakech. J’avoue avoir souri en lisant que Griveaux avait eu des sueurs froides dans son ministère. Rarement avare de formules ridicules, il s’est indigné qu’on attaque à travers lui « la maison France ». Pour qui se prend-il ? Il a posé dans l’édition de Noël de Closer. 

Un peu de modestie républicaine, non ?

J’avoue, j’ai souri, mais je n’aurai pas du. La violence est une mauvaise réponse. Elle permet à chacun de s’invectiver sous le coup de l’émotion.

Cette violence caricature aussi le mouvement. Elle occulte les manifestations pacifiques. Elle permet à des perroquets macronistes de sombrer dans des outrances. Elle aliène des soutiens potentiels. La violence appelle la violence. Cette autre vidéo d’un policier gradé qui frappe un homme noir passif est plus choquante encore.

 

« La violence divise le mouvement parce qu’elle dissuade des gens d’y participer. Je ne suis partisan ni de la violence, ni des formes d’intimidation politique personnelle. C’est le cas de Benjamin Griveaux. J’ai aussi regretté le silence du gouvernement lorsqu’il y a eu plusieurs morts du côté des manifestants, de nombreux blessés. Ça ne profite à personne. Maintenant, la violence n’est pas représentative de ce mouvement. »

J’observe ces violences avec une distance grandissante: ça tape d’un côté, l’autre braille des insultes et son indignation. Puis ne dit rien quand ça tape de l’autre sans davantage de raison. Lequel camp s’indigne à son tour.

Le gouvernement n’a rien compris. Et comme il est le pouvoir, comme il a tous les pouvoirs y compris celui de la violence « légale« , l’exigence qui pèse sur lui est plus grande. il n’empêche.

Faites des sit-ins.

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Source: La Dépêche, 2 décembre 2018

Etienne Chouard, rouge-brun.

Autant se l’écrire dès les premières lignes: Etienne Chouard a été rouge-brun. Il l’est peut-être encore. Effrayés macronistes, godillots de la pensée illibérale, admirateurs de Barre, Delors et Thatcher réunis, réjouissez-vous. On en a trouvé un !

Quand François Ruffin a glissé dans une phrase, que d’aucuns ont sorti de leur contexte, une référence à Etienne Chouard, cela a suffi à faire jaser, brailler, crier: « on vous l’avez bien dit !!! ». Ruffin, le pauvre, renvoyait simplement à une proposition démocratique, le recours au référendum. Et il se trouve que Chouard a beaucoup bossé sur le sujet du référendum, au point d’en faire sa marque de fabrique. Plutôt que de lire et comprendre ce que ce Chouard dit, on l’accuse de tous les maux à cause d’autres choses, un éloge rapide, puis presque regretté, d’Alain Soral.

Quand je lis les explications d’Etienne Chouard sur ce qu’il pensait du néo-nazi français Alain Soral, je le qualifie assez facilement de « rouge-brun« . Je m’explique. « Rouge-brun » désigne cette dérive politique, historiquement ancienne, qui vise à tomber dans la xénophobie, le racisme et (pas systématiquement) l’antisémitisme (Soral) à partir de positions de justice sociale. L’un des déclencheurs de cette dérive est souvent Israël (confondu avec la politique de son gouvernement) et la Commission européenne. Le rouge initial de la révolte contre les inégalités sociales, l’impunité des puissants, et la prédation par les riches, prend la couleur brune de la haine des autres qui ne sont pas comme « nous » – ni blancs, ni chrétiens, ni « Français de souche« , etc.

La lutte des classes devient la haine du juif ou de l’arabe. Ou elle s’accommode de la haine du juif ou de l’arabe (parfois des deux).

Etienne Chouard entre dans la seconde catégorie. Il s’en expliqué involontairement dans une longue chronique. J’en cite l’un des passages les plus révélateurs.

Un jour, il y a trois ans je pense, je suis tombé sur une vidéo de Soral, que je ne connaissais pas, qui m’a intéressé : il y dénonçait le colonialisme raciste du gouvernement israélien et le sionisme comme idéologie de conquête, aux États-Unis mais aussi en France (en s’appuyant sur les livres — bouleversants — d’Israël Shahak, de Shlomo Sand, de Gilad Atzmon et d’autres que nous devrions tous lire, je pense). Pour moi qui travaille sur les abus de pouvoir, il est naturel d’être intéressé par toute étude d’un projet de domination, quel qu’il soit. En regardant un peu son site, j’ai vu qu’il étudiait, condamnait et résistait (comme moi), entre autres, à l’Union européenne, au capitalisme, à l’impérialisme, au colonialisme, au racisme, aux communautarismes, aux multinationales, aux complexes militaro-industriels et aux grandes banques d’affaires, à la prise de contrôle des grands médias par les banques et par les marchands d’armes, au libre-échange et au sabotage monétaire, aux innombrables et scandaleuses trahisons des élites, à toutes les guerres, à toutes les réductions des libertés publiques justifiées par la « lutte contre le terrorisme », etc. Bref, tous ces fronts de résistance étant, à mon avis, des fronts de gauche, et même de gauche radicale et vraie, j’ai ajouté naturellement un lien sur ma page d’accueil vers le site de Soral. Un lien, parmi des milliers — je ne savais pas encore que cela allait faire de moi, en quelques années, un homme à abattre.

(…)

Pour revenir à Soral, j’ai rapidement compris qu’il n’est pas du tout un démocrate, évidemment : il est autoritaire et il défend une idéologie autoritaire, au strict opposé de ce que je défends moi. Je ne veux pas plus de sa « dictature éclairée » que de n’importe quelle dictature, évidemment.

Mais malgré cela, une partie de son analyse du monde actuel (et non pas ses projets de société) me semble utile, objectivement, pour mon projet à moi, de compréhension des abus de pouvoir et de constituante populaire. Donc, pour ma part, je ne monte pas en épingle ce qui me déplaît chez Soral, je prends ce qui m’intéresse (les infos sur les fronts de gauche et sur la résistance au sionisme) et je laisse le reste, comme l’adulte libre de penser et de parler que je suis.

Réagissant avec énervement à un échange sur Twitter à propos de Ruffin, j’ai glissé il y a peu à un aimable contradicteur que Chouard était pour moi un nazi. Je corrige ici publiquement: non, Etienne Chouard n’est pas nazi (ou alors il cache bien son jeu). Mais sa très longue explication de tous les points communs idéologiques et politiques qu’il se trouve avec l’un des rares exemples du neo-nazisme français prouve au mieux l’aveuglement d’un érudit perdu dans ses recherches pratico-théoriques, au pire une complaisance évidente que ne dit pas son nom.

A la fin de ce même billet d’explication de novembre 2014, Chouard fait volte-face: «  tout récemment, j’ai découvert dans une publication de Soral des propos terribles et dangereux qui me conduisent à changer d’avis (…) Alors, je cède, je reconnais que me suis trompé, en publiant un lien sans mise en garde : il y a un risque d’escalade des racismes. « .

Franchement ? Cet érudit a visiblement du mal à faire le tri dans ses références. Il ne comprend visiblement pas que ces dérives sont contre-productives tant elles lui aliènent pas mal de soutiens potentiels.

Il est simple de dresser une ligne rouge: le projet politique de Marine Le Pen, d’Alain Soral, des Identitaires, de tout ce que compte l’extrême droite politique française repose sur et converge vers un terrain commun et connu: la haine biologique de l’autre – juif, arabe, noir, ou autre. Poussez-les un peu trop fort dans leur tranchées et leur cri ultime de ralliement ressort aussitôt: « on est chez nous! Barrez vous ! « . Que ces mêmes puissent par ailleurs défendre la justice fiscale ou sociale, par exemple, importe peu. On se fiche de savoir s’ils soutiennent, et jusqu’où, la liberté du référendum populaire ou la privation autoritaire des libertés individuelles via l’état d’urgence. Ce sont des ennemis, pas des adversaires.

Reconnaissons aussi que ce débat n’est pas simple: on ne choisit pas jamais ses alliés de circonstances. Et vos adversaires ont vite fait de caricaturer le débat, comme les macronistes depuis 2017.

Revenons enfin à Ruffin: sa référence à Chouard était sacrément limitée. Il a pris Chouard en exemple pour un unique sujet – le référendum d’initiative citoyenne, et pas le reste du fatras antisioniste/souverainiste. Je reprend volontiers à mon compte le commentaire de Clémentine Autain:

 » Je suis évidemment en phase avec la proposition pour le RIC, mais j’avoue [que] je n’aurais pas pris en modèle Etienne Chouard. Mais sans doute suis-je trop sensible aux dérives rouge-brun… «