Archives pour la catégorie Chroniques de gauche

L’excellente réponse de Ruffin à Carine Bécard.

La Team Macron a évidemment largement relayé le portrait à charge qui ne dévoilait rien que l’on ne sache déjà, que la journaliste Carine Bécard a réalisé de François Ruffin. Rien sur le fond, tout sur la  forme et surtout la personne. La journaliste attaque l’homme et non ce qu’il défend. Pas un mot sur les 27 propositions de lois, les innombrables questions et prises de parole à l’Assemblée.

Rien.

Il fallait surtout regarder la réaction apaisée de Ruffin, écouter ses réponses calmes. Il explique qu’il a eu l’occasion de centaine de « petits combats », pour aider des gens précaires. Il reste calme quand il se fait couper la parole par la journaliste d’une question cynique (« Et cela a servi à quoi ? » demande-t-elle en substance).

Il reste calme.

il prend une anecdote pour résumer sa pensée: sa mise en accusation en octobre dernier du labo Sanofi sur les effets du Dekapine, et la meute de journalistes qui l’interroge alors sur sa position personnelle par rapport … à la présence du drapeau européen dans l’hémicycle… Quelle futilité.

La plupart des journalistes ne s’intéressent plus au fond. L’analyse politique est vide à souhait.

Comme d’autres, Ruffin a la patience de penser qu’il peut convaincre même ses adversaires.

C’est louable et fascinant.

 

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La lutte des classes et combat personnel.

J’ai tenté de faire le tri dans des vieux billets. Les ranger par année et mandats. Un travail un peu long, et pour quelle utilité ? Mettre en ordre les traces numériques qu’on laisse derrière soi. C’est un peu futile tant le travail est titanesque.

J’ai suivi longtemps des fils Twitter d’ami(e)s décédé(e)s: avaient-ils nettoyé leurs comptes auparavant ?

Sans doute pas.

Bref.

En triant ces billets politiques de Sarkofrance, j’ai du passer en revue des mois, des années d’évolution et de doutes. L’avantage du blog politique est qu’il permet d’écrire plus longuement que ces quelques mots d’humeur lancés sur les réseaux sociaux.  J’ai ainsi pu relire la progressive déception, l’incompréhension manifeste devant l’évolution politique que se déroulait devant nous.

Et en même temps,  la colère qui montait en parallèle.

En relisant quelques-uns de ces billets des deux quinquennats précédents, j’y ai senti la perception grandissante de que la lutte des classes remplaçait les autres clivages.

L’antisarkozysme avait brouillé le combat politique. Le Hollandisme gouvernemental l’a « paradoxalement » clarifié. Le renoncement de Hollande, qui a permis l’élection surprise de Macron, a précipité cette situation.

Nous y sommes.  Non pas que cela me réjouisse. Je sens qu’une fraction croissante d’ex-camarades militants ou sympathisants socialistes le comprennent enfin. La question n’est même plus dans cet illusoire combat de la droite contre la gauche.

C’est une bien une classe dominante mais minoritaire qui gouverne.

Elle a ses représentants, ou ses travailleurs détachés devrions-nous dire. Certains n’en sont pas, mais ils sont zélés dans leur ouvrage. Ils pensent sans doute sincèrement qu’un jour cela va « ruisseler » pour eux. Pour se rassurer, ils ressassent combien ils détestent la personne de Mélenchon (est-ce seulement le sujet ?), combien il n’y aurait pas d’alternative (vraiment ?), combien le programme des autres est irréaliste, etc.

Cette lutte des classes n’a pas trouvé sa traduction politique. C’est un constat parfois désolant, mais qu’il faut bien faire.

Les insoumis, le Media, les économistes atterrés, Fakir, la joyeuse troupe de Charline Vanhoenecker, les éditos faussement humoristiques de Nicole Ferroni, Acrimed, le Monde Diplo, Politis, The Atlantic, l’Huma, quelques socialistes, les communistes, la liste de celles et ceux qui relatent ou combattent, mais toujours s’opposent au monopole politique de la France d’en haut, est longue et fragmentée.

Combien de temps avant la convergence des idées, des mouvements et puis enfin des luttes ?

Michel Barnier et les lobbies

Édifiante vidéo de François Ruffin, définitivement l’un des meilleurs députés de cette législature. Les lobbyistes ont aussi fait l’objet d’une belle enquête du média numérique Les Jours, avec 13 articles déjà.

Comment les entreprises influencent la loi est un secret bien gardé, depuis toujours.

Parce que c’est un peu honteux.

Cela se passe en coulisses. Les entreprises peuvent y consacrer plus de moyens que les particuliers, les associations, les syndicats.

C’est un combat inégal.

 

La chasse à courre d’Emmanuel Macron

Ce n’est pas le début, mais la suite d’un mauvais processus.

Olivier Besancenot, il y a peu, a parfaitement résumé cette gigantesque chasse à courre relancée par Emmanuel Macron.

« Là-haut, ils doivent être hilares » résume-t-il. Il a raison. Vous êtes, nous sommes tous le privilégié de quelqu’un d’autre. Il y a toujours quelqu’un qui a un statut plus sympa, des avantages plus agréables. Et toujours aussi quelqu’un d’autre de plus défavorisé par rapport à soi-même.

La vénerie aussi appelée « chasse à courre » ou encore désignée par « chasse à courre, à cor et à cri », « chasse à bruit » (« venatio clamosa ») ou « chasse par force », est un mode de chasse ancestral qui consiste à poursuivre un animal sauvage (traditionnellement le cerf, le sanglier, le chevreuil, le renard ou le lièvre) avec une meute de chiens courants, jusqu’à sa prise. Seuls les chiens chassent, grâce à leur odorat et leur instinct de prédateur. Le rôle de l’homme, généralement cavalier pour la circonstance, consiste à les contrôler et à les suivre. (sourvce Wikipedia)

Macron, comme hier Sarkozy, est parvenu à lancer cette gigantesque chasse à cour où quelques riches galopent en soufflant dans leurs trompes, accompagnés d’une meute de chiens de chasse qui enchaînent bêtement les cibles .

Nous en sommes là.

 

Le macronisme, ce congélateur

« En France, le macronisme est, malgré les apparences, un pôle minoritaire qui a acquis une forme de centralité et évoque désormais une possible nouvelle stabilité politique. Car le régime de la Ve «congèle» davantage la vie politique qu’un régime parlementaire. »

 

Gael Brustier, qui vient de quitter le Media TV, résume en ces mots une partie de notre situation politique à toutes et tous dans un article publié sur Slate.fr. Son argument est par ailleurs très critique à l’encontre de la France insoumise, dont il juge la stratégie « enlisée ». Second argument dans lequel je me retrouve, « pour une force politique comme celle de Jean-Luc Mélenchon, deux fronts sont ouverts: l’un en direction des électeurs de gauche, l’autre en direction des abstentionnistes. » Brustier pense ensuite que Mélenchon et les insoumis font mal le job, qu’ils se trompent d’arguments et de posture.

Bizarrement, je pense que Brustier, comme d’autres, avec plus de légitimité et de candeur que d’autres sans doute, a du mal à comprendre deux réalités.

La première est que l’expression d’un désaccord au sein des insoumis n’est pas un drame. Et pourtant chaque début du commencement d’un désaccord est rapidement caricaturé comme une douleur là il n’y a souvent que débat interne. Les débats internes peuvent être vifs. Les mots peuvent être durs. Tout cela ne reste que du débat. Il faut parfois prendre un peu de recul.

La seconde réalité est que la question n’est plus vraiment dans la revendication d’un clivage gauche/droite (Brustier évoque une nécessaire « union de la gauche » pour les élections européennes… mon dieu…), ou d’étiquettes partisanes (non pas qu’elles dérangent, mais tout le monde s’en fout). La question est de revendiquer l’existence d’une lutte des classes qu’il faut expliciter et exposer (l’un ne va pas sans l’autre). Il y a beaucoup de sympathisants insoumis (dont votre serviteur) qui ne cherchent pas à revendiquer une étiquette de gauche (car combien de fois a-t-elle dévoyée ?), qui ne cherchent pas à convaincre de « voter à gauche » mais simplement à poser ce clivage, de rappeler qui est l’adversaire (cette France d’en haut qui gouverne), et qui est l’ennemi (la Bête immonde des frontistes).

La troisième réalité est que la véritable tâche est là dans ce travail d’explication de la réalité. Et cette tâche est rude car nous sommes souvent coincés entre les éructations identitaires et le cynisme faussement bisounours de la novlangue libérale. Mais la réalité, statistique, est l’aggravation de la situation sociale du plus grand nombre, l’amélioration exponentielle du sort d’une minorité, la confiscation des richesses, du travail et de l’avenir. Oui la France insoumise va encore perdre des élections. Et la macronista, épaulée par ce grand congelateur de la démocratie qui s’appelle la Vème République, va sans doute en gagner.

 

Ces gens qui parlent enfin de la vraie réforme de la SNCF.

La plupart de temps, celle et ceux qui donnent des leçons sur la SNCF ne l’utilisent que rarement, sauf pour aller au ski ou au Festival d’Aix.

Parfois, d’autres voix s’expriment.

#1. C’est un homme de droite, fils et petit-fils de cheminot, qui soutient la réforme macroniste, mais qui prévient de son désaccord avec la dite réforme sur quelques points dont celui-ci, très simplement:

« Le statut, ça reste important pour les intéressés parce que la SNCF rémunère moyennement ses agents. Donc, si on supprime le statut des cheminots, qui permet une augmentation régulière de salaire chaque année, la SNCF doit se préparer à payer beaucoup plus cher ses agents. La SNCF devra payer au prix du marché, sinon elle ne trouvera pas de conducteurs. Elle a déjà, d’ailleurs, du mal à en recruter. Elle ne trouvera pas, non plus, de contrôleurs. Il faut que la SNCF sache qu’elle va devoir faire un effort salarial. »

#2. Il y a eu également aussi ce JT du Média, le 13 mars, sur la réforme de la SNCF, avec des représentants de cheminots invités. L’entretien fut simple, direct, apaisé. Celui de la CGT a détaillé quelques propositions – si l’Etat reprenait la dette de la SNCF, entreprise publique dont l’endettement n’a que peu à voir avec le statut des cheminots, voici 1,7 milliards d’euros d’intérêts annuels que la SNCF économiserait pour les investir ailleurs.

#3. Il y a eu cette intervention de Jean-Luc Mélenchon sur la SNCF, de retour de Guyane (20ème minute de la video ci-dessous), qui rappelle que cette contre-réforme provient d’une décision européenne: « ils vendent des fuseaux horaires »…. Vendre des fuseaux horaires, notez cette bêtise libérale… « Là où cela ne rapporte pas, il n’y aura plus de train. »

L’explication est simple, imparable.

 

#4. Il  y a aussi Alexis Corbiere qui pointe un risque, la privatisation de la SNCF. Pourquoi ? Pour une raison simple qui sera résolu à l’heure où vous lirez ces lignes: quel pourcentage d’actions incessibles le capital de la future SNCF SA disposera ? France Info rappelle très utilement qu’il fallut batailler en 2009 pour éviter que la Poste ne subisse une pareille privatisation larvée. Mais plus grave, même si la SNCF reste 100% publique, le transport sur rail sera privatisé, c’est-à-dire ouvert à la concurrence. Et, cela me fait mal de l’écrire, à cause de l’Union européenne. Y-a-t-il plus débile comme décision que de vouloir mettre en concurrence des entreprises de transport ferroviaire qui par définition n’ont pas le choix des trajets ?

#5. Il y a enfin et surtout cette gêne macroniste à parler de l’essentiel: cette contre-réforme de la SNCF n’a qu’un motif, une exigence de l’Union européenne. Macron n’avouera pas, il n’avouera jamais qu’il lance cet assaut à cause de cela, et uniquement à cause de cela, le besoin d’ouvrir à la concurrence le rail français l’an prochain. Et donc de préparer notre entreprise nationale, pour le meilleur et pour le pire.

On parle donc de la SNCF, celle que l’on accuse de tous les maux quand il y a des retards ou des grèves.

Celle que l’on stigmatise facilement sur les réseaux sociaux.

Celle qui nous prévient régulièrement, pour celles et ceux qui prennent le métro ou le rail, que la ligne est interrompue « en raison d’un incident voyageur », c’est-à-dire un accident ou d’un suicide.