Archives pour la catégorie Chroniques de gauche

Ces deux députés novices de la France insoumise qui décoiffent

Voici deux interventions récentes, parmi d’autres, de deux des nouveaux députés insoumis. Deux qui nous réjouissent à l’Assemblée. Deux qui disent bien haut, et simplement, ce qu’il faut dire pour tenter de revaloriser une enceinte réduite à un rôle de godillot.

Merci à eux.

 

Député Rufin, comme il faut.

L’explication du député Rufin à un journaliste (pourtant) de France inter, au lendemain du boycott de l’allocution inutile de Macron à Versailles vaut le détour. Elle est déjà parfaite de sincérité. Imaginez seulement qu’elle ait eu lieu deux jours plus tard quand nous apprenions que les deux tiers des députés macronistes n’avaient pas pris la peine de se déplacer à l’Assemblée pour voter sur la prolongation… de l’état d’urgence.

Imaginez .

 

 

Pourquoi Mélenchon n’est pas la France insoumise

Un libéral-démocrate  – c’est comme cela qu’il se qualifie – assimile la France insoumise à du « fascisme rouge« .

« Fascisme rouge » ?

Sans rire.

Le projet politique de la France insoumise, écrit-il, « se révèle pourtant terriblement dangereux. Bien plus dangereux que celui du FN qui atteignait déjà un rang élevé sur l’échelle de la nocivité. Ce n’est pas pour rien si Marine Le Pen s’est vue reprocher de s’aligner sur le programme de Mélenchon. Alignement trop mou, trop respectueux de la démocratie sur laquelle ce dernier s’asseyait, lui, sans tergiverser. Lui aime bien la violence, à commencer par la violence verbale. « 
Et il continue, pour illustrer cette « violence verbale » de Mélenchon, par citer … Gérard Filoche qui raillait la mort du président de Total. « Ce goût du sang est tout à fait conforme aux valeurs de Mélenchon qui lui offre « l’asile politique » au cas où le PS prendrait des sanctions (méritées). » Il rassemble une poignée d’anecdotes. Il accuse aussi Mélenchon d’être « adepte de la brutalité physique« . Des preuves ? Aucune sauf qu’il assimile les « manifestations et démonstrations de force dans la rue » à de la brutalité physique. Il ment enfin quand il affirme que Mélenchon « cautionne la police vénézuélienne tirant sur la foule« .
On est sans doute à la limite de la diffamation. On est habitué. Les mêmes braillaient pour qu’on vote contre Le Pen au second tour.
« Je condamne toutes les violences d’Etat, que ce soit au Venezuela, à Barheïn ou ailleurs, quoiqu’elles ne soient pas de même nature et intensité » Jean-Luc Mélenchon, avril 2017.
Je ne suis pas là pour défendre Mélenchon. Mais cette bouillie néolib publiée sur le site Atlantico peut servir de prétexte pour s’interroger sur le rapport entre les programmes politiques et les hommes (ou femmes) qui les incarnent.

#1. La Vème République monarchique sur-incarne l’action politique dans des personnes. C’est un fait qui n’est pas nouveau. On peut donc facilement assimiler les programmes aux hommes qui les défendent. C’est parfois la seule chose qui nous reste à faire quand le programme est flou ou changeant.  Prenez Nicolas Sarkozy: il fut si girouette en une décennie (2007-2012), en triangulant tour à tour la gauche puis l’extrême droite, qu’on a compris que son opportunisme politique dépassait son programme. Emmanuel Macron semble suivre cette voix, mais il encore tôt pour le dire.

Dans le cas de Mélenchon, l’affaire est plus simple. Il y a un programme, écrit et publié. Peut-on y lire une quelconque trace de « fascisme rouge », c’est-à-dire un mélange de restriction des libertés politiques individuelles au profit d’un autoritarisme ? Rien, nada. C’est tout le contraire.

#2. Confondre les hommes et leurs programmes est souvent une erreur. D’après ce que je sais, et qui est peu en la matière, François Hollande avait tout du bonhomme sympathique (exception faite sans doute de son attitude vis-à-vis de Valérie Trierweiler, mais là, on rentre carrément dans l’intime). Je l’ai rencontré une fois, quelques bons amis ont travaillé pour lui durant ce quinquennat et jamais ne m’ont-ils décrit un homme brutal ou désagréable. Mais le problème, pour moi, fut la politique que Hollande a suivi. Une politique sans doute conforme à ses convictions personnelles, une politique qui a finalement peu varié durant le quinquennat, mais une politique éloignée de celle défendue par une large part de ses électeurs et, de surcroit, une politique qui a échoué. Je n’ai jamais aimé qu’on attaque Hollande sur sa personne, son action politique suffit pour la critique.

#3. Revenons à Aurélien Véron. Président du Parti Libéral Démocrate, il plaide entre autres pour supprimer l’Etat providence, « qu’il juge ruineux et infantilisant« , l’instauration d’une « flat tax », et l’ouverture des assurances sociales et des écoles à la concurrence (source). On pourrait lui rétorquer, on devrait lui rétorquer que la violence sociale qu’il promet aux plus fragiles est un fascisme libéral insupportable.

Mélenchon n’est pas la France insoumise. Loin de là. Il n’en est que le porte-parole efficace. Ce mouvement rassemble des « rouges« , des gens d’extrême gauche, des déçus du hollandisme, des gens comme moi, des sans-opinion, des jeunes qui n’avaient jamais voté avant. Les variations électorales entre la présidentielle et les législatives montrent bien que cette mouvance est variée, variable et que les caricatures de « vrauchisme » (*) sont d’un autre temps.

 

 

 

(*) Rappelons que l’expression a été inventée par votre serviteur. L’histoire est parfois cocasse.

De l’illégitimité en République

 

On a beaucoup parlé de l’illégitimité des nouveaux élus, à cause de l’abstention. On en a beaucoup parlé sans vouloir sans doute comprendre, par paresse, fatigue ou mauvaise foi.

Ce parlement élu est légitime d’après les institutions: à l’exception de quelques scrutins, (dont la surprenante élection de Manuel Valls grâce à un « sursaut » dans 2 bureaux de vote de Corbeil-Essonnes, cette même commune où Serge Dassault a appelé à voter Valls), le résultat des urnes n’est ni contestable ni contesté. Et les gagnants ont gagné.

Dans ce nouveau parlement élu, il y a une majorité macroniste. Elle regroupe des députés La République En Marche, des Modemistes, et quelques autres (dont Valls, encore). Ces gens vont appliquer un programme de « réforme » du code du travail sans précédent, mais aussi l’inclusion de l’état d’exception dans la loi régulière du pays. Et bien d’autres choses encore. Sur quelle majorité politique s’appuieront-ils pour faire cela ? Une quinzaine de pourcentage d’inscrits.

Rien de plus.

L’arnaque absolue.

« Notre peuple est entré dans un forme de grève générale civique dans cette élection, faisant ainsi la démonstration d’état d’épuisement d’institutions qui prétendent organiser la vie de la société avec un mode de scrutin où une minorité étriquée a tous les pouvoirs. » Mélenchon, 18 juin 2017.

Mélenchon n’a pas été « mieux » élu. Mais Mélenchon ne prétend pas mettre à bas la République sociale.

Nuance.

La France insoumise, cela n’a échappé à personne, n’a gagné ni cette présidentielle ni les législatives. Elle n’a de voix que d’opposition. Il ne s’agit pas de parler pas pour celles et ceux qui refusent de parler. Il s’agit d’expliquer à ceux qui braillent qu’ils ont gagné, qu’ils ont gagné sur peu.

Contrairement à ce que certains commentateurs libéraux ont rapidement propagé dimanche soir, Mélenchon n’a pas dit que les abstentionnistes étaient des insoumis. Il a même dit l’inverse. Il a constaté l’échec: « le pays n’a pas cru qu’il était possible de faire autrement ».

La France insoumise a perdu cette manche car elle n’a pas réussi à convaincre les abstentionnistes. Et Mélenchon ne dit pas autre chose quand il, déclare ceci:

« Je vois dans cette abstention une énergie disponible pour peu que nous sachions l’appeler au combat ».

 

Faut-il répéter ce constat évident  ? Non. Il ne faut pas. Il ne faut plus. Il faut peut-être se taire, laisser les critiques brailler, les laisser s’enferrer dans leur ressenti personnel qui n’a pas parfois plus grand chose de politique. Les mêmes qui nous demandaient d’aimer Mosco, Camba, Valls, et quelques autres chouinent parce que Mélenchon leur parle désagréable… Qu’y pouvons-nous ?

Qu’un(e) député(e) élu(e) sur 60% d’abstention ose me dire qu’elle/il a mandat pour changer l’organisation de notre vie sociale est une escroquerie.

« Il n’y a pas dans ce pays de majorité pour détruire le code du travail, réduire les libertés publiques, ni non plus pour l’irresponsabilité écologique, ni pour cajoler les riches. » Jean-Luc Mélenchon au soir du premier tour législatif.

Cette illégitimité politique est aussi un danger. Combien de gens se reconnaissent-ils dans ces jeunes ou moins jeunes bourgeois élus député(e)s de la « République en Marche » ? Combien ?  Le mouvement macroniste a même réussi à faire élire un élu guadeloupéen qu’on croirait sorti tout droit de CIVITAS.

 

 

 

Retour sur un vote blanc 

Dans ma circo, le choix du second tour législatif se portait entre un candidat En Marche et un candidat LR, de surcroît juppeiste.

J’ai hésite entre l’abstention et le vote blanc. J’ai choisi le vote blanc.

Cette circo illustrait parfaitement le non-choix auquel nous étions confronté ce dimanche dans certaines circonscriptions. Qui peut être surpris que l’abstention et le vote nul soient aussi forts ?

J’ai heurté certains anciens camarades de jeu en écrivant que cette élection législative, avec 56% d’abstention, était politiquement illégitime. Pourtant ces députés, quelque soit leur bord ont été mal élus. C’est triste et factuel.

En 2007, le même scrutin avait donné une majorité confortable et bien élue à Nicolas Sarkozy. Pareil en 2012 pour François Hollande. Rien de tel cette fois-ci.

Le plus surprenant, pour votre humble serviteur, est que ce scrutin était trèsb ouvert. On dirait que les électeurs socialistes ou LR sont simplement allés… ailleurs. A la pêche, à la piscine ou ailleurs. Au premier tour, ce sont les classes populaires et les jeunes qui ont déserté. J’entends encore quelques soutiens de Macron  me brailler que c’est bien de notre faute, nananananallère. Si l’on sort des querelles de boutique, et des enfantillages qui les accompagnent parfois, force est de constater que les électrices et électeurs ont simplement déserté.

C’est factuel et triste, le reste n’est qu’agitation.

Macron, réveille-toi.

Je n’aime plus trop caricaturer. C’est fatiguant. Sarko était primaire, on était primaire. Depuis la fin de Sarkofrance en mai 2012, il a même fallu passer par une étape différente, un sas de décompression où nous avons défendu Hollande, de moins en moins pendant 2 ans. Jusqu’à clasher quand Valls fut propulsé à Matignon.

Mais Valls a ramené le PS au niveau de son propre score à la primaire socialiste de 2011. Le PS est en faillite, il a fait appel aux dons ce lundi 12 juin. Valls lui-même n’est plus grand chose maintenant, ça reviendra peut être. Ou pas. Il y a fort à parier que Macron fera tout pour s’assurer que Valls reste bas, très bas, et partout. Pourtant Valls fut l’un des rares de l’ancienne équipe Hollande à s’en sortir pas trop mal à l’issue de ce premier tour législatif.

Macron a réussi tel Louis-Napoléon Bonaparte. Un référendum sur son nom, la majorité du pays à l’époque ne pouvait voter. Aujourd’hui, elle s’abstient par découragement ou indifférence.

J’ai entendu des critiques de la part de soutiens de Macron. En gros, elles se résument en une phrase: vous les Insoumis qui êtes si forts, vous n’avez qu’à vous en prendre qu’à vous même si les gens sont abstenus.

Cet argument est, comment dire… restons poli… Cet argument est débile. Au sens littéral du terme: débile, c’est-à-dire faible.

Les candidats macronistes ont fait la preuve mathématique de leur incapacité à convaincre le pays. 24 millions de personnes en âge de voter se sont abstenues. Que celles et ceux qui pensent que c’est la faute,à Mélenchon se taisent, par décence. Chaque élection présidentielle, depuis l’inversion du calendrier voulue par Jospin, amplifie le succès du vainqueur puisqu’elle décourage les supporteurs des vaincus.

Qui a rappelé que les candidats de la République En Marche ont rassemblé moins d’électrices et d’électeurs que Macron au premier tour de l’élection présidentielle ? Moins de 7 millions de voix, au total, la désertion est collective, générale, totale. Les perdants du 1er tour présidentiel ont davantage morflé que le gagnant Macron.

Par indifférence, une majorité du pays s’est livrée dans des conditions rocambolesques à un homme sans parti ni programme autre que la continuation de celui de son prédécesseur, mélangé avec celui du prédécesseur d’avant, et sans contre-pouvoir.

In fine, la France a donné une vraie leçon au monde démocratique: celle d’une démission collective.

Qui n’est pas dévasté ?