Archives pour la catégorie Chroniques de gauche

Ce qu’il faut lire sur « aufstehen »

aufstehen

Pour assimiler les insoumis français et leurs alliés européens potentiels à l’extrême droite souverainiste, le Parti médiatique ne s’épargne aucun effort. L’un des derniers en date a consisté à désigner comme xénophobe le récent mouvement allemand « AufStehen! » (« Debout! »). On a vu ainsi fleurir articles et éditoriaux dans toute la presse dominante, y compris chez quelques médias considérés à gauche tels Libé, Le Monde, ou France Inter.

Dans son discours de rentrée à Marseille, Mélenchon a expliqué le propos: oui, il y a des migrants; oui, il faut les aider; oui, le capitalisme aime à profiter des plus pauvres d’entre les pauvres.

Au gauche, quelques-uns ont joué aux idiots utiles de cette Macronista qui cherche à amalgamer la France insoumise avec l’extrême droite. Olivier Besancenot a rejoint Benoit Hamon pour insister sur ce clivage qu’ils auraient avec la France insoumise, alliée à Aufstehen…

Mais qui a lu le manifeste de Aufstehen ? Qui a lu autre chose que les compte-rendus de ces journaux et les analyses de ces éditocrates ? On peut penser que l’allemand est peu parler ou compris par nos éditocrates et observateurs politiques. LeMedia, dans sa version presse, corrige cette lacune en traduisant le manifeste de AufStehen.

Que chacune et chacun juge enfin sur pièces. Ce texte a été écrit et publié dans un pays qui a accueilli plus d’un million de migrants entre 2015 et 207, quand la France faisait la moue pour en accueillir 10 fois moins.

J’ai ci-près volontairement sélectionné

« Ce sont surtout les grandes entreprises et les propriétaires qui profitent de la globalisation. Du libre-échange, des privatisations et du marché européen intérieur. Pour les nantis, la promesse de l’Europe a été tenue. Les personnes qualifiées et mobiles peuvent utiliser les nouvelles libertés. Par contre près de la moitié de la population dispose d’un revenu inférieur aux années 90. Pour beaucoup la libre circulation et l’immigration se traduit par une concurrence accrue sur le marché du travail et des emplois moins rémunérés. Également pour les employés de l’est dans les abattoirs et dans la santé en Allemagne l’exploitation s’est accrue. Et pendant que les konzernes déversent de hauts dividendes, les pauvres se battent à table pour des aliments périmés.

(…)

« La destruction de la cohésion sociale, la montée des aigreurs et le sentiment d’impuissance crée un terreau pour la haine et l’intolérance. Bien que la raison principale de la peur du lendemain soit la crise de l’État social et une instabilité globale la crise migratoire a conduit aussi à de l’insécurité. Les exactions sur des personnes en raison de leur apparence ou de leur religion s’accumulent. Nous refusons le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. C’est pourquoi nous jugeons irresponsable la méthode Merkel de traitement de l’immigration. Les villes, les communes, les bénévoles sont laissés seuls. Beaucoup de problèmes déjà existants comme le manque de logements, les écoles surchargées, places en maternelle manquantes se sont aggravés. Au bout du compte, ce sont de toutes façons les plus pauvres qui trinquent.

(…)

Voici nos buts :

  • Une nouvelle politique pour la paix (…)
  • Des emplois sûrs, de bons salaires, une fiscalité juste et un nouvel État social dans une économie innovante (…)
  • Une économie environnementale soutenable, (…)
  • Arrêter les privatisations et ré-nationaliser, (…)
  • Une formation de haut niveau pour tous (…)
  • Sauver la démocratie (…)
  • La sécurité dans la vie quotidienne (…)
  • Une Allemagne européenne dans une Europe unie de démocraties souveraines. (…)
  • Aide à la détresse : assurer le droit d’asile pour les réfugiés. Stopper l’exportation d’armes dans les régions de tension et cesser le commerce déloyale. Aider les réfugiés de guerre et climatiques. Lutter sur place contre la pauvreté, la faim et les maladies de la misère et ouvrir des perspectives dans les pays de naissance. Égaliser les chances de vie pour tous les peuples à un haut niveau en accord avec les ressources. »

 

Pour sûr, le débat n’a pas été inventé par des éditocrates français en mal de caricatures. En Allemagne, il existe. L’irruption du mouvement aufstehen provoque et divise à gauche, et même (et surtout) au sein de Die Linke. Mais ces échanges ont été moins caricaturaux que le portrait qui en a été fait en France.  aufstehen est un mouvement, pas un parti, une initiative à suivre dans un pays où la droite conservatrice est pouvoir depuis 15 ans et où la « prospérité » prédatrice pour les voisins de l’Allemagne a été acquise au prix d’une aggravation de la précarités des plus fragiles. 

Lisez donc.

 

 

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Voter « Maintenant le peuple ! »

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Depuis 2012, j’ai voté à toutes les élections pour le Front de gauche puis les insoumis, malgré pas mal de désaccords, pour l’essentiel en matière de politique étrangère: le Vénézuela, Poutine, Assad, l’anti-américanisme systématique, etc.

Autant dire que le scrutin européen n’est pas le plus simple pour votre serviteur. Et pourtant…

Primo, l’Union européenne a déçu, gravement déçu. Elle s’est même davantage éloignée de l’idéal que l’on nous vend. L’exemple grec a illustré dans la douleur, une douleur extrême, combien l’UE n’était pas solidaire. L’idéal européen était bien loin, il s’agissait de sauver non pas la Grèce mais de lui faire rendre gorge pour sauver les banques françaises et allemandes qui lui avaient complaisamment prêtées. Le traitement des migrants est un autre exemple: où est passée l’Europe terre d’accueil ? La compromission de Macron avec les positions de repli xénophobe européen (réduction du droit d’asile en France, traque aux migrants en Europe) le disqualifie pour tout discours europhile.

Secundo, l’europhilie aujourd’hui ne peut s’incarner dans des partis qui, en France comme ailleurs, saborde les services publics et défendent une politique de classe contre le plus grand nombre. Il est absurde et ringard de croire encore les discours lénifiants pro-européens d’un Macron quand son Europe n’est rien d’autres qu’un asservissement supplémentaire des peuples. Prenez deux exemples récents. La réforme de la SNCF et celle du secret des affaires. Ces deux textes nous ont été « vendus » comme l’application de textes européens. La privatisation du rail d’une part, et le musellement des journalistes et lanceurs d’alerte d’autre part… Merci du cadeau…

Tertio, terminons avec la France insoumise. le Venezuela est devenue une anecdote pour trolls. Macron va davantage de bisous avec Poutine que Mélenchon. Et la real-politik que je reprochais à Mélenchon à l’égard d’Assad est largement suivie par Macron. Enfin, les insoumis ne sont pas seuls. Ils sont dans une alliance européenne cohérente. Comme dans toute alliance, il faut du compromis. J’entends les caricatures: « Mélenchon est contre l’Europe »; « les insoumis sont contre l’Europe ». Ces caricatures, car il ne s’agit de rien d’autres, ne servent à rien sauf à salir l’image de celles et ceux qui les relayent. Prenez le temps de lire les propositions (elles sont à lire ici, sur le site de la France insoumise) et, au passage, faites nous passer le programme macroniste (ah moins qu’il ne s’agisse que du programme présidentiel de 2017… qui sait ?).

Il va se passer encore du temps d’ici le printemps prochain et le scrutin. Mais pour l’heure, le choix parait évident: « maintenant le peuple ! »

 

« Si jamais on nous dit qu’on ne veut pas de notre plan A, dans ce cas on fera notre plan B : on le fera quand même. Et on le fera avec tous ceux qui seront d’accord pour le faire avec nous. Notre programme ne peut s’appliquer dans les traités européens actuels. Si nous arrivons au pouvoir, nous ferons donc une proposition à nos partenaires européens pour changer les traités européens. C’est le plan A. Il n’y a pas d’Europe possible sans la France.  » Jean-Luc Mélenchon

JLM Twitter

 

 

 

 

 

 

Quand Mélenchon lance la campagne des Européennes

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Avant que Jean-Luc Mélenchon ne parle ce samedi 25 août à Marseille devant 3000 personnes, on a entendu beaucoup de bêtises sur la campagne des élections européennes de la France insoumise. L’objectif premier des leaders macronistes était simple, assimiler les insoumis et d’une façon générale toute opposition à leur programme (d’ailleurs quel est-il ?) à du nationalisme étriqué et/ou populisme dangereux; tenter de faire croire qu’insoumis et frontiste, Melenchon et Le Pen, c’est finalement la même chose; ou que Mélenchon veut sa revanche de la présidentielle (allez vous répéter cet argument à chaque élection ? #lol).

« Dites-moi monsieur , quels sont vos alliés pour une coalition européenne ? Parce que nous nous pouvons vous répondre. Nous sommes des internationalistes. Nous avons fait une coalition européenne : «Maintenant le peuple !» »

Ce samedi-là à Marseille, Mélenchon a donc répondu et clarifié, n’en déplaise à certains adeptes du TINA.

1/ Mélenchon a évoqué l’immigration, et notamment l’alliance avec Die Linke, ou plutôt avec le mouvement lancé par Sahra Wagenknecht, laquelle avait rappelé récemment que « Plus de migrants économiques, cela signifie plus de concurrence pour les bas salaires dans le secteur de l’emploi. » En France, quelques grincheux macronistes se sont précipités pour l’assimiler à Le Pen. Les mêmes qui applaudissent au vote du Code de la Honte, qui excusent l’attentisme criminel de Jupier face aux migrants, ceux-là donc donnent des leçons « d’accueil » à nos voisins d’Outre-Rhin lesquels ont accueilli près d’un million de migrants en une année: « honte à ceux qui organisent l’immigration par les traités de libre-échange et qui l’utilisent ensuite pour faire pression sur les salaires et les acquis sociaux ! »

« Nous refusons que la politique nationale soit entièrement happée par une peur qu’on chercherait à répandre : non, il n’y a pas d’«invasion» », a répété Méluche. « (…) Si vous voulez faire quelque chose d’utile en matière d’immigration, arrêtez de demander aux paysans africains de s’intégrer dans le marché mondial, arrêtez de faire des traités de pêche qui détruisent les réserves halieutiques. »

Sur le devoir d’humanité, nulle hésitation: « L’Aquarius, c’est quoi ? C’est 191 personnes qui ont été sauvées de la noyade. Nous disons : bravo l’Aquarius ! Bravo l’Aquarius ! Le soutien à ceux qui sont dans la détresse est un devoir pour nous ! »

2/ Les élections européennes seront-elles un référendum anti-Macron ? Nul ne sait. Doivent-elles l’être ? Assurément. Pour deux raisons simples. Primo, Macron s’est auto-érigé en modèle et champion de la Commission européenne, de cette conception libérale, pro-marché, anti-écologiste, anti-sociale de l’Europe. Macron défend une vision passéiste de la construction européenne, une conception qui néglige le rapport de forces et acce^te le consensus systématique du plus petit dénominateur commun: « Monsieur n’existe pas. Il est juste le copiste de la Commission européenne. Sa «réforme» du code du travail est une demande de la Commission. De même que sa «réforme» de la . »

Les élections européennes seront l’occasion de voter pour ou contre le glyphosate, pour ou contre privatiser les barrages, pour ou contre l’Europe de la Défense, pour ou contre la régulation de la finance, pour ou contre le protectionnisme européen.

Bref, cette élection est évidemment, également, et avant tout une élection pour ou contre Macron tant ce dernier incarne l’affaiblissement de la République sociale et populaire.

« Nous allons faire de l’élection européenne un référendum anti-. Nous allons inviter les Français à lui mettre une raclée. Démocratique. »

 

 

 

 

 

Le nouveau président du Medef

Sur la réforme du Code du travail : « Je pense qu’on va d’abord avoir une vague d’embauche avant d’avoir une vague de licenciement. »
septembre 2017, franceinfo

 

Petit homme.

Tout petit homme.

Il faut lire la suite de son best-of.  Cet homme vit dans son idéologie, un monde parallèle.

 

Lire

Les leçons espagnoles

En Espagne voisine, le premier ministre conservateur a été renversé la semaine dernière par une alliance improbable mais convaincue que les faits de corruption reconnus la semaine précédente ne laissaient d’autre choix qu’un changement rapide de gouvernement. C’est une première leçon.

« Jeudi 24 mai, l’Audience nationale, le tribunal espagnol chargé des affaires les plus graves, a finalement condamné plusieurs cadres du PP. Trois d’entre eux, dont l’ex-trésorier du parti Luis Barcenas, ont écopé de peines de prison allant jusqu’à 51 ans. L’ancienne ministre de la Santé, Ana Mato, et le parti ont été condamnés à rembourser près de 300 000 euros indûment perçus. La justice reproche aux condamnés d’avoir participé à « un authentique et efficace système de corruption institutionnelle au travers d’un mécanisme de contrats publics », entre 1999 et 2005.  » Source: France Info

L’Espagne donne une leçon d’efficacité à ses voisins, pour une fois.

Voici une démocratie, comme toute récente, qui après une séquence détestable où elle a fait la chasse à l’indépendantiste catalan, s’est débarrassé de son gouvernement une fois que la corruption du parti au pouvoir avérée. En France, Nicolas Sarkozy a bénéficié de la clémence d’un pays dont la justice n’est pas indépendante du pouvoir. Il faut une décennie ou deux avant pour arriver à un jugement.

Bien sûr, rien n’est réglé. Politiquement en tous cas.  Ce n’est certainement pas une victoire « politique« . Le nouveau premier ministre a rapidement expliqué qu’il appliquerait le budget voté par les conservateurs. Mais il veut tenter quelques mesures plus sociales avant les élections anticipées. Alors qu’il a été propulsé au sommet grâce aux votes des 71 députés de Podemos (le PSOE en a 84), le nouveau promu socialiste les a ensuite boudé. Belle erreur sans doute. Pourquoi un PS « pasokifié » se prend-t-il encore pour le centre du monde politique ? En Espagne, c’est le PS qui a refusé l’alliance et la main tendue.

C’est aussi une autre leçon.

 

 

La fête à Macron

Faut-il dresser la liste?

Cette tribune commence ainsi, et la réponse est oui. Oui, il faudra bien dresser cette liste. Un inventaire de cette guerre de classe qui a bien lieu.

Faut-il dresser la liste ?

Elle est longue.

Trop longue.

Ordonnances travail et « nouveau pacte ferroviaire », hausse de la CSG pour les retraités, pour les étudiants, la sélection à l’université, pour les futurs licenciés, ceux de Carrefour, Pimkie et tant d’autres, plafonnement des indemnités, « maltraitance institutionnelle » dans les Ehpad, sans que la ministre de la Santé trouve autre chose à y répliquer que : « La France n’a pas les moyens budgétaires. »
Cette même France du président Macron qui a supprimé l’Impôt sur la fortune pour les actionnaires et plafonné l’impôt sur le capital : les « moyens budgétaires », elle les a trouvés, en milliards et en urgence. Cette même France où les firmes du CAC40 accumulent près de cent milliards de profits, du jamais vu depuis 2007. Cette même France qui vient d’offrir aux multinationales opacité et impunité grâce au «secret des affaires».

En résumé : tout pour ceux qui ont déjà tout ; rien pour ceux « qui ne sont rien ».
Mais tout ne se passe pas aussi tranquillement. Partout ça résiste : les cheminots évidemment, les facs également, Air France, les hôpitaux, les éboueurs, les caissières, les électriciens… Mais en ordre dispersé, sans leur trait d’union. Si ces ruisseaux de colère convergeaient, quel fleuve puissant ne formeraient-ils pas.
Il y a autre chose aussi, moins visible, plus souterrain, mais plus massif, plus explosif : quelque chose qui ressemble à un vaste désir d’autre chose. Quoi? On ne sait pas, ou pas encore. Mais autre chose que cet économisme étroit, cette bureaucratie patronale qui contrôle, qui « manage », qui évalue sans relâche, qui maltraite aussi. Et ne connaît rien d’autre que ses ratios.

 

Le texte du projet de loi sur la SNCF contient 84 fois le mot « concurrence ». Mais 0 fois « climat », « réchauffement », « biodiversité ». Leur projet de société ? Un dogme sans autre finalité que produire et vendre. Sans bonheur commun, sans solidarité, sans avenir ensemble. Les sans-statut dressés contre ceux qui en ont un afin de protéger ceux qui ont tout.

 

Il est probable que Macron ne se rende pas compte que, sous son règne, tout devient très clair, trop clair. Le moment est peut-être venu de lui faire savoir, pour notre part, où nous en sommes. Dans les ordonnances SNCF, se trouvent repliés tous les éléments d’un monde dont nous ne voulons pas. Si ce qui est clair pour nous ne l’est pas pour lui, rassemblons-nous donc pour le lui expliquer un peu plus nettement. Premier anniversaire à l’Elysée ? Qu’il sente non pas la bougie mais le vent du boulet.

La conscience grandit que cette affaire des cheminots nous concerne tous. Et par conséquent que la dispersion des luttes nous fera tous perdre. Nous pensons qu’il n’y a pas d’autre moyen de le dire qu’une grande manifestation nationale à Paris.
Que ce samedi 5 mai signale aux puissances d’argent qu’elles n’ont pas gagné,
et que le plus grand nombre ne veut pas de leur monde.
Et que le 5 mai, ce grand nombre… se met en marche !

(Source)

 

Allez-y.

C’est demain.