Archives pour la catégorie Chroniques de gauche

Cette drôle de petite musique…

Vous l’entendez sans doute comme moi, cette drôle petite musique.

Une variante consiste à expliquer que Macron et ses député(e)s ont été élu(e)s avec une telle majorité qu’il ne faut ni critiquer ni s’opposer.

Une autre consiste à railler la trop faible opposition, ou à moquer sa division. Comme si le nombre l’emportait sur la justice, comme s’il fallait suivre Macron puisque l’opposition était faible.

Oui, le combat oppositionnel est difficile.

Oui, certaines manifestations ne réussissent pas.

Oui, Macron a gagné l’élection présidentielle, y compris avec certaines de nos voix puisque nous étions traités de traîtres à la République si nous ne votions pas Macron.

Mais l’argument selon lequel la faiblesse de l’opposition devrait nous convaincre d’applaudir le jeune monarque est l’un des plus lâches qu’il m’est été donné d’entendre récemment.

Oui, l’un des plus lâches.

Un moment d’égarement, de stress peut-être. Revenons à l’essentiel: disputons-nous sur le fond de cette politique.

C’est déjà bien suffisant.

Publicités

Le crépuscule de la bourgeoisie

Ne vous méprenez pas, je suis un bourgeois.

Et pourtant ce crépuscule d’une classe sociale qui me ressemble me semble autant une bonne nouvelle qu’une évidence historique.

J’ai entendu le  sociologue Christophe Giully adapter ces jours-ci sur France info sa thèse publiée l’an dernier: la bourgeoisie de gauche a abandonné son vernis social, la bourgeoisie de droite a abandonné son vernis identitaire et religieux, les deux se sont retrouvés dans Macron.  Et ce rapprochement, à peine historique, signe peut être le début de la fin et une période de trouble.

Le PS incarnait un compromis social, une défense des intérêts des plus fragiles portée par une alliance certes ambigüe mais sincère et, surtout, historiquement efficace. La désagrégation de ce compromis est arrivée cette année, quelque part entre avril et mai. A droite, le mouvement est plus profond, plus ancien. L’arnaque du compromis paternaliste s’est faite bouffer de l’intérieur par une extrême droite fascisante et xénophobe. Laurent Wauquiez en est le meilleur exemple.

enthoven

La désagrégation du lien entre la France d’en haut et le reste du pays se constate désormais tous les jours.

Primo, le quasi-consensus de cette France d’en haut et l’hystérisation des critiques qu’elle adresse au reste du monde qui l’entoure est flagrant (cf. tweet de la semaine de l’ex de Carla Bruni ci-dessus). Intellectuels, patrons « modernes« , éditorialistes anciennement journalistes semblent majoritairement plus à l’aise avec des représentants du MEDEF ou de la Macronista qu’avec des insoumis. C’est un premier signe de ce « décollement« .

Un second signe est la quasi-disparition de la seule force politique à gauche qui incarnait un compromis politique entre la France d’en haut et celle d’en bas. Ci-gît le Parti socialiste. Nous l’avons mentionné plus haut. Benoit Hamon a incarné un sursaut sans doute sincère mais politiquement contre-productif comme l’a déjà rappelé Mélenchon (et oui, camarades, rappelez-vous, le vote utile, toussa toussa).

Un troisième signe est la persistance honteuse d’un FN populaire et populiste. Qu’un Laurent Wauquiez, bien-né puis « placé » politiquement la cuillère en argent dans la bouche, tente de récupérer cet électorat en usant des outrances xénophobes et fascisantes de l’extrême droite française ne doit rien au hasard. C’est une tentative tardive de la frange la plus effrayée et crétine de la bourgeoisie française de tenter de se faire bien voir des rageux populistes dont elle s’est coupée par une politique de classe trop voyante.

Le représentant provisoire de cette classe bourgeoise est Emmanuel Macron. Il est parfois interpelé par un député insoumis. L’entretien est parfois filmé comme ce premier mardi d’octobre, courtois, loin des caricatures que les représentants de ce système bourgeois ont tendance à propager.

Ecoutez bien.

Il est toujours miraculeux d’entendre cette courtoisie, après les premiers effets de la violence sociale.

 

 

Deux jours plus tard, le même président des riches ne pouvait plus s’empêcher. Devant photographes et caméras, il s’énerve contre le « bordel » provoqué par ces salariés grévistes qui refuseraient d’aller bosser à deux heures aller, deux heures retour de leur domicile.

Je suggère que l’on délocalise l’Elysée à Deauville.

L’autre 11 septembre.

Chaque 11 septembre, je repense à ces tours, ce jour où j’étais américain.

Mais le 11 septembre est un autre anniversaire tout aussi sinistre.

Contre la pensée magique et honteuse de Jupiter

L’expression m’a été soufflée par une aimable consœur de la Twittosphère, la « pensée magique » de Jupiter. Effectivement, il y a une pensée magique à l’oeuvre chez Macron. une pensée si magique qu’elle fait fi de la réalité la plus évidente.

  1. La loi travail serait un compromis équilibré entre les intérêts des salariés et les intérêts des employeurs. Un compromis où les salariés trouveraient autant de motifs à satisfaction que les employeurs.
  2. Les 3 mois de concertation avec les partenaires sociaux sur la loi Travail seraient équivalents à une négociation avec les partenaires sociaux. La loi Travail serait donc le résultat d’une négociation.
  3. Les moindres détails de cette loi Travail auraient été annoncés par le candidat Macron pendant la campagne présidentielle si bien que les électeurs ont bel et bien été prévenus: Jupiter appliquerait le programme connu du candidat Macron
  4. La loi travail serait soutenue par une majorité de syndicats puisque FO et CFDT refusent de manifester le 12 septembre aux côtés de la CGT.

 

Dans la pensée magique d’Emmanuel Macron et de certains de ses soutiens, ces quatre affirmations sont des vérités. Dans le monde réel, elles sont toutes, intégralement et sans conteste, des mensonge.

On cherche toujours cette longue liste, aussi longue au moins que celle dévolue au patronat, des avantages que les salariés gagnent avec cette loi funeste. J’en ai trouvé un, la revalorisation de 25% des indemnités de licenciement. Mais pour le reste, en comparaison de chaque avancée concrète et explicite accordée aux employeurs, nous n’entendons que deux réponses: la première, le « ruissellement ». Si les entreprises gagnent des avantages identifiés, les salariés eux doivent patiemment attendre que les effets indirects de cette loi sur l’emploi leur bénéficient. La seconde réponse est que les entreprises ne sont pas ce lieu de confrontation.

Uberlol.

Second point, la concertation n’est pas une négociation. Les mots ont un sens, malgré la novlangue. Le premier désaccord significatif de l’auteur de ces lignes avec Hollande fut l’ANI, qui était pourtant un véritable accord négocié entre partenaires sociaux puis qui rapidement adoubé en loi par le gouvernement Ayrault début 2013. Je me souviens de ce billet comme si c’était hier, et surtout du temps qu’il m’a fallu pour l’écrire, malgré sa trivialité. C’était l’effort et la tristesse conjugués pour constater que ce quinquennat avait donc dérivé. Avec Macron, nul atermoiement, Jupiter n’a pas même daigné laisser les partenaires sociaux négocier quoique ce soit, ni entre eux, ni avec lui. L’imposture démocratique – qu’il s’agisse de démocratie sociale ou politique – est totale. Le coup d’Etat est avéré.

Troisième point, cette loi Travail a été cachée, masquée dans ses moindres détails par le candidat Macron. Les précautions que lui et ses sbires ont prises pour cacher aux Français ce qu’il voulait vraiment faire ont été hallucinantes, jusqu’à porter plainte en justice aux premières fuites, en passant par l’annonce tardive d’une programme flou (à part le recours aux ordonnances, et encore) début mars.

Quatrième point, il n’y a que des paresseux, des éditocrates incompétents qui ne connaissent rien de la vie en entreprise pour se réfugier derrière le sur-commentaire de qui participe et qui ne participe pas aux manifestations. Il y a aussi quelques insoumis à s’énerver sur le sujet alors que ce n’est pas l’important. L’essentiel est de savoir ce que chaque syndicat a à redire contre cette loi Travail. Et quand vous additionnez les propos de FO, de la CFDT, de la CGC, de la CGT et de quelques autres, vous obtenez une vision bien claire du désastre annoncé.

 

Comment le Venezuela est devenue notre destination préférée.

Franchement, il ne fallait pas rire.  Et pourtant, on nous aurait dit qu’un pays d’Amérique latine qu’une bonne partie du pays ne sait sans doute ni orthographier, ni même placer sur une carte du monde. Pourtant, le Venezuela s’invite avec une régularité surprenante dans nos commentaires politiques.

Evacuons le premier sujet: l’auteur de ces lignes n’a jamais aimé Hugo Chavez. Les types en kaki ne sont pas ma tasse de thé. Son successeur Maduro est une misère. Plutôt que de décider que le Vénézuela que je ne connais que parce que je lis à doite et à gauche,  Vénézuela est une dictature ou une autocratie, ou un pays en guerre civile, je vais lâchement faire confiance à cette institution pour laquelle j’écrivais des lettres quand j’étais gamin, Amnesty International, rapport 2016:

Le gouvernement a déclaré l’état d’urgence et l’a prolongé à quatre reprises. La plupart des responsables présumés de crimes relevant du droit international et de violations des droits humains commis durant les manifestations de 2014 n’avaient toujours pas été traduits en justice. Le pays restait confronté à des problèmes de surpopulation et de violence dans les prisons. Les victimes de violences liées au genre se heurtaient à d’importants obstacles lorsqu’elles tentaient de se tourner vers la justice. Les défenseurs des droits humains et les journalistes étaient régulièrement la cible de campagnes de dénigrement, d’agressions et d’actes d’intimidation. Les opposants politiques et les détracteurs du gouvernement étaient toujours en butte au risque d’emprisonnement. Des informations ont fait état d’un recours excessif à la force de la part de la police et des forces de sécurité..

Le Venezuela a une opposition (et dieu sait qu’elle est active), une justice (une procureure générale vient justement d’ouvrir une enquête des suspicions de fraude entourant l’élection de l’Assemblée constituante).  La Pologne, membre de l’UE, peut à peine en  dire autant. Et que pensez de la Hongrie. Quand au Yémen, pourtant plus proche géographiquement que le Venezuela on n’en parle.

Si je vous cite ces exemples, ce n’est pas pour masquer la détestation que m’inspire Maduro et sa clique. Mais pour appeler les gazelles du moment qui s’indignent à conserver des forces pour s’indigner plus largement encore.

On sait bien pourquoi le Venezuela a fait irruption dans notre vie politique. Quand Emmanuel Macron n’était encore qu’un très jeune obscur conseiller d’une commission sarkozyste qui suggérait des « réformes » à la France pour un monarque horripilant, Jean-Luc Mélenchon plaçait beaucoup d’espoir dans la révolution chaviste. Il a eu tort.  Chavez s’est planté. Maduro a empiré la situation. Mélenchon ne défend pas Maduro, il corrige des caricatures faciles.

 

Le Venezuela n’est pas la Corée du Nord, et son opposition, souvent violente et criminelle, pose question.

Je vous invite à lire ce billet mesuré qu’approuve à bien des égards d’un ancien camarade de jeu désormais macroniste, Romain Blachier. Je ne saurai écrire mieux.

Relisez Gramsci

Des députés qui interpellent dans l’hemicycle et les commissions, des chroniques à la TV, les billets dans les journaux, un sketch humoristique dans une émission radiophonique, des liens partagés sur Facebook, des tweets en salve pour commenter l’actualité… tout cet effort collectif, qui est maladroitement coordonné (oh oui….), est rejouissant. 

Relisez Gramsci. Il est surprenant qu’on soit obligé de le répéter. Pour espérer gagner, il faut répéter le message, la logique. Il faut gagner la culture. 
Ruffin l’explique très bien dès la seconde minute de son dernier billet video de la saison. 

Comme lui, combien de fois n’ai-je suffoqué en entendant l’intoxication idéologique à l’oeuvre chez des esprits parfois brillants mais corrompus par des raisonnements sur-répétés en boucle dans leur cerveaux désormais éteints ? Trop souvent puisque ma classe sociale m’arrime plus ouvent que la moyenne à ces fréquentations. Bref, Ruffin comme d’autres, arrive avec cette fraicheur qui a deja ringardisé quelques centaines de depute(e)s LREM en si peu de temps.

Mais ce combat ne fait que débuter.