Archives pour la catégorie Chroniques de gauche

De la politique efficace

Comment en sommes-nous arrivés-là ?

En 2007, la campagne de Ségolène Royal m’avait donné envie de bloguer. Nicolas Sarkozy m’avait donné envie de bloguer contre lui.

Écologiste, je restais fidèle aux Verts, puis à EELV pour les élections intermédiaires (et quels succès, rappelez-vous !). Mais je cherchais une efficacité politique. Or l’écologie politique n’était jamais efficace au point de l’emporter dans ce régime monarchique. Donc le vote fut socialiste aux élections nationales – présidentielles puis législatives en 2007, primaires en 2011 puis présidentielles (#FH2012) et législatives à nouveau en 2012. En 2012, la victoire fut belle, malgré la suite qui le fut moins.

La fronde m’a attrapée quand Hollande a choisi de n’en faire qu’à sa tête. J’ai soutenu le Front de gauche en 2014 (ou plutôt ce qu’il en restait, rappelez vous les difficultés et les fractures à ce moment, Mélenchon qui prend le large, etc), puis les insoumis en 2017 – et quelle belle campagne.

Surtout, ce soutien est venu d’un triste constat: le jeu politique de cette Vème République a fini par m’indifférer. Les joutes entre droite et gauche dites « de gouvernement » sous le quinquennat Hollande n’avaient plus aucun sens. Elles ne correspondaient plus à rien, elles ne signifiaient politiquement rien, écologiquement rien, socialement rien. Même les débats « droite/gauche », groite/vrauche m’indiffèrent.

Il n’y a que du vide, un vide intersidéral parfaitement incarné par des personnalités interchangeables, pour des politiques interchangeables. Bien sûr, Hollande n’est pas exactement Sarkozy (je ne retiens de son quinquennat qu’une mesure que Macron, digne héritier de Sarkofrance, s’est empressé d’effacer, l’alignement de l’impôt du capital sur celui du travail). Mais les différences sont si misérables au regard de ce que nous vivons que les fausses joutes sur de petits enjeux mais de grosses engueulades ont fini par m’indifférer. Même le faux front républicain contre l’immonde Marine, brandi par des gens qui se sont tus ensuite quand l’état d’urgence a été pérennisé dans notre droit commun, quand des journalistes ont été attaqués en justice, quand quelques milliers migrants ont été persécutés, m’indiffère aujourd’hui.

L’élection de Macron en fut la « meilleure » conclusion, c’est-à-dire la preuve finale de cette interchangeabilité foncièrement inefficace. Un gars élu avec 15% des suffrages du premier tour, dont une partie « par souci de vote utile« , se croit ensuite légitime pour appliquer son programme « tel quel » sous prétexte que son chantage au « Moi ou Le Pen » a fonctionné au tour suivant. Je ne suis pas prof de droit constitutionnel, mais comprenez que ce que pense Macron de ce qui est bon pour la France m’indiffère au plus haut point.

Le vrai sujet n’est plus seulement de savoir comment remporter un scrutin monarchique mais plutôt comment relater au mieux ce que l’on voit et subit, et convaincre qu’il faut que cela change. Le vrai combat est de lutter contre l’indifférence qui a saisi la France.

Le chemin sera long, mais la petite classe qui vous gouverne mérite qu’on la contredise pas à pas, mesure après mesure. Qu’on lui renvoie la seule description qui lui sied: celle d’une minorité qui ne travaille que pour son intérêt. Il s’agit de montrer à qui profite cette politique.

Prenez la « mesure du jour« , elle concernait la réforme du Bac. Je suis très concerné pour des raisons personnelles. L’une des mesures emblématiques est la création d’un « grand oral ». Observer combien sont rares les observateurs à réaliser que cette mesure est l’une des plus belles illustrations de la logique de classe (sociale) qui est à l’œuvre au sommet de l’Etat est une nouvelle preuve de ce travail de pédagogie nécessaire. Quels enfants devront être sur-entrainés pour ce grand oral sur des matières désormais mixtes (puisque les filières S, L et ES sont supprimées) ? Les enfants des couches les plus défavorisés, ceux issus d’un milieu où il est déjà difficile d’acquérir un bagage culturel « Education nationale-compatible » à la hauteur de leurs camarades bourgeois.

Les filières S, L et ES ne correspondaient plus à rien, certes. Mais pourtant, pourquoi les fusionner ? Pourquoi cette mesure extrême qui, encore une fois, favorisera les enfants de milieu bourgeois ?

Instaurer français et philo à tous au bac ? Encore une fois, à qui cela profitera-t-il le plus ?

Est-ce si difficile à comprendre ? Nous n’avons donc plus ce minimum de connaissances sociologiques, sociales, et historiques pour comprendre ce qui est à l’oeuvre ? Nos éditocrates et autres commentateurs/trices sont-ils/elles à ce point « détaché(e)s » de la réalité du pays ou neu-neu pour ne pas voir ce dont cette réforme est le nom ?

Le bac, un sujet majeur, a été traité sans surprise par ce gouvernement: avec en ligne de mire la reproduction d’une petite élite.

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Ebdo et LeMedia, ou votre liberté de la presse

Deux médias naissent ce mois-ci. Un hebdomadaire dénommé l’Ebdo, et un média audiovisuel annoncé il y a 3 mois qui ouvre enfin son antenne sur internet après un premier appel de fond réussi de 1,5 million d’euros.

Celles et ceux qui prennent le train ont pu être surpris de le voir en tête de gondole près des caisses avec sa couverture sur la SNCF et ses accidents. Ebdo présente bien, sans pub, pédagogique, accessible, avec des sujets de fonds. Le simple mépris – presque de classe – exprimé par les confrères et consoeurs de ce jeune journal mérite qu’on s’intéresse à son cas.

La presse traditionnelle se porte mal, attaquée depuis des lustres par d’autres sources d’information plus simples, plus actifs, plus diverses. MARIANNE, hebdo chez qui votre serviteur a blogué 4 années durant, a vu ses ventes chuter de plus de 200 000 en 2013 à moins de 150 000 l’an dernier. L’OBS s’est effondré de 520 000 ex par semaine à 350 000 sur la même période. L’Express a suivi la même dégringolade (504 000 en 2013, 371 000 en2016/17, moins de 300 000 au dernier comptage). Le Point ne se défend pas mieux – 417 000 en 2013,  341 000 en 2016/17.  Valeurs Actuelles, l’incarnation médiatique de cette droite furibarde, a bien progressé, mais reste modeste – moins de 100 000 il y a 4 ans, 124 000 l’an dernier. Et que dire de Politis ou l’Humanité Dimanche ?

L’Ebdo a des ambitions modestes: 70 000 exemplaires.

J’ai pu lire cette intrigante brève sur une autre avocate dénommée Collard, soeur de Gilbert le député frontiste.

 

Ce lundi, un autre média, audiovisuel celui-là, se fait jour. Le Média TV a été caricaturé comme le canal officiel de la France insoumise. Certains de ses contributeurs, venus du Figaro et d’ailleurs, apprécieront. La critique, d’ailleurs, provient plutôt d’éditorialistes si prompts à placer leur macronisme béat ou leur libéralisme naïf en tête de gondole de leurs analyses.

Aphatie

Le Media cherche à combler un vide que nous connaissons bien, que nous comblons tant bien que mal à travers d’autres videos et émissions que les biais audiovisuels des principaux médias – des « vlogs » de député(e)s, des billets pédagogiques mais ponctuels, des retransmissions de discours dont les médias audiovisuels principaux.

Depuis lundi, j’ai pris l’habitude de regarder ce JT d’un autre genre, parfois brouillon, toujours pro, et éclairant sur le fond. Et qui s’améliore chaque jour. Des têtes nouvelles, des sujets ou des angles que l’on traite peu ailleurs.

Bref, bienvenue à l’Ebdo et au Media, et que chacun se fasse son opinion.

 

La Catalogne donne une leçon de démocratie

La participation à l’élection régionale du 21 décembre en Catalogne a été massive, 82%. Et les Catalans ont exprimé un double choix, qui contredit pas mal d’analyses.

Par l’ampleur de la participation, «  la plus forte participation jamais enregistrée en Catalogne et même en Espagne », le message est clair et sans contestation possible. La légitimité issue des urnes est forte.

Premièrement, le coup de force du premier ministre Rajoy a échoué. Le bloc indépendantiste conserve la majorité. C’est effectivement  une prouesse comme l’écrit la presse locale.

Deuxièmement, le camp Rajoy, soutenu en France par les Macron, Valls et autres, est balayé. Le PP n’a jamais fait de gros scores en Catalogne, mais celui de jeudi dernier est ridicule, 4% et 3 sièges.

Troisièmement, les unionistes de Ciudadanos, mais opposés à Rajoy, réalisent un très joli score, plus d’un million de voix. Ils sont le premier parti de la région. Leur succès, car c’en est un, impose à tous les Catalans la nécessité de négocier leur avenir, plutôt que l’affrontement. Les indépendantistes savent qu’ils doivent composer.

 

L’avenir est « incertain« , paraît-il., parce que l’alliance indépendantiste serait politiquement peu homogène en dehors du sujet de l’indépendance; ou parce que Rajoy peut s’obstiner à nier la réalité politique sortie des urnes et poursuivre son bras de fer.

L’avenir est incertain, mais il n’y a que dans les dictatures et autres autocraties que l’avenir, sombre, est certain.

Le mythe de la classe moyenne

En France, la classe moyenne n’existe pas, elle n’existe plus. Elle est un mythe propagé à gauche comme à droite , et surtout désormais par cette Macronista. Il s’agit de faire croire qu’elle est là, nombreuse, majoritaire, pour éviter de se poser des questions de lutte des classes.

La classe moyenne est un mythe utile à la domination de la France d’en haut. Ce constat que nous faisons nôtre bien volontiers, est étayé dans l’ouvrage de Christophe Guilluy dont nous venons d’entamer la chronique.

La classe moyenne désignait cette large fraction de la population, majoritaire, plus riche que les classes dites « populaires« , en marche vers le progrès social et à qui on promettait l’ascenseur social. Cette classe n’existe plus. Il suffit d’observer les différences de niveaux de vie. Il n’a y plus statistiquement de « moyenne« : certes, certains vous expliqueront qu’il y a bien quelque 40 à 43% de ménages composant cette fameuse classe moyenne.

Selon l’Observatoire des inégalités, « les classes moyennes s’étendent de 1 238 à 2 225 euros pour une personne seule, de 2 414 à 4 389 euros pour un couple sans enfant et de 3 219 à 5 544 euros pour un couple avec deux enfants.  » Ces statistiques moyennes négligent les autres éléments de richesses, mais là n’est pas le plus important. Elles ne permettent pas comprendre la réalité des inégalités de revenus : 90% des ménages français gagnent moins de 2900 euros par mois.

Où est passée la classe moyenne ?

Où est-elle donc passée ?

Elle a disparu.

 

 

Classe moyenne

 

La classe moyenne a disparu pour des raisons économiques. Mais il y a cette raison pour laquelle on nous ressert ce mythe encore et encore: il s’agit d’éviter un tête-à-tête entre la France d’en haut et celle d’en bas. 

 

Wauqu 

 

 

Le crépuscule de la France d’en haut

La réédition, en format Poche, du dernier opuscule de Christophe Guilluy tombe à pic. Le géographe avait publié son « Crépuscule de la France d’en haut » au début de la campagne présidentielle de 2016, à un moment où personne ne pouvait prédire le suite, c’est-à-dire le renoncement de Hollande, le naufrage de Sarkozy, puis Juppé puis Fillon,  la poussée de la France insoumise et la double victoire écrasante, par KO et abstention, d’Emmanuel Macron aux scrutins présidentiel puis législatif.

La thèse, étayée par de nombreuses statistiques (ce qui rend la lecture un peu rugueuse et répétitive malgré les efforts de l’auteur, est simple et convaincante. On l’a lu ou entendu avant, notamment chez Jean-Pierre Chevènement ou, aujourd’hui, du côté de la France insoumise (même si l’auteur a été farouchement attaqué sur sa gauche après la publication de son ouvrage précédent): si la droite perd la nation et la gauche le social, il ne restera rien de la gauche ni de la droite. Et la France d’en haut, démographiquement ultra-minoritaire, se retrouvera en tête à tête avec celle d’en bas. S’ajoutent différents constats sur lesquels nous reviendront plus tard: l’indifférence des classes populaires à l’égard d’une classe politique qu’ils jugent indifférenciée, l’agitation communautariste qui arrangeait/arrange si bien la France d’en haut pour diviser la classe majoritaire, ou encore le mirage de la classe moyenne.

Il était frappant, presque glaçant de lire cet ouvrage après la victoire d’Emmanuel Macron et sa République en Recul, de constater la justesse du raisonnement. Oui, LREM représente ce rétrécissement et cette clarification à la fois: la fusion, ou plutôt l’implosion, de ces clivages artificiels qui ne servaient qu’une classe minoritaire.

A LREM, on s’en félicite.

On ne devrait pas.

 

Chevenement

 

 

Samu Social ou Chambord ?