Archives pour la catégorie Chroniques d’opposition

De la lutte des classes par la littérature

Louis

L’ouvrage est court et violent.

Dans une interview à Mediapart, Edouard Louis choisit un curieux extrait pour démarrer son entretien. Jean-Luc Godard, recevant son César d’honneur il y a 31 ans, remercie les « invisibles » du cinéma: « la condition de notre présence ici, c’est qu’il des gens qui travaillent pour nous, beaucoup plus que nous », résume l’écrivain.

Le projet littéraire d’Edouard Louis s’appuie sur une écriture brève mais riche. Son dernier et second ouvrage, « Qui a tué mon père« , est triste, émouvant, éprouvant, intime. Il relate son histoire avec son paternel à coup d’anecdotes fixées sur des années bien précises. Il attaque la réalité politique, c’est-à-dire des lois, des actes, des décisions de ceux qui nous gouvernent. Il désigne les conséquences concrètes, mortifères des décisions politiques: les déremboursements de médicaments pour les troubles digestifs décidés par Xavier Bertrand, ministre de Chirac, alors que son père en est accroc depuis un accident du travail. Puis la création du RSA avec son cortège de contrôles administratifs, décidé par Martin Hirsch, ministre de Sarkozy.  Il évoque la loi de Mme El-Khomri, ministre de Hollande, qui facilite les licenciements et le déplafonnement des heures sup et en premier lieu celle de son père, balayeur handicapé.

« Les dominants peuvent se plaindre d’un gouvernement de gauche, ils peuvent se plaindre d’un gouvernement de droite. Mais un gouvernement ne leur cause jamais des problèmes de digestion. »

Edouard Louis évoque Macron, ces saillies sur le « costard« , les « fainéants« , « ceux qui ne sont rien« , comme son père.

« Le mot fainéant est pour toi une menace, une humiliation. »

« Les pauvres sont trop riches, et les riches pas assez riches. »

 

 

Publicités

Devenir con et regarder « de la merde »

Elle est talentueuse, cette Blanche Gardin.

« Tu ne te vois pas devenir con ».

 

La fête à Macron

Faut-il dresser la liste?

Cette tribune commence ainsi, et la réponse est oui. Oui, il faudra bien dresser cette liste. Un inventaire de cette guerre de classe qui a bien lieu.

Faut-il dresser la liste ?

Elle est longue.

Trop longue.

Ordonnances travail et « nouveau pacte ferroviaire », hausse de la CSG pour les retraités, pour les étudiants, la sélection à l’université, pour les futurs licenciés, ceux de Carrefour, Pimkie et tant d’autres, plafonnement des indemnités, « maltraitance institutionnelle » dans les Ehpad, sans que la ministre de la Santé trouve autre chose à y répliquer que : « La France n’a pas les moyens budgétaires. »
Cette même France du président Macron qui a supprimé l’Impôt sur la fortune pour les actionnaires et plafonné l’impôt sur le capital : les « moyens budgétaires », elle les a trouvés, en milliards et en urgence. Cette même France où les firmes du CAC40 accumulent près de cent milliards de profits, du jamais vu depuis 2007. Cette même France qui vient d’offrir aux multinationales opacité et impunité grâce au «secret des affaires».

En résumé : tout pour ceux qui ont déjà tout ; rien pour ceux « qui ne sont rien ».
Mais tout ne se passe pas aussi tranquillement. Partout ça résiste : les cheminots évidemment, les facs également, Air France, les hôpitaux, les éboueurs, les caissières, les électriciens… Mais en ordre dispersé, sans leur trait d’union. Si ces ruisseaux de colère convergeaient, quel fleuve puissant ne formeraient-ils pas.
Il y a autre chose aussi, moins visible, plus souterrain, mais plus massif, plus explosif : quelque chose qui ressemble à un vaste désir d’autre chose. Quoi? On ne sait pas, ou pas encore. Mais autre chose que cet économisme étroit, cette bureaucratie patronale qui contrôle, qui « manage », qui évalue sans relâche, qui maltraite aussi. Et ne connaît rien d’autre que ses ratios.

 

Le texte du projet de loi sur la SNCF contient 84 fois le mot « concurrence ». Mais 0 fois « climat », « réchauffement », « biodiversité ». Leur projet de société ? Un dogme sans autre finalité que produire et vendre. Sans bonheur commun, sans solidarité, sans avenir ensemble. Les sans-statut dressés contre ceux qui en ont un afin de protéger ceux qui ont tout.

 

Il est probable que Macron ne se rende pas compte que, sous son règne, tout devient très clair, trop clair. Le moment est peut-être venu de lui faire savoir, pour notre part, où nous en sommes. Dans les ordonnances SNCF, se trouvent repliés tous les éléments d’un monde dont nous ne voulons pas. Si ce qui est clair pour nous ne l’est pas pour lui, rassemblons-nous donc pour le lui expliquer un peu plus nettement. Premier anniversaire à l’Elysée ? Qu’il sente non pas la bougie mais le vent du boulet.

La conscience grandit que cette affaire des cheminots nous concerne tous. Et par conséquent que la dispersion des luttes nous fera tous perdre. Nous pensons qu’il n’y a pas d’autre moyen de le dire qu’une grande manifestation nationale à Paris.
Que ce samedi 5 mai signale aux puissances d’argent qu’elles n’ont pas gagné,
et que le plus grand nombre ne veut pas de leur monde.
Et que le 5 mai, ce grand nombre… se met en marche !

(Source)

 

Allez-y.

C’est demain.

 

 

Cette tribune contre l’antisémitisme

Le jour même où la majorité macroniste de l’Assemblée nationale votait cette loi sur l’asile et l’immigration que Jean-Marie Le Pen n’espérait même pas en avril 2002, une loi qui autorise l’internement des enfants, le rallongement de la durée de rétention des demandeurs d’asile, le raccourcissement des délais pour déposer un dossier à 15 jours comme celui de recours, ce même jour donc, dimanche 22 avril, quelque trois cent personnes connues signaient une tribune contre l’antisémitisme que nous aurions pu signer, ou presque.

Oui, la France antisémite se réveille et elle prend des nouveaux visages. Oui, l’antisionisme en fait dériver certains vers des rivages détestables. Oui, il doit être difficile de se sentir juif en France. Oui, il y a des juifs qui ont été tués parce qu’ils étaient juifs en France comme jamais depuis 7 ans. Oui, l’antisémitisme est à combattre.

Pourtant, je m’interroge.

1/ J’ai toujours soutenu le droit d’Israël à « exister«  (qu’il est fichtrement curieux d’avoir à écrire cela), mais rarement la politique menée par ses gouvernements de droite ou d’extrême droite.   Suis-je antisémite ?

2/ La propension de certains sionistes à caricaturer leurs critiques en antisémite n’a sans doute d’égale que le crétinisme antisémite d’autres à confondre la politique d’Israël avec Israël ou les juifs en général.

3/ L’antisémitisme « de gauche«  qui assimile les juifs aux puissances de l’argent ne date malheureusement pas d’aujourd’hui mais d’avant-hier. L’affaire Dreyfus, pour ne citer qu’elle, est l’illustration de cette confusion des esprits.

4/ Cette tribune réclame à l’islam de France de renier quelques phrases du Coran, à l’instar de ce que fit Vatican 2 pour les catholiques. WTF!?! J’ai l’impression qu’on prend les musulmans pour des cons.  Combien y-a-t-il de cathos pour prendre leur bible à la lettre ? J’espère qu’ils ne sont pas trop nombreux, sinon, c’est pire que je ne pensais. Pareil pour les musulmans.

WTF…

5/ Il est facile, aisé, simple, réducteur de penser que « la radicalisation islamiste — et l’antisémitisme qu’il véhicule — est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l’expression d’une révolte sociale« . Notez la formule « une partie des élites »… Qui peut croire que l’antisémitisme qui tue, expulse et rejette est simplement de la responsabilité « d’une partie des élites françaises » ?

WTF…

6/ Cette tribune évoque « une épuration ethnique à bas bruit« . L’Histoire nous a tristement montré que les épurations ethniques font généralement plus de morts. Pouvons nous éviter cette banalisation des termes ?

Cette tribune n’est pas longue, donc je vais la reproduire:

L’antisémitisme n’est pas l’affaire des Juifs, c’est l’affaire de tous. Les Français, dont on a mesuré la maturité démocratique après chaque attentat islamiste, vivent un paradoxe tragique. Leur pays est devenu le théâtre d’un antisémitisme meurtrier. Cette terreur se répand, provoquant à la fois la condamnation populaire et un silence médiatique que la récente marche blanche a contribué à rompre.

Lorsqu’un Premier ministre à la tribune de l’Assemblée nationale déclare, sous les applaudissements de tout le pays, que « la France sans les Juifs, ce n’est plus la France », il ne s’agit pas d’une belle phrase consolatrice mais d’un avertissement solennel : notre histoire européenne, et singulièrement française, pour des raisons géographiques, religieuses, philosophiques, juridiques, est profondément liée à des cultures diverses parmi lesquelles la pensée juive est déterminante.

Dans notre histoire récente, onze Juifs viennent d’être assassinés — et certains torturés — parce que Juifs, par des islamistes radicaux. Pourtant, la dénonciation de l’ « islamophobie » — qui n’est pas le racisme anti-Arabe à combattre — dissimule les chiffres du ministère de l’Intérieur : les Français juifs ont 25 fois plus de risques d’être agressés que leurs concitoyens musulmans. 10 % des citoyens juifs d’Ile-de-France — c’est-à-dire environ 50 000 personnes — ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République. Il s’agit d’une épuration ethnique à bas bruit au pays d’Emile Zola et de Clemenceau.

Pourquoi ce silence ?
Parce que la radicalisation islamiste — et l’antisémitisme qu’il véhicule — est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l’expression d’une révolte sociale, alors que le même phénomène s’observe dans des sociétés aussi différentes que le Danemark, l’Afghanistan, le Mali ou l’Allemagne…

Parce qu’au vieil antisémitisme de l’extrême droite s’ajoute l’antisémitisme d’une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l’antisionisme l’alibi pour transformer les bourreaux des Juifs en victimes de la société.

Parce que la bassesse électorale calcule que le « vote musulman » est dix fois supérieur au « vote juif ».

Or à la marche blanche pour Mireille Knoll, il y avait des imams conscients que l’antisémitisme musulman est la plus grande menace qui pèse sur l’islam du XXI e siècle et sur le monde de paix et de liberté dans lequel ils ont choisi de vivre. Ils sont, pour la plupart, sous protection policière, ce qui en dit long sur la terreur que font régner les islamistes sur les musulmans de France.

En conséquence, nous demandons que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémite catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime.

Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie. Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France.

Le Parisien – dimanche 22 avril 2018

Oui, l’antisémitisme n’est pas (seulement) l’affaire des juifs. Et il est sacrément maladroit car contreproductif de procéder ainsi.

Ou pas.

Franchement, je ne sais pas.

 

Ce sondage sur le clivage gauche/droite

Moi qui n’aime pas les sondages, je me suis pris à décortiquer cette dernière livraison d’Ipsos qui interrogeait un échantillon de sondés sur leur vision du paysage politique actuel.

L’enseignement le plus commenté dans la presse fut qu’une majorité de sondés considérait enfin La République En Marche pour ce qu’il est, un parti de droite.

Je laisse mes anciens camarades devenus macronistes méditer sur ce constat qui, par ailleurs, est autant partagé par les sympathisants de gauche que de droite ou du centre;

Mais il y a d’autres enseignements tout aussi intéressants.

#1. Environ 80% des sondés se positionnent encore sur un clivage gauche/droite: 32% entre « très à gauche » et « au centre-gauche »; 37% entre « très à droite » et « au centre-droit ».

#2. Sociologiquement, il y a également eu un vote de classe en 2017: « On retrouve la même coupure selon l’auto-positionnement social, avec un vote Macron ou Fillon chez ceux qui se situent en haut de l’échelle sociale et un vote Mélenchon et Le Pen parmi les Français qui s’identifient plutôt aux catégories populaires. « 

#3. Les moins de 35 ans sont ceux qui s’intéressent le moins à la chose politique dans ce sondage.

#4. La majorité des préoccupations sont sociales: chômage, inégalités, impôts, protection sociale. On regrettera, comme souvent, le biais de certaines questions. Ainsi celles sur les préoccupations mentionne « la maîtrise de l’immigration » (mais rien sur l’accueil, la solidarité, la paix dans le monde).

#5. Les vieux (>60 ans) sont les plus stressés par l’immigration. Les jeunes (<35 ans) les moins intéressés par la question.

#6. Les jeunes sont les intéressés par « l’amélioration du niveau de vie des Français », les vieux les moins intéressés.

#7. Les deux tiers des sympathisants LERM se déclarent convaincus d’une différence entre la gauche et la droite (LOL!)

 

J’ai cessé moi-même d’abuser des termes gauche ou droite. Macron est d’abord un conservateur réactionnaire dont le programme habillé de modernité publicitaire ressemble à un grand retour en arrière pour quiconque se souvient d’où vous venons collectif. C’est un résumé un caricatural, je vous l’accorde, mais qui correspond à ma vision de cette action politique d’autant plus dégoutante qu’une large fraction de sympathisants socialistes ou de centre-gauche y participent. Le sujet n’est pas de se donner des étiquettes de « vrauchisme » (cela m’agaçait déjà quand je soutenais Hollande au tout début de son quinquennat), mais d’identifier qui sert cette politique de classe et qui s’y oppose.

77 % des conducteurs en grève.

« Le sens de la grève à la SNCF dépasse la SNCF. (…) Il y aura moins d’arrogance. chez Macron. »

Dimanche soir sur BFM TV, François Ruffin a bien résumé l’enjeu. Il y a bien sûr le projet de réforme spécifique à la SNCF – « adapter » l’entreprise à l’ouverture à la concurrence. Il y a aussi toutes les autres luttes contre des réformes sans débat (on préfère parler de « concertation« ) ou l’absence de décision, l’immobilisme coupable comme dans les Epahds ou les hôpitaux.

La grève mardi et mercredi s’annonce massive. Les lignes les plus perturbées seront les TGV. La concertation promise par le gouvernement était artificielle. Et l’ex-directrice de la stratégie de la SNCF (2002-2007) devenue ministre des transports ne peut que déclamer son mépris et son incompréhension devant l’ampleur du mouvement de grève pour ces 2 premiers jours.

C’était drôle et cocasse.

Ce début de grève est un succès.

https://platform.twitter.com/widgets.js