Archives pour la catégorie Chroniques d’opposition

Les élections européennes sont-elles un piège ?

Nombreux sont celles et ceux qui se sentent profondément européens, qui n’ont rien contre le concept de fédération ou d’union, et qui pourtant se sentent mal à l’aise de façon croissante à l’encontre de l’Union européenne telle qu’elle existe. Ces Européens-ci ne se reconnaissent pas dans l’accusation de « nationalisme » ni de « souverainisme«  » dont les eurobéats libéraux les affublent.

Pour le prochain scrutin, certains tentent déjà de placer le débat dans une opposition binaire – pour ou contre l’Union européenne, nation contre union. J’ai pu constater combien le simple fait d’émettre un doute, par exemple de critiquer la façon indigne dont l’Union européenne s’est comportée avec l’un des siens, la Grèce, débouchait rapidement sur des accusations de souverainisme étriqué. Critiquez Juncker, et vous voici complice d’Orban. Critiquez l’attitude conjointe des gouvernements italien et français à l’égard des migrants de Méditerranée (où l’équipe Macron s’est objectivement, factuellement aligné sur la position xénophobe des neo-fascistes italiens), et vous voici sommez de justifier si et comment vous voulez sortir de l’intégralité des accords de l’Union européenne.

Cette manière de caricaturer l’Europe n’est pas rendre service à l’Europe.

Prenez le Breixit. C’est certainement une belle bêtise, voté sur fond d’abstention record, défendue par des racailles néo-libérales ET nationalistes qui pour la plupart se sont ensuite débinées. La gauche Corbyn s’est abimée dans un affrontement quasiment identique à celui que les macronistes souhaitent nous imposer pour le prochain scrutin: droite contre droite/extrême droite.

Fustigez le dumping social ou fiscal, et les eurobéats s’exclameront: « mais tu es contre la  libre circulation des biens et des personnes ?!? »

La libre circulation des biens et des personnes ? Tiens, parlons-en. Parlons donc des migrants. L’Europe version Macron a choisi de s’aligner sur les positions nationalistes de fermeture des frontières, la réduction du droit d’asile et la traque des sans-papier. Les mêmes – Orban, Salvini, Macron – vont aujourd’hui nous faire le jeu de la fausse opposition.

Quand on défend le marché unique, la libre concurrence des Etats les uns contre les autres, « et en même temps » la traque des migrants et la réduction des droits sociaux, il semble qu’un peu d’humilité et de silence serait les bienvenus.

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Voter « Maintenant le peuple ! »

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Depuis 2012, j’ai voté à toutes les élections pour le Front de gauche puis les insoumis, malgré pas mal de désaccords, pour l’essentiel en matière de politique étrangère: le Vénézuela, Poutine, Assad, l’anti-américanisme systématique, etc.

Autant dire que le scrutin européen n’est pas le plus simple pour votre serviteur. Et pourtant…

Primo, l’Union européenne a déçu, gravement déçu. Elle s’est même davantage éloignée de l’idéal que l’on nous vend. L’exemple grec a illustré dans la douleur, une douleur extrême, combien l’UE n’était pas solidaire. L’idéal européen était bien loin, il s’agissait de sauver non pas la Grèce mais de lui faire rendre gorge pour sauver les banques françaises et allemandes qui lui avaient complaisamment prêtées. Le traitement des migrants est un autre exemple: où est passée l’Europe terre d’accueil ? La compromission de Macron avec les positions de repli xénophobe européen (réduction du droit d’asile en France, traque aux migrants en Europe) le disqualifie pour tout discours europhile.

Secundo, l’europhilie aujourd’hui ne peut s’incarner dans des partis qui, en France comme ailleurs, saborde les services publics et défendent une politique de classe contre le plus grand nombre. Il est absurde et ringard de croire encore les discours lénifiants pro-européens d’un Macron quand son Europe n’est rien d’autres qu’un asservissement supplémentaire des peuples. Prenez deux exemples récents. La réforme de la SNCF et celle du secret des affaires. Ces deux textes nous ont été « vendus » comme l’application de textes européens. La privatisation du rail d’une part, et le musellement des journalistes et lanceurs d’alerte d’autre part… Merci du cadeau…

Tertio, terminons avec la France insoumise. le Venezuela est devenue une anecdote pour trolls. Macron va davantage de bisous avec Poutine que Mélenchon. Et la real-politik que je reprochais à Mélenchon à l’égard d’Assad est largement suivie par Macron. Enfin, les insoumis ne sont pas seuls. Ils sont dans une alliance européenne cohérente. Comme dans toute alliance, il faut du compromis. J’entends les caricatures: « Mélenchon est contre l’Europe »; « les insoumis sont contre l’Europe ». Ces caricatures, car il ne s’agit de rien d’autres, ne servent à rien sauf à salir l’image de celles et ceux qui les relayent. Prenez le temps de lire les propositions (elles sont à lire ici, sur le site de la France insoumise) et, au passage, faites nous passer le programme macroniste (ah moins qu’il ne s’agisse que du programme présidentiel de 2017… qui sait ?).

Il va se passer encore du temps d’ici le printemps prochain et le scrutin. Mais pour l’heure, le choix parait évident: « maintenant le peuple ! »

 

« Si jamais on nous dit qu’on ne veut pas de notre plan A, dans ce cas on fera notre plan B : on le fera quand même. Et on le fera avec tous ceux qui seront d’accord pour le faire avec nous. Notre programme ne peut s’appliquer dans les traités européens actuels. Si nous arrivons au pouvoir, nous ferons donc une proposition à nos partenaires européens pour changer les traités européens. C’est le plan A. Il n’y a pas d’Europe possible sans la France.  » Jean-Luc Mélenchon

JLM Twitter

 

 

 

 

 

 

Steven Seagal, ambassadeur de la culture

Ne riez pas.

« Stephen Seagal a été nommé représentant spécial du ministère des affaires étrangères de la Russie sur les liens humanitaires russo-Américains. Il s’agit de promouvoir le développement ultérieur des relations russo-américaines dans le domaine humanitaire, y compris l’interaction dans le domaine de la culture, de l’art, des échanges publics et de la jeunesse, et plus encore.

Il s’agit d’une position publique et politique sans récompense monétaire. Le cas même où la diplomatie populaire rencontre la diplomatie traditionnelle. Dans la pratique internationale, il existe des parallèles avec les fonctions des ambassadeurs itinérants de l’ONU.« 

Cette annonce a été publiée sur la page Facebook du Kremlin.

J’ai éclaté de rire.

J’ai cru à une blague.

Il y a bien sûr le choix de l’impétrant, Steven Seagal. J’ai toujours apprécié ses films de baston, plaisir brut et intellectuellement bas du front. Mais Seagal était une icone du cinéma ricain d’action des années 80. Mais pour le reste, pauvre Seagal, pauvre Russie.

 

 

Les 12 éléments de langage macronistes contre le BenallaGate

Voici 12 éléments de langage entendus durant le weekend (avant, de mercredi à vendredi, les macronistes officiels étaient globalement aphones), et 12 réponses rapides.

#1. « C’est un complot des insoumis », les insoumis les savaient depuis début mai et ils ont attendus le milieu de l’été pour dévoiler l’affaire (NDR: c’est le MONDE qui a révélé l’affaire). Pire, ils étaient de mèche avec les prétendues victimes. Réponse (scoop) : Benalla a bien frappé, il a été filmé d’ailleurs; un témoin photographe affirme que les deux victimes n’avaient rien de menaçant.

#2. Puisqu’ une grande partie des images permettant d’identifier les violences d’Alexandre Benalla émane d’un militant insoumis, les faits ne sont pas si graves. Réponse: argument sidérant et effrayant.

#3. Macron n’y est pour rien. D’ailleurs, il était « en voyage le 1er mai (une journaliste de Paris Match). Réponse: c’est au pire faux, au mieux prématuré de l’affirmer puisque l’enquête débute. Macron a été mis au courant dans les heures qui ont suivi. Benalla est également très proche de Macron.

#4. Benalla a été sanctionné immédiatement. Réponse: #lol… 15 jours de suspension administrative puis il est retourné au service, notamment pour un sommet de l’OTAN ou l’escorte des Bleus après la victoire. « Je ne comprends pas pourquoi Alexandre Benalla n’a pas été viré le 2 mai » explique la députée dépitée LREM Sonia Krimi. Nous non plus.

#4bis Variante: Macron a réagi immédiatement « dès qu’il a eu connaissance des faits » la semaine dernière. Réponse: doublement faux. Les faits se sont déroulés le 1er Mai. Macron a été prévenu immédiatement. Il n’a pas jugé bon de faire plus qu’une suspension administrative pour des faits de violence par son garde du corps. Il a attendu près de 3 mois, et a réagi une seconde fois tardivement (vendredi matin, deux jours après les révélations du Monde).

#5. Il n’y a pas d’affaire d’Etat puisque … la majorité macroniste a accepté une Commission d’enquête; la commission des Lois de l’AN va auditionner quelques responsables; l’Inspection Générale de la Police Nationale a été saisie; et le Parquet a ouvert une enquête préliminaire. Réponse: c’est presque l’inverse. La Macronista a caché les faits durant deux mois et demi et maintenant tout éclate enfin. Choisissez les qualificatifs qui vous conviennent, les faits importent et les mots ont un sens.

#5. L’opposition exagère, elle fait de l’obstruction. Elle en fait trop. C’est l’alliance des contraires. Quelle horreur ! (Extrême) droite et (extrême) gauche s’unissent contre les gentils modérés. Réponse: belle diversion que d’attaquer les messagers ou les relais plutôt que de répondre sur le fond.

#6. Cette affaire est montée en épingle. Il ne faut pas en faire tout un plat, ils ne sont qu’une poignée de barbouzes. Réponse: argument sidérant.

#7. Le sommet de la Macronista est resté silencieux (Macron cesse même de tweeter… Philippe part sur le Tour de France), voire absent de l’Hémicycle (Castaner) pour ne pas  interférer dans l’enquête judiciaire en cours. Réponse: #lol

#8. Comme il n’y a rien contre Macron, « ils » s’en prennent à sa femme Brigitte. Réponse: Benalla s’occupait de la sécurité de Brigitte Macron également.

#9. Les barbouzes de l’Elysée avaient le droit d’agir le 1er mai puisqu’il y avait danger. Réponse: des preuves ? Tout indique le contraire, notamment les videos et les témoignages.

#10. L’affaire est « compliquée« . Réponse: qu’est-ce qui est « compliqué » ?

#11. Les Français s’en fichent, la preuve, personne n’en parle sur Facebook. Réponse: #lol.

#12. Il y a plus important à traiter que de s’occuper de cette affaire maintenant que la Justice suit son cours. Réponse: plus de deux mois de silence et d’étouffement plus tard il faudrait détourner le regard ? C’est au contraire la pression médiatico-sociale qui fera avancer l’enquête.

Pourquoi je soutiens le Media

Le Media aurait vécu sa première vraie crise de croissance, à en croire quelques confrères pas toujours bien attentionnés.  Le nouveau media a tous les défauts des autres médias: c’est un journal qui demande beaucoup, peut-être trop; c’est une entreprise qui gère sa vie interne du salariat et du management, qui a ses conflits et ses réconciliations.

Ainsi a-t-on beaucoup commenté les arrivées, les départs, la gestion et la personnalité de celles et ceux qui le composent. Le tout avec une attention que d’autres médias n’ont pas.

La Media a des difficultés financières. Quelle surprise ? A part le supplément publicitaire hebdomadaire du Monde, la presse financière, l’Opinion financée par quelques actionnaires anonymes, Le Canard Enchainé et le Figaro de la famille Dassault, la presse est fragile.  BFM a couté des millions avant d’être rentable, CNEWs est un gouffre. Qui a des actionnaires puissants pour laisser un journal audiovisuel prendre son envol ?

La mauvaise presse – au sens littéral du mot « mauvais« , c’est-à-dire, celle qui veut du mal et le fait parfois avec talent – affuble le Media du complément « proche des insoumis ». C’est de bonne guerre.

Moi-même, je lis avec assiduité Le Monde proche de Macron, Le Figaro proche de Sarkozy, Libération proche du PS, L’Obs proche de Macron ou du PS, L’Express proche de Macron, Le Point  proche de Macron, Challenges proche de Macron, Les Echos proche de Macron, l’Opinion proche de Macron. Je regarde les actualités de  TF1 proche de Macron, France 2 proche de Macron, France 3 proche de ?, M6 proche de Macron, LCI proche de Macron, BFM proche de Macron, CNEWS proche de Macron ou de LR. J’écoute parfois Les Grandes Gueules proche de Le Pen, l’humour de France Inter proche des insoumis, le traitement politique de France inter proche de Macron.

Je m’efforce d’affubler chaque média de son trait politique dominant. Faites de même, cela repose.

J’aime le Media malgré ses défauts de jeunesse, pour une raison essentielle: le Media s’efforce de couvrir une actualité qui attire peu, pas, ou moins l’attention de la presse de la France d’en haut: celle des luttes sociales,  des mal-nés, des mal-logés, des invisibles, de l’envers de la « start-up nation« . Une actualité de la lutte d’une classe contre toutes les autres, pas encombrée de ces religions qui nous fatiguent non plus.

Un media progressiste de plus, cela fait du bien. Comme les Jours, Mediapart le Canard, Charlie, le Bondy Blog, Regards, Fakir, Bastamag, Politis ou quelques autres, la petite galaxie indépendante, qui parfois se déchire en son sein, mérite notre attention.

 

De la lutte des classes par la littérature

Louis

L’ouvrage est court et violent.

Dans une interview à Mediapart, Edouard Louis choisit un curieux extrait pour démarrer son entretien. Jean-Luc Godard, recevant son César d’honneur il y a 31 ans, remercie les « invisibles » du cinéma: « la condition de notre présence ici, c’est qu’il des gens qui travaillent pour nous, beaucoup plus que nous », résume l’écrivain.

Le projet littéraire d’Edouard Louis s’appuie sur une écriture brève mais riche. Son dernier et second ouvrage, « Qui a tué mon père« , est triste, émouvant, éprouvant, intime. Il relate son histoire avec son paternel à coup d’anecdotes fixées sur des années bien précises. Il attaque la réalité politique, c’est-à-dire des lois, des actes, des décisions de ceux qui nous gouvernent. Il désigne les conséquences concrètes, mortifères des décisions politiques: les déremboursements de médicaments pour les troubles digestifs décidés par Xavier Bertrand, ministre de Chirac, alors que son père en est accroc depuis un accident du travail. Puis la création du RSA avec son cortège de contrôles administratifs, décidé par Martin Hirsch, ministre de Sarkozy.  Il évoque la loi de Mme El-Khomri, ministre de Hollande, qui facilite les licenciements et le déplafonnement des heures sup et en premier lieu celle de son père, balayeur handicapé.

« Les dominants peuvent se plaindre d’un gouvernement de gauche, ils peuvent se plaindre d’un gouvernement de droite. Mais un gouvernement ne leur cause jamais des problèmes de digestion. »

Edouard Louis évoque Macron, ces saillies sur le « costard« , les « fainéants« , « ceux qui ne sont rien« , comme son père.

« Le mot fainéant est pour toi une menace, une humiliation. »

« Les pauvres sont trop riches, et les riches pas assez riches. »