Archives pour la catégorie Chroniques d’opposition

Ami socialiste

Réfléchis, et barre-toi.

Laisse-les.

Quelle image veux tu que ton parti dépose dans l’Histoire ?

Des exonérations de cotisations sociales, la déchéance de nationalité, la réduction des accords de branche, le travail, le dimanche, le silence face aux migrants, ou l’espionnage individuel ? Nous aurons le temps, dans les mois qui viennent, de faire le bilan de ce quinquennat. Il aurait brillamment réussi sur le terrain économique que nous aurions eu la critique acide. Mais l’acidité est désormais dans l’autre camp, celui qui gouverne et se fait applaudir par les rangs conservateurs à chaque brèche dans les digues politiques et sociales qui composent notre  vision du monde.

Ami socialiste,

Réfléchis, et barre-toi.

Laisse-les.

Le mythe du licenciement difficile

Les contraintes légales posées au licenciement des salariés « stables » seraient la cause réelle, première et sérieuse du niveau élevé de chômage dans le pays.

L’argument, patronal, est repris sous toutes ses formes possibles par François Hollande (depuis 2013), Manuel Valls (depuis toujours), et Emmanuel Macron (encore le weekend dernier dans les colonnes du JDD). Le ministre de l’Economie expliquait ainsi : « Notre système est inadapté: il a été conçu pour ceux qui travaillent en CDI dans un grand groupe, mais seulement 13% des embauches se font en CDI. Le reste, c’est une hyperprécarité […] Pour répondre à cette situation, notre projet est que tout le monde puisse accéder à un CDI. »

Bizarrement, il est très difficile de trouver des statistiques simples et complètes sur le nombre de fin de CDI chaque année en France.

Environ 85% des salariés en France sont en CDI (CDI du privé ou titulaires et contractuels en CDI de la fonction publique).

Quand on lit le dernier bulletin de la DARES sur le nombre d’inscrits à Pôle Emploi, on découvre quelques indices sur l’ampleur du phénomène: en janvier 2016, Pôle Emploi a relevé 13000 « licenciements économiques« , 38.000 « autres licenciements » (pour faute, etc) et … 228 000 autres cas dans lesquels se cachent les ruptures conventionnelles de CDI. Dans un autre bulletin, la DARES nous informe que ces dernières représentent 26.000 licenciements.

Au total, on comptabilise 360.000 ruptures conventionnelles de CDI en 2015. Ajoutez-y environ 200.000 licenciements économiques, et voici donc un demi-million de CDI rompus par an.

Difficile, hein ?

 

#lol

 

 

Déchéance: les mots simples de Taubira

Son livre se lit facilement, il est court. « Murmures à la jeunesse » est sorti dans la plus grande surprise générale quelques jours à peine après que Christiane Taubira ait quitté le ministère de la Justice.

Alors que le texte de loi de révision constitutionnelle, adopté par l’Assemblée nationale par une majorité fracturée, file au Sénat pour quelques semaines d’examen, il est bon se lire et relire, apprendre et retenir ces quelques phrases, page 40, rédigées par l’ancienne Garde des Sceaux:

« L’absence totale d’efficacité, unanimement reconnue, suffit-elle pour renoncer à la déchéance ? Non, bien sûr ! Et puisque l’efficacité n’est pas la finalité, raisonnons principes et symboles.

D’abord le principe. Osons le dire: un pays doit être capable de se débrouiller avec ses nationaux. Que serait le monde si chaque pays expulsait ses nationaux de naissance considérés comme indésirables ? Faudrait-il imaginer une terre-déchetterie où ils seraient regroupés ? Quel aveu représente le fait qu’un pays n’ait les moyens ni de la coercition ni de la persuasion envers l’un de ses ressortissants ? Quel message d’impuissance, réelle ou présumée, un nation enverrait-elle ainsi ?

(…) Est-ce si peu le symbole ?

Au contraire. Il arrive que le symbole soit tout. (…) Le symbole joint. Il met ensemble.(…) A qui parle et que dit le symbole de la déchéance de nationalité pour les Français de naissance ? Puisqu’il ne parle pas aux terroristes – si nous convenons que n’est pas concevable un vis-à-vis entre eux et la Nation – qui devient, par défaut, destinataire du message ? Celles et ceux qui partagent, par totale incidence avec les criminels visés, d’être binationaux, rien d’autre. (…).

Par ailleurs, le champ du symbole peut recevoir d’imprévisibles embûches. Ainsi les seules déchéances de nationalité yanat frappé des Français de naissance ont été prononcées par le pouvoir d’Etat du maréchal Pétain  contre le général de Gaulle et ses compagnons exilés à Londres pour organiser la résistance, contre Pierre Mendès France, contre le général Leclerc, contre Félix Eboué, contre René Cassin, contre Pierre Brossolette. »

Christiane Taubira rappelle aussi la distinction entre perdre la nationalité, et en être déchu. « La perte est un constat« , la déchéance est une sanction. Elle cite Laurent Mucchielli, Patrick Weil et Joel Roman.

Elle insiste sur l’importance des symboles en République.

« Faute de transcendance, nous plaçons au dessus de nous les symboles justement. La Constitution est leur résidence. »

Bravo Madame.

Le jour où j’ai voté blanc

Nous sommes le 21 avril 2017, quinze années après un autre 21 avril. Tous les sondages portent à croire que Marine Le Pen est qualifiée pour le second tour de la Présidentielle.

Mais à la différence de son père quinze ans plus tôt, elle recueillerait quelque 30% des suffrages.

Ce 21 avril 2017, j’ai voté et j’attends les résultats.  Je n’aurais jamais imaginé m’abstenir de choisir à un suffrage de notre République.  Même quand l’offre politique est naze, il faut voter.  Ces élections présidentielles sont aussi le premier scrutin de ma fille ainée. Voter blanc quand elle accède au droit de vote, quelle ironie cynique…

En fait, le vote blanc a été assez facile. François Hollande a fait sa campagne à droite, surtout au centre-droit. Nous avions le choix entre Juppé ou Hollande. Il était assez clair que l’un ou l’autre serait qualifié pour le second tour puisque cette démocratie sclérosée par un régime monarchique anachronique ne laisse que peu de choix. Juppé ou Hollande ? Hollande ou Juppé ? Très franchement, je m’en fiche. Les deux options ne sont pas ignobles, mais elles ne sont pas les miennes.

Après avoir été qualifié par la primaire des Républicains, Juppé s’est permis une critique à peine larvée contre la déchéance de nationalité que Hollande fit voter par la moitié des députés socialistes et la totalité de la droite et de l’extrême droite pendant l’hiver 2015-2016.

J’ai relu Gramsci. L’homme a vécu 10 ans en prison en Italie, avant de mourir quelques jours après sa libération , et écrit quelques brillantes réflexions sur la domination culturelle dans une période historique qui dura 30 ans avec la montée des fascismes. On croit que la politique se gagne sur l’action, elle se gagne aussi sur les symboles.

Hollande a perdu les siens. Juppé a les mêmes mais lui n’a pas changé.

Ce 21 avril 2017, j’ai donc voté blanc, pour montrer un désaccord. Et rester fidèle à ce que j’écris depuis une décennie déjà sur mes blogs.

Ceci est un propos de fiction.

Merci Podemos, mais après ?

En Espagne, le weekend dernier, le parti socialiste local a perdu des suffrages sans même être au pouvoir. Punir l’inaction ou l’inadéquation avec le moment historique est quelque chose que la France pourrait méditer.

L’Espagne n’est pas la France, certes.

L’Espagne ne vote pas pour une extrême droite réactionnaire, xénophobe et autoritaire. Elle se souvient du franquisme, vaincu il y a deux générations à peine.  L’Espagne vit pourtant avec encore 21% de chômage.

Podemos n’est pas le Front de gauche, s’il s’agissait de se donner des brevets de gauchitude. Il n’y a que le Figaro, et quelques médias de la droite furibarde, pour traiter Podemos de gauche radicale. Pourtant, les 394 propositions de Podemos pour ce dernier scrutin sont exemplaires.

« A part Mariano Rajoy [le Premier ministre conservateur actuel], tout le monde sait que l’on ne peut pas payer la dette espagnole. Mais comment communiquer sur le sujet ? Si on dit aux gens qu’on ne va pas payer la dette, cela les choque, ils pensent que tu es un voleur. Les dettes, tu les paies. Notre position, c’est de déterminer ce que l’Espagne doit payer au sein de cette dette. A la télévision, pour traduire le problème avec des images simples, on prend l’exemple suivant : vous prenez un café et un jus d’orange dans un bar. Le serveur vous dit : c’est 600 euros. Vous lui demandez pourquoi. Il vous répond que vous allez payer l’addition de tous les gens qui sont en train de boire autour de vous. Évidemment, vous allez dire non, vous n’allez pas inviter tout le monde. C’est un peu ce qu’il s’est passé avec la dette espagnole. Ils veulent qu’on paie l’addition de choses que nous n’avons pas prises. Or, on ne va pas payer ce qui n’est pas notre dette. Mais ce que l’on doit réellement, on le paiera. Tout en renégociant comment le payer. » (lire la suite)

Mais Podemos est un bol d’air frais. Et son rival de centre-droit – Ciudadanos – né du même désespoir a quand même conquis 40 sièges.

« les gens ne votent pas pour quelqu’un parce qu’ils s’identifient à son idéologie, à sa culture ou à ses valeurs, mais parce qu’ils sont d’accord avec lui » Iglesias (cité par le Monde Diplomatique)

La droite française s’est évidemment inquiétée de cette « crise » démocratique. Quand le peuple bouscule les schémas préconçus de TINA, on tremble et on s’inquiète.

PODEMOS est un bol d’air frais. Après l’échec de Syriza à alléger la pression austéritaire, Podemos est comme une intelligence politique fraiche et évidente. Vous pouvez ne pas apprécier toutes les options proposées. Mais quel bol d’air frais !

Comme en France, et plus fortement qu’en France, le bipartisme a volé en éclat en Espagne. Le PSOE paye son virage incompréhensible et austéritaire de 2010. Zapatero a voulu jouer à Tony Blair. Il a été balayé et son parti agonise. C’est moins son action que le mensonge électoral qui semble avoir été puni.

PODEMOS est un bol d’air frais

 

Malaise à gauche ?

Les trois mois de l’état d’urgence sont bientôt terminés. Enfin pas encore. Encore deux bons mois. Mais pourquoi ?

Le gouvernement a déposé son projet de réforme constitutionnelle l’état d’urgence au Conseil d’Etat. Au parlement, il lui manquera de nombreuses voix de gauche, des centristes et sans doute quelques élus de droite dite classique. La disposition la plus ignoble et provoquante est cette affaire de déchéance de nationalité dont même Manuel Valls doute qu’elle puisse être un jour mise en oeuvre.

Bref, ça sent le gros rétropédalage. Symbolique aurait été l’annonce. Symboliquement détestable était le projet.

Nos pompiers pyromanes de l’Elysée et de Matignon n’ont pas fini de nous en faire voir de toutes les couleurs. Ils ne comprennent pas que leur survie politique n’a aucun intérêt pour la France s’il s’agit de détruire la République à petit feu.

Car maintenant qu’ils ont légitimé l’idée dans l’esprit médiatico-droitiste général, que retient-on ? Que cette idée « ne plait pas à gauche« . Comme la politique austéritaire, ou un quelconque autre sujet socio-économique qui fait débat entre frondeurs, opposants et gouvernement.

Comme si cette déchéance plaisait à tout le monde à droite ou ailleurs.

C’est éminemment réducteur.

Quelle fatigue.