Archives pour la catégorie Chroniques d’opposition

Le voile, cette « libération »

Grâce à Laurence Rossignol, ministre de la cuisine, du travail à la maison et du droit des enfants, nous avons droit à une nouvelle discussion sur le port du voile. Un récent édito de Riss dans les colonnes de Charlie Hebdo (un hebdo satirique, rappelons-le) a provoqué un peu d’émoi. L’auteur expliquait son ras-le-bol des tolérances exigées sous peine d’être taxé d’islamophobe à l’encontre du voile, des boulangeries sans sandwich au jambon ou des prêches de Tariq Ramadan.

Voici une troisième « anecdote » pour jeter un peu d’huile sur le barbecue, certaines hôtesses d’Air France refusent de porter voile et pantalon dans les futurs vols Paris-Téhéran dont la ligne va être ré-ouverte après une trentaine d’années d’absence.

En théorie, le personnel féminin peut choisir entre un uniforme avec une jupe, et un autre avec un pantalon. Mais dans le cadre de la réouverture de la ligne Paris-Téhéran, nous avons reçu un mémento interne expliquant que les femmes seraient obligées de porter un pantalon, une veste longue, et de se voiler les cheveux dès la sortie de l’avion.

« La tolérance et le respect des coutumes des pays que nous desservons font partie des valeurs de l’entreprise » répond l’entreprise. Les représentants du personnel réclament a minima la possibilité de ne pas faire ces vols pour les hôtesses qui ne le souhaiteraient pas. Personnellement, je les comprends. La tolérance semble ici à sens unique. Personne n’empêche les Iraniennes (et les autres) de porter voile (du moment qu’il ne couvre pas le visage), pantalon et autre tenue stricte.

Pourquoi la tolérance est-elle à sens unique ?

En visite dans un émirats pour des raisons professionnelles, l’un de mes proches s’est vu exiger de retirer son collier de baptême qui apparaissait sur le bord de son cou au motif que c’était un signe extérieur de religion inacceptable dans le pays.

Qui parlait de tolérance ?

L’une des auteures de Charlie Hebdo, qui est en rupture totale avec Riss par ailleurs pour un conflit qu’elle explique dans son prochain livre, ne disait pas autre chose dans les colonnes de Paris Match:

« Dans la justice ou dans l’associatif, le religieux tente en permanence de grignoter le légal. Prenons l’association BarakaCity, dont le responsable dit publiquement : “Je ne serre pas la main aux femmes parce que c’est ma religion.” S’il disait : “Je ne serre pas la main aux homosexuels, ou aux Juifs, ou aux Noirs”, cela choquerait. Mais “aux femmes”, ça passe car c’est sa religion. Heureusement, la loi et la magistrature sont plutôt du côté de la laïcité. » Zineb El Rhazoui, dans Paris Match.

Rejoindre Anonymous contre Daech

Ce message a été publié le 22 mars. Ce n’est pas la première fois que les Anonymous s’adressent à Daech.

Il est tout aussi difficile de cerner le réel impact de leurs actions. Comme d’autres, j’ai lu des critiques sur les actions revendiquées par les Anonymous, à savoir dévoiler ou fermer des comptes attribués à des partisans de Daech gênerait les services de renseignement. D’autres au contraire applaudissent.

J’imagine que les mêmes « débats » avaient lieu pendant une autre Résistance, il y a bientôt 70 ans. Les Anonymous font peut-être des erreurs. Mais n’attend-on pas de chacune et chacun qu’il agisse ou réagisse à la mesure de ses capacités contre pareille menace ?

 

 

 

Ami socialiste

Réfléchis, et barre-toi.

Laisse-les.

Quelle image veux tu que ton parti dépose dans l’Histoire ?

Des exonérations de cotisations sociales, la déchéance de nationalité, la réduction des accords de branche, le travail, le dimanche, le silence face aux migrants, ou l’espionnage individuel ? Nous aurons le temps, dans les mois qui viennent, de faire le bilan de ce quinquennat. Il aurait brillamment réussi sur le terrain économique que nous aurions eu la critique acide. Mais l’acidité est désormais dans l’autre camp, celui qui gouverne et se fait applaudir par les rangs conservateurs à chaque brèche dans les digues politiques et sociales qui composent notre  vision du monde.

Ami socialiste,

Réfléchis, et barre-toi.

Laisse-les.

Le mythe du licenciement difficile

Les contraintes légales posées au licenciement des salariés « stables » seraient la cause réelle, première et sérieuse du niveau élevé de chômage dans le pays.

L’argument, patronal, est repris sous toutes ses formes possibles par François Hollande (depuis 2013), Manuel Valls (depuis toujours), et Emmanuel Macron (encore le weekend dernier dans les colonnes du JDD). Le ministre de l’Economie expliquait ainsi : « Notre système est inadapté: il a été conçu pour ceux qui travaillent en CDI dans un grand groupe, mais seulement 13% des embauches se font en CDI. Le reste, c’est une hyperprécarité […] Pour répondre à cette situation, notre projet est que tout le monde puisse accéder à un CDI. »

Bizarrement, il est très difficile de trouver des statistiques simples et complètes sur le nombre de fin de CDI chaque année en France.

Environ 85% des salariés en France sont en CDI (CDI du privé ou titulaires et contractuels en CDI de la fonction publique).

Quand on lit le dernier bulletin de la DARES sur le nombre d’inscrits à Pôle Emploi, on découvre quelques indices sur l’ampleur du phénomène: en janvier 2016, Pôle Emploi a relevé 13000 « licenciements économiques« , 38.000 « autres licenciements » (pour faute, etc) et … 228 000 autres cas dans lesquels se cachent les ruptures conventionnelles de CDI. Dans un autre bulletin, la DARES nous informe que ces dernières représentent 26.000 licenciements.

Au total, on comptabilise 360.000 ruptures conventionnelles de CDI en 2015. Ajoutez-y environ 200.000 licenciements économiques, et voici donc un demi-million de CDI rompus par an.

Difficile, hein ?

 

#lol

 

 

Déchéance: les mots simples de Taubira

Son livre se lit facilement, il est court. « Murmures à la jeunesse » est sorti dans la plus grande surprise générale quelques jours à peine après que Christiane Taubira ait quitté le ministère de la Justice.

Alors que le texte de loi de révision constitutionnelle, adopté par l’Assemblée nationale par une majorité fracturée, file au Sénat pour quelques semaines d’examen, il est bon se lire et relire, apprendre et retenir ces quelques phrases, page 40, rédigées par l’ancienne Garde des Sceaux:

« L’absence totale d’efficacité, unanimement reconnue, suffit-elle pour renoncer à la déchéance ? Non, bien sûr ! Et puisque l’efficacité n’est pas la finalité, raisonnons principes et symboles.

D’abord le principe. Osons le dire: un pays doit être capable de se débrouiller avec ses nationaux. Que serait le monde si chaque pays expulsait ses nationaux de naissance considérés comme indésirables ? Faudrait-il imaginer une terre-déchetterie où ils seraient regroupés ? Quel aveu représente le fait qu’un pays n’ait les moyens ni de la coercition ni de la persuasion envers l’un de ses ressortissants ? Quel message d’impuissance, réelle ou présumée, un nation enverrait-elle ainsi ?

(…) Est-ce si peu le symbole ?

Au contraire. Il arrive que le symbole soit tout. (…) Le symbole joint. Il met ensemble.(…) A qui parle et que dit le symbole de la déchéance de nationalité pour les Français de naissance ? Puisqu’il ne parle pas aux terroristes – si nous convenons que n’est pas concevable un vis-à-vis entre eux et la Nation – qui devient, par défaut, destinataire du message ? Celles et ceux qui partagent, par totale incidence avec les criminels visés, d’être binationaux, rien d’autre. (…).

Par ailleurs, le champ du symbole peut recevoir d’imprévisibles embûches. Ainsi les seules déchéances de nationalité yanat frappé des Français de naissance ont été prononcées par le pouvoir d’Etat du maréchal Pétain  contre le général de Gaulle et ses compagnons exilés à Londres pour organiser la résistance, contre Pierre Mendès France, contre le général Leclerc, contre Félix Eboué, contre René Cassin, contre Pierre Brossolette. »

Christiane Taubira rappelle aussi la distinction entre perdre la nationalité, et en être déchu. « La perte est un constat« , la déchéance est une sanction. Elle cite Laurent Mucchielli, Patrick Weil et Joel Roman.

Elle insiste sur l’importance des symboles en République.

« Faute de transcendance, nous plaçons au dessus de nous les symboles justement. La Constitution est leur résidence. »

Bravo Madame.

Le jour où j’ai voté blanc

Nous sommes le 21 avril 2017, quinze années après un autre 21 avril. Tous les sondages portent à croire que Marine Le Pen est qualifiée pour le second tour de la Présidentielle.

Mais à la différence de son père quinze ans plus tôt, elle recueillerait quelque 30% des suffrages.

Ce 21 avril 2017, j’ai voté et j’attends les résultats.  Je n’aurais jamais imaginé m’abstenir de choisir à un suffrage de notre République.  Même quand l’offre politique est naze, il faut voter.  Ces élections présidentielles sont aussi le premier scrutin de ma fille ainée. Voter blanc quand elle accède au droit de vote, quelle ironie cynique…

En fait, le vote blanc a été assez facile. François Hollande a fait sa campagne à droite, surtout au centre-droit. Nous avions le choix entre Juppé ou Hollande. Il était assez clair que l’un ou l’autre serait qualifié pour le second tour puisque cette démocratie sclérosée par un régime monarchique anachronique ne laisse que peu de choix. Juppé ou Hollande ? Hollande ou Juppé ? Très franchement, je m’en fiche. Les deux options ne sont pas ignobles, mais elles ne sont pas les miennes.

Après avoir été qualifié par la primaire des Républicains, Juppé s’est permis une critique à peine larvée contre la déchéance de nationalité que Hollande fit voter par la moitié des députés socialistes et la totalité de la droite et de l’extrême droite pendant l’hiver 2015-2016.

J’ai relu Gramsci. L’homme a vécu 10 ans en prison en Italie, avant de mourir quelques jours après sa libération , et écrit quelques brillantes réflexions sur la domination culturelle dans une période historique qui dura 30 ans avec la montée des fascismes. On croit que la politique se gagne sur l’action, elle se gagne aussi sur les symboles.

Hollande a perdu les siens. Juppé a les mêmes mais lui n’a pas changé.

Ce 21 avril 2017, j’ai donc voté blanc, pour montrer un désaccord. Et rester fidèle à ce que j’écris depuis une décennie déjà sur mes blogs.

Ceci est un propos de fiction.